L'AMOUR DE L\ DANSE ET L'AMOUR DANS LA DANSE
hypocrite et totalement dénuée de vie. La moindre bourrée auvergnate, la moindre gavotte bretonne, la moindre farandole provençale, corolles champêtres aux fraîches couleurs, sont plus jolies que ces orchidées bizarres, fleurs morbides du snobisme et de l'ennui.
Mais laissons de côté ces parodies d'un art qu'elles discréditent; nous y reviendrons, s'il le faut. Ce que je crains, pour le danseur, ce n'est pas Texaltation, c'est bien plutôt la perte de l'Amour; non de la sensualité obsédante et maladive, qui paralyse la joie, mais du sentiment sincère, profond, qui permet seul de goCiter passionnément l'univers et la vie, de chérir un être infiniment plus que soi-môme, de s'extasier sans fin sous le clair de lune, devant la montagne ou la mer, de s'attacher ardemment aux gens et aux choses que l'on admire. Car, sans cet Amour, a qui (( rend léger tout ce qu'il y a de pesant, qui vole, (( court, est dans la joie ; qui ne garde point de me- « sure, mais que son ardeur emporte au delà de toute « mesure; qui ne dort pas môme pendant le sommeil; « qui n'est pas las quoiqu'il se fatigue et comme une « vive flamme et un flambeau se fait passage on haut « et y monte sans obstacle », sans cet Amour, il n'est point d'art supérieur, pas plus do iJanse que do Musique, de F^einture ou de Poésie.
Malheureusement l'amour d'un ar( pour hii-mome tue quelquefois, tuo souvent l'aulro anu)in . purement
humain, qui stimule, vivifie et renouvelle l'inspiration. Les virtuoses d'une technique cessent d'aimer autre chose que cette technique même et que son exercice éblouissant. Pour eux, elle devient un but, un instrument de triomphe et non pas un moyen de traduire leurs impressions spontanées, leurs bonheurs, leurs soucis, leurs aspirations et leurs tristesses.
Pour le danseur, pour la danseuse le danger est très grand. Etant à la fois inventeurs, interprètes et instruments de la danse, ils se retranchent, plus souvent encore que les autres artistes, dans les satisfactions égoïstes d'un rite brillamment accompli. Leur amour de la beauté se fige dans l'idolâtrie de leur propre personne. Disons le mot trivial mais juste : un cabotinase débordant étouffe leur sensibilité et tarit en eux les sources de l'imagination. Or, sans un parfait équilibre entre les éléments appoliniens de précision et de rythme, que la tutelle scientifique apporte aux créations humaines et les éléments dionysiaques qu'elles doivent emprunter à la passion, c'en est fait du double caractère de mesure et de lyrisme indispensable à toutes les œuvres d'art.
Nous en avons fini avec les éléments essentiels de la Danse, avec tout son mécanisme physiologique et psychologique profond. Il ne nous reste plus qu^à jeter quelques regards sur les conditions extérieures de son