‹ Qu'est-ce qu'un névromeChapitre 12 sur 24 · SES · texte numérisé non relu

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d’ailleurs de faire un simple rapprochement sans rien préjuger de la nature du segment interannulaire, Il ne dit pas qu’il soit d’origine conjonctive et ne croit pas même que la myéline soit exactement la même substance que la graisse du tissu cellulo-adipeux. D'ailleurs tous les tissus sont doués de la propriété stéatogénique (foie, muscles, etc.) Il existe dans l’organisme plusieurs espèces de graisses, qui, pour M. Ranvier n’ont pas une constitution analogue, et la myéline est une de ces espèces.

La graisse n’est donc pas spéciale au tissu conjonctif et ne peut caractériser le tissu cellulo-adipeux. Il ne suffit pas alors de rencontrer de la graisse dans une cellule pour en faire un élément de nature conjonctive. Ces données doivent évidemment s'appliquer à l'interprétation du segment interannulaire : la myéline est une substance graisseuse, mais elle est une graisse particulière ; elle est spéciale à la fibre nerveuse.

La nature nerveuse des cellules à myéline nous paraît aussi indiscutable que celle de la névroglie. I v a quelques années, la névroglie était encore considérée comme une substance de nature conjonctive : Virchow la comparant au tissu interstitiel des nerfs, l'appelle « périnèvre cérébral ». La névroglie qui forme la charpente du système nerveux central est constituée par des cellules étoilées munies de prolongements longs et multiples qui s’entre-croisent en tous sens sans s'anastomoser. L'aspect de ce tissu rappelle assez bien celui du tissu conjonctif, mais il est bien prouvé aujourd’hui que les cellules névrogliques n’appartiennent

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pas au tissu conjonctif. Elles naissent du feuillet ectodermique comme toutes les cellules de l'axe cérébrospinal ; elles ont donc une origine commune avec les cellules nerveuses proprement diles et doivent être considérées comme des cellules nerveuses différenciées en élément de soutien.

Les tumeurs des centres nerveux que Virchow a appelées gliomes et qu’il range dans les tumeurs conjonctives (glio-sarcomes), sont développées aux dépens de la névroglie. Lorsque celle-ci passait pour un tissu denature conjonctive, on ne pouvait faire des gliomes autre chose que des tumeurs conjonctives , mais, maintenant que la nature nerveuse de la névroglie est nettement établie, il n’est plus permis de douter que les gliomes soient de véritables tumeurs nerveuses.

M. Bard, qui les a particulièrement bien étudiés, a donné de ce fait une démonstration péremptoire; il a observé, dit-il, un certain nombre de ces tumeurs, et dans tous les cas, il a pu constater l’origine nerveuse de cellules fondamentales qui les constituent. M. Renaut, dans une description histologique du gliome (!), nous montre deux types de cellules : les unes conservant le type névroglique, les autres différenciées à l’état des cellules nerveuses et munies d’un filament cvylindre-axile. « Dans cet ordre d'idées, dit M. Renaut, la névroglie prend la signification d’une formation réellement nerveuse, bien qu’elle joue à l’égard des cellules ganglionnaires et de leurs cylindres-axes un rôle

(1) Renaut. Gazelle médicale de Paris, 1884. Note sur Je gliome neuroformatif et équivalence nerveuse de la névroglie.

analogue à celui du tissu conjonctif. Elle possède la neurilité à l’état latent, et dans certaines conditions, redevient apte à la développer par une simple modification évolutive. »

C’est une interprétation du même genre qui nous a conduit à assimiler aux cellules nerveuses les cellules de Ja gaine de Schwann, et à.les distinguer des cellules adipeuses avec lesquelles on a voulu les confondre. Ces éléments possèdent, en effet, des caractères bien particuliers qu’on ne rencontre ailleurs dans aucun tissu de l'organisme; d’après les notions que nous possédons sur la spécificité, nous sommes forcés d’admettre que ce sont des cellules spéciales aux fibres nerveuses ; c’est leur différenciation qui permet d’affirmer leur individualité. Quant à savoir si ellès sont d’origine ectodermique, nous reconnaissons la nécessité de nouvelles recherches sur le développement des nerfs pour éclaircir ce point encore très obscur de l’embryologie; mais il est permis de prévoir que ces recherches viendront prouver l’origine ectodermique de ces cellules, et qu’un jour la nature nerveuse de la gaine de Schwann ne laissera plus aucun doute dans les esprits, pas plus que celle de la névroglie.

Nous avons vu que le cylindre-axe était incapable de proliférer pour donner naissance à des tumeurs nerveuses, et que certains auteurs, pour lesquels ce filament-est la seule partie nerveuse du nerf, avaient conclu à la non-existence des névromes fasciculés, ne trouvant aucun élément qui püt produire de pareilles formations. Mais cet élément qui doit être le point de départ des tumeurs véritablement nerveuses, ne le

trouvons-nous pas dans la gaine de Schwann ? Les cellules qui la constituent sont en effet des cellules nerveuses nucléées ; ce sont elles qui caractérisent anatomiquement la fibre nerveuse. Nous partageons entièrement les vues de M. R. Tripier pour qui les: tumeurs nerveuses des nerfs périphériques sont formées par les cellules de la gaine de Schwann. Toutes les tumeurs développées dans les autres parties du nerf doivent être éliminées de la classe des névromes.

Nous savons déjà ce qu'il faut penser des myxomes, des sarcomes, des fibromes, etc. Ce sont des tumeurs qui n’ont rien de spécial aux nerfs, et se rencontrent dans toutes les parties de l'organisme où 1l existe du tissu conjonctif, Mais on trouve assez fréquemment sur les troncs nerveux d’autres formations qui semblent de prime abord se rattacher plus particulièrement aux nerfs : ce sont les névromes des moignons d’amputés et les tubercules sous-cutanés douloureux. Les premiers ont été souvent décrits comme des types de névromes (Cornil et Ranvier, Nicaise), par suite de cette grosse erreur qui a été commise par tant d'anatomo-pathologistes, et qui consiste à admettre dans les névromes une production nouvelle de fibres nerveuses. On peut trouver il est vrai dans ces sortes de renflements une certaine quantité de fibres nerveuses pelotonnées au sein d’une masse de tissu fibreux ; néanmoins il ne s’agit pas là d’une véritable néoplasie, mais bien d'une sorte de tissu cicatriciel. On a pu observer, après l’excision d’un tronçon de nerf, la réunion des deux bouts central et périphérique.

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