‹ Pythéas de Marseille et la géographie de son tempsChapitre 12 sur 15 · GÉOGRAPHE · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHE

la nuit comme 5 à 3 , et le tropique comptait ses 1 5 parties sur l'horizon , et les 9 autres sous l'horizon Il s'ensuivait que

le parallèle de la Grèce , a été de 4o° 5 2% ou 4»°. Mais il disait, que dans les autres cantons de la Grèce , l'horizon partageait le tropique en proportion de 12 à 7 ( 1 43) , ce qui donne 43°. La ceinture de Céphée y rase la terre , sa tête est dans l'Océan , le reste n'y peut descendre (i44)«

Une si haute élévation de la Grèce, force d'avancer la latitude de Byzance, encore plus au nord, jusque 45° (i4^)*

Dès qu'on admit une terre sphérique , qu'on appliqua les cercles , que l'on détermina les latitudes, la question de la grandeur du globe se présentait indispensablement. Ceux d'entre les mathématiciens , qui essayèrent d'estimer , ou de calculer la grandeur de sa circonférence, disaient qu'elle peut aller à 4° myriades de stades ; d'où l'on peut conclure non seulement que la masse de la terre est nécessairement sphéroïde , mais qu elle n'est pas grande, si on compare cette grandeur à celle des autres astres (ifà)- H e st très-facile de retrouver les sources de cette estimation; elle repose sur les traditions géographiques. Les voici:

Egypte , selon Hérodote stades. 7900 7 §°

Passage jusqu'à la Crète , tradition homérique 5000 \

Les latitudes géographiques de la Grèce qu'Eudoxe a proposées , répondent admirablement bien à cette dimension de la terre qui offre par 1 1 1 1 J stades sur un degré, et à toutes les distances respectées dans la géographie du siècle. Eudoxe croyait

(142) Eudox. «p. Hipp. in phœn. I, 5; cf. àrat. ap. Gcmin. 4i 1 j 3 ) Eudox. ibid.

(i^4) Eudox. ibid. — H de Cepbéo ne peut exactement raser la terre, qu'à la latitude de 43° 5^', il se couchera si la latitude est moindre. (Delambre, histoire de lastr. ancienne).

(145) Voyez la planch. n» 5. — Cette latitude était généralement adoptée et elle prévalait encore cher Ératosthénès.

(146) Aristotel. de coelo II, 14. xutli, (x^n^iki, Uu% piy irax»),»'-

Total.

encore que la terre habitable ou Continent , était deux fois plus longue qu'elle était large (i 47)- Or, elle était large du nord au sud de 3oooo stades , et longue de l'ouest à Test de 60000. Pour rechercher le compte de cette longueur , Delphes no pouvait plus servir du nombril. Le centre dans la latitude étant Gnide et Rhode , il est probable qu'il était le même dans la longitude. A l'ouest , 3oooo stades évaluaient l'étendue de l'Asie ; les autres 3oooo stades à l'est , traversaient trois sections de la mer , touchaient trois péninsules et se divisaient en trois portions : 6000 stades de Rhode à Ithaque , 9000 homériques d'Ithaque au détroit de Sicile, 9000 jusqu'au détroit des Colonnes , le reste sur l'Océan , jusqu'à la pointe occidentale de la terre habitable, et pour les îles qui s'y trouvaient (i4$)>

Rhode servait de centre à Éphore et aux autres , à déterminer les quatre coins du monde , et l'emplacement des quatre peuples ou à indiquer les quatre sections de la terre habitable sous les quatre vents ; savoir, les Celtes sous Zéphyre ; les Scythes sous Boréas ; les Indiens sous Apéliotès ; les Éthiopiens sous Notos(i49).

On voit encore qu'Rudoxe jeta le premier , les bases pour le méridien et le parallèle central qui dirigeaient les descriptions et servaient de schèrae pour dresser les cartes. Le principe scientifique fut proclamé , mais son application a été infiniment grossière. Ces nouvelles tentatives ébranlaient cependant les préjugés invétérés et remaniaient les erreurs. Les anciens prédécesseurs d'Eudoxe , enchaînés et asservis par l'Océan , tordaient les directions des mers et des rivières, et les repliaient au nord vers la ligne diamétrale. Ils étaient forcés de leur donner cette direction , car le cours circulaire de l'Océan serrait le Continent et pressait toutes ses extrémités septentrionales et méri-

f 1.J7) Eudox. ap. Agalhem. l/f .

( 1 48) Voyez une partie du système d'Eudoxe pl. n<> 5. — Certes on m'accusera de conjectures trop hasardeuses : mais, à mon avis , elles sont démontrées par l'ensemble et la marche de la géographie , elles sont soutenues par l'application des itinéraires et des dimensions données par Scylax géographe, contemporain d'Eudoxe. J'ai réuni dans le même cadre, et sur la même carte en détail toutes leurs données en y appliquant cependant une autre grandeur de la terre , dans mon ouvrage Badania; recherches de la géogr. anc. III, 19-27.

Voycxla pl. no 4.— Timosthéncs plaçait sa rose des vents à Rhode, lorsqu'il se servait d'elle pour énumérer les parties delà terre habitable.

GÉOGRAPHE. 55 dionales vers le centre. Dès que la terre habitable devenait oblongue , les chaînes océaniques se relâchaient , et l'expérience mieux exercée sur différents points, commettait d'autres erreurs ou inexactitudes. Tous les rivages obliques vers l'ouest , mieux scrutés par les navigateurs et les géographes, prenaient une direction excessivement oblique. Les rivages de la Grèce depuis Sou n ion vers Ceraunia sont obliques au parallèle de ao° et 5o° ONO. et NO. Eudoxe les a courbés et placés sur le parallèle Ouest. Les côtes de la Sicile , entre Pachynon et Pelore , sont NNE, toutes les données et les descriptions de cette époque tournent leur direction à ONO. Ce défaut reparaît plus d'une fois dans toute l'antiquité et il devait être le résultat de l'inexacte observation des astres ou du lever et du coucher du soleil.

Un autre défaut prédominant dans la géographie d'Eudoxc , existe dans la latitude. À mesure qu'elle avance vers le nord , elle pêche progressivement. On savait déjà que les limites méridionales de TÉgypte touchaient au tropique ; et le nord de l'Égypte, Canopc et les embouchures du Nil tenaient leur juste latitude; mais Rhode , placée sous le 36°, se trouvait chez Eudoxe sous le 37 0 au moins, plus qu'un degré trop au nord. Athènes et les rivages septentrionaux du Péloponnèse qui tiennent au parallèle de 38°, sont placés par Eudoxe au moins sous le 4o°, par conséquent plus de 2 0 trop au nord ; Byzancc , dont la latitude est /41 0 , remonte chez Eudoxe jusqu'à 45° et va 4° trop au nord.

Carie géographique de Pythéas (i5o).

La géographie se trouvait dans cet état d'imperfection du temps de Pythéas. Elle était en Grèce secourue par quelques notions astronomiques arrivées de l'Égypte ou dcBabylonect avançait péniblement vers l'amélioration. Marseille était isolée , mais elle n'était pas arriérée dans la marche que la science prenait, et Pythéas le Massilien, contribua immensément à son amélioration. Il commettait comme nous l'avons observé les fautes du siècle. Les rivages de la Bretagne, de Caution vers Orcas tiennent la direction 70° NNO, il les a couchés à i5° entre Ouest et ONO. Cette direction était le résultat de son voyage et de ses observations,

(l5o) Voyn la planche n**0, 7.

comme les directions détournées de différentes parties de la Grèce. — Nous avons aussi remarqué l'égarement des latitudes de Cantion, d'Orcas et de Thulé.

fantion . . . 54« au lieu de 5i° différence 3o

Orca*. .!"....«!• - 58 ° - + 3 ° Thulé 660 - 600 - -+-6»

Cet égarement dans les climats plus septentrionaux à Byzanec, conjointement avec celui qu'Eudoxe commit dans la Grèce , prouvent que l'observation des latitudes, par le pôle, les astres et le soleil , a été susceptible d'erreurs progressives qui grandissaient à mesure que le lieu observé était plus septentrional.

Pytbéas donnant par son voyage des renseignements entièrement neufs sur les contrées occidentales et septentrionales de l'Europe, etenlesassujettissant aux formes prescrites, parla science, se distingua particulièrement par Vexactitudede ses observations dans sa patrie , où il mit en œuvre toute son attention. Il y remarqua comme nous l'avons dit, l'emplacement du pôle privé d'astre. Il y observa la longueur du jour, la proportion de l'ombre au gnomon. Peut-être était-il le premier des Grecs qui se servit avec succès de la doctrine babylonienne ou chaldéenne sur le gnomon , peut-être même l'a-t-il perfectionnée. Le résultat de ses observations , lui donna l'obliquité de 1 ecliptique , et la latitude de Marseille 43° 3' 38". Nulle part ailleurs, Pythéas n'eut de gnomon, il ne l'érigea point et ne fit aucune observation pour laquelle il eut à répondre. C'était la seule et unique à Marseille qu'il donna à la géographie, la première latitude géographique strictement observée et exactement déterminée. La science la répétait avec applaudissements et respect; il n'y avait que l'ignorance de certains écrivains sur la géographie qui s'en révoltaitet lui donnait un démenti.

Lorsqu'il rédigeait la période , ou la description de la terre , il devait réfléchir sur différentes traditions géographiques. Sans avoir besoin d'aller sur les lieux et d'étudier leur position, il avait des relations qui lui donnaient des renseignements qui servaient à d'autres écrivains moins habiles. Lorsqu'il les comparait avec ses observations faites à Marseille , il ne lui était guère difficile de remarquer une discordance et une desharmonie oceasion-

GÉOGRAPHE. 57 nées par l'emplacement trop septentrional de la Grèce. Or en replaçant Byxance et toute la Grèce plus au sud, il diminua l'erreur. En se référant aux récits des barbares , il indiqua la latitude de Thulé ; en se rapportant à ceux des Grecs . il signala celle de Byzanee et il dit que Byzance n'est pas sous 4^° de latitude , mais qu'il est probablement sous le même parallèle que sa patrie à 43° 3' de latitude (loi). Par conséquent il a diminué l'erreur de 4° à 2° et cette diminution se communiqua proportionnellement à toute la Grèce , malheureusement placée par Eudoxe trop au nord.

Un astronome-géographe à Marseille , devait se demander , comme ceux de la Grèce, quelle est la grandeur du globe. Peutêtre que les supputations des mathématiciens qui comptaient 1 1 1 1 £ stades à un degré et 4<>oooo de circonférence , ne lui étaient pas inconnues : mais elles n'obtinrent point son consentement. 11 les rejeta et proposa une autre évaluation. Sur ce point , il corrigea la doctrine précédente comme il la corrigea sous différents rapports.

Nous avons vu plusieurs distances en stades et plusieurs latitudes signalées par Pythéas. La Bretagne particulièrement nous offre un triangle dont les côtés ont leurs stades et les angles leur latitude. Ces chiffres ne sont pas donnés au hasard : ils doivent se placer sur la carte d'accord. On sait qu'Ératosthénès et Hipparchc retraçaient sur leurs cartes la Bretagne de Pythéas; or, la première idée doit porter à supposer, que les stades de la circonférence de la Bretagne, sont un résultat de leur application à la graduation de ces deux géographes qui comptaient 700 stades dans un degré. Mais si nous plaçons obliquement les deux côtés du triangle , celui de 20000 stades et l'autre de 7600 stades , entre les parallèles des latitudes d'Orcas 6o° 5o T , de Gantion 4^° et de Bélérion 48° 3o' de la dimension de la terre de 700 stades au degré : le troisième côté entre Orcas 6o° 5o' et Bélérion 48° 3o' aura 1 55133 stades, ce qui fait 563 stades de plus que ne donne le chiffre attribué à Pythéas. Il est donc évident que le triangle ne peut être appliqué en aucune manière , aux parallèles de la terre dont le degré est évalué à 700 stades. Encore moins sera-t-il d'arcord avec les paral-

(i5i) Strab. IT, pg. 71, Ii5.

lèles des degrés à 1 1 1 1 £ stades , car à mesure que le degré comptera plus de stades, le troisième coté, au lieu de i5ooo stades donnera un nombre plus fort , ainsi que le degré de 1 1 1 i £ stades donne 19709 stades, entre Bélérionet Orcas, au lieu de i5ooo. 11 faut au contraire conclure, que le triangle appartient à une mesure de la terre qui donne des chiffres plus petits et qui compte sur un degré moins que 700 stades.

Entre Orcas 61 0 et Thulé 66° nous avons dans la direction droite vers le nord différentes estimations de distances qui doivent être identiques. Il y a entre ces deux lieux 5 degrés , sir jours de navigation , 3ooo stades. Parconséquent Pythéas comptait sur un degré i £ jour de navigation ou 600 stades , et il évaluait la circonférence de la terre à 216000.

Antérieurement nous avons remarqué que Pythéas ayant deux côtés de la Bretagne connus , le troisième était le résultat de leur emplacement oblique entre leurs latitudes relatives. Dès que nous connaissons la grandeur qu'il donnait à un degré, nous allons le suivre dans son opération qui lui donna en résultat 1 5ooo stades.

Les latitudes respectives entre les trois points de la Bretagne, sont en degrés et en stades, comme il suit :

Entre Orcas et Canlion . . GO* M* - 54° = G" 50' = 4100 Entre Canlion et Bélérion . . 54" - 48° 50' = 5" 30' r= 5500 Tolal entre Oicas et Bélérion. 00° 50' - 48" 50' = 12° 20' = 7400 slad.

Les côtés connus de 7600 stades et de 20000 stades forment avec ces latitudes et longitudes relatives les triangles rectangles , et ils sont leurs hypothénuses (i5a).

Entre Bélérion et Cantion l'hypothénuse étant 7600 stades, la latitude relative 33oo ; la longitude par conséquent entre ces deux points sera de 6735 stades.

Entre Cantion et Orcas l'hypothénusc étant 20000 stades , la latitude relative 4 lo °; P ar conséquent la longitude entre ces deux points sera 19563.

Otons la longitude 6735 de celle de ig563 , et nous aurons la longitude relative entre Orcas et Bélérion 12828.

La latitude relative entre Orcas et Bélérion 7400 stades et la longitude entre ces points 12828, forment un angle droit du

(1 J2i Voyez la plane!»»* n° G.

GÉOGRAPHE. 59 triangle rectangle, dont l'hypothénuse est le troisième roté inconnu de la Bretagne, dont la grandeur doit être de la même longueur que la distance entre Oreas et Bélérion donnée parPytbéas. Cette hypothénuse effectivement est de 14809 et toute sa différence y est de 191 de moins sur les chiffres arrondis à 20000 et i5ooo.

Ce résultat, à mon avis, prouve jusqu'à- l'évidence , que la Bretagne à l'opinion de Pythéas formait un triangle obtus, oblong, penché vers l'occident (i53); qu'il s'était formé l'idée de la grandeur du globe ; que sa carte géographique était basée sur la graduation des parallèles et qu'elle était construite par la triangulation des itinéraires et des distances directes.

La latitude entre Gantion 54° et Marseille 43° 3' étant io° 57' elle est en stades 6570 (6600). Et les parties septentrionales de la Bretagne, où le jour solsticial est de 18 heures 48 a sont éloignées de Marseille de 8g5o (9000) stades (i54).

11 serait bien important pour nous de savoir, sous quel parallèle Pythéas plaçait le détroit des colonnes d'Hercule. Ératosthénès qui adopta les relations de Pythéas à l'égard de l'Ibérie et de Gades, place ce détroit à 37 0 de latitude. Après lui l'astrono-

(i53) Voyei h planche n° 6, 7. — Telle a été l'idée postérieurement de Jules César, deStrabon (n° 10, 1 1 ), qui ont diminué la lougueur du triangle, mais conservèrent plus ou moins sa direction tournée vers l'occident Ce n'est que sur le» cartes de Marinos et de Plolémée (n° 1 2), qu'on a une Bretagne brisée et repliée vers l'orient Plusieurs scrutateurs attribuaient cette forme bizarre à Pythéas sans fondement et contre toute vérité.

Ces chiffres expliquent peut-être les 63oo stades au nord de Marseille , où chex les Celtes le soleil ne s'élève pas au-dessus de six coudées} et les 9100 stades de Marseille , où il s'élève seulement de quatre coudées , ce qui a lieu dans les parties septentrionales de la Bretagne. Ces distances sont citées par Ératoslhénè*, Hipparche et Strabon, II, pag. 75. -- Gosselin a remarqué une discordance forte avec la mesure de la terre do 700 stades au degré et il se met à bouleverser grand nombre des chiffres rapportés par Strabon , il recommande avec une instance irréfléchie, le changement forcé deG3oo en 7700, et de 9100 en io5oo. C'est une singulière manière de raccommoder les contrariétés qu'on rencontre dans les recherches. A mon avis les 63oo et 9100 stades, ont leur source dans les données de Pythéas qui comptait 6600 et 9000 de Msrseille. Ératosthénès en les répétant , modifia ces nombres. 11 les adapta à ses degrés de 700 stades et à la latitude qu'il donnait à Byx. 45°j pour cet effet il les fixa à 63oo et 9100 (Voyex mes Badania, III, 43). Hipparche les rclste sans faire remarquer leur transportation de Marseille à un autre point de départ , celui de Byxunce , Strabon les cite sans y réfléchir; les scrutateurs modernes sont dans des perplexités pénibles; Gosselin s'en tire tout entièrement en les tranchant sur son plat.

me Ilipparche , qui montre non moins de confiance dans les données de Pythéas , donne à ce détroit la latitude de Rhode , savoir, 36°. Il faut remarquer que la latitude de 37 0 sortait de l'ancienne doctrine (d'Eudoxe) , qui plaçait Byzancc sous 4$° (suivie par Ératosthénès ). Pythéas l'a combattue et diminua sensiblement Terreur de l'emplacement de cette dernière ville. Cette correction entraîna nécessairement et le replacement de toute la Grèce et du parallèle de Rhode, dans lequel, on comprenait aussi le détroit des Colonnes. C'est en adoptant l'opinion de Pythéas sur la latitude de Byzance , reculée vers 4 3° que Hipparche détermine le parallèle de Rhode à 36°. Il est bien probable qu'il a trouvé cette détermination dans Pythéas qu'il ne désapprouve nulle part, car elle était la suite de la diminution de l'erreur sur Byiance. Ératosthénès au contraire se permit de modifier quelques données du Massilien. Je crois donc avoir raison en admettant que Pythéas dans son passage par le détroit a bien remarqué sa latitude à 36°.

Or, il y a 4*30 stades en latitude entre Marseille et le détroit. Leur distance droite est évaluée à 7000 stades. Avec elle on construira un triangle rectangle dont elle formera l'hypothénuse , et la longitude entre le détroit et Marseille sera 5Ô77. Le promontoire Sacré est 3ooo stades plus à l'ouest , et le Calbion encore 2000 stades. Par conséquent entre Marseille et Calbion il y a 10577 (10600) stades (i55).

Calbion est presque à l'opposite de Bélérion , presque sous le même méridien, or, entre Bélérion et Marseille est la même longitude de 10577 stades. Nous avons vu, que la longitude entre Bélérion etCantion montait à 673Ô stades ,or, après sa soustraction de la longitude entre Bélérion et Marseille il restera 384^ stades pour la longitude entre Cantion et Marseille. Pythéas a dit qu'il y avait quelques jours de navigation entre le détroit de Cantion et l'embouchure du Rhin , cette longitude relative entre Cantion et Marseille déterminée à 384a stades fait supposer que Pythéas croyait trouver l'embouchure du Rhin presque sous le méridien de Marseille, car 384* stades donnent 7 i jours de navigation. Or, il ne se trompait pas beaucoup, s'il prenait l'embouchure septentrionale du Flévo pour l'embouchure du

( 1. V*;; Yojea la planche n«fi

GÉOGRAPHE. 61 Rhin, et s'il considérait l'embouchure de Zandwoord ouBakkum qui devait exister alors , toute la différence y est d'un degré en longitude ( 1 56). Il est évident au reste qu'il tenait assez bien le méridien de Marseille, qu'il avançait lés points septentrionaux un peu plus au nord, mais dans la longitude, il s'élançait excessivement à l'occident (1Ô7).

Résumons les latitudes et les longitudes de la carte de Pythéas, elles nous indiquent palpablement cette remarque. Voici la latitude :

Détroit des Colonnes et le promontoire Sacré (sous le parallèle de

Rhode) 36»

Marseille et Bywince 43» 3*

Calbion promontoire et rade, et Vile Ouxisamé 45»

Fromontoire Bélérion 48° 30'

Caution et l'embouchure du Rhin 54°

Promontoire Orcas (61° ou) 60° 50'

Thulé 66"

La longitude ouestdu méridien de Marseille qui traverse l'embouchure du Rhin , en stades offre les chiffres suivants :

Cantion éloigné du Rhin à 7 i jours de navigatiqn (4250) .... 3842

Détroit des;Colonnes (6000) 5577

Promontoire Sacré (9000) 8077

Bélérion et Calbion (11000) 10077

Ouxisamé (12500) 11577

Orcas et Thulc (23813) 23405

Ce qui donne 39° sur l'équateur de la longitude ouest du méridien de Marseille.

Voici à quel résultat nous sommes parvenus par une observation très-simple qui nous a donné la connaissance de la grandeur de la terre. Pythéas a bien facilement remarqué l'excès dans lequel tombaient les mathématiciens qui donnaient la cir-

(l56) Si nous admettons 37° pour la latitude du détroit d'Hercule , les chiffres seront: la latitude entre Marseille et le détroit 363o stades; la longitude entre ces deux lieux 5985; par conséquent la longitude entre Cantion et Marseille 'p5o. Les chiffres sont plus rapprochés aux nombres ronds: 36oo, 6000, 4 200 qui se divisent rondement par 600. Enfin, Orcas clThulé seront éloignés de Marseille en longitude à l'ouest a38oo.

(i5;) Voyci la planche n° 6, 7. — Cette construction de la carte en suivant les rhiffres de Pythéas, peut sertir de réponse aux conjectures de Malte-Brun, vol. I de son Précis delà GéogT. liv. VI, p. 117-20, édit. de Huot, i83i.

conférence à 400000 stades et le degré à 1 1 1 1 Mais en Vécartant , il lui fallait remplacer leur hypothèse par une autre opinion. Comment est-il parvenu à la diminution de 1 1 1 1 } à 600 , cette question est certes de toute importance , pour la science , mais elle ne se laisse résoudre que par des conjectures vagues. Je ne dirai point qu'il y est arrivé par une mesure géométrique, le nombre de 600 stades était plutôt proposé au hasard. Cependant en observant les chiffres qui sont en jeu sur la carte géographique, on peut dire qu'il ne se réglait pas sur les traditions géographiques surannées ; qu'il s'est placé sur un terrain tout-àfait neuf, exploité par sa propre expérience; qu'en se référant à des renseignements autrefois entièrement inconnus , il avait des conceptions hardies et son œil habile a su rapporter et combiner les itinéraires et les distances , qui lui donnèrent la grandeur du degré et do la terre.

La marche et les progrès de In géographie, depuis Pythéas,

La doctrine de Pythéas trouva la méfiance et l'incrédulité chez les péripatéticiens , car elle négligea trop vertement les anciens préjugés, elle contrariait leurs conceptions et elle était pour eux quelquefois incompréhensible. Peut-être a-t-elle provoqué quelques controverses et une réflexion qui engagea chacun à scruter sur son propre terrain : mais à peine pouvons-nous apercevoir chez eux quelques particularités tirées des ouvrages de Pythéas. On y discutait quelles sont les zones habitables et on a généralement adopté, que la zone tempérée est habitable, la zone torride ne l'est plus, parce qu elle est trop chaude, l'autre du cercle arctique ne l'est pas non plus , car elle est trop froide. La carte de Pythéas , et ses découvertes réprouvaient positivement ces hypothèses : mais c'était l'œuvre d'un menteur !

On se séparait à regret de la rondeur du continent et on s'efforçait d'établir une proportion bien déterminée de sa longueur à sa largeur. Elle pouvait être de 5 à 3 (1 58). Son emplacement sur le globe dans la zone habitable se trouvait entre a4° et 54° entre le tropique et le cercle arctique (159). Puisque le degré comptait 11115 stades, la largeur de la terre habitable, établie par les anciennes traditions reparaissait merveilleusement dans

(iâ8) Aristot. meteor. 11, 5.

(i:V)) Comparet Hipp. ad Arati phœn. 1, a6, Posidon. ap. Slrab. Il, page g4-

GEOGRAPHE. 63 l'espace de 3o°, elle avait 33333 g stades (iUo). Par conséquent la longitude avait 55555 g (i6i).

Mais il s'élevait des doutes sur la grandeur du degré , sa diminution devenait pour la science de jour en jour plus nécessaire. L'avis d'un Massilien tropisolé, ne pouvant prévaloir , on cherchait à se tirer d'embarras par d'autres manières plus populaires. On croyait que Lysimachia (i6a) était sous le môme* méridien queSyéné en Égypte. D'après les anciennes traditions leur distance était estimée à 20000 stades (i63). On observait qu'au moment où l'écrevisse est dans le zénit de Syéné , la tète du dragon s'élevait au-dessus de Lysimachia, ce qui donnait la 1 5 e du grand cercle entre ces deux lieux. La quinzième étant 20000 stades , la circonférence entière avait 3ooooo stades et un degré 833 4 ( 1 64)- Lysimachia sera donc placée sous le 48° de la latitude, ce qui surpasse toutes les exagérations de la carte d'Eudoxe. C'était un bien bizarre moyen d'évaluer la grandeur de la terre basée sur les aspects célestes grossièrement admis : mais le fait est que l'hypothèse de la dite grandeur existait et qu'on la disait prendre son origine dans cette étrange observation.

Dicéarche en composant sa carte , rejetait les descriptions de Pythéas, détruisait le système d'Eudoxe et cherchait à rétablir quelques anciennes idées , auxquelles il adaptait singulièrement ses corrections hardies et exagérées. Il voulait conserver l'espace homérique entre l'Océan et l'Ithaque, qu'il évaluait à 10000 stades, en comptant, du détroit des Colonnes au détroit de Sicile 7000 et du détroit de Sicile au Péloponnèse 3ooo ; il désirait réhabiliter une faible modification de la rondeur du continent qui donnait

(ifio) En comptant le grand jour; nuit et jour dont l'itinéraire est estimé par Hérodote, f)00 pour la nuit et 600 pour le jour , un grand jour 11 00 stades répond h un degré de il 11 jj stades.

(it)i) Voyet la carte de la terre ovale suivant l'opinion des contemporains d'Arislote. Cette carte est reproduite ici pour la troisième fois. La première fois elle était dans mes Budanin n» 3a, pour la seconde fois elle se trouvait attachée aux découvertes des Karlhaginois cl des Grecs sur l'océan atlantique. Elle y est dérangée par la réunion des idées de Pylhéas et d'autres idées hétérogènes. Pour celle fois je l'ai dégagée de ces inconvéniens

'(162) l a ville de Cardia sur l'isthme de la Chersonnèse, prit le nom de Lysimachia vers 3o8.

(iG3) De Syéné à l'embouchure du Nil 7900 stades; de l'embouchure du Nil jusqu'en Crète joooj de la Crète jusqu'à la Troade 7000. Total 19900. Reste l'espace de riii llrspont jusqu'à Lysimachia.

la proportion de la longueur de l'ovale à sa largeur comme 3 à 2. Pour indiquer la mesure de la longueur, il détailla un diaphragme ou un parallèle qui passait par Rhode , c'est tout ce que nous savons de Dicéarche (i65). Qu'il nous soit permis de faire quelques réflexions et de proposer quelques conjectures.

La latitude ou la largeur de la terre habitable était 3oooo à 33333 l stades. Dicéarche ne pouvait pas diminuer ce nombre. Cette diminution aura été un empiétement sur la croyance géographique, une hérésie contre l'origine poétique de la science , d'un disciple orthodoxe; elle devenait de toute impossibilité sur sa carte , car dès qu'il rétrécissait excessivement sur différents points la longitude, il était forcé de s'étendre en sens détourné de diriger toutes les distances et ses itinéraires vers le Nord. Toutes les péninsules, tous les pays prenaient une forme allongée et élancée au nord. Puisque sa longitude était à la latitude en proportion de 3 à 2 , par conséquent la longitude avait 45ooo ou 46666 } stades.

Le parallèle de Rhode a été probablement déterminé en stades par les nombres suivans :

Parties tur l'Océan 3000

Depuis le détroit des colonnes par la Sardaigne jusqu'au détroit de Sicile. 7000 Depuis le détroit de Sicile jusqu'au Péloponnèse et la bouche de la mer

adriatique 3000

La mer Egée 5000 1 et la péninsule de l'Asie jusqu'au golfe

d'Issus 5000 8000

Total a 1000 , jusquà l'Euphrate 2333. L'autre moitié du parallèle , passe par le mont Taurus et traverse l'Asie jusqu'au montlmaos baigné par l'Océan. Observons, que la bouche de la mer adriatique, c'est-à-dire le mont Ceraunia, est placée sous le même méridien que le Péloponnèse , contre l'opinion d'Eudoxe qui plaçait Ceraunia sous le même parallèle que le Péloponnèse (166).

(i64) Aristot meleor. ï, 8j Clcomed. cycl. theor. I, 8.

(i 65) Dicearch. apudStrab. Il, pag. ao5; ap. Agathcm. I, 1. — Ses cartes étaient trèseslimées, Cicero ad Attic II, a ; VI, a. Sa description de la Grèce 0$« 'Exxàitt , se distinguait par son exactitude, H ici on mu. ad*. Joyian. 11 11 voyageait, il mesurait la hauteur des montagnes et donnait une description de celles du Palopon- , xa.'îtt/u^îiaiis lût m Vlmr.it t* lu Suid.J Plin. II, 05.

(iGG) Compare* no* cartes d'Kudoxe et de Dicéarche.

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