C. CHAHOSKKRT
Le chargement se fait ordinairement dans des tubes ' de deux parties , en bois ou en métal , connus sous le nom de socle du moule de fusées , de même longueur que le cartouche. Si l’appareil pour charger les fusées est exact, ou si l’on a des travailleurs exercés , pour ne pas craindre de les voir frapper obliquement, il suffit de prendre un tube court, qu’on place à la partie inférieure du cartouche et du dé , et qu’on serre au moyen de vis. Cet appareil est beaucoup plus commode que les lourds moules de fusées avec leurs ornemens inutiles.
On peut charger les fusées massives et les forer ensuite, comme cela se faisait anciennement , ou les charger sur une broche ; ces deux méthodes ont leurs avantages. Si l’on dispose d’une force suffisante pour charger , force qui , augmentant si fort avec le rapport de la grandeur'du diamètre , doit croitre très-rapide-
ment , on fera mieux de charger à plein. La composition est de cette manière plus uniformément dense , il y a moins de danger dans le chargement , quoique celui qui résulte du forage ne doive pas être oublié de même que la rudesse de la perforation , qui peut ainsi absorber de l’humidité , mais qui aussi favorise l’ascension. Il faut beaucoup moins de force pour charger sur une broche , car la baguette chasse comme un coin la faible couche de composition entre la broche et le cartouche. On épargne du travail et de la composition, mais le danger est plus grand, surtout quand on change trop tôt de baguette ou quand il faut en gratter l'intérieur; en outre la composition reste toujours d’une densité variable , la broche et la baguette souffrent beaucoup, surtout si celle-ci est en bois. Des fusées chargées à plein au mouton , se conservent beaucoup mieux que celles battues, tandis que celles battues à plein à la main , sont ordinairement plus mauvaises que celles battues à vide. Nous renvoyons du reste aux remarques données au chapitre de la densité des compositions.
, Pour éviter tout le procédé de battre les fusées, on a essayé, d’après les feuilles publiques, à Hambourg, de faire la composition en forme de pâte et d’en remplir le cartouche , ce qui a complètement manqué , même en comprimant ensuite la composi tion. Gongrévé doit aussi avoir essayé ce procédé, mais sans succès.
J'ai chargé à sec et à la main beaucoup de fusées de signaux , et j’ai trouvé que la composition doit être grossièrement pulvérisée pour qu’elle ne se perde pas
en poussier. Quoique le pulvérin se laisse très-bien comprimer étant sec, la composition trés-séche et très-bien pulvérisée , se perd beaucoup en poussier.
Plus la force qui comprime est grande, plus les fusées se conserveront bien et résisteront au transport; et ce n’est qu’avec une forte densité qu’une fusée nouvellement travaillée et une ancienne, montent également haut. On devrait donc abandonner le battage à la main et à plein pour les fusées qu’on transporte en campagne et les charger sur une broche avec un mouton bien organisé; on obtiendrait alors un résultat satisfaisant , surtout avec une composition bien préparée et des fusées pas trop grandes. On doit avoir essayé en Angleterre de charger à la fois plusieurs fusées par la même presse hydraulique. On se servait pour mesurer la composition , d’un instrument pareil à celui que nous avons décrit pour charger les capsules. La pression de toutes les fusées se faisait en ce qu’elles étaient serrées supérieurement contre les baguettes fixées à distance convenable dans un fort étançon.
Les moutons actuels sont encore trés-imparfaits ; on pourrait facilement trouver des dispositions plus avantageuses qui rendraient le travail beaucoup supérieur.
Dans le chargement massif on emploie un banc à forer, dont la disposition très-diverse , varie comme celle du banc de forage des bouches à feu. Le foret tourne au moyen d’un balancier ou d’un archet , ce dernier offre moins de danger; les forets sont d’acier dur, ou de corne dans d’autres artilleries. Le lissage de
la lumière, ainsi qu’un forage préparatoire, sont d’inutiles surcroîts de traTail. L’ascension ne souffre pas beaucoup d’une légère déviation de la perforation hors de l’axe.
d. liGDETTf.
Si l’on suspend bien verticalement une fusée chargée, lestée au-dessus, et si le poids est également réparti autour de l’axe, elle s’élèvera aussi directement qu’avec une baguette ; mais il faut tirer quelquefois sons des angles aigus, soit pour éclairer, soit pour porter des proclamations , etc. ; il faudrait alors que le centre de gravité de la fusée répondit à celui des surfaces portées par l’air , pour qu’elle ne déviât pas de sa direction ; une fusée tirée sous un angle indifférent , sans autre appareil , se renverserait ou du moins vacillerait beaucoup, surtout au commencement , où sa force vive et par suite sa vitesse , sont encore faibles. On doit donc conserver à la fusée, principalement à l’origine de son ascension , la direction donnée , ce qui se fait le plus facilement par une baguette , pour les conditions que doit remplir la fusée de signaux. Aussi long-tcms que la fusée reste dans la direction de l’axe , la baguette n’apporte par son poids et le léger frottement de sa surface dans l’air , qu'un faible obstacle à la vitesse , mais elle oppose de suite à toute déviation que tenterait la fusée sa grande pression de surface contre l’air, augmentée encore- par la distance du centre de gravité de tout le système , pression qui cesse dès qu’elle reprend sa direction. Tons les autres appa-
reilii pou r maintenir la fusée dans la direction de l’axe , donnent des résultats beaucoup moins avantageux. On lui a donné des ailes comme à une flèche, ce qui sufllsait tout au plus pour son ascension verticale ; on l’entoura de spirales qui, par la rotation, avaient le défaut de lui enlever une grande partie de sa force. Même la disposition, pour laquelle Gongréve prit un brevet d’invention en 1823, qui consistait en une courte baguette , au bout de laquelle étaient fixées des espèces d’ailes de moulin, placées en spirale et mobiles, ne satisfit point à l’attente. Elles sont tout aussi défavorables les fusées qu’on tire hors d’un tube rayé comme une carabine, et auxquelles on cherche à donner un mouvement de rotation , en fixant au cartouche des baguettes qui la forcent dans cette direction. Elles perdent la plus grande partie de leur force dans le tube qui s’encrasse si fort que la fusée ne peut plus en sortir après quelques coups. On ne sait pas comment les fusées de l’Amérique septentrionale se meuvent sans baguette , ayant des trous en forme de spirale qui leur impriment un mouvement de rotation.
Un inconvénient de la baguette, qui remplit du reste si bien son but, c’est que par un vent un peu fort , elle force la fusée hors de sa direction; ce n’est pas un grand défaut pour les fusées de signaux, qui doivent s’élever verticalement ; mais il est grand pour les fusées à éclairer, etc. Plus la baguette est longue et plus le défaut, est majeur; on ne peut guère la prendre plus petite que 5 à 6 fois la longueur de la fusée. La pratique ne peut guère admettre , comme le
propose Volz, une baguette différente pour chaque élévation, et il n’est pas vrai que la fusée qui s’élève verticalement , n’ait besoin que d’une baguette trèscourte.
La déviation latérale des fusées , qui ont leur centre de gravité à la lumière ou contre celle-ci, a lieu dans la direction du vent ; la fusée devant donc recevoir du vent une déviation , serait entraînée par lui dans sa direction avec sa propre vitesse , si la pression latérale reçue par la déviation ne la surpassait. On peut donc concevoir qu’on puisse placer le centre de gravité de manière qu’elles se détruisent mutuellement , de sorte que la fusée se mouvrait toujours à peu prés directement par tout vent. On doit diminuer cette déviation quand ou rapproche le centre de gravité de la masse de celui des surfaces pressantes. Il est aux fusées de signaux ordinaires à 1 pied environ derrière la lumière sur la baguette; on devrait donc reculer davantage le centre de gravité qui se trouvait jusqu’ici au plus à 3 pouces de la lumière; ce que l’on pourrait faire sans déplacer celui des surfaces, en garnissant de plomb le bout de la baguette.
Un vent contraire à la fusée en diminue la portée , tandis que, s’il souffle dans sa direction, il l’augmente; mais la différence ne peut-être grande ; car si, par exemple, le premier vent lève la baguette dans la branche ascendante de la trajectoire , il la presse dans la branche descendante et réciproquement.
Toutes les fusées de signaux reçoivent une garniture dans un pot fixé à la partie supérieure du car-
touche ; c’est elle que lu fusée doit éléver pour^qu'ellc agisse à cet endroit. Un grand poids serait moins nuisible dans ce cas qu’une grande surface. 11 faut donc en être aussi économe que possible, et il serait peutêtre avantageux de faire ce pot en tôle ; mais on ne doit pas non plus augmenter trop le poids. La pesanteur spécifique de la fusée achevée ne devra guère être au-dessus de 3,0, et il faut de plus que le centre de gravité soit autant que possible fort en arriére; la baguette doit donc peser à proportion. Les fusées de signaux sont toutes jusqu’ici trop légères pour une bonne ascension, ayant à peine la pesanteur spécifique de 1,0.
Nous avons déjà parlé plus haut delà garniture qui peut consister en signaux de poudre , en flammes colorées , en balles à éclairer, etc.
Il arrive souvent que les fusées crèvent après un long transport et une longue conservation , quelquefois même après leur confection ; cela arrive surtout aux fusées chargées à la main et à cartouche en papier. La cause en est le plus souvent dans la légèreté de la composition, dont la consistance est facilement détruite, de plus grandes quantités prennent feu à la fois et font éclater le cartouche, ou, ce qui arrive aussi, lancent en l’air la composition non enflammée. L’humidité exerce aussi une très-grande influence, surtout sur les compositions pulvérisées grossièrement sur la table à égrnger. Avec un bon mélange, une densité convenable, de meilleurs cartouches et uue fermeture résistante de la partie supérieure, il
arrivera rarement, peut-être jamais, que la fusée éclate. On Toit le mieux combien cela dépend de la manipulation dans le travail et de son uniformité, en ce que cela n’arrive presque jamais à des artificiers civils.
Les fusées de signaux sont vues de loin, si on donne assez d’éclat à leur feu , du moins leur ascension est telle, qu’on peut les voir de 8 à 12 milles.
Dans des essais faits en Saxe, des fusées de signaux étaient plus sûres que des coups de canon de 12 ; leur bruit et l’explosion de leur marron s’entendait plus loin que les coups de canon dont l’effet est souvent affaibli par le terrain. Du jour la fumée d’une fusée ascendante se voit à 4 ou 5 lieues.
On s’est servi dans les derniers tems , pour fusées de signaux , de simples fusées à parachute qui portent une forte fusée visible comme une étoile de très-loin.
On a trouvé qu’il est plus avantageux de lui donner une lumière pourpre par la strontiane qu’une lumière blanche.