A L HOTEL DE VILLE DE PARIS
sensations anciennes, bien plus qu’en éveillant de nouvelles. Le thème, par conséquent, ne pouvait être que d’idées familières , traduites par de grandes lignes, sur de vastes plans , avec quelques personnages n’ayant d’autres fonctions que d’animer le paysage, sans retenir particulièrement l’attention par une action spéciale, imprévue. Et, comme le parallélisme, dans une pièce aux dimensions relativement étroites, de deux peintures présentant des sujets peu différents, et le même sentiment décoratif, amèneraient fatalement de la monotonie, l’obligation s’imposait de les différencier nettement à tous les points de vue. L’artiste. a peint ce l’Eté », et« l’Hiver», pittoresque antithèse de spectacles et de sensations, immenses fenêtres ouvertes sur la nature par un poète, pour reposer les yeux et l’âme de la lumière factice, et de la joie enfiévrée des modernes mondanités.
Dans les peintures de l’escalier d’honneur, le peintre se révèle sous un aspect nouveau, presque imprévu. Là, il ne dispose plus de vastes espaces où son imagination fertile se donnera libre carrière, où il pourra grouper à son gré, dans une composition,
PUVIS DE CHAYANNES.
pour ainsi dire architecturale, — qu’il combine et développe suivant ses goûts et ses besoins, — les nombreux éléments divers d’un large thème, choisi en complète indépendance de considérations étrangères à son idéal et à son projet. On lui a remis un emplacement tout de pièces et de morceaux, — plafond, voussures, écoinçons, et tympans — , sans perspective ni profondeur, fractionné sur quatre parois d’une cage d’escalier moderne, que déchiquète une ornementation sculpturale exubérante.
Aussi, tout d’abord, avait-il semblé que rien, en effet, ne convenait moins au tempérament de l’auteur du « Ludus pro Patria » et de cc l’Enfance de sainte Geneviève » ; c’est Paul Baudry qui devait exécuter ce travail. Cet artiste étant mort avant de l’avoir entrepris, Elie Delaunay, dont les peintures de l’Opéra et de la salle des séances du Conseil d’Etat avaient prouvé la haute aptitude à ce genre de décoration monumentale, fut désigné pour le remplacer; Delaunay mourut sans en avoir pu commencer les premières études. Alors seulement, l’administration municipale songea à s’adresser à Puvis de Chavannes.
Comment s’accommoderont de conditions
a l’hotel de ville de paris.
matérielles aussi désastreuses, et ses principes intransigeants d’unité et de synthèse, et ses vieilles habitudes de liberté, auxquels apportera un fort appoint de résistance la technicité nouvelle, imposée par les dispositions de l’emplacement? On n’était pas, dans son entourage, sans préoccupations de l’éventualité d’un échec ; l’artiste lui-même, fort consciencieux, et, au fond, plus timide qu’il ne le paraissait, avait la crainte intime de les justifier. Au début de l’entreprise, il écrit humoristiquement, à ce propos : « Je continue « à me débattre avec mon escalier, que le « diable emporte! Gela va cahin-caha, juste qu’au jour où, enfin rompu à ce genre de « travail, je pourrai parler sans trop ânonner. »
Cette œuvre va être la démonstration de la puissance de ces qualités professionnelles qu’il a acquises pendant sa vie laborieuse : l’esprit de méthode, la discipline morale, la docilité de l’esprit, et l’abnégation. L’architecte et les sculpteurs ornemanistes, qui le précédèrent dans l’escalier, ont donné à cette partie de l’édifice une première forme définitive. Quelle qu’elle puisse être, il ne cherchera point subrepticement à la modifier, ni par
des artifices à y échapper; au contraire, il s’ingénie à adapter avec justesse sa pensée personnelle à toutes les exigences de leurs combinaisons. Ses principes d’unité et de synthèse, il les respecte religieusement; par de longues méditations, il saura trouver une composition, qui, sans en rien sacrifier, résoudra ce difficile problème de tirer d’une idée générale, très claire, correspondant directement au caractère social du monument, une série de motifs : éléments essentiels, inséparables , de cette composition, lesquels auront, chacun, le pouvoir de produire une sensation particulière, indépendante de celle que le spectateur, sans plus de fatigue, recevra de leur collectivité.
Il peint la glorification des Vertus de Paris, constituant dans leur ensemble la figure morale de la grande cité : Le Patriotisme, la Charité, l’Ardeur artistique, l’Etude, l’Esprit, la Fantaisie, la Beauté, l’Intrépidité, le Culte du souvenir, l’Industrie , l’Urbanité , et la Poésie.
Le Patriotisme : c’est une femme, majestueuse, debout, personnifiant la Patrie, qui remet le drapeau national à un explorateur; un génie, porteur de palmes, et de couronnes