‹ Qu'est-ce qu'un névromeChapitre 17 sur 24 · DESCRIPTION HISTOLOGIQUE DE LA TUMEUR RÉCIDIVÉE. - DISCUSSION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION HISTOLOGIQUE DE LA TUMEUR RÉCIDIVÉE. - DISCUSSION

Nous avons vu que lors de la première extirpation de la tumeur, la présence de cellules tout à fait spéciales avaient intrigué M. Dor et que, faute de pouvoir déterminer la nature exacte de ces cellules, il les avait considérées comme des cellules graisseuses très modifiées ; cette interprétation pouvait être admise pour une tumeur primitive qui pouvait avoir subi une dégénérescence et qui par sa facile énucléation avait les

caractères d’une tumeur bénigne, mais cette fois la tumeur avait récidivé, elle se comportait comme un sarcome malin, et si l’on trouvait encore des cellules identiques à celles de la première tumeur, il fallait bien admettre que ces cellules étaient néoformées et on ne pouvait plus y voir des cellules adipeuses ou autres comprises dans la tumeur et frappées de régression. L’apparence adipeuse de ces grosses cellules était peutêtre une erreur d'interprétation ; la première tumeur n'ayant pas été mise dans l’acide osmique, il s’'agissait cette fois de ne pas négliger cet examen. Aussi des fragments pris en différents point furent-1ls placés les uns dans l’acide osmique à 1/100, les autres dans le liquide de Müller et d’autres dans l’alcool. Ces différents fragments ont été colorés au picro-carmin et à l’éosine hématoxylique, au bleu de méthylène, au carmin aluné et à la safranine,

Dans toutes les coupes on pouvait retrouver en nombre variable, différents types cellulaires ; dans cer-

taines coupes prédominaient des éléments. embryon-

naires, dans d’autres endroits on voyait davantage de cellules adultes; ici les cellules étaient plus tassées les unes contre les autres, là elles étaient séparées par d'assez grands espaces et semblaient toutes isolées par un stroma fibrillaire et myxomateux. Les photographies que nous donnons à l’appui de notre description donneront une idée de l’apparence que présentaient nos coupes au point de vue de l'ordonnance des céllules les unes par rapport aux autres. Nous voulons décrire ici séparément les principaux types que nous avons rencontrés.

Nous avons trouvé d’abord d’espace en espace, en dehors de travées formées par de petites cellules sur lesquelles nous reviendrons, de grandes cellules qui attirent plus particulièrement l’attention non seulement par leurs grandes dimensions, mais encore par certains caractères bien spéciaux relatifs à leur forme et à la facon dont elles se comportent vis-à-vis de certains réactifs colorants. Elles sont disposées au sein d’un stroma assez lâche constitué par de petits éléments clairs étoilés donnant à l’ensemble l’aspect du tissu muqueux. Ces grosses cellules étaient quelquefois disséminées sans ordre apparent au milieu de ce stroma, mais le plus souvent elles étaient groupées en :ilots composés d’un nombre indéterminé de cellules et ordonnées par rapport à un vaisseau. Ce qui frappe d’abord à première vue, c’est la taille gigantesque de ces cellules et la variété des formes qu’elles peuvent affecter. Les unes présentent une forme ronde et possèdent un noyau volumineux à contours assez nets. Les autres sont à peu près ovoïdes, ou bien s’allongent

irrégulièrement à l’une de leurs extrémités et se termi-

nent par une pointe mousse. À côté de celles-ci on peut en voir d’autres qui sont exérèmement allongées dont l’aspect rappelle absolument celui que M. Dor avait trouvé dans la première tumeur, et qu’à défaut d’autre interprétation, il avait considérées comme étant des cellules adipeuses modifiées. Onrencontre parfois des éléments qui ont aussi dans l’espèce une très grande importance : ils sont constitués par le groupement de deux grosses cellules rondes réunies par une bande plus ou moins longue en continuité avec les deux

masses protoplasmiques et possédant chacune un novau ; ces deux cellules rappellent assez bien dans leur ensemble la forme d’une haltère dont les deux boules seraient très écartées l’une de l’autre ; cette figure avait quelque chose d’absolument frappant attendu que les deux cellules terminales dépassaient par leurs dimensions toutes les cellules conjonctives ou épithéliales que l’on rencontre dans les néoplasmes ordinaires. Ceséléments nous représentent sans nul doute des figures de division et sont pour nous une preuve que les cellules que nous décrivons sont des cellules en voie de développement et non de régression.

Dans les parties les plus malignes de la tumeur se trouvent des cellules également volumineuses, fusiformes, groupées en grand nombre et très rapprochées les unes des autres en certains endroits; ces cellules, toutes orientées parallèlement les unes aux autres, ont une forme absolument analogue à celle des cellules du sarcome fasciculé ou sarcome fuso-cellulaire, mais des dimensions beaucoup plus considérables.

Toutes ces grosses cellules que nous venons de décrire se colorent en rose par l’éosine hématoxylique. De plus, et voilà le fait absolument frappant et sur lequel nous ïinsistons, dans les préparations qui avaient é'é lraitées par l'acide osmique, on constate la présence, à l’intérieur de leur corps protoplasmique, de nombreux grains tout à fuil noirs, arrondis et de volume variab'e. Cette réaction caractéristique avec l'acide osmique est identique à celle que l’on trouve dans les névrites où la myéline présente la segmentation en boules, mais encore une fois nous le répé-

ES, ie tons, ces cellules sont en voie de développement et non de régression.

En considérant attentivement ces diverses formes de grosses cellules et en les comparant les unes aux autres, on peut trouver entre elles toutes les transitions possibles, depuis les grosses cellules rondes jusqu'à celles qui apparaissent sous Ja forme de bandes allongées ; on ne serait pourtant guère tenté d'établir une comparaison entre ces deux sortes de cellules qui, de prime abord, paraissent si dissemblables, et qui, cependant comme nous allons le voir, représentent les différents stades d’un même type cellulaire en voie d'évolution, C'est ce. type cellulaire qu'il s’agit de déterminer. Le moyen le plus simple pour arriver à cette détermination, c’est de rechercher parmi les éléments normaux du nerf celui qui ressemble le plus aux cellules les plus adultes de la tumeur, c'est-à-dire aux cellules longues. Cet élément, nous le trouvons dans la cellule de la gaine de Schwann dela fibre nerveuse à myéline.

La forme longue des cellules de notre tumeur offre une analogie frappante avec celle d’un tube nerveux dépourvu de eylindre-axe, et ce qui rend cette analogie plus évidente, c’est la présence à l’intérieur de ces cellules de goutteleltes noires qui prennent ainsi la signification de véritables boules de myéline. Nous rappellerons que : lorsque la continuité d'un nerf vient à être interrompue, le cylindre-axe disparait de la fibre nerveuse dans la partie du nerf qui n’est plus en relation avec les centres, et la myéline se fragmente en petites boules. Les gouttcleties que l’on rencontre

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à l’intérieur des cellules que nous venons de décrire sont absolument semblables à ces petites boules, et c’est bien sous cette forme au'il faut s'attendre à trouver la myéline dans le cas particulier, puisque Îles cellules sont dépourvues de cylindres-axes et qu’elles sont indépendantes des centres nerveux.

Nous avons déjà faitremarquer qu'entre les grosses cellules et les cellules longues de la tumeur on pouvait trouver tous les intermédiaires, et nous avons supposé qu’en raison de ces transitions successives de l’une à l’autre forme cellulaire, ces éléments devaient tous appartenir à un seul et même type. C’est ce que démontre aussi la présence des gouttelettes noires que nous avons trouvées dans toutes les cellules, aussi bien dans les cellules allongées que dans les cellules rondes, et que nous considérons comme des boules de myéline; et, fait très important, en dehors de ces cellules il n’y en avait pas une qui présentât de boules noires. Les diverses formes de grosses ceilules doivent donc être envisagées comme réalisant toutes le trpe des cellules à myéline de la gaine de Schwann; nous avons dans ce fait une preuve de la spécificité de ces cellules qui, même dans leur forme embrçonnaire, sont encore reconnaissables parce qu'elles secrètent de la myéline ; or, comme ces cellules spécifiques ne se trouvent que dans les nerfs, nous avons le droit de les considérer comme d’essence nerveuse au même titre que la névroglie des centres nerveux et de dire que les tumeurs de ces cellules sont des névromes.

Si l’on ne connaissait pas l’étroite parenté qui existe

entre les divers types de grosses cellules de Ja tumeur que nous appelons névrome, on pourrait être tenté de prendre les grandes cellules longues pour des vestiges de fibres nerveuses préexistantes à la tumeur, et cette hypothèse expliquérait également bien la disposition de la myéline sous forme de gouttelettes : le bourgeonnement néoplasique entraînant la destruction des fibres nerveuses, la myéline se mettrait en boules dans les segments de fibres ayant subsisté. Mais il faut se rappeler que nous sommes ici en présence d’une récidive et que par conséquent les fibres nerveuses qui pouvaient exister dans la première tumeur ont dû être totalement enlevées par l’extirpation de. celle-ci. De plus, la présence des éléments en forme d’haltère que nous avons signalés plus haut et qui représentent comme nous l'avons dit des figures de division, permet d'affirmer que les cellules longues sont des cellules néo-formées et non pas des vestiges de fibres nerveuses, les éléments en haltère n’étant en somme que des cellules longues possédant un noyau à chacune de leurs extrémités.

On ne pouvait évidemment porter le diagnostic de névrome avant l'examen histologique de la tumeur qui, par ses allures cliniques, devait faire songer à un sarcome ; et, sans qu’on püt rien préjuger de sa nature, c'était bien cliniquement un sarcome. Pouvait-elle être histologiquement confondue avecun sarcome conjonctif développé aux dépens d’un nerf? On y trouve bien des cellules analogues à celles du sarcome fasciculé et disposées d’une façon semblable : ce sont ces cellules fusiformes que l’on rencontre dans les points

où la tumeur présente la plus grande malignité et ou elle revêt sans doute la forme sarcomateuse, mais :l ne s’agit cerlainement pas d’un sarcome conjonctif, car dans un sarcome conjonctif les cellules apparaissent avec des dimensions beaucoup plus petites. La présence des grains de myéline suffit d’ailleurs à écarter une pareille hypothèse. On pourrait songer, il est. vrai, à une dégénérescence graisseuse de ces cellules, mais celle-ci ne peut s'observer sur des cellules aussi jeunes que celles dont il s’agit dans le cas particulier où la marche de la tumeur a été très rapide.

Il résulte de l'ensemble de cette discussion que toutes les formes de grosses cellules de la tumeur que nous venons de décrire se rapportent à un même type, le tvpe des cellules à myéline des tubes nerveux, et nous dirons avec M. Dor que cette tumeur, dont on pouvait faire cliniquement un sarcome, doit être définie histologiquement comme une fumeur d’origine nerveuse développée aux dépens des cellules de la gaine de Schwann.

Nous devons en terminant signaler dans la tumeur un autre type cellulaire que nous hésitons à considérer comime des fibres de Remak, ne pouvant faire la preuve d'une semblable assertion, mais que l’on pouvalt observer dans les coupes sous forme de bandes sillonnant la préparation en différents sens et constituées par de petites cellules allongées et ordonnées parallèlement les unes aux autres. Ces cellules qui se colorent en violet par l’éosine hématoxylique, contrairement aux cellules précédentes colorées en rose, renferment un noyau très réfringent et plus ou moins allongé ; les unes conservent une forme cylindrique

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dans presque toute leur étendue tandis qne les autres s’effilent à chacune de leurs extrémités, poussant ainsi deux prolongements très minces qui vont se perdre entre les cellules adjacentes. Cette disposition donne aux bandes en question un aspect fibrillaire. Nous ne sommes pas exactement fixés sur la signification de ces éléments, n’ayant pas trouvé toutes les transitions entre eux et les grosses cellules,’ et n'ayant pas pu déceler de myéline à leur intérieur. S'agit-il d’une forme très embryonnaire de cellules de la gaine de Schwann ou de fibres de Remak embryonnaires, c’est ce que nous ne pouvons dire, mais nous éliminons l'hypothèse de fibres conjonctives.

Après avoir décrit chaque type cellulaire en particulier, nous décrirons maintenant les préparations dans leur ensemble et nous donnerons quelques explications sur les planches qui accompagnent notre mémoire.

Dans la Figure 1 nous avons schématisé les différents types cellulaires de la tumeur. On se reportera à la légende pour l’explication de la figure.

Nous avons photographié nos coupes à deux grossissements différents. Nous présentons d’abord deux coupes à un faible grossissement dont l’une, la Figure 2, montre l’aspect général de la tumeur colorée au carmin aluné; on y distingue un vaisseau coupé obliquement autour duquel sont disposées les grosses cellules de moins en moins nombreuses au fur el à mesure qu’on s'éloigne de la lumière du vaisseau , dans la Figure 3 il s’agit d’une coupe traitée par l'acide osmique et dans laquelle toutes les cellules nerveuses sont rem -

LU ODREES plies de granulations noires trop petites pour être vues distinctement, mais qui donnent par leur réunion une teinte générale beaucoup plus noire aux cellules qu'au stroma fibrillaire dans lequel elles sont ‘plongées; il n'y à ici pas d'autre colorant que l’acide osmique. D'ailleurs cette coupe a été photographiée aussi à un plus fort grossissement de manière à montrer Îles grains de myéline, et on peut voir dans la Figure ces grains dans un grand nombre de cellules dont les unes sont arrondies et les autres irrégulières. On se rend encore beaucoup mieux compte de la forme variée de ces cellules et surtout de leur forme allongée en fibre dans la Figure 5; ils’agit là d’une coupe colorée au bleu de méthylène, et l’élection a été telle sur les cellules qu’on n’y distingue aucun détail ; le noyau très apparent dans les autres préparations est ici masqué par le protoplasma coloré d’une façon très intense. Ce qu'il y a de particulièrement frappant dans cette coupe, c'est la présence d'une fibre plus allongée que les autres mais dont nous avons vu cependant beaucoup de spécimens en parcourant nos préparations, et dans laquelle le protoplasma a pris absolument la forme que l’on trouve dans le nerf normal, à tel point que l’on croit voir les incisures obliques de Schmidt et de Lantermann. Si nous n'avions trouvé daus notre tumeur un grand nombre de cellules semblables et dans plusieurs points différents, nous ne pourrions nous empêcher de croire qu’il s’agit là d’un vestige de cellule nerveuse provenant d’un nerf englobé dans la tumeur, mais, encore une fois, nous avons assisté à la division de semblables cellules avec de gros noyaux à

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