ARLEQUIN, PANTALON
ARLEQUIN
Monsieur, vous me paraissez être très mal.
PANTALON
Vous vous trompez, Monsieur le Médecin, c'est ma fille qui est malade el non pas moi.
ARLEQUIN
N'avez-vous jamais lu la loi Scotia sur la puissance palernelle qui dit : Tel est le père, tels sont les enfants? Votre fille n'est-elle pas votre chair et votre sang?
PANTALON
Oui, Monsieur.
ARLEQUIN
Hé bien ! le sang de votre fille étant échauffé, altéré, le vôtre doit Têtre aussi.
PANTALON
Le raisonnement est spécieux, mais. . .
ARLEQUIN
Mais enfin. Seigneur Pantalon, votre fille estelle légitime ou bâtarde ?
PANTALON
Monsieur, ma fille est malade ; je me flatte que vous la guérirez.
ARLEQUIN
Sans doute. Avez-vous jamais lu cet aphorisme d'Hippocrate, qui dit; Gutta cavat lapidem,
L'eau qui tombe goutte à goutte Perce le plus dur rocher.
Je tomberai goutte à goutte sur votre fille et, par le moyen de ce remède anodyn, je lui procurerai une guérison certaine.
PANTALON
Oh ! Monsieur, cela n'opérera pas. Je crois que ma fille est opilaia,
ARLEQUIN
Ou Pilate ou Caïphe, je la guérirai, vous dis-je.
Ce n'est dans V Avare qu'une imitation ])artielle, mais est-elle discutable? La scène 4*^ du IV'' acte, si comique d'ailleurs, et dans laquelle Maître Jacques tire à part successivement Harpagon et Cléante pour connaître l'origine de leur querelle et chercher à les accommoder et leur faire accroire ensuite que chacun abandonne à l'autre ses prétentions sur Mariane , est textuellement empruntée à la Camariero Mobile. La façon dont Harpagon donne à Valère un pouvoir absolu sur sa fille se retrouve dans Arlequin et Celio valets dans la même maison avec cette différence que c'est sur Arlequin que Magniiico remet son autorité à Célio ; et l'emprunt usuraire de la Flèche pour le compte de Cléante est tiré cVIl dollore Bacchelone qui donne à Pantalon de vieilles bardes, ainsi que faisait Maître Simon.
Le Disf/razie d'Arlecchino ont fourni à Molière la plupart des tours qu'on joue à Monsieur de Pourceaugnac; (jtiant aux
Fourberies de Scapin, outre le Phormion deTérence,outre/ePe(ia/i/Jo«edeCvrano, la Sœur de Rotrou, deux Farces de Tabarin, un Conte de Straparole qu'elles imitent, elles ont emprunté maint détail à deux scènes italiennes. Voici la mascarade <\ Arlequin Baron Suisse.