TROISIÈME GROUPE
Dans le chemin féodal au milieu duquel est le quatorzième puits funéraire.
Les fouilles de 1870, en ce chemin, firent découvrir deux petites fosses dans la forme des précédentes.
Première petite fosse. — A 100" ouest du quatorzième puits et à 600™ du neuvième.
Profondeur, i" sur i™5o de diamètre. Dedans : terre arable pailletée de charbon ; poteries et tuiles en morceaux ; vingt fonds de vases communs, à pâte grisâtre, rougeâtre, noirâtre, avec grains de quartz; douze goulots de cruches;
grande cruche à large goulot, dont l'anse est fortement accusée; écuelles et plateaux au vernis noir; coupe et bols en terre rouge sigillée; une dizaine de clous; trois esquilles d'os non définis , qui pouvaient être des os humains.
deuxième petite fosse. — A3" nord du quatorzième puits. Même profondeur et même diamètre. Dedans : une tête de bélier en terre cuite ffig. IJ; une centaine
Fig. I.
de moellons, la plupart calcaires; une boule quartzeuse; cinquante fragments de tuiles à rebords, les unes grises, compactes et assez fines^ les autres d'un rouge pâle ou d'un rouge presque sanguinolent, pailletées de petits grains siliceux; terre mêlée de charbon; tiges en fer et une dizaine de clous; cinq sifflets des morts en os (l'un a deux trous sur le flanc, trois n'en ont qu'un et le dernier n'en a pas); une défense de porc ou de sanglier; deux ou trois dents de cheval ; une portion de maxillaire et autres os de chèvres ou de brebis; dix-sept esquilles d'os, dont quelques-uns concassés et non définis ; un petit bronze de
Domitien ; un grand bronze de Lucius Verus ; quatre anses et cinq goulots de cruches ; un pot-au-feu fragmenté ; quatre vases en terre rouge sigillée, brisés, savoir : une patère; deux bols, dont Tun, haut seulement de o"o3, a donné le nom d'ALAVCVS , et l'autre celui de CASSINETVS ; une coupe historiée; une brique de o'"20 à 25 de long, sur o^iy à 20 de large, sur laquelle deux serpents séparés par un ruisseau, déroulent leurs anneaux écailleux (fig. I) ;
Fig. I.
Les petites fosses sépulcrales du Bernard placées près des puits funéraires ont, comme on vient de le voir, un mobilier analogue, appartenant selon toute probabilité au même système d'enfouissement.
Trois ou quatre d'entre elles qui étaient encore ouvertes^ reçurent un jour la visite d'un grand maître en archéologie (M. Benjamin Fillon) ; à la vue des débris éloquents qui en étaient sortis : cendre et charbon, lit de chaux, tuiles à rebords^ bronzes du Haut-Empire, vases de toute sorte, clefs, anneaux, bagues à cachet, clous, siflBets des morts, andouillers de cerf, défenses de sanglier, ossements d'animaux alignés sur trois sillons comme une armée rangée en bataille, esquilles d'os divers dont quelques-uns paraissaient incinérés, il me frappa sur l'épaule et me dit : « J'avais douté pendant quelques temps, mais pour celui qui a vu, le doute n'est plus possible. Vos petites fosses, comme vos puits, sont funéraires et sont de la période d'incinération. »
Avant d'aller plus loin, je dois signaler une autre petite fosse qui, contrairement aux autres, était à inhumation ordinaire.
Le cadavre s'y trouvait en entier, sa date nous est indiquée par les petits bronzes qui gisaient à côté du cadavre; ils étaient à l'effigie de Gordien, de Gallien, de Posthume, de Trébonien, de Victorin, de Tetricus et deClaude-le-Gothique, ce qui nous reporte à la seconde moitié du m* siècle- Outré cette date qui a pour nous de la valeur, le mobilier prouve que le défunt était gallo-romain. Témoin d'une part, une hachette polie en silex, avec un poids en terre cuite, et de l'autre, une large tuile à rebords, une fiole lacrymatoiire
en verre, une cuiller à parfum en bronze (fig. IJ; un
Fig. I.
manche en os d'un ustensile en fer ("^g. II).
Fig. II.
Age des petites fosses. — Maintenant à quelle époque appartiennent les petites fosses dont nous venons de parler ? Celles du Bernard sont gallo-romaines, ainsi que celles de Maillezais. La céramique indique le ii* et le m* siècle. Les pièces de monnaie confirment cette opinion.
Une fosse de i"5o à 2°* de profondeur, creusée en forme de chaudron, et découverte par hasard au village de Fontaines, à 2 kilomètres de Troussepoil, m'a semblé, au contrah-e, être du i*' siècle ; il n'y avait guère de romain que les débris d'une amphore.
Il en est de même de celle de la Boissière-des-Landes scellée avec un gros monolithe de granit. Le culot pointu d'une amphore déposé avec les cendres et quelques vases de forme assez pure indiquent le siècle de la conquête, époque de transition pendant laquelle la céramique commença à prendre son essor sous l'influence de la civilisation romaine.
Il est probable qu'en certains endroits, ces petites sépultures sont antérieures aux puits funéraires proprement dits. Celles du Boupère et de Sigoumais sont peut-être de ce nombre.
Quant aux autres, je n'ai point mission pour les contrôler, ne les connaissant que par les comptes-rendus des archéologues qui les ont fouillées, ou par quelques notes écrites dans les Revues et les Bulletins des Sociétés savantes. Mais, si je m'en rapporte à quelques antiquaires exercés, tel que M. Jules Quicherat, ces excavations ne sont ni antérieures à Jules César, ni postérieures à Aurélien et à ses successeurs.
Après la description des puits funéraires du Bernard et des petites fosses rondes qui s'y rattachent, je vais me livrer aux remarques qu'il y a à faire tant sur la provenance des objets précédemment énumérés, que sur les aperçus qu'ils fournissent-