‹ Qu'est-ce qu'un névromeChapitre 16 sur 24 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Névrome du radial

R... (Joseph), scieur de long, âgé de 33 ans, entré le 26 février à la clinique chirurgicale de Monsieur le professeur Poncet pour une tumeur volumineuse du bras droit. Il présentait en outre sur la plus grande partie du corps, des tumeurs nombreuses de volume et de consistance variables dont le début remonte à la première enfance et rappelant le syndrome décrit par Kolliker sous le nom de neuro-fibromatose généralisée.

Trois ans auparavant, cet homie reçut, sur la partie antéroinférieure du bras droit, un coup violent qui nécessita un repos de quelques jours. Quand le travail fut repris, toute trace de traumatisme avait disparu ; le malade n’en conservait que le souvenir, quand, un an après, au siège du trau-

matisme, commença à apparaître une tumeur profonde, cha-

(1) La première partie de cette observation (celle qui est écrite en petits caractères) a déjà été publiée par M. Delore (Gazette des hôpitaux, 28 avril 1896). :

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MES ue que jour plus volumineuse, qui bientôt vint faire saillie en avant et en bas du bras droit, à quelques centimètres audessus du pli du coude.

Pendant les deux années de son évolution, ce néoplasme fut toujours indolore ; c’est seulement la gêne qu'il apporte dans le travail qui décide cet homme à réclamer les secours du chirurgien.

A son entrée, le 26 février, on constate, à quelques centimètres au-dessus du pli du coude, et dans le sillon formé par les masses musculaires du biceps en dedans et des muscles épicondyliens en dehors, une tumeur du volume du poing, fusiforme, recouverte d’une peau normale, et présentant à son centre de la fluctuation. |

En outre, sur le tronc, la face, le cou et les membres supérieurs, existent une infinité de tumeurs. Les unes sont sessiles, d’autres pédiculées rappelant le molluscum pendulum. Leur volume varie de la grosseur d’une tête d’épingle à celle d’une grosse noix. La plupart ont une consistance molle et pâteuse, semblable à celle des hémorrhoïdes flasques ; quelques-unes sont réductibles et disparaissent par la pression; d’autres, enfin, sont plus consistantes et fibreuses. Leur couleur est celle de la peau, d’une facon générale ; cependant, celles que nous avons signalées comme réductibles, présentent une coloration rouge violacé assez typique.

Ces tumeurs furent examinées à titre de curiosité; personne ne songea à admettre un titre de parenté entre la tumeur majeure du bras droit, paraissant acquise, et les néop'asies congénitales du reste du tégument externe.

Première intervention. — Le 28 avril, M. Villard, chef de clinique, enleva au bistouri une tumeur située sur la paroi abdominale, et qui fut gardée pour l’examen histologique. — Il ponctionna la tumeur du bras droit après incision des plans - superficiels. La canule ne livrant passage qu’à du liquide

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séreux, on fendit la poche avec le bistouri. On constata alors la présence, au centre de cette tumeur, d’une cavité irrégulière contenant un liquide jaunâire, très visqueux. La périphérie était formée par une coque très dure, épaisse de 2 à 4 centimètres, qu’on énucléa assez facilement de l’interstice musculaire du biceps, des muscles épicondyliens et du brachial antérieur. Ce n’était évidemment pas un abcès froid ; mais la nature histologique paraissant bizarre, M. Dor, chef du laboratoire, en fit l'examen.

Examen histologique de la grosse tumeur du bras. — La tumeur est nettement encapsulée, et par son aspect, Sa consistance et ses dimensions, elle rappelle certains goîtres charnus.

On rencontre des points colorés en rouge, d’autres franchement jaunes et d’aspect xanthomateux ; enfin, il ya de nombreuses cavités remplies d’un liquide d’aspect séro-fibrineux.

L’examen microscopique, pratiqué sur différents points, montre à peu près partout le même aspect. Les points rouges sont seulement plus vasculaires et les kystes apparaissent simplement comme des dilatations plus considérables de lacunes dont la tumeur est criblée.

Les fragments ont été durcis soit à l’alcool; soit au sublimé, et les différents réactifs colorants qui ont été employés sont le picro-carmin, l’hématéine alunée et le mélange de Biondi.

Le stroma général de la tumeur est un tissu myxomateux très lâche que l’on retrouve partout et dans les mailles duquel sont emprisonnées différentes cellules, ainsi que des vaisseaux sanguins. C’est aussi ce tissu myxomateux qui forme la limite des cavités kystiques qui communiquent toutes plus ou moins entre elles et n’ont pas de membrane limitante ; de telle sorte que la tumeur peut être comparée assez exacte-

ment à une éponge.

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Dans les parties les plus denses il existe des productions absolument étranges. Ce sont d'immenses cellules ayant à première vue une vague ressemblance avec des cellules nerveuses, c’est-à-dire qu’elles sont cinq ou six fois plus grosses que les cellules myxomateuses et qu’elles ont des ramifications multiples, mais lorsqu'on suit toutes les transformations de ces cellules on voit qu'elles apparaissent souvent sous forme de longues bandes rappelant plutôt une fibre nerveuse. Le réactif de Biondi les colore en rouge, l’hématéine les laisse presque incolores et le picro-carmin leur donne une teinte jaune orangé. Dans un mémoire de Schmidt, inséré dans les Archives de Virchow, vol. 128, se trouve une planche où sont figurées des cellules presque identiques ; ce mémoire est une étude des modifications régressives du tissu adipeux, et les cellules en forme de larges bandes ou de cellules nerveuses sont figurées comme représentant une des transformations que peuvent subir, d’après cet auteur, ies cellules adipeuses ; il semble donc à défaut d’autre interprétation, que l’on puisse envisager ces éléments comme étant des cellules adipeuses profondément modifiées.

Un: autre particularité qu'il convient de signaler dans la tumeur est la présence de cellules rondes, à gros noyaux entourant tous les vaisseaux et devenant de plus en plus rares à mesure qu'on s'éloigne du centre de chaque production vasculaire. [| n’existeaucune prolifération interne de la paroi du vaisseau, et le sang con enu à leur intérieur paraît constitué exclusivement par des globules rouges, la paroi elle-même du vaisseau ne semble pas trop hypertrophiée, mais immédiatement autour du vaisseau et au sein du tissu myxomateux dans lequel il est plongé on voit une couronne complète de ces cellules rondes à gros noyau et la largeur de cette couronne est constituée par, au moins, six ou sept cellules

dans chaque point que l’on considère, de sorte que la meilleure

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comparaison que l’on puisse donner est celle d’un lobule hépatique, tout en faisant remarquer que les cellules ne sont nullement tassées les unes contre les autres et qu'elles sont toutes libres au sein d’un tissu myxomateux, Ces cellules sont bien différentes des cellules que nous supposons être des cellules adipeuses transformées, lesquelles, d’ailleurs ne sont jamais en contact direct avec des vaisseaux ; elles se colorent bien surtout avec l’hématéine qui montre leurs gros noyaux.

Deuxième intervention. — La tumeur du bras ayant récidivé, le malade rentre à l’Hôtel-Dieu trois mois après son premier séjour (mai 1896). M. Villard pratiqua une seconde intervention, et ce fut seulement alors qu’on put reconnaitre l’origine radiale de la tumeur. L’extirpation, bien qu’incomplète, fut suivie d’uve paralysie dans la sphère du radial.

Cet homme est revenu en juin 1897, dix mois après la seconde intervention, présentant une récidive énorme de la tumeur qu'on avait enlevée, parcimonieusement, pour éviter la section du radial. La seule intervention possible alors était la désarticulation de l'épaule, qui fut refusée. Depuis, Île malade a disparu et doit sans doute avoir succombé.

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