‹ Qu'est-ce que la danse?Chapitre 27 sur 28 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

que son sens plastique inné, que ses plaisirs moteurs inspirent ses recherches artistiques de mouvement corporel, les féconde et guide leurs constants progrès.

La Musique ne saurait évoluer que sous l'inspiration subconsciente de ceux qui la composent et de ceux qui l'exécutent. C'est aux danseurs également de diriger d'instinct l'orientation de la Danse.

Il faut que tout le monde danse, simplement mais purement et avec sensibilité, pour qu'un art chorégraphique juste et riche naisse et appartienne en propre à notre civilisation. Tant que notre société n'aura pas contracté l'habitude d'une danse expressive et belle, à formes presque fixes, dans les conditions normales de la vie courante ; tant que les individus ne danseront pas d'une façon harmonieuse, dans le costume de leur époque et dans le cadre de leur existence quotidienne ; tant qu'une sorte de mise en scène théâtrale sera nécessaire à leur exhibition, on n'aura créé un art de la Danse ni profond, ni viable.

Gomment un tel prodige, car c'est bien un prodige que je demande là, pourra-t-il se produire?

En le préparant. En s'accoutumanl à ne pas considérer l'organisme humain comme un misérable instrument de plaisirs vils, mais comme un magnifique appareil d'expression, de charme et de hautes voluptés; en le dressant aux attitudes nobles et aux mouvements exacts; en le soumettant, dès l'enfance et sans cesse, à la rigoureuse discipline du rytiime ; et, pour tout

dire en un mot, en moralisant, en idéalisant la vie physique, par une constante harmonie...

La Musique est là, pour accomplir ce miracle. Le jour où notre corps et elle ne feraient plus qu'un, où l'on pourrait dire littéralement : Musica carv facta est, la Danse, une Danse loyale, franche, vivante, moderne, parfaitement humaine et belle serait née, qui n'aurait plus besoin ni de décors, ni de costumes d'exception pour s'épancher et pour nous apporter ses joies.

J'espère, en tout cas, avoir fait comprendre, par ce livre, que la Danse n'est et ne doit être ni un régal frelaté de délicats, ni une dégradation de nos énergies erotiques, ni, comme on est trop porté à le croire, un gentil passe-temps mondain, une amusette superficielle pour des spectateurs libertins et oisifs.

Je voudrais avoir su montrer, en elle, la troublante et magnifique image de toutes les forces cosmiques.

Par son expression si nuancée de nos émois sentimentaux, par son pouvoir pathétique, elle traduit, avec autant de puissance que l'orchestre d'un Beethoven ou d'un Wagner, les orages de l'âme, pareils aux cyclones tropicaux, aux microscopiques délires des tourbillons browniens.

Par la séduction de ses attitudes caressantes, par la majesté souveraine, par l'absolue sérénité de ses combinaisons, de ses inépuisables entrelacs, elle évoque, aussi bien que les fugues d'un Bach, ou que les symphonies d'un Mozart, toute la mécanique sidérale.

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