TEM
i9« id.
Chiffres ainsi placés IIIX
5» id.
Il en est de ces noms comme des précédents; cinq semblent se rattacher à Tidiome gaulois; les autres sont latins par leur suffixe. Mais doit-on voir dans ces grqfitti des noms de potiers ou des noms de propriétaires ? J'inclinerais pour cette dernière hypothèse. Les marques de potiers furent toujours imprimées sur la pâte molle, avant l'application de la glaçure rouge et avant la cuisson; dans les grqfitti y au contraire, la glaçure est écaillée, le vernis emporté et la pâte durcie par le feu montre encore les déchirures que lui fit subir, après coup, l'instrument qui grava les inscriptions. Le doute est presque impossible pour deux des vases du treizième puits qui nous donnent : l'xin, le nom de SOI AT A , parmi le mobilier appartenant à une femme, et l'autre celui de CVNS ^vec souliers et autres pièces, accusant la présence des dépouilles {l'un homme.
M. Harold de Fontenay d'Autun que j'ai consulté à ce sujet, est du même avis, o Quant aux inscriptions tracées à la pointe après la cuisson, me dit-il, je crois qu'il faut y voir le nom du possesseur, et non celui du potier. »
Parmi les vases à inscriptions recueillis dans les sépultures en dehors du Bernard, et dont quelques-uns, comme celui de Bourges, ont exercé la patience des savants (i), je ne citerai que ceux des puits funéraires de Gourgé, signalés par M. Ledain, qui fournissent les noms Gem, Gems, Gvm, Ezvinvs (2) qui, probablement aussi, n'indiquent
(i) Baron de Girardot — Cimetière gallo-romain de Sérancourt à Bourges fouilles de 1848).
()} Bulletin de la Soc. des Antiq. de V<>i^, iP tnm. de i8.63| p. 208.
pas des potiers, les lettres qui les forment n'étant pas gravées d'après les règles de la calligraphie qui étaient bien connues des plasticiens Gaulois.
L'un de nos vases a pour inscription un X ( il formerait XIII si les éléments n'étaient pas renversés). L'X se montre également et sur une tête d'épingle, et sur un poids en terre cuite, et sur la brique historiée où glissent deux serpents. Ne représenterait -il point en Gaule une idée qu'il serait important d'étudier ? Une des tuiles à rebords de l'établissement gallo-romain fouillé par M. Piet, dans l'île de Noirmoutier, déposée au musée de la Roche-sur-Yon, porte dans presque toute sa longueur deux grands X en creux. L'X figure aussi sur l'une de celles du Langon, avec les mots CVBVS MiERVLA en exergue (i).
En remontant plus haut^ je trouve le chaton d'une bague d'un dolmen de Locmariaquer coupé par un X; il se montre encore, et sur un vase gaulois du musée de Vannes, et sur un autre vase inédit et des plus curieux, ornementé de têtes humaines, sorti d'une butte artificielle, explorée dans les environs de Saulges (Mayenne), par l'antiquaire de Boxberg qui m'en a fait un moulage ; et sur une lunule en terre cuite de la Suisse, dont j'ai le moulage également, et sur une médaille gauloise en argent, prise à la Jonchère à peu de distance de nos puits, et sur plusieurs statères mentionnés par M. Fillioux^ conservateur du musée de Guéret. D'après ce savant, l'X sur ces pièces serait l'emblème de la constellation d'Orion, la première de toutes,
(i) L'Art de terre che^ les Poitevins^ p. 23.
dont les principales étoiles sont disposées en forme de croix de Saint- André (i).
Je termine l'article des inscriptions en mentionnant un T majuscule sur le milieu d'une tuile à rebords, et une marque d'un carré inachevé, gravé avec intention sur le culot d'amphore de la sépulture de la Boissière-des-Landes (p.2o5,/^. /).
Objets en verre. — Au Bernard, le verre converti en coupe paraissait pendant la période d'incinération, sur les tables, à côté du bol en terre rouge sigillée et du pichet en terre commune ; il suivait, avec l'urne, l'ampoule, la fiole lacrymatoire ou à parfum, les morts dans la tombe. La pâte des coupes est d'un vert-clair et très-mince, tandis que la pâte vert-foncé des urnes et des ampoules a environ o"oo5 d'épaisseur. Je n'ai vu qu'un échantillon en verre jaune et cinq en verre bleu, dont un coulant ou perle ayant un astragale au milieu.
Parmi les coupes à boire, les imes sont simples et unies ; les autres ont pour ornementation, soit des lignes concentriques gravées en creux, soit des filets peints au blanc de céruse, soit des serpents se mordant la queue. Ailleurs, de larges bandes en relief, agencées avec symétrie, s'enchevêtrent les unes dans les autres. Enfin, la coupe est parfois couverte de guillochures en relief, formant ime série de losanges, avec un point au milieu, et un collier de ces points, en guise de perles autour du cou.
(i) Descript. des méd, gauL de Bridiers,
Nos vases en verre étaient; selon toute probabilité, des produits indigènes, ainsi que les coupes et les urnes sortifes des sépultures des Lues, de Durin, de Chavagnes-en-Paillers, de rîlot des Vases, près Nalliers, du Langon et de Saint- Médard-des-Prés, près Fontenay-le-Comte (Vendée). Ce qu'il y a de certain, c'est que l'origine de la verrerie de Mervent remonte aux empereurs romains ; celles de Mouchamps, de Vendrennes, de Belleville et de Saligny datent au moins du moyen-âge. La verrerie des environs de Talmont est qualifiée dans un titre de i543, de Verrerie-Neuve , ce qui suppose qu'elle en remplaçait une plus ancienne, d'une époque inconnue (i).
Objets en métal. — Je ne ferai que mentionner : pour le plomb, la buUule; pour le fer, l'anneau, le couteau, le coutelas, le crampon, le crochet, la queue de dail, l'épée, la fiche-patte, le gond, le hachereau, le fer de lance, la pince, le piton, le poinçon ; un mot sur le ciseau, la clavette, la clef, le clou, la guignette, la houe, la mâchoire 4^ corne, le pic, la pioche, le style, la truelle.
Ciseau. — Notre ciseau des menuisiers a ses analogues au musée britannique. Il est muni à la partie supérieure d'une tête destinée à recevoir le coup de maillet, et d'une gouge à la partie inférieure. C'est le scalprum f abrite des romains (Liv. xxvii, 49). Le ciseau des charpentiers, que je n'ai vu gravé dans aucun ouvrage, a une gouge qui en occupe presque toute la longueur. On s'en sert encore en Vendée pour creuser les ruches d'abeilles.
(i) Poitou et Vendée.
— i«7 — Clavette. — La clavette ou le clouet est une tige de fer qui retient le coutre et fait TofiSce d'un clou. Elle diffère du clou en ce qu'elle a au gros bout un anneau dans lequel on passe une lanière de cuir pour la fixer au manche, précaution nécessaire pour ne pas la perdre.
Clef. — La clef en forme du T majuscule est assez commune dans les fouilles pratiquées dans la Seine-Inférieure et dans la Sarthe (i). Le type de quelques autres est plus rare (p. 80, Jig. i; p. Sijjig. 2).
Clous. — Des clous-cheyille de o°23 à 28 de longueur ayant été retirés d'un tumulus en Saint-Pierre-de-Quiberon, un savant du Morbihan a écrit qu'ils ne purent être employés qu'à la construction d'un bâtiment de fort tonnage, ceux de 200 tonneaux ne nécessitant que des clous de o"i6 (2). Je ne sais pas si les clous-cheville du Bernard ont servi à cet usage; le fait est que plusieurs, parmi les i,5oo environ qui nous sont tombés sous la main, atteignent en longueur, de o°*i2 à 21.
Guignette. — La petite faubc munie d'un trou -rivet appelée guignette en Vendée, sert à émonder les arbres et, au besoin, à se débarrasser des herbes nuisibles.
Houes. — Des deux houes que nous avons rencontrées, l'une a l'œil rond et l'autre a l'œil carré. Cet instrument s'est perpétué dans le Bas-Poitou sous le nom de pielles. Outre la lame qui est légèrement creuse, quelques houes
(i) L'abbé Cochet, la Nùtm. souterr. {passim]. Bulletin monumental, 1868 n* 3. p. 3oo.
Cs) Bidtitià de là Soc. pàlymàthiq^ du Motbihan, 18691 p. xoi .
ont à l'autre extrémité une petite tête qui leur donne de la ressemblance avec la besoche. Telle est celle que Tun des journaliers de Girondin, au service un jour du fermier des Baillières, rencontra aux abords du cinquième puits funéraire sur le terrain où je fouille habituellement. Cet instrument, long de o™i2, fait partie de la collection de M. Parenteau
Fig. I.
Mâchoire de corne. — L'un de nos objets en fer a la forme d'un U majuscule. Si Ton doit y voir ce qu'en terme de marine on nomme mâchoire de corne, comme le suppose un capitaine de cabotage, en station un jour à Moricq, qui s'est donné la peine d'en faire l'examen, cette mâchoire, vu son peu de développement, aurait arc-bouté la corne d'artimon d'un navire de petite dimension sur son mât, navire dans la forme de nos sloops et de nos goélettes, n'ayant avec le mât d'artimon qu'un autre mât au milieu.
T/c. — Comme le pic du treizième puits est celui des mineurs, je me suis demandé s'il n'indiquerait point une mine exploitée dans le Talmondais par les gallo-romains. Je suis d'autant plus fondé à faire cette question, qu'il existe sur les bords de la mer, à vingt-deux kilomètres de nos fouilles, une mine argentifère dite de VEssart (commune
de Saint-Hilaire-de-Talmont). On trouve auprès Villeneuve qui a remplacé la villa de Saint-Martin-des-Chusseaux, aujourd'hui simple ferme, où j'ai rencontré, le 16 août 1873, et des tuiles à rebords et un cimetière d'une assez grande étendue, dans lequel existait un vaste charnier, découvert à l'occasion d'une construction, rempli d'environ 3oo squelettes humains entassés les uns sur les autres.
Ce qui est positif, c'est que le droit de monnayage a été exercé dans notre circonscription à trois époques, d'abord au III* siècle, par un faussaire du Bernard; au xii% par Richard-Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre et duc d'Acquitaine, dont l'atelier monétaire fut découvert en 1784 à la Salle-le- Roi, près le Port-Juré, à i,5oo mètres de l'Essart ; enfin, par Savari de Mauléon, en 1209, ^^^^ l'enceinte même de son château de Talmont (i).
Aujourd'hui encore, des restes de constructions à chaux et à sable où sont empâtées çà et là de fortes briques, un aqueduc bien conditionné, le bassin où d'après la tradition se lavait le minerai, attestent l'importance de la mine en question dont le puits d'exploitation est toujours béant.
Pioche. — La pioche du septième puits forme un arc de cercle et n'est pas brisé comme celui de nos pioches poitevines, ce qui doublait sa force. De l'extrémité de la panne à la pointe, elle mesure o"35, l'œil n'a pas moins de o"09 à 10 de longueur ; on voit par là en quoi elle diflfère de celle qui est aujourd'hui entre les mains de nos terrassiers.
1) Bcnj. Fillon, Poitou et Vendée.
Styles. — Nos styles pour écrire sont, comme ceux de Fécamp et de Lillebonne, munis d'une pointe pour tracer des lettres sur de la cire, ayant l'autre bout plat pour faire , au besoin, des corrections. C'est dans ce sens qu'Horace disait :
Sspè stylum vertas, iterum, quœ dignsc legi sint, Scripturus (sat. L. I. 10-70).
Truelle. — Si Vascia n'avait pas donné lieu à des dissertations singulières et par trop bizarres, j'aurais peut-être été tenté d'appeler ainsi l'instrument sorti de l'une de nos petites fosses (p. 220 y Jig. /) ; mais je lui ai préféré, quoiqu'il soit bien petit, le nom de truelle parce qu'il en a la forme.
Quelques-uns des objets en fer précités offrent aussi des exemplaires en cuivre et en bronze ; tels sont les clous et les clefs, dont une à râteau et au museau coupé par deux entailles ; un style à huit pans avec deux viroles en or.
Quant aux échantillons en cuivre et en bronze, je citerai pour mémoire le bouton en bronze de l'une de nos petites fosses, présentant un développement de 0^04 de plus que celui du cimetière mérovingien d'Envermeu (i) ; les buUules en bronze, attribut des femmes (S. Hier, in Isai. i i-3-i8), plus petites que les bulles en or que les fils de nobles familles suspendaient à leur cou jusqu'à l'âge de quinze ansj la cuiller en bronze dont nous n'avons qu'un exemplaire, et qu'on trouve assez fréquemment dans les cimetières gaUoromains de la Normandie; les hameçons en bronze qui
(i) L'abbé Cochet, sépulL gauL rom, franq.^ p. 197.
diflfèrent des nôtres en ce qu'ils sont dépourvus de Taileron traître qui arrête le poisson et rend sa mort inévitable ; la lampe en bronze figurant un dauphin (M. Tudot ayant rencontré dans ses fouilles un dauphin moulé, portant un enfant sur son dos, dit que, (i) « d'après la tradition antique, les âmes des justes montées sur le dos des dauphins se rendaient aux îles des bienheureux) ; » la rondelle ou tessère en cuivre, où Ton voit au repoussé le serpent symbolique qui se mord la queue ; Técusson de serrure en cuivre d'une porte en bois qui se distingue par ses cinq gros clous à tête ronde et bombée, et son entaille à angle droit pour la clef, dont chaque branche n'a pas moins de o"07 de longueur, sur o"'02 de largeur ; le sceau ayant dans le champ un globule entouré d'un cercle.
J'appelle spécialement l'attention sur l'amulette et le porteamulette en bronze, sur les bagues en bronze et en or, sur la clochette et les fibules en bronze, sur la lunule en cuivre, sur les pièces de monnaies en bronze, en argent, en électrum et en or, sur la poignée en bronze d'un coffret, sur les trompettes en bronze et les vases en cuivre.
Amulette en bron{e. — Il y avait dans l'antiquité des amulettes pour se préserver des sorts, et des porte-amulettes qui recevaient des talismans et quelquefois des reliques d'un être chéri. On les rencontre tant en Angleterre que dans le Morbihan, au sein des tumulus et des dolmens (2). Après le bannissement des druides, il fut interdit sous peine de
(i) Figurines gaul,, p. 42.
(2] In the Ballindery. — Collection de Bristich Muséum, — Bulletin de la Soc, polymath. du Morbihan, x8G3, p. 9. 1869, pi. vu.
mort de se montrer avec leur pendeloque sur la poitrine. La coutume fut plus forte que la loi ; Constantin se crut obligé de tolérer les amulettes dans son empire (i). Il en fut de môme de Théodose, comme on le voit par les formules de conjuration que nous a laissées son médecin Marcellus, dit V Empirique y originaire de Bordeaux (2). Plus tard Tamulette en verre et en ambre furent prohibées par saint Germain et par saint Eloi (3). Je ne puis guère me dispenser d'appeler du nom de porte-amulette la plaque rencontrée dans Tune de nos petites fosses, qui forme un carré long, ayant au revers un trou rond muni d'une charnière, propre à contenir un petit objet, avec un appendice, et un trou-rivet pour le suspendre au cou (p. 223, Jig. V).
Bagues en bron{e ou en or. — Les anneaux et les bagues en bronze et en or faisaient partie du mobilier des galloromains du Bas-Poitou, témoins entre autres, les bagues en or du trésor du Veillon et celles des puits funéraires du Bernard. Pour ne parler que des nôtres, trois étaient en bronze ; des lignes en creux formaient sur la première les éléments d'un cachet; la deuxième avait un chaton en pâte de verre transparent ; la troisième était une bague à clef qui devait servir à ouvrir un écrin, peut-être un coflfret. Trois bagues en or se font remarquer par leurs intailles. Sur Tune sont gravées deux colombes, symbole du mariage, elle est à pâte
(i) Code de Théodose, ix-i6 de Malefic, leg. m.
(2) De medicamentis empericis, — Bulletin de la Soc. des antiq, de l'ouest, i« trim. de iSSg, p. i5.
(3) Bolland. 3* jan. — Vie de saint Eloi.
bleue ; les autres sont en jaspe. Un jaspe de nuance verdâtre, porte inscrit en creux le char du soleil, identique au quadrige des médailles ayant au revers la légende invicto soli. Un très-beau jaspe sanguin représente une Victoire ailée dans un quadrige, tenant d'une main une palme et de l'autre une couronne, avec les sigles S. M. au-dessous. Trouvée avant mon arrivée au Bernard, sur le terrain où j'ai fouillé depuis le sixième puits, elle entra aussitôt dans la collection de M. Parenteau qui a bien voulu m'en donner l'empreinte
Fig. I.
Clochette en bronze. — Il y avait sans doute en Gaule comme en Italie des sonnettes à main et des clochettes qu'on suspendait au cou des chevaux et des moutons (on les trouve sur des bas-reliefs), des clochettes-sonnettes
Redde pilam, sonet œs thermarum (Mart. L. XIV, épig. i63) ;
des clochettes fixées à l'ornement appelé spatalium que les femmes élégantes portaient à leur poignet (Tertullien leur disait avec une fine ironie : « Je ne sais pas si vos mains accoutumées à ce bracelet élégant pourront bien, au temps de la persécution, supporter le poids des chaînes. » De cultu fem. (L. IL c. i3), et, enfin, des clochettes de
sacrifice
Lanios indè accessam cum tintinnabulis (Plant. Pseud act. i. se. 3-ii2).
Je serais porté à penser que la clochette du Bernard appartenait à cette dernière catégorie. Une sonnette de ce genre a été recueillie dans le cimetière gallo-romain de Sérancourt, près Bourges, par M. le baron de Girardot^ de Nantes.
Fibules en bronze. — La fibule, au Bernard, est ou simple ou à plaque. La fibule simple est tantôt une épingle ronde, à tête hémisphérique (p. 211 , fi g. III), et tantôt une épingle à quadruple arête, terminée à la partie supérieure par une tête ovale (p. 228, fig. I). D'autres fois elle est à simple ressort d'où partent et Tardillon et la tige qui, en certains exemplaires, est arquée (p. loij fig. J). La fibule à plaque pleine est, ou ornementée de deux cercles concentriques avec un bouton au milieu, ou sillonnée de lignes verticales en creux avec filets en grènetis sur les bords (p. 22g j fig. III; p. îoij fig. 2) ; ou pointillée à jour en forme de rosace (p. i63, fig. 2).
L'une des épingles-fibule a une tige perlée, percée au milieu d'un trou, et dont les extrémités sont recourbées en pointes crochues. Les cimetières du Langon (Vendée) et de Rezé (Loire-Inférieure) en renfermaient de pareilles; seulement celle de Rezé dont M. Parenteau m'a envoyé le dessin, a trois perles saillantes en verre bleu qui en font une pièce de toilette assez curieuse [fig. I).
Fig; I.
Nous avons un autre objet qui est plus difficile à déterminer, c'est une sorte de croix ansée, avec un trou allongé dans le croisillon supérieur (p. 223, fig. IV) ; ce trou servait-il à la suspendre sur la poitrine, ou recevait-il un ruban passé dedans avec coquetterie, sorte de fantaisie que se permettaient volontiers les dames gallo-romaines ? Une épingle en bronze étamé, prise à Rezé, dont la figure suit, me ferait pencher pour ce dernier sentiment f/ig. IJ.
Fig. I.
Lunule en cuivre. — Parmi nos pièces de toilette la lunule est une des plus intéressantes. Elle était œnnue en Orient comme en Occident. En Judée, Dieu menace dans Isaïe (800 ans avant J.-C. ) d'ôter aux filles de Sion leurs lunules (i) ; c'est un ornement qu'elles portaient ou sur leur coiffure, ou à leur cou, ou sur leur vêtement (2). Ce bijou brillait encore sur la poitrine des femmes de la Palestine au temps de saint Jérôme. Cet illustre docteur en faisait alors un symbole de l'Eglise illuminée par Jésus-Christ, comme la lune tire son éclat du soleil (3). En dehors du peuple de Dieu, nous voyons les nations voisines de l'Araxe et de la Syrie adorer la luné, au dire de Strabon, et attacher une idée superstitieuse à son croissant (4). A Rome, le croissant en or, ou en ivoire, ornait le soulier du sénateur romain (5). Il figurait aussi sur la phalère (plaque de métal qui pendait au cou des personnes de distinction, et jusque sur les harnais de luxe).
La Suisse possède des lunules en pierre, en terre cuite et en bronze, fabriquées par les anciens helvètes, qu'on a rencontrées et à Nidau et dans la forêt de l'Ebersberg sur rirchel (canton de Berne) et aux environs de Soleure et
(i) In die illâ auferet Dominus... et lunulas [111-18J.
(2J Erant monilia corniculata instar lunœ, hsc^vel in capite, quasi diadema, vel in collo, vel in veste gcstabant. (Corncl. a lapide in Isaiam 111-18].
In Oriente mulieres de collo pensile ornamcntum gestabant, lunce crescentis cornua rcferens (Jahn. Bibl. arch.),
(3) Habent mulieres in lunae similitudinem, bullulas dependentes, quas nos ad Ecclesiae ornamenta transferimur, quse illuminatur sole justitiae (Hier. t. iv - 69).
(4) Dict. arch, et philolog. de la Bible y au mot lune. (3) Patricia clausit vestigia luna (id,).
dans le lac Léman. Ci-joint les gravures de deux lunules, Tune en terre cuite et l'autre en bronze, qu'on voit au Musée de Zurich, dont je dois le dessin à Tantiquaire de Boxberg (fig. 1, II).
Fig. I.
Fig. II.
— figS — Que la lunule en terre cuite et à pied servît d'oreiller au Gaulois de cette contrée, lorsqu'il voulait prendre son repos, comme quelques-uns le pensent, ou que placée sur un autel de gazon, elle fût pour lui Tobjet d'un culte, la chose est assez difficile à décider, mais il est aisé de comprendre que la lunule en bronze qui est munie d'un tissu de mailles, était un ornement fait pour être suspendu.
Dans la Gaule proprement dite, les druides avaient fait choix de la lunule, pour la placer au sommet de leur sceptre, comme on le voit dans un bas-relief découvert à Autun. Au Bernard, le diamètre de la lunule, y compris l'échancrure qui forme le croissant, est de o"o6 ; elle est percée d'un trou qui permettait, ou de la fixer à un sceptre (dans cette hypothèse elle aurait' appartenu à un chef druide), ou de la suspendre sur la poitrine au moyen d'un filigrane (p. 221, fig. /).
Pièces de monnaies. — Les pièces de monnaies qui suivent sont, à quelques exceptions près, recueillies dans nos sépultures. Elles vont du n' siècle avant J.-C., à Tetricus, deuxième moitié du ni* siècle de l'ère chrétienne.
Statère (Télectrunij à bas titre. — Au droit, tête d^Apollon ou de l'hercule gaulois tourné à droite (des chaînes auxquelles sont attachées des têtes de captifs, partent du sommet de la tête du dieu) ; au revers, cheval aijdrocéphale conduit par une Victoire, dont le corps se termine comme celui d'un insecte; au-dessous, la main qui sert de différent aux monnaies pictones. Plusieurs centaines de monnaies à ce type se sont trouvées au commencement et au milieu de notre siècle, et à Fontenay-le-Comte (aux Cabourdes de Saint-Thomas), et à Poitiers (rue de l'Industrie).
Autre statère en or, à bas titre. — Au droit, tête jeune et imberbe, à cheveux hérissés, profil à droite ; au revers, cheval libre galopant à droite ; au-dessus, trace d'un petit temple ou édicule ; au-dessous, restes d'une inscription.^ Un exemplaire de ce statère est sorti de la Boissière-des-Landes. M. Hucher a publié une monnaie analogue dans la Revue numismatique j provenant du lac de Grand-Lieu (anciennement du Poitou).
Petite monnaie gauloise en argent, sur laquelle est gravé un X.
Monnaie gauloise en bronze, de petit module, de fabrication pictone. — Au droit, tête d'Apollon; au revers, cheval courant à droite.
Monnaie de Jérusalem. — C'est l'une de ces oboles que les gouverneurs romains frappèrent à Jérusalem, Hérode Antipas étant maître de la Judée, depuis l'an vi jusqu'à l'an XVII de notre ère, et qui sont rares même en Palestine. M. de Saulcy leur a consacré un article dans la Revue numismatique (année i853). Au droit, un épi avec la légende KAISAROS (César) ; au revers, un datier avec son fruit ; dans le champ, la lettre L. Les deux légendes se lisent : année de César (M. Parenteau).
Monnaie consulaire de Cassius en argent. — Au droit , IMP. C. CASSIUS ; au revers, un portique.
Monnaies d'Auguste et de sa famille. — Sept bronzes d'Auguste, dont l'un frappé à Nîmes. Au droit, tête d'Auguste et d' Agrippa ; au revers , crocodile enchaîné sous un palmier; cinq au revers de l'autel de Lyon; le septième est l'apothéose du prince.
— 3oo —
Cinq bronzes de Tibère (de 14 à 37 de J.-C), au revers de Tautel de Lyon.
Un moyen bronze de Caligula (de 37 à 41 de J.-C.)
Quatre bronzes et un aureus de Néron (de 5 1 à 68 de J.-C.). Revers d'un premier bronze, un temple ; d'un second, l'empereur sous la forme d'Apollon jouant de la lyre ; au droit de l'aureus, NERO CiESAR AVGVSTVS, au revers, JVPITER CVSTOS.
Monnaies de la famille Flavienne. — Un grand bronze de Vespasien (de 69 à 79 de J.-C). Au revers, deux captifs sous un palmier, avec la légende^ JVDEA CAPTA.
Trois moyens bronzes de Domitien (de 81 à 96 de J.-C). Au revers. Mars debout appuyé sur sa lance.
Bronze de Julie, fille de Titus, avec la légende JVLIA AVGVSTA TITI FIL.
Monnaies des Antonins. — Vingt-cinq bronzes de Trajan (de 96 à 1 17 de J.-C). Premier revers, l'empereur assis sur une estrade, quatre figures debout à ses pieds ; deuxième, femme assise, tenant un olivier de la main droite ; troisième, femme assise au pied d'un trophée; quatrième, Victoire ailée, devant un trophée militaire ; cinquième. Victoire ailée, s'appuyant sur un trophée, où est inscrit VIC DAC, avec la légende, OPTIMO PRINCIPI. — Denier d'argent du même prince. Au droit, IMP. TRAIANVS AVG. GER. DAC P. M. ; au revers, OPTIMO PRINCIPI COS. V. P. P.
Soixante-quinze bronzes d'Adrien (de 117 à i38deJ.-C). — Revers et légendes de quelques-uns : femme assise, JVSTITIA AVG. COS. III. P.P.; en bas, CONCORDIA;— femme debout, tenant épi dans une main, patère dans l'autre,
— 3oi —
FIDES PVBLICA ; — femme debout, tenant une come d'abondance ; à sa gauche une petite fille, à sa droite un petit garçon la palme à la main, HILARITAS AVG. ;
— Une galère, FELICITAS AVG. COS. III. P. P. ; — Victoire debout, écrivant sur un bouclier; — l'empereur debout, relevant un captif; — femme assise, tenant une corne d'abondance d'une main et de l'autre un gouvernail , FORT. AVG. ; — femme assise sur un bouclier, tenant une corne d'abondance d'une main et de l'autre une Victoire ; — la Mauritanie debout, la main sur le mors d'un cheval, MAVRITANIA ; — l'empereur et l'impératrice debout et se donnant la main, CONCORDIA; — personnage debout, tenant une haste, iETERNITAS.
Deux bronzes de Sabine (épouse d'Adrien). — Revers, femme debout, corne d'abondance dans une main et une couronne dans l'autre, CONCORDIA.
Vingt-sept bronzes d'Antonin le Pieux (de i38 à i6i), dont voici quelques revers et quelques légendes : Cérès assise, une corne d'abondance dans une main et laissant tomber de l'autre des épis dans un modiuSy TR. POT. XV ; en bas, ANNONA ; — femme debout, une come d'abondance dans une main et dans l'autre une patère, LIBERALITAS AVGVSTORVM ; — Pallas casquée, tenant la lance d'une main, le rameau d'olivier de l'autre, à ses pieds le bouclier ;
— femme debout, le sceptre dans une main et dans l'autre une patère, sacrifiant sur un autel, SALVS, AVG. COS. IIII ;
— femme debout, LIBERTAS ; — un bige ; — l'empereur dans un quadrige ; — frontispice à quatre colonnes d'un temple ; — temple octostyle ; au milieu, deux personnages sur un piédestal, iEDIS DIVI AVG. RES ; en bas.
COS. III ; — apothéose du prince, avec la légende DIVO PIO.
Douze bronzes de Faustine mère (épouse d'Antonin le Pieux). — Tous frappés après sa mort, ils portent au droit, DIVA FAVSTINA. Revers de plusieurs, Timpératrice assise, la haste dans une main et un paon dans Fautre, iETERNITAS.
Quarante-deux bronzes de Marc-Aurèle (de i6i à i8o de J.-C). — Différents revers : guerrier debout, enchaîné à un trophée, enfant assis et pleurant, GERM. ARM. IMP. VI. COS. III ; — personnage assis, haste dans une main, Victoire ailée dans Fautre ; — Victoire ailée, debout, profil à gauche, couronne dans la main droite, JOVI STATORI. IMP. III. COS. III ; — Victoh-e ailée, debout, profil à droite, portant un trophée, esclave à ses pieds, VICT. AVG. TR. P. XVIII; — un temple ; au milieu, sur un socle, entre quatre colonnes, statue de la Victoire, FELIC. AVG. ; — femme debout, tenant une corne d'abondance d'une main et une balance de Fautre, IMP. VIII ; — femme debout sacrifiant, une lance dans une main et dans Fautre une patère que flaire un serpent qui enlace Fautel de ses anneaux, SALVS AVG. COS. III ; — Fempereur debout, sacrifiant, VOTA AVG- COS. II ; — Jupiter assis, lançant ses foudres de la main droite ; — Mars casqué, armé d'une lance, un bouclier à ses pieds ; — Fempereur debout, relevant un esclave. (Ce bronze porte au droit une double entaille de o'°oo2 environ, faite avec un emporte-pièce.)
Dix-huit grands bronzes de Faustine la Jeune (épouse de Marc-Aurèle). — Parmi les revers j'en citerai neuf : Pallas armée de sa lance; — femme debout, distribuant des
largesses ; — Timpératrice debout, ayant dans un exemplaire, deux enfants à son cou et deux à ses pieds, et dans un autre, quatre à ses pieds, avec deux dans ses bras ; — Vénus debout, tenant un enfant sur son bras gauche, VENERI GENITRICI ; — Junon debout, sceptre dans une main, patère dans l'autre, un paon à ses pieds ; — Gérés assise sur un escabeau, une corne d'abondance et des épis dans ses mains ; — apothéose de la princesse au revers de trois bronzes ; enveloppée dans son voile flottant , elle est emportée au ciel par un aigle aux ailes éployées.
Dix-sept bronzes de Lucius Verus (beau-frère de Marc- Aurèle). — Sur un premier revers, Verus et Marc-Aurèle debout, se donnant la main, CONCORDIA AVGVSTO- RVM ; — sur un second, femme assise, tenant un gouvernail, en bas FORT. RED. ; — sur plusieurs autres, Victoire ailée, ou écrivant sur un trophée, ou tenant soit une palme, soit une couronne. Deux bronzes furent frappés à l'occasion de son apothéose ; au revers du premier, un bûcher, avec la légende CONSECRATIO ; au revers du deuxième, aigle aux ailes éployées, sur un globe.
Onze bronzes de Lucille (épouse de Lucius Verus). — Sur quelques revers : Vénus debout, un globe dans une main et un sceptre dans l'autre ; — femme debout, sacrifiant, la patère à la main; — femme debout, tenant une corne d'abondance d'une main et de l'autre une couronne, FELICITAS ; — femme assise, une corne d'abondance dans une main et dans l'autre xme statuette, JVNONI LVCINiE.
Trente bronzes de Gommode (de 1 80 à 192 de J.-C.). — Sur un revers : l'empereur, sous la forme d'Hercule, la
— 3o4 — main droite sur la tête, et la gauche posée sur une colonne ;
— sur un autre, Victoire tenant un bouclier, assise sur un trophée d'armes ; sur un troisième, l'empereur debout, en face de son fils, PIETAS AVGVSTORVM.
Deux bronzes de Crispine (épouse de Commode). — Au droit du premier, CRISPINA AVGVSTA ; au droit du second, CRISPINA AVG. COMMOD. AVG. VX. Les revers sont la répétition de ceux mentionnés plus haut.
Monnaies de quelques empereurs après les Antonins. — Six bronzes de Septime-Sévère (de 194 à 211 de J.-C). Au revers du premier, la déesse Rome ; du deuxième, une femme debout, tenant le caducée d'une main et de l'autre une corne d'abondance. DIVI M. PII. F. P. M. TR. P. III. COS. II. ; — etc..
Bronze de Caracalla (de 211 à 217 de J.-C). — Il est d'une belle conservation. Au droit, M. AVR. ANTONINVS PIVS AVG. ; au revers , femme debout avec l'exergue LIBERTAS ; dans le champ à droite, une étoile.
Cinq bronzes d'Alexandre Sévère (de 222 à 235 de J.-C).
— Revers : Apollon debout, la main droite élevée, et tenant un globe de la main gauche, IMP. TR. P. XI. COS. III. P. M.;
— Mars casqué, une lance dans la main droite et un trophée militaire dans la gauche, P. M. TR. P. VI. COS. IL P.P. ; — l'empereur debout, une haste dans la main gauche, un globe dans la main droite, VIRTVS AVGVSTI.
Bronze de Philippe I (de 244 à 249 de J.-C). — Au droit, IMP. M. JVL. PHILIPPVS AVG. ; au revers, P. M. TR. P. III. P. P.
Un bronze de rOèce (de 249 à 25i de J.-C.) — Au droit, IMP. C. M. Q. TRAIANVSDECIVS. La tête de l'empereur est admirable de relief et de conservation.
Les moules enterre cuite qui portent les effigies de plusieurs princes du Haut-Empire, nous ont fourni deux deniers d'argent restés dans leurs alvéoles, l'un d'Antonin le Pieux et l'autre de Julie Mamée, mère d'Alexandre Sévère. — Au droit, JVLIA MAMŒA AVG.; au revers, Vénus, un sceptre à la main, un enfant à ses pieds, légende, VENVS GENITRIX.
Monnaies des empereurs entre Dèce et Aurélien. — J'en compte environ quarante. Ce sont de petits bronzes, dont quelques-uns saucés dans un bain d'argent, portent les noms de Gordien, de Posthume, de Trébonien, de Gallien, de son épouse Salonine, de Victorin, de Claude le Gothique et des dexix Tetricus, père et fils. Ces monnaies, sorties des petites fosses rondes, appartiennent à une époque tourmentée, où le métal n'avait ni la qualité ni le poids des bronzes de Dèce et de ses prédécesseurs (i). J'ajouterai quelevingt-et-unième puits ayant donné plus de cent monnaies de bronze jaune-or, j'en ai soumis une à l'analyse ; en voici le résultat :
Zinc 4 00
Etain o 20
Cuivre. ... gS 70
Fer o 10
Total.. . 100 00 (Bertault, pharmacien-chimiste).
(i) Vingt broiues des Antonins ont pesé 5oo grammes, le poids de vingt pièces de cinq francs; tandis que vingt bronzes des empereurs dits les trente tyrans n'atteignent que le poids de cinquante grammes.
Il est facile, d'après cela, de se rendre compte de la différence qu'il y a entre le cuivre jaune ancien et le cuivre jaune moderne.
Quelle que soit la valeur de ces monnaies, elles intéressent la numismatique et Thistoire. La présence, au Bernard, de bronzes et de statères gaulois n'a rien qui étonne ; il n'en est pas de même de l'obole de Jérusalem frappée à la fin du règne d'Auguste, ou au commencement de celui de Tibère.
Quant aux bronzes romains, les médailles coloniales nous rappellent avec la bataille d'Actium, qui décida du sort de l'empire, le souvenir de l'atelier monétaire de Nîmes , l'un des plus renommés après la conquête ; et le revers à l'autel de Lyon, celui de l'Assemblée générale tenue dans cette ville, à laquelle les soixante-dix principales cités de la Gaule envoyèrent leurs députés pour accepter Rome et Auguste comme divinités tutélaires, et inaugurèrent en leur honneur un temple magnifique au confluent du Rhône et de la Saône. Si on en excepte Claude, le persécuteur des druides, Galba, Othon, Vitellius, Titus, Pertinax, Héliogabale et Maximîn, qui ne firent que passer sur la scène du monde , tous les empereurs, depuis Auguste jusqu'à Aurélien exclusivement, et six princesses et impératrices figurent dans la nécropole du Bernard; les Antonins y sont les plus nombreux. Le poids des pièces n'est pas toujours le même et la rondeur laisse à désirer ; à part cela, elles l'emportent sur le billon d'aujourd'hui, et par le relief des figures au droit, et au revers par la variété des sujets qui souvent, rappellent au numismate les victoires et les faits les plus saillants de la vie des empereurs. Il y a plus, elles servent de jalons pour l'histoire locale du Talmondais dans les premiers siècles de notre ère.
S'arrêtant à Tan 278 de J.-C.^ il semble qu'elles indiquent non-seulement le changement de rite dans les sépultures, mais encore la destruction de la villa elle-même. Tout le monde sait que ce fut Tépoque où, d'après Trebellius, PollionetVopisque, les Liguriens, les Francs, les Burgondes et les Vandales fondirent subitement sur les cités et les châteaux des Gaulois, et ravagèrent la Gaule entière jusqu'à ce que Probus les eût repoussés au-delà du Rhin, en 277 (i ). Notre région de l'ouest, riveraine de l'Océan , fiit-elle comprise dans ce désastre affreux dont parlent les historiens ? Il y a lieu de le croire. « Règle générale, dit M. Benjamin Fillon, toutes les fois que les enfouissements de monnaies d'une période quelconque se rencontrent fréquemment dans une même contrée, on peut être assuré qu'elle a été la victime de quelque grande catastrophe à l'époque indiquée par la nature des pièces formant ces dépôts. C'est à l'histoire à mettre à profit ces indications, et à suppléer, avec leur secours, à l'absence de documents écrits , du moment où on aura trouvé le secret de les faire parler (2). » Or, non-seulement les monnaies des sépultures les plus rapprochées de nous s'arrêtent aux Tetricus, mais il en est ainsi des dépôts proprement dits, confiés à la terre en dehors des cimetières que le hasard a fait découvrir depuis quelques années, savoir : dans le Talmondais : à Olonne, au Port-Juré, commune du Château, au Veillon, en Saint-Hilaire-de-Talmont, à la Touche de Longeville, à Saint-Benoît-sur-Mer, à Curzon, et par delà
(i) Subita irruptione Germanorum... — Qukm per omnes gallias vagarentur. — Ammien MarcelUn L. XV. 5. Dont Bouquet, t. i, p. 339-542. — M"« de Lézardière, Théorie des Lois politiques de la Monarchie française, t. i, p. 275.
(2] Poitou et Vendée.
— Sosie Lay : à Saint-Martin-Lars, au Langon, au Mazeau près Benêt, et jusque dans l'île de Ré. Ces divers dépôts formant un total d'au moins 70,000 pièces, supposent une invasion et en fixent l'époque entre les règnes de Tetricus et d'Aurélien, puisque la dernière date des médailles qui les composent correspondant à celle donnée par nos puits, ne va pas plus loin.
Poignée en bron{e d'un coffret. — Si je reviens sur la poignée en bronze, à deux tiges crochues, du troisième puits, c'est moins pour faire remarquer le travail artistique dont elle fut l'objet (elle est cerclée au milieu de trois anneaux en tire-bouchons, en partie perlés), que parce qu'en dessous des feuilles qui font l'office de mains, elle porte l'empreinte d'une soudure (p. 37, fig. 2). M. Berthault, à qui elle a été soumise, s'est exprimé ainsi à son sujet : « La soudure est assez mal faite, parce que les anciens ne connaissaient j)eut-élre pas la manière de décaper les métaux par les chlorures d'ammoniaque et de zinc. La soudure qui a été employée, et qui adhère encore en certains points, est analogue à celle qui sert aujourd'hui à nos plombiers, c'est-à-dire un alliage de plomb et d'étain. »
A Neuville (Seine-Inférieure), M. Girardin a trouvé que l'alliage était, à l'époque romaine, dans les proportions suivantes (i) :
Etain. . . . 68 88 Plomb. . . 3i 12
Total.. . 100 »
i) La Normandie souterraine, p. 80.
Inutile de rappeler que la soudure et rétamage sont, au dire de Pline, une invention gauloise (i).
Trompettes en bronze. — Au tintement léger de la clochette des sacrifices , venaient se joindre , dans les obsèques des anciens , les sons plus aigus et plus éclatants des trompettes appelées pour cela par Varron, tibicines sacrorum {l. v- 1 17), Perse faisait appel, pour un gourmand qui se mourait , aux trompettes et aux cierges, Hinc tubœ, candelœ (sat. m- io3). Pétrone les invoquait à son tour, pour un homme tombé en léthargie, ad tibicines mittas (sat. parag. 129). La trompette descendit-elle dans deux de nos puits funéraires, lorsque son joueur eut fait retentir les échos de son dernier taratantara, pour parler comme Ennius,
At tuba terribili sonitu taratantara dixit. (Ap. serv. ad Œn. ix-5o3],
OU le mort était-il lui-même, à deux fois différentes, l'un des joueurs de cet instrument, c'est-à-dire un barde de la villa ? Chaque trompette , quoique en bon état de conservation, étant dépourvue intentionnellement de son pavillon, j'inclinerais pour cette seconde hypothèse. Condamnée à partager le sort de son maître, elle était, dans ce cas, brisée en signe de douleur.
Vases en cuivre. — Les vases en cuivre sont sortis au nombre de six des sépultures du Bernard , savoir : un seau d'une seule feuille, dont les extrémités sont reliées ensemble par des clous ; une chaudière à anse mobile ; une buire à
(0 Plumhum album incoquitur Œreis operibus galliarum inventa (H. N. L. XXX IV. C.48).
— 3to —
une anse, d'un beau galbe; la partie inférieure d'une aiguière ; une aiguière entière, en cuivre jaune coulé, à une anse terminée par une feuille, ayant à la base trois cercles en relief circonscrits autour d'un point central; un bidonampoule en bronze dont la cassolette en potin (elle rappelle celle de l'un des puits funéraires de Gien qui contenait des cendres humaines) a pour récipient un fond en cuivre duquel se détachent , de chaque côté , des plaques artistement découpées qui se convertissent, un peu plus haut, en oreilles, en anneaux mobiles, dans lesquels est emmanchée une anse à têtes de serpents, ornée de feuilles et d'une fleur épanouie, et un goulot au rebord cerclé de raies, formé par une lame aussi de cuivre, et scellé à l'intérieur avec du plomb (p. 32, fig. 2).
Les vases en cuivre sont assez rares dans les tombeaux , puisque M. l'abbé Cochet qui connaît par cœur sa Normandie souterraine, n'en cite qu'un, celui de Monville.
Objets en bois. — Les principaux sont le baril, le cercueil, la corbeille, le fuseau, le moyeu, le peigne, la porte, la quenouille, le seau et la seille, la statue, la tablette, le treuil et le vase à boire.
BariL — Le baril , d'après Palladius, était utilisé pour le poiré , breuvage en vogue à l'époque gallo-romaine, vel in cupellisy (Pira) vel in vasculis fictilibus picatis condiuntur (L. m. C. 25).
Cercueil. — Tous les cercueils dans les troncs d'arbres trouvés jusqu'ici dans les tombeaux ont cela de particulier, il paraît que pas un n'a été scié, mais que tous portent l'empreinte de la hache ; tel est celui du Bernard (p. 45,/^. 2).
— 3ii —
C'est peut-être le plus ancien qui ait été retiré des cimetières ; ceux de la Normandie, de la Souabe et du Danemark sont contemporains des rois Mérovingiens; celui attribué à la période britanno-romaine, par M. Thomas Wright, ne remonte pas au-delà du v* siècle (i).
Corbeille. — En Egypte, les corbeilles des tombeaux pharaoniques étaient tressées avec beaucoup d'art, au rapport de M. Frédéric Cailliaud (2). Il en est de même de celles de nos puits funéraires. Les premières étaient remplies de raisins, d'oignons, d'oeufs, d'orge, de froment, de petits pains et de gâteaux, de peignes, de miroirs et d'autres objets de toilette ; les nôtres contenaient quelquefois des glumelles et des barbes de blé, des huîtres non ouvertes et des escargots, mais, le plus souvent, de la résine de pin.
Fuseau. — Plus longs que les fuseaux ordinaires ( j'en excepte les fuseaux dits fuseaux bretons), ceux de nos puits ont de o'^iS à 20 de longueur ; ils sont en buis et viroles de stries f/ig. IJ. Les fuseaux ont été de tous les temps;
Fig. I.
les hypogées d'Egypte, particulièrement celle de Gouraach, en ont fourni un grand nombre^(3).
(i) L'abbé Cochet, la Norm, souter. p. 80.
(2) Voyage à Méroé, t. i, p. 258~2$4.
(3) Voyage à Méroé, 1. 1, p. 261.
Accompagnement du fuseau, la thie a échappé à mes recherches, mais j'en possède une en bronze prise dans les débris de la villa d'Angles^ (à 8 kilomètres de nos fouilles), dont la gravure suit (fig. IJ.
Moyeu. — Au lieu des quatre rayons attribués par Pline aux moyeux des chars romains (i), le moyeu du sixième puits en avait dix. Il était engagé à ses extrémités, entre le lien ou la frette, et la boîte ou la crapaudine. L'ouvertxire de la boîte étant de o"i6 (celle des moyeux modernes de nos cabriolets n'est que de o"ii ou de o"i2), Tessieu ne pouvait être qu'en bois et les crapaudines étaient vissées, non en dedans, mais en dehors. Tels étaient, en eflFet, les chars gallo-romains qui sont à peu près introuvables.
Peigne. — Notre peigne en bois a une rangée de dents clair-semées (c'est le raruspecten de Plaute-Capt. 1 1. 2-18), et une rangée de dents fines (c'est le denso dente de Tibulle- Eleg. ix-68). Pièce indispensable à la toilette pendant la vie, le peigne, quelquefois, suivait le mort jusque dans la tombe. L'Egypte en a fourni au Musée de Nantes, les tumulus de l'Angleterre et du Danemarck, à ceux de Londres et de Copenhague, la Normandie à celui de Rouen. Le peigne en
(i) Apparent et rotas, appellatœ à simili tudine, quatemis distincts radiis modulis earum oculis duobus utrinquè claudentibus. {Jd. N. L. IX«3).
bois était employé, même à Rome, aussi bien que le peigne en ivoire, par les femmes du grand monde, témoin celle dont Ovide parle en ces termes :
S«pè Cytoriaco (2) deducit pectine crines. (Met. iv. 211).
Porte. — Une porte gallo-romaine, en bois (Janua), est un objet aussi curieux qu'il est rare. Celle du Bernard fut dessinée le jour même de son extraction, avant que le contact de Tair lui eût enlevé sa physionomie. On y voit les montants (scqpijj les traverses (compagines)y et les panneaux (iympana). Elle est composée de douelles de o^iy chacune, jointes les unes aux autres au moyen de languettes et de rainures, masquées, sur la face extérieure, par une baguette méplate de o"o6, appelée couvre-joint à cause de la fonction qu'elle remplit. Cet assemblage a cela de particulier que les rainures n'ont qu'une joue qui se trouve à l'intérieur, la seconde étant remplacée, sur l'autre face, par le couvre-joint. Chaque douelle forme un panneau qui a pour ornementation, avec le couvre-joint, un petit talon poussé de chaque côté de la baguette , ce qui donne à la porte un aspect tout à la fois simple et sévère. Les panneaux étant épais et d'une seule largeur sont d'une grande solidité. Ceux de nos portes modernes ont une force de cohésion moins grande et sont susceptibles de se disjoindre plus facilement, parce que chaque panneau est composé généralement de plusieurs douelles assemblées avec des rainures à double joue. Cette porte était une porte de maison de maître (p. iSOjfig. /).
(2} Le bois de Cytore, en Paphlagonie, était recherché pour les peignes.
— 3i4 — Quenouille. — Si la rouelle percée de trous et à cul-delampe du troisième puits (p. 36jfig. 2) doit porter le nom de quenouille, il est à présumer que c'est la quenouille dite égyptienne dont on voit un exemplaire au Musée britannique (i), qui se sera naturalisée en Italie et en Gaule sous les Antonins. Ce qui tendrait à le prouver, c'est que les artistes de la Renaissance , qui empruntèrent la plupart de leurs types à cette période, sculptèrent, au xvi' siècle, la quenouille en cette même forme (fig. IJy comme on peut le voir dans
Fig. I.
l'ouvrage si remarquable intitulé : Les Arts au Moyen- Age et à l'époque de la Renaissance, par M. Paul Lacroix, p. 22.
Seau et seille. — La hauteur de nos seaux funéraires varie entre o*25 et 40. Munis de douelles (le nombre va de six à dix) de o"oi à 2 d'épaisseur, ils étaient d'une solidité à toute épreuve. Leur anse à boutons était ou ronde ou cannelée.
(i] Dict, éêsAnt. rtm^i tu mot CiOêiê,
— 3tîî —
Moins hauts que les seaux ^ les baquets et les seilles ont ordinairement le même diamètre à l'ouverture qu'à la base. L'un d'eux est d'une seule feuille roulée en cône comme nos doubles décalitres ; une autre pose sur trois pieds qui ne sont que le prolongement de trois douves taillées à cette intention. Contrairement à ceux d'Égpyte et à quelques seaux romains à fond pointu^ connus sous le nom de situla, ceux de la Gaule que nous connaissons sont à fond plat.
L'origine des seaux et des baquets remonte à une période inconnue ; l'archéologie les retrouve à Babylone, à Ninive, à Athènes et en Egypte, principalement dans les tombeaux. A quel usage pouvaient-ils y être employés ? Caylus, dans son Recueil d'Antiquités, mentionne comme vase à eau lustrale, un seau en bronze romain. Il remplissait aussi le même office en Grèce, à la maison mortuaire (i). Le bénitier portatif dei chrétiens a la même attribution. D'un autre côté , les seaux portés par deux gauloises dans des bas-reliefs de Langres et de Dijon , sont chargés de mets pour les défunts ; celui de Caudebec , recueilli par M. l'abbé Cochet , contenait une écuelle et une tétine, c'est-à-dire des provisions pour le grand voyage. L'un de ceux du Bernard renfermait des batraciens et des escargots, et un grand baquet, cinq vases, des huîtres et d'autres provisions. Enfin, des objets symboliques, tels que : pomme de pin et chat-huant, gisaient au fond de deux de nos seaux, d'où je conclus que ces récipients en bois pouvaient servir à plusieurs fins.
(i) Guhl etKoneri la Vie des Grecs et desRomainSy 1. 1, p. 3oo. Traduction inédite d'Ida de Boxberg.
Statue. — Au premîer rang des objets en boîs est la statue ou mieux la statuette de chêne, à teinte noire^ du vingtième puits, haute de o"5 1 , représentant une déesse-mère voilée, assise sur un escabeau, tenant sur ses genoux un enfant qui se brisa en plusieurs morceaux au moment de son extraction. Comme les belles statues antiques, la tête de la nôtre forme un angle de 90 degrés. Pour rencontrer une divinité ayant ce type, il faut se transporter dans TAllier. Pendant longtemps M. Tudot n'y avait trouvé que des déesses assises dans des fauteuils, allaitant un ou deux enfants, qu'il regardait « comme des divinités protectrices de la maternité appartenant spécialement à la Gaule. » Or, voici qu'un jour une fouille pratiquée dans le champ Lary, lui fournit une déesse avec enfant accusant, par sa forme, plutôt la vierge que la femme mariée. Cependant elle n'était point voilée. Étonné de sa découverte, il lui consacra une place dans la planche 28* de son ouvrage sur les Figurines, avec ce titre : Type inconnu jusqu'à présent, et il l'accompagna de la note suivante : « Des archéologues ont voulu reporter au moyen-âge la date de la fabrication de cette statuette, et en faire une Vierge Marie. Ayant découvert nous-même les figurines représentées dans cette planche, ainsi que les fi-agments du moule dont elles sont tirées, nous pouvons garantir l'authenticité des pièces, et nous les plaçons avec les statuettes de l'époque gauloise. »
Il ne pouvait rien dire de plus ; il fallait un nouveau fait plus caractéristique pour expliquer ce mystère. Le type des Vierges noires du xii* siècle remonterait-il jusqu'à l'époque gallo-romaine ? Telle eut été la question s'il eut osé la faire. Aujourd'hui on peut la poser hardiment et la résoudre au
-3i7moyen de la statue de notre vingtième puits. D'abord, l'attitude du personnage, son expression, son voile, le style du travail dénotent une vierge dans le genre de celles que la sculpture romane produisit plus tard. En second lieu, elle est du commencement du ni* siècle, comme le prouve le puits à incinération , scellé par 4° de blocage maçonné , au fond duquel elle gisait, à iS" de profondeur, avec des vases de façon romaine, en terre rouge sigillée, tels qu'une patère portant la marque du plasticien MARIANVS, et une coupe à relief où figurent deux personnages, dont l'un vêtu du costume national de la Gaule.
« Cette représentation en bois de la déesse-mère, m'a écrit à ce sujet M. Benjamin Fillon, est l'une des plus importantes et des plus curieuses qui aient été exhumées jusqu'ici du sol de la France. Quoique mutilée, elle donne une idée très-nette du type sacramentel de ces images, qui ont évidemment servi de prototypes aux représentations de la Vierge, telles que les avaient conçues les artistes des xi« et xii* siècles. »
Afin de constater cette filiation d'une manière irrécusable, le savant auteur de VArt de terre che{ les Poitevins m'a expédié la gravure de la Vierge en ivoire de la célèbre abbaye d'Ourscamps , conservée aujourd'hui dans son cabinet, qui est aussi elle, en son genre, l'une des œuvres les plus' caractéristiques du règne de Philippe-Auguste.
« Après avoir comparé entre elles la statuette du III* siècle du Bernard et celle du commencement du XIII* venue d'Ourscamps, on comprendra très-bien, me dit M. Fillon, que, à une époque où les lois de l'archéologie gallo-romaine n'étaient pas encore formulées.
on ait cru avoir découvert une figure de la Vierge d'une haute antiquité, en trouvant simplement une déesse-mère analogue à la vôtre (^g. IJ » .
Fig. I.
Tablette. — La tablette du seizième puits se composait d'un panneau renfoncé pour recevoir la cire, d'un cadre plat, à arête intérieure adoucie en chanfrein, et d'un appendice à la partie supérieure pour le suspendre. Une tablette de même forme est inscrite en relief sur une stèle exhumée à Âlléau et déposée au musée de Bourges. On y voit un jeune scribe du nom de Priscus (PRISCVS SCRIBA), avec les attributs
de sa profession, un style et une tablette au rebord en saillie (i).
Treuil. — Le septième puits comptait parmi son mobilier, la pioche avec laquelle on l'avait creusé ; le treizième , le marteau des mineurs employé au même usage ; le vingtdeuxième nous a fait connaître l'appareil en bois à Paide duquel on soulevait les matériaux pouf les hisser en dehors du lieu marqué pour Tenfouissement. Cette pièce exceptionnelle se composait d'un axe en bois reliant deux roues à main en bois, munies chacune d'une double manivelle, sorte de queues arrondies aussi en bois , adhérentes aux roues. Ces roues , placées verticalement dans le sens inverse de l'axe , étaient denticulées, et c'est dans les échancrures des denticules que les ais formant le tambour étaient fixés, pour plus de solidité, au moyen de clous en fer, à tête plate et large, dont quelques-uns existeQt encore.
Vases à boire. — Comme on donnait à manger et à boire aux morts, les vases à boire en bois avaient leur raison d'être dans nos sépultures. Tels étaient : le coco, la coupe en hêtre, la coupe à patte, la gamelle et le pichet.
Coco. — La présence du vase à boire fait avec la moitié d'une enveloppe de coco est peut-être un fait unique daqs l'histoire des nécropoles gallo-romaines. Pour couper court aux objections qu'il pourrait soulever, je transcris ici la note que me donna, à son sujet, en février iSSg, le savant M. Cardin : « Le coco était connu des Grecs et des Romains. Il est décrit par Théophraste sous le nom de Kolx et
(ij Congres 4rc*, 4€ FrmKê, xixv* M6|.| p. 64.
Koukiqphorum dendron (Hist. pi. iv — 2-7-1 i-6-io), il Test aussi par Pline (L. xiii — 9). Ce nom, du reste, paraît être étranger à Tlnde ; aucun des noms sanscrits de cet arbre ne lui correspond. II est probable qu'il a été apporté de TÉgypte dans TArchipel par les Arabes (voir Lassen. Archéologie indienne, t. i. p. 167). Le nom sanscrit est Marikela ou Kera; on dit aussi Langalin (Amarakocha, C. 11 — 14-524). De Marikela est dérivé Tarabe Margil (voir Gildneister, script, arab. de rébus indicis, p. 36.) » Livré au commerce, le coco pouvait arriver sur nos côtes par Marseille qui , par ses flottes, communiquait avec la Phénicie, l'Arabie, TÉgypte et les îles (voir Strabon, 1. n. p. 192 — 1. rv. p. 296. — Traduction de M. Tardieu).
Coupe en hêtre. — TibuUe fait du gobelet de hêtre le symbole des temps heureux où les hommes, vivant à peu de frais et se contentant de leur sort, goûtaient les bienfaits d'une paix étemelle ; on le plaçait alors sur la table à manger :
Nec bella fuerunt
Faginus astabat quùm scypkus ante dapes (L. I. Eleg. loj.
Ce fut dans un des vases de cette essence de bois que Philémon et Beaucis servirent le vin à Jupiter et à Mercure.
Fabricataque /d^
PocuU; qua cava sunti flaventibus illita ceris (Ovid. Fast. vr — 59-60].
Mais rejeté peu à peu par les riches, il fut relégué dans les temples et au sein des tombeaux, et reçut pour cela Tépithète de sacré.
Et sacer ut Bacchum référât scjrphus (Valer. Flacc. Argau. 1. u — 272}.
Il perdit jusqu'à son nom générique de poculum, pour prendre, avec Virgile, Pline et Valerius Flaccus , celui de sçyphuSj mot emprunté au grec, qui n'était pas du goût de Macrobe (Saturn. L. iv — 21. — Cet écrivain en fait Tattribut d'Hercule , tandis que Valerius le met entre les mains de Bacchus). Le gobelet en hêtre du sixième puits était dans le compartiment de la femme.
Coupe à patte. — La petite coupe caliciforme en buis du huitième enfouissement (p. 82, Jig. 3) a la hauteur et la forme de nos coquetiers. Cette forme se retrouve, mais dans des proportions plus grandes , dans l'un des verres qu'ime peinture de Pompéi nous montre rangés sur l'un de ces plateaux que Cicéron, à cause de son usage, appelle potionis scutella (Tusc. ni — 19).
Gamelle. — La gamelle en bois dont nous avons un premier exemplaire dans le troisième puits, et un second dans le treizième, servait, au dire de Pétrone, comme vase à boire etdans le commerce de la vie, et dans les sacrifices (Satiricon, 64 et i35). D'après Ovide, elle pouvait remplacer la coupe pour boire le lait couleur de neige, et le vin cuit à la teinte empourprée,
Tune licet| apposltâ| veluti cratère, camelldj
Lac niveum potes, purpureamque sapam (Faust, vr — 779).
Pichet. — Il a cela de particulier, que si nos gamelles
en bois sont le type des gamelles modernes, lui aussi a été
employé de temps hnmémorial dans le Bas-Poitou, pour
transvaser le moût à l'époque des vendanges, et en savourer
la liqueur quelques semaines après, au pied des tonneaux
en ébullition.
Objets en os travaillés. — Au nombre des objets en os travaillés, je remarque Taiguille ou le passe-lien au chas allongé; l'andouiller de cerf ayant servi d'outil, ou mxini d'une entaille et d'un trou pour être suspendu à la ceinture , usage propre aux gaulois ; la broche-épinglç à tête conique ou à diamant , souvent ornementée d'imbrications en losanges ou de viroles en relief, que les femmes portaient à Rome dans leur chevelure (i), et qu'on recueille dans les cimetières gallo-romains de la Normandie et du Poitou et jusque dans les tumulus de la Grande-Bretagne et du Danemarck; la cuiller à parfiim citée plusieurs fois par M. l'abbé Cochet; l'épissoir avec trou de suspension, qui semble inconnu au savant confrère, et dont on a eu besoin dans tous les temps pour xmir ensemble les fils ou torons d'un cordage ou. d'une corde avec une autre (p. ii3 y fig. 2).
Le sifflet des morts et la tessère sont deux objets qui méritent une mention à part.
Sifflet des morts. — Nous appelons sifflets des morts des tubes d'os ronds et polis d'animavuc, percés en cylindre dans toute leur longueur, et ordinairement aussi sur le flanc, d'un trou dans le genre de celui des flûtes, ce qui leur a fait donner, en quelques endroits, le nom de morceaux de flûte. Il y a quelques variétés dans ces sifflets. Outre qu'ils sont plus ou moins gros> suivant le
(1} Unum de toto peccaverat orbe coma^xm
Ânnulus, incertA non benè fixus acu. (Mart ép. 1 1 — 607].
Tenuia ne madidi violant bombycina crineSi
Figet acus tortas, sustineatque cornes. (Mart. xnr — 24].
volvime de Tos de ranimai avec lequel ils furent fabriqués, les uns sont unis, et les autres ornés d'une série de traits en creux (p. io6, fig. i). Quelques-uns n'ont pas de trou sur le flanc. Dans ce cas, pour faire rendre à l'instrument un sifflement aigu, il fallait boucher avec le pouce l'extrémité inférieure du tube. L'un des sifflets s'est présenté à nous avec un triple tampon fermant à dessein les trois trous. (Le même fait s'est reproduit à Rezé). Il s'en est rencontré qui n'étaient qu'à l'état d'ébauche. Dans un exemplaire, l'os, scié dans une longueur de o"i5, n'avait été que poli; dans deux autres, les trous-flûtes n'étaient que commencés et percés à moitié épaisseur, preuve qu'on les fabriquait sur place.
Rencontrés dans les anciennes nécropoles , ces tubes en os semblaient rappeler l'idée de barque, de fleuve et de lac à passer pour l'âme qui quitte ce monde, idée exprimée cent fois par les poètes de l'antiquité, et l'appel fait au nautonnier pour venir la recevoir aux limites extrêmes de la rive du temps ; mais voici un article de M. Beulé qui tend à détruire cette opinion (i):
« Dans une maison de Pompéi, dit-il, que M. Fiorelli (directeur des fouilles depuis 1860) a convertie en musée, on voit un coffre d'assez grande dimension qu'il a fait mouler, et dont la charnière a été une révélation. Tout le monde sait qu'on a recueilli à Pompéi des milliers de cylindres en os percés (tun ou deux trous. Les inventaires les désignaient comme des morceaux de flûte, et, en vérité, il fallait que tous les habitants eussent une passion désordonnée pour la
(i> Rame daDcux^Mondes (t. 87. •— 3* lÎTrabon. -« i^ juillet 1870).
musique, car Ton trouve de cts prétendus fragments de flûte dans chaque maison. Dans les tombeaux de la Grèce et de l'Italie, des cylindres semblables en ivoire ou en os ont été souvent ramassés par les explorateurs qui se contentaient de dire: « Morceaux de flûte! » Quelle n'a donc pas été la satisfaction de M. Fiorelli lorsqu'en faisant briser la carapace de cendre qui recouvrait le plâtre versé dans une cavité, il vit paraître l'empreinte d'un grand coffre , et ajustées sur le plâtre aussi exactement qu'elles l'avaient été sur l'original, la serrure en fer et les charnières en os qui avaient mieux résisté que le bois ! Oui, les morceaux de flûte étaient des charnières que les trous servaient à fixer ; si les tombeaux antiques en contiennent fréquemment , c'est que les objets précieux enterrés avec le mort étaient serrés dans des coffrets qui se sont réduits en poudre, tandis que les cylindres des charnières tombaient sur le sol et restaient sans explication. »
Devant un fait comme celui apporté par M. Fiorelli, il est difficile de nier qu'à Pompéi les cylindres en os percés d'un trou, n'aient servi , au moins quelquefois , de charnières à des coffrets ; mais nous ne croyons pas qu'on puisse inférer de là qu'ils n'ont jamais été employés à un autre usage. C'est ainsi qu'au Bernard on l'a toujours rencontré dans un milieu où il n'y avait ni ais, ni caisse funèbre ; il faisait ordinairement partie du mobilier renfermé dans des vases en terre ou dans les cachettes étroites et bien scellées qui les abritaient. J'ajoute que les hommes du métier m'ont affirmé que plusieurs de ceux que je possède n'ont, dans aucune circonstance, pu être employés comme charnières , vu leur longueur et l'absence du trou jugé nécessaire pour les fixer. Au reste, l'absence de serrures dans nos sépultures résout, à mon avis, la question.
au moîns pour le Bernard. Donc, jusqu'à plus ample information, je continuerai à donner à cet objet le nom de sifflet des morts.
Tessère. — Les tessères en os sont des rondelles sciées à la base du bois de cerf. Le Talmondais en possède qui appartiennent aux trois époques gallo-romaine, mérovingienne et de transition, preuve que la Gaule a imposé longtemps ses usages à ses vainqueurs. J'ai rencontré les premières au Bernard, elles son unies et sans ornements (p. 86, fig. 2) 'y les secondes aux Moutiers-les-Mauxfaits (fig. IJ, elles ont en creux les doubles cercles concentriques (i) avec globule au milieu (collection de M. Morinière, numismate); les troisièmes, au nombre de dix, à Curzon (rive gauche du Lay), elles sont chargées de sculptures en relief représentant des animaux, des masques humains ou des rosaces au dessin corrompu, accusant le xi* siècle
Fig. II.
Fig. I.
(i) Une tessère analogue est sortie d'une sépulture franque de Bouvtnes. — Bulletin de la Soc, desAntiq. de France, — 1872, p. 95, pi. n.
Il semble qu'il y ait entre ces tessères une filiation qu'il est utile de signaler.
Objets en cuir. — Un seul article est susceptible d'intéresser, c'est la chaussure.
Chaussure. — Les chaussures enfouies dans nos puits funéraires appartenaient : l'une à un enfant (la semelle, arrondie à la pointe, avait o"i2 de longueur); plusieurs à des femmes et à des hommes (mesurant , pour les femmes, de o™20 à 22, et, pour les hommes, de o'°26 à 28). Ces chaussures ont des formes variées. La première ressemble assez aux babouches que les Orientaux portent encore dans certaines contrées et aux espadrilles des Espagnols. La semelle, arrondie à ses deux bouts, débordait autour de l'empeigne. La partie inférieure était percée de trous destinés à recevoir une lanière formant un nœud sur le coude-pied. L'empeigne était découpée en forme de guipure représentant des croix et des fleurons qu'une doublure de couleur voyante faisait probablement ressortir (p. 47, fig. i). L'empeigne de la seconde chaussure était fixée à la semelle de manière à laisser, à l'extérieur, un rebord assez large qui rayonnait tout autour. Une courroie ornementée sur ses bords de deux petites lignes en creux, était adaptée au soulier. Cette courroie, le soulier n'ayant pas de quartier, faisait-elle TofiSce d'une bride ou d'une talonnière? J'ai, pour cette question, demandé l'avis de mon cordonnier de village qui la regarde comme une talonnière. La raison qu'il en donne, c'est que l'empeigne est percée du côté gauche (presque à toucher la semelle), d'un grand trou rond, et, du côté opposé, de deux petites découpures faisant boutonnières, le tout dans le sens
d^une talonnière et non d'une bride. La talonniêre exceptée, la chaussure des Sœurs dites de la Sagesse, de Saint-Laurentsur-Sèvre (Vendée) est modelée sur ce type (p. 56, fig. i).
Contrairement aux chaussures précédentes, les souliers de l'homme et de la femme du treizième puits (CVNS et SOI ATA) y étaient à talon, dans la forme du sabaron, forme conservée jusqu'à présent par les gens de nos campagnes. Le sabaron était relié à l'empeigne par des courroies attachées sur le coude-pied ; les semelles étaient garnies de clous à tête de diamant. L'empeigne du soulier de la femme était découpée sur le coude-pied qu'une languette de cuir préservait du frottement des lanières ; l'empeigne de la chaussure de l'homme était taillée à jour, seulement vis-à-vis les doigts du pied, afin de leur donner plus de jeu (p. ii^, fig. 2).
Enfin, la chaussure de la femme enfouie dans le vingt-etunième puits était une simple sandale. Elle consiste en une semelle en cuir bien conservée, autour de laquelle on retrouve, dans l'intérieur, la place des lanières placées horizontalement, et desquelles partaient, de divers points visibles encore à l'œil, les rubans qui passaient en tous sens sur le pied et le coude-pied^ pour le maintien de la chaussure, et se nouaient à la jambe au-dessus de la cheville. A la vue de cette semelle, forte, épaisse et lustrée , le premier cri de notre cordonnier du Bernard fut celui-ci: « Oh! quel admirable baudrier! celui que les tanneurs nous vendent aujourd'hui lui est inférieur sous tous les rapports » (p. 188,^^. 4J.
Après cet examen des objets sortis de nos grandes et de nos petites fosses, il ne me reste plus qu'à conclure.