‹ Puits funéraires gallo-romains du Bernard, VendéeChapitre 38 sur 45 · RÈGNE VÉGÉTAL · texte numérisé non relu

RÈGNE VÉGÉTAL

Les objets de cette nature, dont le nombre est fort restreint, sont les plantes herbacées et les plantes ligneuses, dont l'xin de mes bons amis, M. Félix David, curé d'Angles, a bien voulu me donner les noms botaniques.

!• Plantes herbacées. — Parmi les plantes herbacées je citerai :

La fougère (pteris aquilina); Le jonc (juncus glaucus}; La rouche (sparganium ramosum] Le trèfle (trifolium repens) ;

Des pépins de citrouille (cucurbita

maxima) ; Des graines de choux (brassica ole«

racea);

Plusieurs variétés de graminées ; des graines d'ombellifères; des mousses et des lichens ; et dans la même famille, des cryptogames, des agarics dont le chapeau était bien conservé (dœdalea quercina).

Des glumelles et des grains de blé. Un mot sur ces deux derniers objets.

Le fond d'un vase du sixième puits renfermait une assez grande quantité de graines de ces choux que nous appelons choux-pommes. Piqué par la curiosité et pour en connaître mieux Tespèce, je les semai avec précaution dans le jardin du presbytère. Hélas ! J'attendis en vain leur éclosion ; les seize à dix-sept siècles qui pesaient sur elles leur avaient enlevé leur vertu germinatrice.

La question du blé est plus intéressante pour notre histoire locale que celle du choux. Ptolémée et Strabon me semblent avoir commis sur sa culture dans notre pays une erreur qu'il est bon de relever. Ils disent, le premier : « La contrée voisine de la mer est comme inculte et déserte ; » le second : ■ En général, tout le long de TOcéan, le sol de l'Aquitaine est sablonneux et maigre, et, à défaut d'autres céréales, il ne produit guère que du millet pour la nourriture de ses habitants (i). » Or, le rivage du Bas-Poitou n'était point désert à l'époque gallo-romaine, témoins : à l'embouchure de la Loire (2), la ville de Rezé (3), Vemporium de Corbillon (4), le Vortus secor (5), et tout le long de la côte jusqu'à l'embouchure de la Sèvre-Niortaise, une série presque non interrompue de villas.

(i) Strab. t. I. 1. IV -2- p. 314. Traduction de M. Amédée Tardîeu.

(2) Les Pictons étaient riverains du Liger [Strabon^ t. I. 1. iv, c. 2, p. 3i5}.

(3) Le Ratiatum de Ptolémée.

(4) Strabon, t. L 1. rv, c. 2, p. 3i3.

(3) Cité par Ptolémée.

Les dunes de sable forment, il est vrai, aujourd'hui une ceinture aride sur une partie de notre littoral, mais j'ai prouvé au Congrès archéologique tenu à Fontenay-le-Comte (Vendée) en 1864, qu'elles étaient relativement récentes et couvraient d'anciennes habitations romaines en grand nombre (i).

D'un autre côté, si, comme Pline nous l'apprend, les Pictons savaient, comme les Éduens, donner à leurs terres une merveilleuse fécondité, grâce au chaulage (2), leur rivage n'en était pas excepté, si nous en croyons Pomponius Mêla (43 de J.-C), qui, dans sa Description des côtes extérieures de la Gaule ^ dit qu'il était riche en blé et en pâturage (3). César avait dit avant lui dans ses commentaires, que les Venètes, à qui Strabon attribue le monopole de la mer jusqu'à la Garonne (4), firent transporter dans les villes le blé récolté dans leurs propres champs (5), pour les mettre en état de soutenir un siège.

J'ajouterai qu'au Bernard la glumelle de blé, l'orge, le froment et le puceron qui travaille à sa destruction, se sont rencontrés dans un certain nombre de vases funéraires ; le même fait s'étant reproduit à Fontenay-le-Comte dans les sépultures de la période d'incinération, il y a lieu de croire que ces céréales étaient, dès cette époque, cultivées aux abords de la mer, aussi bien que dans l'intérieur du continent.

(i) Page 3i du Compte-rendu.

(2) Œdui et Pictones calce uberrimos fecêre agros. H. N. XVII.

(3) Terra est frumenti praecipue ac pabuli fcrax 1. m, i.

(5) Frumenta ex agris in oppida comportant [1. iii| 7, g.)^

2* Plantes ligneuses. — Les puits funéraires contenaient plusieurs essences d'arbres et d'arbrisseaux.

Les arbres, en général, étaient représentés par œux dont les noms suivent :

L'aubier (salix alba]; Le bouleau (betula alba]; Le buis (buxus sempervirens]; Le chêne (quercus robur); Le cyprès (cupressus fiastigiataj; L'érable (acer campestre); Le hêtre (fagus silvatica}; Le houx (ilex aquifoliumj;

L'if (taxus baccata);

L'ormeau (ulmus campestrisj;

Le peuplier noir (populus nigra);

Le pin (pinus pineaj;

Le sapin (pinus maritimaj;

Le saule (salix);

Le sureau (sambucus nigraj;

Le tremble (populus tremula).

Les arbres à fruits étaient principalement :

Le cerisier (prunus avium);

Le châtaignier (castanea vulgafis) ;

Le coudrier (corylus avellana};

Le noyer (juglans regiaj; Le pêcher (persica vulgaris); Le prunier (prunus).

Les gallo-romains de nos rivages étaient assez avancés en civilisation et assez gourmets pour enter leurs arbres fruitiers. Nous avons vu à côté du noyau de la prune sauvage, celui de la prune franche; à côté de la petite noisette des bois, la noisette plus grosse et plus charnue de nos vergers; à côté de la châtaigne maigre produite par la nature, le fruit plus nourri du châtaignier enté ; à côté du noyau de la cerise agreste, celui de la cerise plus goûtée et d'un plus fort volume due à l'industrie humaine.

Les noyaux de pêche étaient de deux sortes, les uns petits et bombés, les autres plus volumineux et plus allongés.

Les noix étaient aussi de deux espèces : l'une était assez grosse et de forme ovoïde, tandis que l'autre, à coquille plus mince, au volume plus restreint, était plus

cylindrique. Son diamètre n'a dans quelques exemplaires que o"i23.

Nous n'avons pas trouvé de différence entre les pommes de pin de Tépoque romaine et les nôtres, sauf que les premières appartenaient à des sujets probablement plus vigoureux.

Nous avons distingué parmi les arbrisseaux :

L'ajonc (ulex europœus);

Le chèvre-feuille (lonicera periclimenon);

L'épine noire (prunus spinosa);

Le genêt (genista scoparia);

Le lierre [hedera hélix); Le nerprun (ramnus catharticus}; La ronce (rubus fniticosus); La vigne (vitis vinifera).

Je ferai observer à l'occasion de la vigne, que des ceps de cet arbrisseau, vieux de trente à quarante années au témoignage de nos vignerons, indiquent qu'elle était cultivée au Bernard sous les Antonins, malgré l'édit de Domitien qui l'avait prohibée en Gaule, édit rapporté plus tard par Probus.

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