‹ Puvis de ChavannesChapitre 29 sur 42 · AU PANTHÉON · texte numérisé non relu

AU PANTHÉON

qui en conservent le respect et la sympathie; et, en atténuent, si même elles ne les excluent, la tristesse et la douleur. Or, jamais Puvis de Chavannes, sans cependant altérer la vérité, n'a, dans ses peintures décoratives, fait du naturalisme quelque chose de cruel, ni d'indiscret. Des paysans, des potiers et des bateliers de « L'enfance de sainte Geneviève », il n'a pris que ce qui était indispensable, physionomies, gestes et allures, pour caractériser l'individu et l'introduire dans un groupe; que ce qui du métier et de la vie intime lui donne une empreinte durable, définitive, mais n'entraînant, en aucun cas, ni souffrances ni difformités. La seule analogie, évidente, absolue, indiscutable, qui existe entre Millet et Puvis de Chavannes est celle d'une volonté indomptable, d'une énergie invincible, de l'orgueil du métier, de la foi dans l'utilité et la grandeur sociales de l'Art.

Au-dessus des quatre panneaux de « L'enfance de sainte Geneviève » court une frise, qui en est le complément décoratif, si le sujet ne s'y rattache qu'indirectement; elle sert, pour ainsi dire, de préface au polyptiqne. Cette frise est divisée également en quatre parties. Dans la première, — correspondant à la composition de sainte Geneviève en prière, — la Foi, l'Espérance et la Charité veillent auprès du berceau dans lequel est couchée l'enfant prédestinée, qui par son patriotisme aura la gloire de devenir la patronne de Paris. Les trois autres contiennent la théorie des saints légendaires de la France, dans l'ordre suivant : i° saint Paterne de Vannes, saint Clément de Metz, saint Firmin d'Amiens et saint Lucien de Béarnais ; 20 saint Lucain de Beauce, saint Martial de Limoges, saint Lazare de Marseille, sainte Solange de Berry, sainte Marthe de Provence, sainte Colombe de Sens, sainte Madeleine de Provence, saint Crépin et saint Crépinien de Soissons ; 3° saint Saturnin de Toulouse, saint Julien de Brioude, saint Austremoine de Clermont, saint Trophime d'Arles et saint Paul de Narbonne.

Suivant la tradition artistique, le peintre a fait des figures de la plupart de ces personnages des portraits de contemporains. Saint Paterne de Vannes est Élie Delaunay; saint Victor de Beauvais, Victor Durangel; saint Martial de Limoges, Pollet le graveur ; saint Trophime d'Arles, qui

PUVIS DE Cil V\ ANNES

donne son bâton pastoral à saint Paul de Narbonne partant pour remplir son apostolat, et lui frappe amicalement sur l'épaule, symbolise le directeur des Beaux-Arts, Pli. de Chennevières, remettant à Puvis de Chavannes la commande de ses peintures pour le Panthéon.

L'administration des Beaux-Arts a offert à l'auteur de « L'enfance de sainte Geneviève » la décoration de la muraille de gauche du chevet du Panthéon, face à « La mort de Sainte Geneviève », par J.-P. Laurens, décoration que devait exécuter Meissonier. L'artiste en préparc en ce moment les études: et. espère pouvoir terminer ce travail pour l'Exposition universelle de 1900.

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