CHAPITRE IX
Conclusion. — Politique extérieure. — > Moyens de sauver la France.
JL A jouïssarice de la liberté Constitutionnelle est le bonheur politique des peuples modei> nés. Cette liberté > qui est le pouvoir de faire tout ce que k loi permet, repose sur plusieurs droits aujourd'hui reconnus et procla* mes par toutes les nations éclairées : la liberté de conscience , Yhabeas - corpus $ la liberté de publier sesçpinions, l'inviolabilité des propriétés, le droit d'être jugé par ses égaux ^ l'égalité devant la loi , 1 égalité dans la répartition de l'impôt ; enfin la faculté d'être représenté par des députés librement élus.
Toute constitution qui ne consacrerait pas ces droits serait nécessairement éphémère ; eUe serait au-dessous des lumières du siècle , et finirait par en être renversée ; car tçlle est aujourd'hui la force de la rais6n populaire, que le despotisme est non-seulémetii
sans séduction , mais qu'il est encore impraticable.
Les peuples ont aujourd'hui une opinion ; ils pensent , ils jugent leurs chefs , et toute loi qui ne serait pas conforme à leur intérêt bien entendu ne pourrait être exécutée sans une opposition d'abord peu sensible, mais bientôt si puissante , qu'elle renverserait nonseulement la k>i , mais encore le législateur. Le Roi y en nous donnant la Charte , * rendu dommage k cette vérité; les lumières de son esprit lui ont fait apprécier les besoin* et les désirs du peuple ; foui les droits que ce peuple réclame sont reconnus pal1 la Chatte constitutionnelle ; et le Prince , en jurant de la maintenir , a fait aux Français un devoir de la respecter.
La Charte une fois publiée , en principe nous étions libres. Il ne s'agissait plus que de régulariser l'exercice des droits qu'elle nous accordait , et de créer des lois organiques du corps social d'après les bases établies par cette loi fondamentale. Tel était le devoir des Chambres ; elle6 Font rempli en partie , et c'est à la session de 1817 qu'il appartient de consommer l'ouvrage.
La Session.de 1817 aura de grandes obligations à remplir pour répondre à l'attente de k nation. Une loi sur la responsabilité des Ministres, sur la cour des Pairs, Surlâréprês* «ion des délits de la presse , l'abrogation de dettes qui réduisent lès feuilles périodiques à l'esclavage , et qui modifient la jouissance de ta liberté ioditidoeHe ; tels sont les principaux objet* qui réclament ses himières et sort patriotisme.
, Là jouissance entière des droits accordés par la Charte suffit pour assurer la prospérité publique à l'intérieur ; mais au - dehors 9 le bonheir et la gloire des Français semblent moi os solidement établis. Une contribution de guerre tarit dé plus en plus les sofarces de la richesfce ifetkmaledéjà épuisée $ Fapptréil des arméeë ennemie* qui «ntoureat nos ftotfti&res effraie les amis de ht liberté* LGflscfoe Iratempene des saisons , 1 insuffisance des récultes font souffrit la classe pauvre et imposent dles privations à là classe riche, est-il prouvé que ïa France, pourra tenir les engagements ruineux quelle n'a pu s'empêcher de contracter? Dans le cas où elle ne le pourrait pas , maigre lés meilleures intention, quétteéàtfS&re*
£tki Gouvernement doit-il prendre ? Quelque confiance qu'il puisse et doive avoir dan» la magnanimité des souverains alliés , là sécurité du peuple français né lui impose- t-ellé pas des devoirs de prudence , et des précautions permises ne lui sont-elles pas ordonnées par. la politique?
. Dè6 publicistes , d'ailleurs dignes d'estirut! en raison de leur courage et de teur talent, ont présenté divers moyens d'assurer à tout événement le destin de FEtat L'auteur de la Coalition et la France propose de préparer des levées en masse, de cimenter des alliances avec les puissances qui ne font point partie de la coalition. L'auteur des Essais sur quatre grandes Questions politiques î reconnaît, comme le premier 9 la nécessité des ré-', aièdés ; mais.il en propose d'autres qui lui paraissent plus efficaces (1). Selon lui, uhecoâ-
( i ) Les réflexions que je me permets sur ces deux écrite lie peuvent affaiblir les senti mens de reconnaissance que. la patrie' doit témoigner à leurs auteurs. Les premiers, ils ont donné l'élan à l'opinion publique ; ils ont courageusement déchiré le voile , et la France a été instruite de toute l'étendue d'un mal dont elle voulait énf vain |f ^dissimulpr l'existence. Lç mal connu, le re-
- ( «W ) ' lition des patriotes de toutes les Dations contre les souverains despotiques pourrait produire de très-bons effets. 11 reconnaît bien les diffi-' truites de réaliser cette coalition , mais il croit les avoir résolues en affirmant que l'opinion publique européenne suffit pour réunir tous les peuples. '
Cette opinion européenne , dit-il , sera dirigée vers la réconciliation des peuples si des hommes d'une réputation sans tache se mettent k leur tête ; si toute expression ^offensante pour les peuples est bannie des écrits pbliti-t ques ; si la Fràoce couvre du voile de l'oubli ses triomphes fcur lés autres nations ; si Foi* a le soin de ne jamais confondre les nations avec leurs gouvernemens ; enfin si la France forfdesoa espérance sur les secours de ses citoyens enrôlés en armées sans solde, et conduits Seulement par l'amour de la patrie.
mède est plus facile à trouver» Les auteurs des écrits de la Coalition et la France > et des Essais sur quatre grandes questions politiques , auront toujours produit un £rand bien , celui de donner au peuple une instruction qui doit ranimer son esprit national , et ils ont «n cela rendu un éclatant service à leur patrie..
J'avouerai que cette idée politique ibe pa-i r?ft plus brillante que solide;. Persoiu^ »e njera sans doute qu'il n'y ait daos toute I'Eih yqpe des hommes unis par leur opîpipa Hh&» ?ale, et qui deçirpnt sinçpren*e&t l'éttfel&ft* juent d'un çr^rede choses KieiUew, 4'i»$¥*? terne fondé sur la liberté et sur les dfQHf. fkl Xhçmme ; mais , çwtcçigw ces ItfWW* Wrt pqqins nombreux qu'çn np pei^,co«^eiUs* p^Gçr<ji^Til^àl^ (é(« ife fapWW !#*«!< *Wft« p&QB*? JPo^ exercer ^ lHnfkje|><œ Qaf l'%+ pinioft publique , il faqt &rp fwissarçt P^r m ibrtaqe et par «es dignité* ; pfo eettç pfti$s*pee pe peut venir que de la fyvyw d^gouvrçr»^ me** : les ^w* JiWwt* a'oat don* 31*?
cunç pujs#anç$ réel}?.
0« propre de é*ï¥w 4e tmt; wwmgft ire* litique Iç* expresrôgti o^s^tes pow ta»
peupfo i cçjla \eqt-il ^|rf qtf M s$jfa pçftafc d'offenser les souverains? Cette proposition tant soit peu démagogique semblerait avoir pour bat le renversement des goûv^raefnenSl 11 est permis de tout disirer ; mais en politique on nte doit proposer que des choses possibles ;; saps coqsiidérer dç$ raiçon* dbu W?tti,t?
et de p*û* pt$lique * PMM famw&twm s'il
C »35 ) eut praticable , s'il e* politique de lever ainsi l'étendard de la révoke contre de? puissances qui ont pour elfe» U possession , les ressources pécuniaires et l'autorité des baïonnettes, San» doute, on a vu des nations isolées se lever en masse contre leur gouvernement et le renverser ; mais tous les peuples de l'Europe pour* raient-ils avoir un accord assez parfait pour imiter un seul peuple ? et s'Usinaient , où seraient les ressources qui seconderaient cet accord?.
La France doit , dU-oa, couvrir du voile de l'oubli ses triomphes pas&ée» Quoi ! lorsque la France est humiliée par des peuples quelle sl vaincus > vous lui conseillez l'oubli des victoires dont le souvenir la soutient encore dans «es calamités!
Vous vouiez détruire ce qjuî lui reste; la force morale , qui peut lui faire conjurer la, tempête. Sans doute pour les esprits éclairés, l'amour de la liberté peut remplacer toutesles gloires, tous les souvenirs? mate pour le peuple qui, suivait ^mringthm > sent plu* quîl ne VH>i/ ., qui remplacerait c^tte idée*1 Nous avons vmwu Féinmger, tkms pouvons h vaincre encore ? H n'est pas- question d'exa-
miner si nos victoires forent légitimes, si elles ne sont pas plutôt des abus de la force que des actions glorieuses; il est question de sauver la France, et la nécessité politique doit tout employer , les erreurs même , quand elles sont généreuses , pour sauver la patrie.
Enfin le dernier moyen de salut, c'est la levée en masse conlre l'ennemi commun.
Cette levée en masse ne peut s'exécuter si Fesprit public ne conduit tous les citoyens , s'il n'y a union entre eux ; or , je ne vois pas quel esprit public on fera naître en rabaissant les armes françaises, en dépeignant nos* victoires comme des . massacres , nos conquêtes comme des usurpations.
Vous employez un long chapitre pour nous démontrer que les ^rpiées permanentes sont un instrument d'oppression. Personne ici ne vous contredira ; mais sera-t-on de votre avis quand vous prétendez que ces armées sont d'une moindre ressource que tes levées ^es citoyens sans habitude de la guerre , etndès fatigues qu'elle entraîne après elle? Voici votre principal raisonnement : en 1 792 , le» milices françaises résistent aux armées coa-~ Usées; en i8i4> une armée permanente o&
( >57 ) ■ ■ \ peut sauver la France de l'invasion. Mais ici l'erreur est d'assigner à ces événemens une. autre cause que la cause véritable. Les deux époques de 1792 et de 1814 n'offrept-elles d'autres différences que la nature des armées qui défendaient la France? Si les troupes ré** publicaines vainquirent en 1792 , c'est qu'elles étaient animées d'un ardent amour de la patrie , c'est que l'esprit national s'était emparé de tous les Français. Cette force morale , auxiliaire de la force physique , rendit les armées françaises invincibles. En i8i'4 > il n'y avait ni esprit public ,• «i union , ni amour de la patrie ; les armées , quelque courageuses qu'elles fussent, se trouvaient sans auxiliaires; la trahison les affaiblit, et cependant' elles ré- . sistèrent quatre mois malgré la disproportion du nombre et les obstacles qui les entouraient. C'est le défaut d'esprit public dans la nation qui les a fait succomber , de même que l'amour de la patrie avait fait vaincre des troupes sans discipline et sans exercice. Tout étant égal, les armées de 18 14 n'eussent pas moins sauvé la patrie que les milices de 1792; peut-être même eussent-elles remporté un triomphe plus facile.
Si l'auteur des Essai? sut quatre grande* questions politiques eut dît que l'existence des armées permanentes étouffe l'esprit nation*! , â eut dit une vérité; mais comment soutenir quedes troupes indisciplinées défendent mieux une oa^ion que des armées blanchies dans tç* travaux des armes > toutes conditions étant d'ailleurs pareilles ?
PuUîcistes, craignez de préférer à ia vérité des erreurs brillantes- N'oubliez, jamais que la modération est le langage de la force,* que le bieo de l'Etat repousse ees théories ingénieuses, ces fictions aijxqueUes l'esprit ap-> plaudit , mais qu'on voudrait en vain réaliser»
Une levée en masse, provoquée et préparée dans les circonstances où nous nous trouvons serait à -la* fois subversive de l'ordre établi à l'intérieur y et destructive de l'union, qui règne encore entre les alliés et h fcâoca; ette rendrait une gitettre: nécessaire y et per* sonne en France ne veut courir les chances d'une guerre si cela n'est pas indispensable , et si des vexations: intolérables né noua y contraignent pas. Si l'on peut parvenir à prendre un caractère imposant 9 une attitude qui éloigne de l'esprit dea jSQuroeramà toute
idée d'srtta que, sans employer d'autres moyens que ceux qui soat compatible* ayec la s&retâ de notre Gouvernement et le repos du peuple, Où eur* atteint le but de la manière ta plus directe, sens levée de tauctter** saus oppcn sitio&st 41$)$ petits. On sera évite la coalition des peuples eoubre le* go*wueineœ, oeaK-* tfru £tr|iW e* troubles de tous geam si elle pouvait être réalisée; et les garanties <jue drfnefidt te s&urit* f&agaâee seront <Jon-
£p 1-793, l'esprit pubfcc opéra, des prodige j b roè**re cause, jNroduire les mêmes efetg en ifa?* Si ^Europe est perveme à &0u* dofeptet», c'est que natré ettiédissemeet* notre ftoidee? pour les* îtatwêts de HËtot o*t été *& plus puisse** arafeires. privons l'éts&ngfcr de eee «walwfes *et t*eu» tôt il te retrouvera «m» faible qu'eu 1792» JRousseeu difec « $ft& que ^eïquN*» dit des effair^fi de *ïW * tjpfrrmiïmpMe? *>u doit compter que l'gtat est pewlu, ». Ce principe lumineux explique toutes les calamités qui ont pesé sur la France. \\ renferme toutes tesfautes " de Bonaparte;*
Uoe auMe cause <te Je déduction de l'es-
(l2fo)
prit public, c'est l'esprit d parti. On s'est accoutumé à concentrer ses affections dans une faction , et tous les hommes de la faction contraire ont été regardés comme ennemis. Il n'y a plus eu d'amour de la patrie , delà liberté, de la vertu. La patrie , la liberté , la vertu ont été renfermées dans un parti; On a été- patriote, royaliste, bonapartiste; on n'a plus été Français.
Si vous voulez ranimer le feu sacré de l'amour de la patrie , éteignez l'esprit de parti ; attachez tous les Français au sol natal; rendez tous les intérêts solidaires de l'intérêt dël'Etat. * Bonaparte a trouvé de l'esprit public en France; fnais sa conduite Ta détruit. Tenea une conduite opposée à^elle de Bonaparte, et votls rallumerez le f eu qu'il éteignit. H ne calcula jamais la puissance morale; comptez pour beaucoup cette puissance. 11 ne flatta dans ses agens que le vil amour de l'or; intéressez l'honneur -, la vertu des> v&tres. Il fut tyran; ne l'imitez pas, et vous finirez par triompher (i)* "» , •%•' * — * ' * ■ '■■
(i) Bonaparte ne se soutint sî long-temps que parce qu'il avait flatté l'orgueil d'une nation sensible à la gloire militaire. Un gouvernement qui joindra à ce
' Craignons surtout de faire perflre aux Français le sentiment de leur propre estime ; si nous les rabaissons ; si nous avilissons la gloire nationale , nous achèverons de détruire tous les liens qui attachent le peuple à sa patrie* Le soldat^ dont les trophées seront calomnies, ne trouvera plus de courage pour défendre la France aux jours du danger ; il rendra à son pays ingratitude pour ingratitude.
C'est sans doute une institution souvent dangereuse. que délie des armées permanentes ; cependant , comme le secret du politique n'est pas de décomposer , mais d'affermir , on doit chercher à . rendre le plus utile - possible ce qui existe , en modifiant les dangers qui en peuvent résulter» C'est > donc bien entendre les intérêts de la France que d'inspirer 1 amour de la patrie aux militaires qui la servent ;, ou plutôt d'entretenir dans leur cœur cettenoble flamme ,. la source de tant de sentimens et de tant d'actions généreuses.
On parle de coalition avec des ïnatièns •-' - ■• ■ » - - . -^ — v — - — *
respect pour l'honneur national les vertus morales que Napoléon a méprisées , sera bien autrement fort et durable que celui de ce souverain.
<5irahgcre8, de confédération des patriotes de tous les pays : est-ce que le* patriotes de Ut France ne seraient pas assez nombreux pour résister au* invasions étrangères? La Franco est erfcare debout; se* entas, Soutenus parle patriotisme , sont invincible**
Une fois l'esprit public raniitaé parmi nous, quelles attaques pourront nous atteindre? Les étrangers, qui nous verront unis av«jc aotre Gouvernement sans cesser de l'être avec la liberté, coûteras de ce Gouvernement qui a tenu ses pvomesses sous le règne de la Constitution , et pleins de confiante eu hos pro^ près forcée, ne tenteront pas de nous impo-> ser un joug que note repoussons. lis noua traiteront avec une déférence <|we la crainte inspire , et la patrie sera satoVée sans coalition des peuples oOotre lesGknaverHemenâ; xukisi si l'on peut s'exprimer ainsi f par la Coalition de tous le* Français oeùtre ceux qui prétendraient les subjuguer.
La chute de Bonaparte est la pha» grande leçon que puissent recevoir les rois qui négligeraient la force morale. Cette puissance irrésistible sera toujours du coté des Gouvernemens essentiellement justes ; mais elle au
pourra êtçe mise en action d'une manière utile que lorsque tous les membres du corps politique seront unis pour la défense de tous , confondront leur intérêt avec l'intérêt public,, et cet effet n'aura lieu que 60us le règne d'institutions libérales > dç lois en harmonie avec les lumières.
FIN