‹ Pupazzi et statuettes. Études sur le 17è siècleChapitre 1 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La Commedia delF arte

11 n'est douteux pour personne que la Commedia clelV arle est partie des tréteaux <'l des parades de la foire ; qu'elle s'oppose à la Commedia soslenula et se jouait sur un eanevas préparé selon les caprices de l'auteur. On sait bien d'autre part que cette comédie à rimprovisade était la fille des Atellanes ; que chaque |)rovince, cha- (pie ville d'Italie lui a apporté quelque personnage et certaines modifications aux personnages déjà créés, masques originaux, bouffons ])leins de verve et de sponlanéité. Kt, par exemple, Venise a fourni Pantal(^n, vieux marchand très riche et

très avare, berné par Tobjet de son amour sénile on par ses propres enfants. On le voit vêtn d'un habit d'une seule pièce, fait justement sur la forme de son corps et serré dans une robe, tel que nous Ta représenté Callot, vieillard aux formes obséquieuses, dont le haut de chausses collant couvre le corps des épaules aux pieds, dont la veste est courte et dont la grande robe brune aux larges manches ne protège que le haut des bras. C'est la synthèse des marchands vénitiens, tandis que ce gaillard mince et dégourdi, au pourpoint émaillé de pièces de couleurs diverses, dont le haut de chausses est une loque multicolore, dont les souliers en grosse étoffe de laine sont retenus par des lanières de cuir, — suivant une représentation en tête d'un ouyrage de l'époque de Henry IV, — celui-là c'est Arlequin, le zanni, enfant de Xaples qui lui a légué son esprit lin et délié et son amour de la fourberie. Ici, c'est le Docteur ou Pédant venu de Bologne; là, Horace et Isabelle, éternel couple d'amoureux dont ritalie entière n'a point de peine à présenter les emplois ; là encore, grâce à Toccupation espagnole, à ces types s'ajoute celui du Capitan, renouvelé d'ailleurs du Miles Gloriosus de l'antique Rome.

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Ces rôles et tous leurs analogues furent tenus dans leur pays d'origine par des artistes de valeur jouant alV improviso ; car ils s'étaient, suivant le renseignement foui'ni par Nicolas Barbieri, « munis la mémoire d'une grande })rovision de choses, sentences, concetti, déclarations, reproches, désespoirs, lazzi, tirades », pouvant s'accrocher avec aisance et facilité dans toutes les pièces à tiroir qui composaient leur répertoire. Ils donnaient leurs représentations en plein air, acteurs forains que la gravure a popularisés lorsque chez nous ils sont venus égayer les parades de la foire Saint- Laurent sur des théâtres tôt construits. Les plus anciens types de la comédie italienne, Franca-Trippa, Fritellino, Fracasso ont été peints par Callot, le premier comme prédécesseur d'Arlequin, le second de Polichinelle, le troisième du Capitan. Leur verve remarquable était servie par une incroyable mimique et des acrobaties vertigineuses. Plus tard, portée à son point de perfection matérielle, la troupe italienne, selon Angelo Constantini, présentait au public «deux amoureux; trois femmes, deux pour le sérieux et l'autre pour le comique ; un Scaramouche napolitain ; un Pantalon vénitien ; un Docteur bolonais ;

i LES FAHCKUHS

1111 Mezzetiii et un Ilarlequiii, tous deux Lomhards. »

Parallèlement la France du temps de François F''" possédait des trou]>es de comédiens à la suite du Roy, «joueurs de farces », tels que Jean de Lespine de Pontalletz, dit Songe-Creux, ou bien Pierre de la Dultre, maître compositeur, dont nous trouvons mention dans /es Comptes des Basîimensdii liojjj déposés aux Arcliives nationales.

Les farceurs italiens parurent sans doute à Paris, pour la première fois, lors de rentrée du monarque après son mariage. Ils y avaient été appelés par le duc de Nevers, (|ui entretenait des relations avec la Cour de Mantoue, et ils débutèrent dans son Hôtel, au mois de mars.

Nous nous ij^ardei'ons d insister ici sur ces troupes dont a parlé, dans la Comédie italienne en France et le Théâtre de la Foire, M. Bernardin, après Cailliava, M'"^ Riccol)oni, INÏoland, auxquels j'ai eu plus d'une fois recours ; mais je noterai que la vivacité et Toriginalilé du jeu de ces fai'ceurs ne laissèrenl pas d'être appréciées de nos nationaux. Même l'ambassadeur d'Angleterre, non moins séduil, en informa avec force détails sa gracieuse souvei'aine. Celle compagnie avail j)our clief AlberloGanassa,

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dont a parlé coiiiine d'iia grand artiste Vaiiquelia de la Fresnaye. Il avait créé un type grotesque, le baron de Guenesche, sorte de Polichinelle au masque exagéi'é, caricature haineuse des Espagnols, et ({ue nous décrit un pamphlet, les Grands Jours tenus à Paj'is([m, par sa date del()(r2, nous indique en même temps que cet eniploi était resté.

Une nouvelle conq)agnie, organisée sous le nom de C(3mici Gelosi et dirigée par Flaminio ScaTa. tul^jïiandée en i^rance par Henry Ill^atin de jouer lors de la tenue dés Etats Généraux de 157G. De 13 lois, où elle avait fait m é fvé î ITeT c eîTe troupe suivit la Cour à Paris et, par lettres patentes, le roi rinstalla^à THotel th]ï^^^tit Pourbon où elle débuta, au témoignage de rEstoih^TTti lOmars 1577. Troupe modeste encore, puisque, seloncemèmerEstoile,sesacteurs « ne prenoient de. salaire que quatre sols par per son n e . "» M a i s ^5âFôônTï'e l e u r fâ l e n t taugrand, leur succès considérable, ainsi ({ue l'atteste un ouvrage rare de 1()85, r Histoire plaisante des faicts et gestes d'Haideqiiin^ comédien italien. La reine mèi*e, d'après Prantome, ^ rioit son saoul aux far- (•es des Zanni et des Pantalons », et il y avait il leurs représentations « un tel concours et

affluenee de peuple que les quatre meilleurs prédicateurs de Paris n'en avoient point autant lorsqu'ils preschoient. »

Dès ce temps, la Commedia deir arle était implantée en France ; Molière allait naître.

Un de ses ascendants, rival des farceurs transalpins, est Cosme la Gambe, dit Chasteauvieux , qu'a célébré aussi Vauquelin de la Fresnaye et que cite élogieusement le sieur La Croix du Maine, acteur renommé et auteur non méprisable d'adaptations de tragédies, telles que Bornéo et Julielle, Edouard, roi d' Angleterre , et surtout de comédies comme Jodès et le Capitaine Boubou fie.

En 1584 et 1585, les C(Mnici Confidenti remplacèrent les Gelosi JansTa faveur de la Ville et de la Cour. « Les auteurs quy ont faict mention des différentes troupes italiennes, — - écrivent les frères Parfaict dans leur Histoire du Theaslre François^ — n'ont point marqué les noms des acteurs et des actrices qui les composoieni, ny les titres et les sujets des pièces qu'ils representoient » ; mais ce qui nous est assuré, c'est que, Finfluence des couiédiens italiens iijrandissa ni, (les ri vaux leur naissaient et que 1(* IciToii'de r'i"a!ic(^ [U'oduisail des farceurs.

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