Cf. supra, p
l86 CHAPITRE IV
criptio. De Tétat de choses qu'il a sous les yeux, l'auteur retient seulement ce fait, que, de son temps, c'est l'empereur grec qui a le protectorat des Lieux Saints ^ C'est pourquoi dans son récit, le patriarche Jean s'adresse tout d'abord à Constantin '. Mais, au lieu que dans le récit de la Saga^ le roi grec offrait à Charlemagne ses trésors et sa terre, dans la DescriptiOy Constantin, pour lui témoigner sa reconnaissance, lui offre toutes les richesses dont il dispose, mais ne songe pas à lui faire hommage de son royaume ^
L'auteur a très certainement connu la version de la S^ga, mais son parti pris de s'en écarter n'en est que plus significatif. Il nous montre les barons préoccupés du bon renom de Charlemagne. Ils ne veulent pas, qu'on puisse l'accuser d'avoir voulu acquérir des richesses ou accroître l'étendue de son empire *. Ce souci d'affirmer la pureté des intentions de Charles rappelle moins, on le voit, le récit de la Saga, que la spontanéité, avec laquelle, d'après la Vita Karoli et la Chronique de Benoît de Saint-André, l'empereur, par des déclarations de désintéressement, avait désarmé les défiances des Grecs. Si donc il connut le récit de la Saga, il a également connu l'autre tradition plus conforme à la réalité, qui ignorait que l'empire grec ait jamais été offert à Charlemagne. Une telle offre, même refusée, semblait trahir une sorte de dépendance, d'infériorité à l'égard de l'empire d'Occident. En l'écartant, l'auteur de la Descriptio se rapprochait de la vérité historique. Charles n'avait jamais reconnu la suzeraineté de Constantinople, mais jamais non plus il n'avait voulu attenter à l'intégrité de l'empire grec, ni lui
1. Il en était ainsi depuis 1021. Les califes avaient reconnu aux empereurs grecs le droit de veiller sur les Lieux Saints. Cf. Riant, Archives de V Orient latin, I, p. 13.