HENRI
Si Monsieur veut me permettre de lui représenter là-dessus une petite comédie en trois actes, il verra le commencement, la continuation et la fin de l'affaire. Le premier acte commencera de la sorte : Je suis, par exemple, Monsieur Jérôme ; vous, vous êtes un oiseau volage et libertin, qui ne méritez pas d'avoir d'aussi braves gens pour parents, contre la volonté desquels vous voulez vous promettre à une fille suspecte , que vous n'avez jamais vue qu'une t'ois ; par là, vous faites le personnage d'un trompeur et d'un menteur : vous prostituez toute une famille et vous vous rendez la fable de la ville. Après cela viendront M. Léonard et sa fille. Le premier vous dira : « Vous imaginez-vous donc, Monsieur Léandre. que ma fille est un jouet qu'on se jette de l'un à l'autre? Il y a dans ce pays une loi et une justice et je vous ferai danser tant que j'aurai un sou dans ma bourse. Nous sommes d'une race trop ancienne pour laisser ainsi prostituer notre maison. » Ensuite, la demoiselle criera: «Ah! mon cher papa ! si vous ne vengez cet affront qu'on
me fait, j'en mourrai de chagrin ! Il m'a demandée par écrit : j'ai trois ou quatre de ses lettres. Qu'est-ce qu'il trouve à redire en moi? Suis-je disgraciée par la nature ? Ma réputation n'est-elle pas bonne ? Ne suis-je pas absolument telle que j'ai été dépeinte? » C'est la substance du premier acte, où Léandre est dans le dessein de se marier à un autre.
(Dans ce récit il contrefait la voix du père et de la fille]