LES ŒUVRES
nom qu'il trouvait « bien faicts», comme il récrit à la moderne Leonlium ; il précisait dans une Lellre a Barbin ceux qui étaient bien partis de sa main, et il déniait les Mémoires de la Vie du comte D^ et le Sainl-Evremoniana. La Harpe a voulu chercher les causes de la renommée de Saint-Evremond en son temps et le passage du Lycée^ d'ailleurs peu connu, vaut d'être cité : (i C'étoit d'abord un homme de beaucoup d'esprit, un écrivain agréable, délicat et ingénieux; c'étoit en même temps un homme de cour, un homme de très bonne compagnie. Le rôle qu'il avoit joué dans la Fronde, guerre de plume aussi bien que d'intrigue, ses satires contre le cardinal Mazarin, ses divers écrits polémiques qui ne manquoient ni de finesse ni de gaîté, et qui empruntoient un nouvel intérêt à celui des affaires publiques, le mirent à la mode comme un des hommes qui possédoient le mieux la raillerie. Tune des armes alors le plus en usage. D'ailleurs, soit par insouciance, soit par une sorte de vanité que Ton sait avoir été dans son caractère et qu'il ne cache pas dans ses écrits, il" n'imprimôit jamais rien, regardant comme au-dessous d'un homme de condition le titre d'auteur,. en même temps qu'il dési-
roit la réputation du talent. Ses ouvrages, circulant d'abord dans les sociétés qui donnoient le ton, y acquéroient cette sorte de renommée la plus facile et la moins dangereuse, qui s'augmente par la curiosité d'avoir ce que tout le monde n'a pas, par l'indulgence qu'on a toujours pour les manuscrits et par la disposition de juger d'autant plus favorablement un homme du monde qu'on lui suppose moins de prétentions et qu'on exige moins de lui. De plus, rien de ce qu'il^'aisoit n'avoit la forme et l'importance d'un ouvrage : c'étoient des morceaux détachés qui paraissoient de temps en temps par l'ofiicieuse infidélité de quelque ami. On se les arrachoit de toutes parts, et ce qu'ils avoient de mérite excitoit moins de jalousies, soit parce quct'auteur étoit éloigné, soit parce que lui-même avoit l'air d'abandonner tout ce qu'il écrivoit à ceux qui vouloient s'en emparer. Nous avons vu depuis beaucoup d'exemples de cette existence mixte de bel esprit et d'homme du monde, et nous avons vu i[ue l'un de ces deux titres adoucissoit (wtrèmemcnt la sévérité que l'on a d'ordinaire pour l'autre. » Il y a dans ce jugement beaucoup de vérité, et celui de Vigiieul->Iarville était à peu près identi(jue: « Monsieur de Saint-