I. ENFANCE DE SAINTE GENEVIEVE, PANNEAU DE GAUCHE
(Panthéon).
AU PANTHEON n5
le positivisme de cet artiste, à qui on a osé faire le reproche de n'être ni moderne, ni pratique, ni sérieux, de s'absorber dans le mysticisme et la rêverie. « Le souci de l'harmonie parfaite de sa peinture avec la pierre, l'horreur de défoncer la muraille par quelque trou noir de son pinceau, dit Pli. de Chennevières, n'ont cesse de préoccuper Pu vis de Chavannes durant tout le cours de sou travail. Jamais je ne l'ai vu entrer dans le Panthéon, pendant qu'il exécutait ses toiles dans son grand atelier de Neuilly, sans qu'il s'assurât du ton de la pierre par la comparaison avec un petit carnet qu'il portait dans sa poche. J'ai ouï dire qu'un jour, comme on lui racontait qu'un de ses collègues avait déclaré que quant à lui il ne s'occuperait que dépeindre à sa manière et qu'il se f. .. de la muraille : — «S'il se f. .. de la muraille, repartit énergiquement Puvis de Chavannes, la muraille le vomira. »
A propos de ces peintures du Panthéon, qui contiennent tant de paysans, on a fréquemment comparé le naturalisme rustique de Puvis de Chavannes à celui de Millet, et tenté d'établir entre les deux maîtres une analogie de principes et de procédés, en faisant dériver celui-là de celui-ci. Le peintre de « J/enfanee de sainte Geneviève », qui professe une grande admiration pour l'auteur de « L'Angelus », proteste, avec énergie, contre cette opinion d'une critique, toute littéraire, dont le parallèle systématique constitue la formule ordinaire de discussion. La protestation est aussi légitime que fondée. Dans sa correspondance, dans les conversations rapportées par ses historiens, Millet a développé souvent ses théories ; mieux que ne pourrait le faire la discussion la plus savante, elles expliquent son esthétique et son tempérament. « La beauté, écrit-il, ne réside pas dans le visage : elle rayonne dans l'ensemble d'une ligure et dans ce qui convient à l'action du sujet. Vos jolies paysannes siéraient mal à ramasser du bois, à glaner sur le sillon d'août, à tirer l'eau du puits. Quand je ferai une mère, je tacherai de la faire belle de son regard sur son enfant. La beauté c'est l'expression ». Un soir, se promenant avec un ami dans la plaine de Chailly, il s'arrête et s 'écrie : « Voyez ces choses qui remuent là-bas dans une ombre; elles rampent en marchant, mais
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elles existent : ee sont les génies de la plaine. Ce ne sont pointant que <le pauvres gens. (Test une femme tonte courbée, sans doute, qui rapporte sa charge d'herbe; c'est une antre qui se traîne, épuisée, sons un fagot de bois. De loin; elles sont superbes, ('Iles balancent leurs épaules sous la fatigue. Le crépuscule dévore les formes. C'est beau, c'est grand connue un poème ». Ailleurs, il analyse quelques-uns de ses tableaux et indique I idée qui en a été l'inspiration : Dans « La femme qui vient de puiser de l'eau ». j'ai tâché de faire que ce ne soit ni une porteuse d'eau, ni même une servante, mais la femme qui vient de puiser de l'eau pour faire la soupe à son mari et à ses enfants. Je voudrais que dans « La femme faisant déjeuner ses enfants ». on imagine une nichée d'oiseaux à qui leur mère donne la becquée. L'homme travaille pour nourrir ces ètres-là ». I ,a s\ ntlièse de Millet est ainsi toute entière dans la forme et dans l'expression indi\ iduelles : alors que Pus is de Chavannes s'efforce constamment de la mettre dans une conception générale d'humanité. Celui-là suit la nature, et lui demande l'inspiration première de l'idée; celui-ci la devance toujours, réclame d'elle exclusivement des documents et des conseils. Et, pendant que le peintre de o L'homme à la houe », du « Vanneur », des « Glaneuses ». etc., étudie longuement, avec patience, une figure, concentre sur un \ isage, sur une attitude, sur un geste, toute son énergie; le décorateur du Panthéon fait habilement manœuvrer de nombreux groupes de personnages, en vue d'une action qui sera constamment la manifestation de l'âme d'un peuple ou d'une collectivité. La peinture du maître de Barbizon est le commentaire du passage fameux de La Bruyère sur « ces animaux farouches, mâles et femelles, noirs, livides et tous brûlés du soleil., se retirant la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines ». Aussi, le naturalisme rustique de Puvis de Chavannes plaît-il plus à la foule que celui de Millet. On a pu dire avec justesse (pie cette foule, qui fort souvent se passionne pour une œuvre, h est rien moins qu'artiste, suivant la définition ordinaire de ce mot. Avant tout, elle v cherche la satisfaction des besoins de son esprit et de son cœur; elle aime d'instinct les faibles, les pauvres, ceux qui vivent péniblement du travail de leurs mains; mais, dans les créations intellectuelles où elle en trouve l'image, elle n'admet et ne comprend que celles
h ENFANCE DE SAINTE GENEVIEVE, PANNEAU DE DI10ITE
(Panthéon)