‹ Pupazzi et statuettesChapitre 17 sur 17 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

les réflexions personnelles de l'auteur, tels sont les trois éléments qui composent cet empirisme et qui, au dire de Renouvier, sont « l'esprit même de l'Encyclopédie. » On sait bien que le xvie siècle se résume philosophiquement en le « que sais-je? » de Montaigne et qu'au XVIIe, avec le quid de Sanchez et sa tentative de donner à la science un fondement suffisant, de même qu'avec la Faiblesse de l Esprit humain de Iluet, nous pouvons trouver le prolongement, pour ainsi dire, du scepticisme de l'âge précédent. Or, plus que tous les deux, Saint-Evremond nous amène de Montaigne à Diderot ou, pour mieux dire, de La Mothe LeVayerà Bayle, des balbutiements encore imprécis des Dialogues d'Orasius Tubero et des Soliloques à la critique rationnelle du Dictionnaire Philosophique. F. Brunetière, à tort selon moi, place Saint-Evremond et Le Vayer sur le même pied. Il estime qu'ils ont mis tous deux « une sourdine ou un masque à leurs idées. » D'abord, le premier en avait-il besoin? Que pouvaitil craindre des in-folio du P. Garasse? Il écrivait ses feuilles volantes en Angleterre et ne les signait point. Et puis, la loi inéluctable du progrès force la marche de la pensée, et Saint-Evremond appliquait déjà

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la critique de Bayle aux questions d'histoire et de littérature, en ses opuscules dont la force, pour agir sur l'opinion, ne fut pas méprisable, « étant quelquefois, au dire de Vinet, en raison inverse du poids. » Voilà pour le point de vue littéraire.

Au point de vue moral, la sage tolérance de notre écrivain perpétua de même la tradition qui relie Michel de l'Hospital aux philosophes du XVIIIe siècle; au point de vue religieux, plus que La Mothe Le Vayer, il enseigna une indifférence, — on pourrait dire avec M. Albert Desjardins une incrédulité, — que ses prédécesseurs avaient comme nimbée, et que Bayle, — il convient d'y revenir encore puisqu'il est le vraiment premier penseur libre, — étale complaisamment.

Et donc, quoi qu'on en dise, tenir un rang entre Montaigne et La Mothe Le Yayer d'une part, et Bayle et Voltaire d'autre part, c'est, on en conviendra, avoir droit à une belle page dans l'histoire de l'esprit humain.

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