L'AMOUR DE LA DANSE ET L'AMOUR DANS LA DANSE H
fonctionnement : conditions de milieu et conditions d'histoire.
Mais je veux, auparavant, citer un passage de Bossuet, qui résume à merveille ce que j'ai tenté d'exprimer, dans la première partie de ce livre, sur les composantes, difficiles à dégager de cet art mal connu.
On ne s'attendrait guère à entendre ici la grande voix du (( dernier Père de TEglise»; il me plaît cependant d'évoquer son éloquente autorité, à lappui de ma conception de la Danse, et de montrer, par là, que celle-ci est, à mes yeux, une manifestation de l'esprit aussi noble, aussi grave, aussi complète que la Poésie, que la Musique ou que les autres arts plastiques.
Remplacez, dans les lignes qui vont suivre, « peintres )), (( sculpteurs » ou « architectes » par « danseurs » ou a chorégraphes » ; au lieu de a tableaux », de ce couleurs », lisez « danses » ou « mouvements » ; et vous aurez, merveilleusement définis, les fondements esthétiques de l'art qui passe pour le plus h-i^er, le plus frivole et qui est, au contraire, à la fois le plus mathénialique et le plus iiumain de tous.
« Je suis un peintre, un sculpteur, un arcliitecte ' ; « j'ai mon art, j'ai mon dessein ou mou idée; j'ai le « clioix et la préférence que je donne à cette idée par « un amour particulier. J'ai mon art, j'ai mes règles,
I. Bossuct. Elévations sur les Myslères ; deuxième semaine, septième élévation : Férondité des Arts.
mes principes, que je réduis, autant que je puis, à un premier principe qui est un, et c'est par là que je suis fécond. Avec cette règle primitive et ce principe fécond qui fait mon art, j'enfante au dedans de moi un tableau, une statue, un édifice qui, dans sa simplicité est la forme, l'original, le modèle immatériel de ce que j'exécuterai sur la pierre, sur le marbre, sur le bois, sur une toile où j'arrangerai toutes mes couleurs. J'aime ce dessein, cette idée, ce fils de mon esprit fécond et de mon art inventif. Et tout cela ne fait de moi qu'un seul peintre, un seul sculpteur, un seul architecte; et tout cela se tient ensemble et inséparablement uni dans mon esprit; et tout cela dans le fond, c'est mon esprit même et n'a point d'autre substance ; et tout cela est égal et inséparable. a Lequel des trois que l'on ôte, tout s'en va. Le premier, qui est l'art, n'est pas plus parfait que le second, qui est l'idée, ni le troisième qui est l'amour. L'art produit l'un et l'autre, et on suppose qu'il existe, quand il les produit. On ne peut dire ce qui est plus beau, ou de commencer ou de terminer, ou d'être produit ou de produire. L'art, qui est comme le père, n'est pas plus beau que ridée, qui est le fils de l'esprit; et l'amour qui nous fait aimer cette belle production, est aussi beau qu'elle : par leur relation mutuelle, chacune a la beauté des trois. Et quand il faudra produire au dehors cette peinture ou cet édifice, l'art et l'idée
L'AMOUR DE LA DANSE ET L'AMOUR DAiNS LA DAxNSE
« et ramour, y concourront également, et en unité
« parfaite; en sorte que ce bel ouvrage se ressentira
i( également de Fart, de l'idée et de l'amour ou de la
« secjjète complaisance qu'on aura pour elle. »
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