SE RATTACHANT AUX PUITS FUNERAIRES
Comme je Tai annoncé au commencement, on rencontre au Bernard des trous sans profondeur, contenant sur une petite échelle, le mobilier des puits funéraires dont ils ne peuvent usurper le nom, n'étant en contre-bas du sol que de o"8o à 2™25. Presque tous sont ronds. Il en est d'eux comme des précédents, ils ont leurs analogues en d'autres lieux. Nous dirons un mot, d'abord, de ces derniers, de ceux, du moins, dont la connaissance est arrivée jusqu'à nous.
La Revue des Sociétés savantes (i) a cité les petites fosses des environs de Beaune (Côtes -d'Or), de Beauregard,
(i) Août 1867, p. 139. Juin 1867, p. 228.
de Tigné et de Saînt-Georges-Châtelaison (Maine-et-Loire). Parlant de ces dernières, M. Jules Quicherat disait en 1861 : « Leur destination funéraire est hors de doute par les résidus de cendres mêlées d'ossements et de charbon que Ton trouve toujours au fond. »
Celles de Basilia (Marne) : « contenaient des os, de la braise et des débris de poterie (i). »
M. Achille de Rochambeau a rendu compte du mobilier d'une fosse de ce genre, de 2" de profondeur, qu'il fouilla lui-même à Thoré (Loir-et-Cher), le 20 mars 1862, dans laquelle il y avait beaucoup d'ossements d'animaux (2).
Celles de Beaugency (Loiret) étaient creusées en forme de marmite, et renfermaient un mélange de cendre, de charbon, de fragments de brique et de poterie (3).
Le Poitou a fourni son contingent comme les autres provinces.
Quelques-unes ont été explorées dans les environs de Bressuire (Deux-Sèvres).
Elles se sont trouvées en Vendée, à Maillezais, à Pouzauges ^arrondissement de Fontenay-le-Comte) , à la Boissière-des-Landes (arrondissement des Sables-d'Olonne), à Sigoumaîs et au Boupère (arrondissement de la Rochesur-Yon).
Celles de Maillezais furent contrôlées en 1861 et en 1862 par M. Faustin Poëy-Davant; elles ne différaient des grandes
(i) Congrès arch, de Reims, i865.
(2) Mémoires sur les sépultures en forme de puits (Caen, 1864].
(3] Cimetière celtique de Beaugency, 1860.
fosses cylindriques que par la profondeur, car le mobilier était le même.
Les ponnes de Pouzauges, profondes au plus de 2°"io, ont trouvé dans M. Fortuné Parenteau, un archéologue habile qui les a décrites avec le plus grand soin. La plus considérable contenait : avec un lit de cailloux, des tessons de vases, des vases entiers, dont un dolium, un lampion en terre cuite, de la cendre, du charbon et des fragments d^os incinérés (i).
Les trous à cuvette de la Boissière-des-Landes (à 14 kilomètres de mes fouilles) ont cela de particulier, qu'ils sont recouverts chacun d'un bloc de granit, pesant de 4 à 5,000 kilogrammes. Ils furent creusés dans le champ dit du Bénitier. Les tailleurs de pierre ayant cassé un grand nombre de ces gros monolithes, ont mis à nu les cendres qu'ils abritaient, ce qui me permit, en 1868, de faire l'inventaire de lun de ces curieux enfouissements. C'était une sorte de cuvette, à base arrondie, de i^io de profondeur, sur 2 ou 3"* de largeur, qui contenait, avec de la cendre et du charbon, le culot pointu d'une amphore, sur lequel est inscrit une marque (fig. j)] des vases
Fig. I.
X\] BuUetin de la Société arch, de Nanta, 1860.
gris ou noirâtres passés au tour, tous fracturés, et une ou deux écuelles, à deux oreillons, en terre jaunâtre et friable, où avaient été déposés des esquilles d'os incinérés (Berthault, pharmacien).
A Sigournais , j'ai vu aussi , dans la propriété de M. Blanpain, les mêmes petites fosses rondes (dans Tune d'elles gisait un fer de lance) ; mais comme elles sont identiques à celles du Boupère, j'arrive à la nécropole de cette localité, qui forme aujourd'hui le sous-sol du jardin du presbytère. Le jour où je la visitai pour la deuxième fois, j'obtins de M. l'abbé Augereau, curé de la paroisse, et témoin oculaire des recherches qui y ont été faites, une excellente note qui les concerne, et que je suis heureux de transcrire ici :
« Le sol du Boupère se compose, à la surface, d'une couche de terre végétale, d'une épaisseur moyenne de i". Au-dessous, est un banc de schiste argileux fort tendre à sa partie supérieure. C'est dans ce schiste qu'étaient creusées les sépultures dont il s'agit.
« J'en ai trouvé trente au moins, sur une étendue de 25 ares environ. Leur disposition dans le terrain n'indiquait aucun plan d'ensemble; mais leur forme et les objets que j'y ai recueillis prouvent que l'on avait suivi pour la sépulture des morts une règle à peu près fixe.
« Ces tombes ont une ouverture circulaire assez étroite, dont le diamètre va ensuite en s'élargissant, pour se rétrécir avec le fond qui s'arrondit. Elles ont, en général, une largeur égale à la hauteur et représentent une sphère qui serait parfaite, si elle ne manquait pas forcément d'une section à l'orifice. J'en ai cependant rencontré cinq ou six,
groupées ensemble irrégulièrement, qui avaient une ouverture égale à leur diamètre; elles étaient moins profondes, et la partie inférieure seule représentait une calotte sphérique.
« Les dimensions variaient depuis 0*70, largeur et profondeur, jusqu'à 2™. La mesure la plus commune était i™3o, à peu près dans tous les sens.
■ A part un certain nombre qui avaient été violés, les enfouissements étaient intacts.
■ L'orifice de chaque fosse était comblée par un lit de moellons d'une dimension ordinaire, et dont le choix n'était pas dû au hasard, car les pierres étaient d'espèces différentes. Elles se composaient, au moins une douzaine de fois, d'échantillons de granit, de schiste, de silex, de quartz et de calcaire, échantillons sortis des diverses carrières de la contrée. Ils étaient tous bruts.
« Au-dessous du lit de pierre, je n'ai pas observé un ordre bien apparent dans la disposition du mobilier. Tout y était mêlé avec de la terre végétale qu'on avait jetée pour combler l'excavation. Il y avait exception pour la couche du fond, dans laquelle le charbon variait entre une certaine quantité de litres et un hectolitre. Dans plusieurs fosses les pierres calcaires avaient le rouge de la brique. J'ai supposé qu'elles avaient acquis un commencement de cuisson dans la combustion des matières organiques.
■ Les fragments de poterie étaient nombreux ; mais je n'ai pu trouver un seul vase entier. Tous avaient été brisés, soit à dessein, soit par le poids des matériaux superposés. Presque tous étaient d'un beau travail, et même plusieurs étaient de grande dimension et de forme élégante. Ceux
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dont les fragments plus considérables indiquaient clairement le galbe, étaient noircis du côté opposé à Tanse, ce qui montrait qu'ils avaient servi aux usages domestiques. Leur capacité était de trois à quatre litres, et ils contenaient ordinairement des fragments de charbon mêlés avec de la cendre et de la terre.
« Je trouvai quelques objets en pierres taillées, entre autres de petites rondelles percées au centre; plus un instrument en fer qu'il est difficile de définir.
■ Dans plusieurs couches il y avait des ossements d^animaux, surtout des dents et des maxillaires de cheval, des défenses de sanglier, dont deux d'une grande dimension.
« Les objets qui m'ont paru mériter une attention particulière sont les lampes en terre cuite, parce que je vois là un symbole. Une seule était entière; les autres étaient brisées et leurs débris dispersés çà et là. •
La lampe encore intacte, dont parle M. l'abbé Âugereau (je lui donnerais plus volontiers le nom de lampion) , fait partie maintenant de la collection de M. Fortimé Parenteau; elle est en argile bien cuite, d'un jaune rose, modelée au tour. Elle se compose d'un godet, et, au-dessous, d'ime vasque formant bobèche, et d'un pied pour la maintenir debout (i).
Tous ceux qui, depuis i85g, ont fouillé ces petites excavations rondes que je viens de mentionner, y ont reconnu des sépultures de la période d'incinération, à' l'exception de M. le comte Dufaur de Pibrac qui y voit
(i) Fortuné Parenteau, Essai sur des poteries antiques de l'Ouest de ta Frwsee^ F- 7-
(c'était du moins son opinion en 1860) « des fourneaux destinés soit à faire cuire sur place, et avec les débris embrasés du bûcher, les viandes que les pauvres se partageaient et qu'ils mangeaient sur le lieu même , soit à faire durcir au feu le vase cinéraire qui devait recevoir les restes du défunt, et qu'on fabriquait souvent au moment de s'en servir (i). »
Outre que cette opinion est réfutée par ce que vient d'écrire M. l'abbé Augereau, je puis dire avec certitude qu'au Bernard les vases déposés dans des trous analogues, existaient avant la cérémonie funèbre. La plupart d'entre eux (leur usure l'atteste) avaient circulé auparavant dans les foyers domestiques. Les urnes elles-mêmes ne furent pas cuites au feu du bûcher. Il suffit de les considérer avec quelque attention pour se convaincre que leur dessiccation et leur cuisson ne laissent rien à désirer. L'examen des petites fosses du Bernard fournira, du reste, tous les éléments d'une démonstration en faveur de leur destination funéraire.