‹ Puvis de Chavannes, notices rédigéesChapitre 47 sur 51 · DE SAINTE GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

DE SAINTE GENEVIÈVE

En 1896, Meissonier étant mort sans avoir exécuté la part qui lui avait été attribuée dans la décoration du Panthéon, l'administration offrit à Puvis l'emplacement resté vacant. Il acepta avec j'ois de continuer l'histoire de la sainte, inaugurée par lui, vingt ans auparavant, à l'autre extrémité de l'édifice : « Je vais choyer le Panthéon quand j'en aurai fini avec l'Hôtel de Ville — écrivait-il à un ami. Je veux en faire mon testament. »

Comme le premier ensemble , celui-ci occupe quatre entrecolonnements. Dans les trois premiers, formant triptyque, un cortège, sorti des murs de la ville, s'avance vers la flottille du Ravitaillement : « Ardente dans sa foi et sa charité, Geneviève, que les plus grands périls n'ont pu détourner de sa tâche, ravitaille Paris assiégé et menacé de la famine ». Le quatrième panneau, celui qui vient clore comme une nuit sereine une œuvre toute de douceur et d'apaisement, n'a besoin d'autre commentaire que sa belle légende : « Geneviève , soutenue par sa pieuse sollicitude, veille sur Paris endormi ».

Cette œuvre, qu'ont reproduite par milliers d'exemplaires la gravure et la photographie, il a fallu à Puvis toute son indomptable énergie pour la mener à bonne fin. Encore laissait-il à l'état d'esquisse au fusain la frise qui devait la couronner. Pour l'exécution des toiles ménics qui ont pris place au Panthéon, il avait dû avoir recours ù l'aide d'un

de ses é7èves, M. Victor Koos . Depuis quelques années, Puvis qui, dans son âge mûr, souffrait de voir un autre que lui couvrir la toile ou mettre au carreau, laissait maintenant à ses collaborateurs une part de plus en plus importante dans son travail. Aucun d'eux ne me pardonnerait d'ailleurs de grandir leur rôle. Tous mettent leur gloire à n'avoir été que l'instrument aussi docile que possible entre les mains de leur maître et protestent que leur principal mérite est de lui avoir épargné quelque peine physique.

Après la mort de M"^e Puvis de Chavannes, l'artiste ne fut rattaché à la vie que par l'œuvre où vivait un peu de la disparue : » J'ai un peu repris mon travail — écrivait-il le 10 septembre — et je rêve au jour oii j'en aurai fini avec mon Panthéon. 11 me semble qu'après je n'aurai plus qu'à me coucher. C'est une sensation qui me poursuit. Rien n'est plus naturel et plus logique : ayant beaucoup travaillé, j'ai bien droit au repos sans en déterminer d'avance la durée ».

La lutte devenait plus pénible chaque jour contre un état croissant de fatigue sur lequel il ne se faisait aucune illusion. « Heureusement — ajoutet-il le 22 septembre — mon travail n'en est que très peu atteint, tout marche régulièrement. Je ne laisserai pas de traînards ; c'est ce qui me soutient. »

Ses dernières réserves de force épuisées, Puvis de Chavannes ne quitta l'atelier de Neuilly que pour s'aliter définitivement. Quand il mourut, âgé de 74 ans, le 24 octobre 1898, il ne laissait pas de ((traînards» et son ((testament» était écrit jusqu'au bout, comme il l'avait voulu.

XLViii. — La Veillée de S" Geneviève

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