PAVILLON DE HANOVRE
PARIS — rue Louis -le -Grand, 32-34 — PARIS TÉLÉPHONE : 211-48
Publications Artistiques
PUBLICATIONS SCIENTIFIQUES Publications Géographiques
Reproductions en Photographie inaltérable , en héliogravure et en procédés Gaultier des Œuvres des Maîtres anciens et modernes Vues de Paris , de Versailles , de Chantilly. Sujets d’actualité.
Photogravure, Simili-Gravure, Gravure, Dessin
Le Catalogue est envoyé gratuitement sur demande
Typographie Firmin-Didot et Cie. — Mesnil (Eure).
a l’hotel de ville de paris.
Dans l’Hôtel de Ville de Paris , Puvis de Chavannes a décoré l’escalier d’honneur, et le
premier salon des appartements de réception. Ces travaux importants, commencés en 1889, ont été terminés en 1893.
La décoration du premier salon des appartements de réception comprend deux grands panneaux et quatre écoinçons. Les panneaux représentent « l’Hiver » et « l’Eté ».
Des bûcherons abattent des arbres dans un bois, par un temps de neige. Debout, près du peuplier dont il vient d’encocher le pied avec sa hache , le chef de chantier donne à trois compagnons le signal pour tirer ensemble sur la corde attachée à son sommet. Un détail de cette scène pittoresque offre un exemple curieux de la conscience et de la minutie de l’artiste dans la composition d’une œuvre déco-
PUYIS DE CHAVANNES.
rative. « J’ai oublié, écrit-il à un de ses élèves qui l’aide dans la préparation du carton de « l’Hiver », de vous expliquer quel parti <c j’ai dû prendre pour le groupe de mes « bûcherons, relativement à leur façon de « tirer sur l’arbre à renverser. Si je les avais « fait agir sur une seule corde, ils eussent « été à la queue leu leu, très disgracieuse- « ment. Au lieu de cela, j’ai supposé que « chacun tirait sur un bout de corde attachée « à la maîtresse corde. De la sorte, ils sont « groupés, et la résultante de leurs efforts « est la même. Il est bien entendu que la « corde ne sera pas raide, elle sera même « assez courbe ; je l’ai tringlée en blanc pour « m’assurer de sa direction. » Une pauvresse avec deux petits enfants se réfugie dans une ruine, où gîte déjà un vieux vagabond. Pris de pitié, un bûcheron offre à la femme la moitié de son pain ; et un camarade aussi compatissant réchauffe, à un feu de brindilles, les pieds à demi gelés du petit garçon. Mais, si l’hiver est cruel à ceux qui travaillent au dehors, à ceux qui n’ont ni pain ni foyer, il a ses plaisirs pour les riches. Dans le fond, sur la lisière du bois , on voit des chasseurs qui reviennent d’une chasse à courre, les chiens
a l’hotel de ville de paris. 231
couplés, et les rabatteurs portant suspendu à une branche le cerf tué.
Dans « l’Eté », des femmes se baignent ou se reposent sur le bord d’une rivière , toutes à la volupté de l’eau fraîche, de l’air tiède et parfumé caressant leurs corps nus ; une mère, assise dans l’herbe, à l’ombre des saules, allaite son nouveau-né; des paysans entassent du foin sur un char. Un pêcheur, monté sur une barque que conduit une jeune fille rêveuse, jette son filet. Une prairie émaillée de fleurs, un champ de blé mûr, une futaie de marronniers et de hêtres, un bras de rivière, et des collines verdoyantes forment le fond du paysage ensoleillé. C’est la nature dans la splendeur de sa beauté, de sa bienfaisance, et de sa fécondité.
Sur les écoinçons, sont peintes, en camaïeu bleu, des figures dont la physionomie et l’action se rapportent à ces deux sujets : Un faucheur qui boit à la cascade d’un rocher; une paysanne liant une gerbe ; un bûcheron dont la cognée s’abat sur un arbre ; un chasseur de corbeaux.
Qu’est-ce qui a pu faire à Puvis de Cha-
PUYIS DE CHAVANNES.
vannes choisir des sujets qui, par leur caractère général, semblent aussi étrangers à la décoration pittoresque et symbolique d’un édifice municipal? Ce sont des raisons exclusivement d’ordre d’esthétique ; ce qui prouve , une fois de plus, combien ce peintre, au tempérament si impulsif, d’une si énergique combativité d’idées, était l’artiste consciencieux, sévère, guidant constamment son imagination par la plus rigoureuse logique des conditions matérielles de la partie de l’édifice qu’on lui confiait, afin d’adapter, pour ainsi dire mathématiquement, sa peinture à ces conditions. Le salon qu’il doit décorer est un salon d’arrivée. On y débouche directement des grands escaliers, face à la paroi principale; et deux immenses arcatures à ses extrémités le mettent en communication d’un côté avec une galerie de passage, conduisant aux salons des Lettres, des Sciences, et des Arts, et de l’autre avec la salle à manger, et la galerie des Fêtes. Les invités ne s’arrêtent là que pour saluer leurs hôtes; et, pour éviter l’encombrement, passent immédiatement dans les salons voisins. Il ne fallait donc mettre sous leurs yeux qu’un spectacle de vision rapide, rappelant à l’imagination des