GÉOGRAPHE
La reconnaissance récemment faite dans les Indes et les nouvelles arrivées de l'Égypte , assuraient que la terre est habitable entre le tropique. Alors les savants reculèrent avec leurs hypothèses , mais ils les retranchèrent dans un moindre cercle. La zone torride inhabitable, ne s'étendait del'équateur qu'à i2°3o*. Depuis ce degré , le continent est effectivement habitable , jusqu'au cercle arctique de 54°. Cette petite infraction dans Tintérieur du tropique favorisa beaucoup l'emplacement de la totalité de la latitude de 3oooo à 33333 £ stades sur un globe moindre que n'en présumaient les anciens mathématiciens.
Dicéarche n' admettait guère le degré de 6oo stades , parce qu'il ne goûtait pas la doctrine de Pythéas. 11 devait aussi rejeter le degré de 1 1 1 1 £, car la latitude graduée par ce degré, renfermait le continent habitable au nord du tropique et il est plus qu'improbable, que Dicéarche eût présenté à Théophraste une terre coupée par le tropique. 11 faut donc conjecturer qu'il choisit une autre supputation de la grandeur du degré. On inventa alors la grandeur du degré de 833 |. Peut-être Dicéarche adoptait-il cette invention. La latitude de 33333 $ stades, estjuste de 4o degrés à 833 j; elle se place entre 54° et i4°.
Dicéarche ne dérangeait point les latitudes convenues, il n'admettait pas la diminution de l'erreur sur l'emplacement de Byzance proposée par Pythéas , il a donc conservé sa latitude ancienne de 45°. L'Euxin de 33oo stades , donne l'embouchure du Borysthènes à 49° i puis la Scythie 4ooo stades donne 4° 4^' et finit la terre habitable au nord à 53° 45' ou 54° , où le menteur Pythéas voulait indiquer des régions habitées , inconnues aux autres. Au reste Dicéarche n'était pas astronome. 11 ne concevait point comment il se fait que les étoiles visibles dans un lieu sont invisibles ailleurs : il admettait cependant la forme sphérique de la terre parce qu'il avait remarqué des variétés dansle lever et le coucher du soleil et de la lune (n).
Le système de Dicéarche favorisa beaucoup plusieurslatitudes géographiques de la Grèce portées trop au nord. Beaucoup d'écrivains postérieurs ne savaient point réprouver cette erreur. Aratus vers 270, donna son consentement à tout ce que disait autrefois Eudoxe sur ce sujet, après lui Attale vers 200. par ses propres
(n) Dic^arch. ap. Mari. Cap. VI, j>. 19 *.
élucubrations faites sur les lieux mêmes , s'est convaincu que dans les cantons de la Grèce, le plus long jour au solstice, avec la plus courte nuit est en proportion de 5 à 3 et il a constaté tous les récits d'Eudoxe et d'Aratus (1G7). Mais le système de Dicéarche, relativement à la Grèce , avait un immense avantage sur le système d'Eudoxe , car il tournait les côtes entre Ceraunia et Sounion, vers la direction du méridien; il avança avec le Péloponnèse et l'Attique vers le midi , par conséquent ces derniers dans le climat de 37 0 de latitude. Corinthe avec son golfe devait se trouver sous le 38°. L'espace connu de Union ou de la bouche de ce golfe jusqu'à Ceraunia, ou la bouche du golfe adriatique évaluée ordinairement à 2Ôoo stades (168) comptés sur le méridien donnent 3° et font remonter le mont Ceraunia, à 4i° seulement. Le golfe adriatique avançait toujours vers le nord et élançait le fond de ce golfe , et du golfe ligurique jusqu'au 48° du nord. Ce système a eu beaucoup de sectateurs; on le retrouve particulièrement dans différentes controverses qu'agite Polybe (169). Les degrés de 1 1 1 1 ^ stades et de 833 4 stades furent bientôt abandonnés et oubliés (170).
Cratès, qui vivait vers 3ao , ne devait pas avoir de répugnance à adopter les récits de Pythéas , car il concevait que les hommes pouvaient vivre dans l'intérieur du cercle arctique même jusqu'au pôle. 11 disait que sous le 64° 3o', habitaient les Lestrigons, et plus au nord encore, où le jour durait six mois, et la nuit les autres six mois, là, séjournaient les Cimmériens. La terre habitable touchait presqu'au pôle et s'étendait jusqu'au tropique où demeuraient les Éthiopiens. Elle avait la figure d'un demi-cercle, par conséquent elle était deux fois plus longue que large (a). Sa latitude depuis le tropique , jusqu'au pôle, donnait 66° et sa longitude avait 1 32 degrés de l'équateur ou plutôt i45 degrés du tropique. Quelle a été la grandeur de la terre et du degré dont
(167) Hipparch. ad phœn. I, 5, pag. IJj).
(168) Voyex Scylacia peripl. I, a6-43; mes recherches, Badania III, Si,
(169) Yoyei la carte de Dicearche. — Ce qui est dit sur Polybe, dans nos Badania 111,67-75.
(170) Nous remarquerons que Megasthénès rattachait sa description de l'Inde au degré de 1111 £ stades dont se serraient Ansiote et Eudoxe. — Daïmache semble plutôt se servir du degré de 833^ stades. — Voyez Badania III, 38, 3g.
(a)Crates apud Agathcm. I, 5; ap. Gemin. 5, l3;ap. Strab. II, pag. 98. — Yoyex notre pl. n«» 8.
GÉOGRAPHE. G7 se servait Cratès? Je réponds, que bien probablement elle était empruntée de Pythéas et quelle comptait 600 stades sur un degré. Voici ce qui me le fait présumer. 66° de 600 stades font 39600 stades ou en chiffres ronds 40000, pour la latitude ; la longitude est double 70/100 ou 80000. Ératosthénès et l'école d'Alexandrie, adoptèrent cette proportion et ces chiffres en changeant la grandeur du degré et delà terre (1 7 1).
Cratès construisait les globes artificiels, où il traçait les parallèles et les méridiens ( 17a). Le continent en forme de demicercle y figurait et un autre continent latéral , de la même forme, couvrait une autre moitié du même hémisphère arctique. Sur une autre hémisphère dit antarctique , il y avait le troisième et le quatrième continents latéralement placés, qui étaient opposés à ceux de l'hémisphère arctique. 11 y avait donc une terre habitable, une autre latérale, une troisième opposée, et la quatrième latérale de l'opposée. Dans la zone torride, entre les tropiques, il n'y avait pas de terre , mais on savait que sur le continent opposé , demeuraient les autres Éthiopiens : Homère en parle , lorsqu'il indique les doubles Éthiopiens. On aimait mieux parler avec assurance des continents latéraux, opposés, que de la Bretagne et des autres découvertes de Pythéas.
La savante école d'Alexandrie , avait plus d égard pour les efforts scientifiques , et elle ne pouvait être indifférente aux découvertes de Pythéas. Ératosthénès doutant s'il devait en général ajouter foi aux relations de ce navigateur, les adopte en particulier à l'égard de la Bretagne, de Gades et de l'ibérie (173J, il enclavait dans sa longitude , toutes les distances jusqu'à Calbion , négligeant le reste (174) <> où le* lies et la Bretagne s'avançaient plus à l'ouest.' Quant à la Grèce, Ératosthénès sympathisant plus avec Eudoxe et y modifiant quelques particularités , se refusait d'accepter les diminutions des fautes proposées par le Massilien. Toutes les mesures connues d' Ératosthénès, forcent à placer Byzance, à la manière ancienne sous le 45°. Hipparehe
(171) Je dois cependant faire remarquer que la latitude convenue de 33333 stade» divisée par 66° donne 5o5 atade» ou 5oo i un degré. Peut-on conclure que Cratès devança les astronomes et les géographes postérieurs arec l'hypothèse de 5oo stades au degré ?
{179) Strab. II, pag. 116; Gemin. i3, pag. 53. — Voyez pl. n« <) t
(173) Polyb. ap. Strab. II, pag. it^.
0^4) E'*»o«th. ap. Strab. I, pag. S\.
o* pythéas
reprenant les travaux géographiques , se rattacha avec plus clef confiance aux relations de Pythéas , il donna la description des climats septentrionaux d'après ce voyageur ; nulle part il ne le désavoue , et ne le réprouve pas. Pythéas a jugé que Byzance est placée sous le parallèle de Marseille ; Hipparche sur sa foi était de là même opinion , car suivant Hipparche, la proportion de l'ombre au gnomon à Byzance est la même que Pythéas prétend avoir observée à Marseille (175). Qu'on ne veuille pas m'accuser qu'après avoir disculpé le navigateur raassihen , je désire par le passage précité , rejeter la faute sur Hipparche et le charger d'une observation inexacte faite à Byzance. On se répétait mutuellement de bonne foi, et Hipparche croyait avec plus d'assurance à la proportion donnée de l'ombre au gnomon, que ne le croyait Pythéas, lorsqu'il rassemblait les renseignements des barbares et des Grecs, et diminuait l'énorme erreur delà latitude byzantine* La foi et la crédulité de Hipparche sont au reste très-remarquables, car il observait dans lespays,oùle grand jour solsticial est de 1 5 heures , et en Bithynic tout près de Byzance ( 1 76 ) , et il n'a pas remarqué son déplacement de a 0 . Plusieurs écrivains postérieurs, ignorants sur différents points, se fâchaient sans mesure, de ce qu'un astronome , géographe , navigateur et voyageur , trouva un éclatant consentement chez plusieurs savants grammairiens et astronomes ; ils ne savaient pas déterminer ses fautes, encore moins apprécier son mérite ; au rapport de leur conception , Pythéas était menteur lorsqu'il déterminait la position d'Orcas , il l'était aussi lorsqu'il déterminait celle de Marseille. Le fait est que 200 ans plus tard Hipparche n'avait pour son usage que des latitudes géographiques déterminées de six lieues ; savoir , d'Alexandrie , de Rhode , de Syéné , de Ptolémaïs épithéras, de Bérénice troglody tique , en y comptant Marseille (a). Mais les adversaires de Pythéas se récriaient contre son gnomon,
(l^5) "ft; Çn<Tit 'linra.fx*i irifliùs'ati rivdt*. f «•« yxp \t Bi**ct»7»«o 7ir «.vltt ff'r<M At)«r IM ■) »»yt*s»«j n/sit lit ffxtkt l» tivtf rivôtcts î» Mu.ffo-»hiu. Strab. Il, pag. 1 IÔ.
(176) Ptolem. de apparenliis, pag. y3,9^.
(tf) Il faut encore observer que la recherche des latitudes, a été infiniment facilitée, par une ingénieuse invention d'Aristarche le Samien qui, vers 280, plaça un petit gnomon dans un <r**$a , coupe ou demi globe creusé (Vitruv. IX, 9). Voyez Gunt. Cari Fridr Seidcl, Eratosthents geographicorum fiagmcnla, Gollinga; , 1 7$<).
GÉOGRAPHE. 69 et se donnaient toutes les peines imaginables pour déplacer la position de Marseille (177).
Ératosthénès a mesuré la terre , peut-être qu'il a voulu vérifier l'évaluation du degré donnée par Pythéas. Sa mesure a acquis toute confiance dans l'antiquité , Hipparche lui-même ne l'a pas contestée ; elle influença pendant plusieurs siècles la géographie et ses cartes. C'était une entreprise louable , édifiante , la première de ce genre , peut-être unique dans l'antiquité : mais elle ne s'accorda point avec le chiffre fixé par Pythéas. On connaît aujourd'hui son côté faible, on sait comment elle donna au degré un nombre de stades trop fort. C'est qu'Ératosthénès ajouta quelques stades pour arrondir 700 stades au degré ; qu'il a ajouté quelque chose pour arrondir 5ooo stades déterminant la distance entre Syéné et Alexandrie ; qu'il a cru enfin Syéné et Alexandrie placées sous le même méridien , tandis qu'elles ont entre elles une longitude relative de 2 0 59' 19 ', et la distance droite de Syéné à Alexandrie n'est pas de 7 0 comme le pensait Ératosthénès, mais de 7 0 33' 57" (178). Certes la détermination de la grandeur du degré proposée par Pythéas , ne peut pas être mise en comparaison avec le procédé géométrique d'Ératosthénès, puisque nous n'avons aucun droit d'attribuer à Pythéas l'honneur d'une mesure positive : mais en réfléchissant que les évaluations anciennes du degré à 1 1 1 1 £ stades et à 833 i étaient exagérées , que celle d'Ératosthénès était de même un peu trop forte , que celle de Pythéas fixait un nombre bien plus petit, on se demande, s'il n'est pas tombé dans un excès contraire avec ses 600 stades au degré. Pour résoudre cette question, il ne faut que savoir la valeur du stade.
Évaluation de» mesures employées par Pythéas.
L'évaluation des mesures anciennes, devient de jour en jour plus claire , et il faut espérer que toutes les controverses seront bientôt aplanies. Les variétés des stades imaginées par les inves-
(177) Polybe, Strabon et peut-ôtre Artémidore. Beaucoup d'autres étaient plu» judicieux, par leurs soins la géographie du temps d'Auguste a acquis une certaine perfection. Marcicn d'Héraclès (pag. 63) , compte Pythéas de Marseille parmi les géographes les plu» exacts, qui méritent confiance.
(178) BadaniaUl, 45.
tigateurs de l'évaluation différente du degré dans l'antiquité , sont déjà très-justement écartées : on ne cherche plus que les stades qui étaient positivement en usage. Sans doute , les longueurs effectives des stades , différaient entre elles suivant les lieux et le temps : mais cette différence doit être établie par les témoignages des contemporains , par les monuments , par des faits incontestables. Dans les siècles de l'antiquité plus avancés , cette variété des stades est bien avérée. On connaît l'origine et la naissance de plusieurs. Dans les siècles antérieurs, les historiens, les géographes , les nombreux écrivains , n'ont pas remarqué de différence dans le stade et n'ont proféré aucune plainte de l'embarras que devait causer leur variété. Hérodote signale quelques différences de l'aune, de la coudée, et ne dit pas un mot de la différence du stade. Jusqu'au temps de Polybe et de la domination romaine , cet assentiment général, pour un stade unique , dirige les paroles de tous les écrivains, et est vraiment remarquable. On indique plusieurs estimations de la grandeur du globe et de son degré, et jusqu'au temps de Posidonius, jamais on n'a supposé qu'il y ait une différence de stade : toujours on observait que le globe était plus grand ou plus petit à raison des circonférences de 4ooooo, de 3ooooo, de 216000, de 25oooo stades, admises selon la grandeur de la terre imaginée par les auteurs. Or, un stade, pris pour mesure itinéraire, était à cette époque le même , et si sa longueur différait quelque part , elle devait être imperceptible et de peu de valeur à l'opinion des contemporains. Nous avons suivi leur opinion unanime et nous n'avons nulle part inventé de controverses inutiles pour les combattre sans succès. Cet accord des anciens est vraiment étonnant.
Polybe a comparé les stades avec le mille romain, et il a trouvé qu'un mille tient 8 stades et 2 plèthres, c'est-à-dire 8 £ de stades. La géographie fourmille d'innombrables exemples que cette proportion a été généralement connue surtout dans la Grèce elle-même.
Bientôt une variété se manifeste dans la comparaison des stades avec les milles. On avait un stade dont 8 fesaient un mille. Cette proportion a été très-accréditée , elle reparut presque sur tous les points des ouvrages latins sur la géographie. Les monuments attestent une existence antérieure de ce stade , Puisque la longueur des ruines du temple de Parthénon à Athè-
GÉOGRAPHE. 71 nés , donnent un pied et un plethron qui répondent à la grandeur de ce stade (179).
Je ne puis indiquer aucun autre stade qui se rapporte à des temps aussi reculés , même , je ne suis pas certain et je doute beaucoup , si le stade de 8 au raille a eu son existence plus ancienne que les conquêtes des Romains. Un pied qui lui servait depuis pour sous-division , pouvait avoir son usage, sans que le stade ait positivement existé.
La grandeur du mille romain est bien déterminée. On a trouvé plusieurs étalons du pied romain qui offre une dimension exacte de 294,61 millimètres (i8o).5ooo pieds fesaient un mille; or, elle était de ityZ mètres; le stade de 8 J au mille, avait 1 76,76 mètres; et le stade de 8 au mille 184, 1 3 mètres.
Pythéas déterminait les distances en stades et en jours de navigation évalués à 5oo stades. 11 s'est servi d'un seul stade qui ne diffère pas de celui qui était en usage en Égypte ; car Ératosthénè« ne le distingue point, et accepte les mesures de Pythéas. Mais lorsqu'on rapporte les distances données par ce voyageur aux distances réelles , on est surpris de voir les proportions trop disparates. La distance de 7000 stades en ligne droite entre Marseille et le détroit des Colonnes , est un peu
(179) Je ne donne pat de nom a ce» deux stades de 8 £ et de 8 au mille. Freret a nommé le premier oljmpique , l'autre italique. J'ai suivi son opinion dans une notice sur les mesures des distances chez les anciens, Varsovie 1814 j et dans mon ouvrage Badania, \ilna, 1818. Cette dénomination est empruntée deCensorinus,de die natali, caput 1 3. Je ne sais pas pourquoi M. Saigey dans son excellent ouvrage, traité de métrologie ancienne et moderne, Paris i834, accepte ces noms à la renverse. Le Parthénon d'Athènes n'est pas un stade olympique. L'aulos ou le stade à la course, n'en est pas non plus le stade itinéraire. Les stades-aulos, au pied du mont Parnasse et celui d'Athènes offraient environ 19a mètres. Ce n'est pas la dimension d'un stade itinéraire quelconque.
(1 Ho) M. Saigey, pag. 65, 66 , de sa métrologie , cite neuf monuments du pied romain et comme d'ordinaire il prend une moyenne pour fixer l'évaluation à 2y \ , 5 millimètres. Pour cette fois à mon avis rien ne nécessite d'y chercher une moyenne. Le pied de la voie Appienne étant avéré trop faible , comme inexact, ne peut servir de modèle; les pieds Cossutien et Statilien sont aussi trop faibles, parce qu'ils sont fort endommagés, et il ne convient pas de les introduire dan* la comparaison avec les autres; le pied de Foetus, aussi plus faible, n'est qu'une copie d'un ancien pied qu'il prenait pour un pied grec, il est privé d'un caractère suffisant d'authenticité.Tous les autres authentiques, et très-bien conservés donnent d'accord la longueur de 39^, 6» millimètres. Je crois qu'il convient d'accepter cette dimension sans aucune diminution.
courte , celle entre Bélérion et Caution excessivement grande , et celle de Bélérion à Orcas , monstrueusement étendue. Cette immense disproportion ne se laisse point expliquer par la variété des stades, non. La source existe dans le voyageur qui ne savait point surmonter les difficultés pour estimer d'un seul coup son itinéraire en stades , encore moins le réduire dans une direction droite , ce n'est qu'après des voyages réitérés et trop fréquents , qu'on a réussi à fixer assez exactement la distance droite entre Marseille et le détroit des Colonnes.
Quant à la Bretagne, toute l'antiquité n'a pas été trop heureuse , comme on le voit par le tableau comparatif placé en regard. Il y régne une discorde extraordinaire. Pythéas excède sur tous les points , mais bien moins entre Bélérion et Cantion , car la navigation y était plus familière : infiniment plus entre Cantion et Orcas, car il y allait pour la première fois. On ne peut pas dire que les chiffres rapportés sont pris par une mesure en stades , car ils étaient le résultat des jours employés dans la traverse. Ces jours étaient comptés sans distinction par 5oo stades quoiqu'ils ne donnaient point ce nombre, ils donnaient des nombres très-différents et le voyageur n'y réfléchissait guère. On traversait en 5 jours la distances de Gades au promontoire Sacré, où l'itinéraire donne à peu près 1 5oo stades ; or, l'on fesait 3oo stades dans un jour. Depuis Bélérion jusqu'à Cantion on allait en i5 jours, l'itinéraire y donne réellement à peu près 3700, or, le jour vaut 240 stades. Les 4o jours que Pythéas a perdus en allant de Cantion à Orcas ne sont que de a 00 stades , et sur la mer ouverte jusqu'à Thulé peut-être fesait-il encore moins de stades en une journée.
La proportion du mille aux stades étant établie , et la grandeur du mille étant fixe , on voit qu'il y avait dans un degré :
75,43 milles romains.
628,78 stades de 8 \ au mille.
6o3,64 stades de 8 au mille.
11 est donc indispensable de conclure que les 600 stades, donnés par Pythéas à un degré se rapprochent infiniment de la vraie dimension du degré. Admettons qu'un pur hasard décida l'astronome massilien à fixer ce nombre : il conservera toujours un mérite d'avoir eu ce bonheur, lorsque l'application des princi-
pes de la science fut très-grossière. C'est alors qu'il a observé l'obliquité de l'écliptique, qu'il a remarqué le vrai emplacement du pôle , sans astre ; qu'il a fait usage du gnomon et déterminé exactement la latitude de Marseille; qu'il a fixé la grandeur du globe et du degré rapproché infiniment à sa véritable valeur ; qu'il a donné des renseignements entièrement neufs sur les contrées occidentales et septentrionales de l'Europe. Cet homme extraordinaire, dans sa patrie isolée du reste de la Grèce, devançait sous tous les rapports ses compatriotes.
J'espère qu'on ne me reprochera point d'avoir écrit son panégyrique, ni son apologie. Mon mémoire a eu pour but , d'analyser ses narrations et ses travaux , d'y distinguer ce qui est vrai et ce qui est faux, d'expliquer ses fautes et leur origine, d'apprécier ses opinions et sa science. Son mérite ne pouvait être que relatif à ses contemporains , ses prédécesseurs et ses postérieurs , relatif à l'état des connaissances humaines. Pour le faire ressortir, je suis entré dans quelques détails plus significatifs des connaissances géographiques de ces temps. 11 y a beaucoup plus à dire sur leur marche, et je n'en ai parlé, qu'autant qu'elle avait de rapport avec Pythéas.