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canique des diverses modalités de l'esprit, mais, sur le visage, elle se concentre dans les jeux subtils des :
yeux et de la bouche, regards tendres ou foudroyants,
chargés de haine ou de désir, en certains plissements
des paupières ( ou ne commissure de as en ndes contractions fugitives du sourcil, ‘en quelque impercep-
: ne tible tressaillement de la peau, qui, pâlissant, rougis-
VA sant ou verdissant tour à tour, accentue encore, par le \ coloris du teint, les aveux ou les confidences de la
| physionomie. Et si l'émotion plus forte, pénible ou
| joyeuse, ne se peut contenir davantage, elle éclate sur.
ARTE face humaine par les larmes ou par le rire. Ernest Hello, dans un admirable chapitre de L'Homme, étu-
die le mécanisme de ces deux manifestations extrêmes de notre sensibilité et nous montre, dans le rire, «le
Le langage de la relation rompue » et, dans les larmes, «le langage de la relation sentie ». Nous n'avons pas à ue le suivre sur ce terrain purement psychologique, non
plus qu’à nous demander, avec Marcel Schwob, si quelque jour on élèvera au Rire un autel, comme au
dieu inconnu des générations futures.
ai Il est certain cependant que toute l'éducation mon- daine, que le raffinement de la civilité sinon de la civi-
lisation moderne tendent à atténuer l'intensité, l’am-
plitudeetlafréquence des gestes d'expression spontanés.
| Hi Henri, ne montre pas du doigt les objets ni surtout
les personnes que tu veux désigner! — Je t'en prie,
Marthe, ne ris pas si fort; c’est inconvenant ! — Fer-
nand, ne saute pas ainsi pour faire voir que tu es content de ta bicyclette ; remercie ton oncle sans pousser toutes ces exclamations ! — Suzanne, mon enfant, ne
cours pas comme cela! lu es trop grande, je t’assure. — Tu peux bien admirer ce tableau, François, sans
vie G SANTE a RELEES ù NE nn
a 1 à ou, où EST ce Que LA DANSE
lever les bras au ciel. — Voyons, du ne m' n'ems A
brasse pas dans la rue; tu n'as plus dix ans, toutde même! -— Que signifient ces larmes, Marcel? un
homme ne , doit pas pleurer. » Voilà des phrases que io nous entendons chaque jour et nous voyons les personnes qui se prétendent le plus « évoluées » affecter
volontiers une impassibilité motrice aussi complète que possible, qui se traduit par des attitudes guindées, par des évolutions saccadées, quand l’immobilité leur
devient impossible et, pour ainsi dire, parune moue constante de tout le corps, qui les rend peut-être fort distinguées mais parfaitement inexpressives, moroses et ennuyeuses.…. Nous verrons plus tard ce genre, que l'on qualifie d’ « artiste », influer sur la danse moderne
et y créer un style d’une sécheresse affreuse.
Rappelons-nous, pour revenir vers la vie, combien
de fois, dans a Chanson de Roland, Charles, le grand
empereur, tire sa barbe blanche et très douloureusement se lamente; combien de fois il tourne en pà- U
moison « et cent mille Français tombent à terre avec lui pâmés » ; et relisons, dans le moine de Saint-Gall,
le récit de la visite des ambassadeurs de Perse au même prince. Quand ils montaient dans la tribune, quirègne autour de la chapelle d'Aix, « regardant de là soit le clergé, soit les troupes, mais reportant àchaque instant les yeux sur le monarque et ne pouvant, dans l'excès de leur joie, retenir leurs éclats de rire, ils frappaient Hi
dans leurs mains et s’écriaient, transportés et sautant de plaisir : Jusqu'à présent nous n'avions vu que des
| hommes à de : vi 1 ct nous ions assez mal nos diplomates de ji ae témoignant de la sorte leur admiration pour ue quelque chef d'État ; et c’est bien là pourtant le langage D naturel der Le celui qui jaillit, universellement intelligible et souverainement persuasif, des sources de l'être.
Nous avons employé plusieurs fois déjà ce terme de | «langage », pour désigner les expressions corporelles de notre personnalité; c’est qu’en effet, parties de . mouvements et d’attitudes simples, qui sont le reflet direct et spontané de nos impressions mentales, ces sortes d’onomatopées plastiques, réflexes d’hostilité ou . j de sympathie, reculs et tressaillements, élans ou arrêts brusques, débordements de sensibilité de l’adolescente qui pouffe de rire ou éclate en sanglots, toutes ces formes si claires, par lesquelles s’extériorisent nos sentiments, s'organisent progressivement en une sorte de vocabulaire fixe, qui permet aux individus d’une même civilisation, peut-être même à tous les humains, de se comprendre sans le secours de la parole. Au fur et à mesure qu'ils réfrènent les témoignages trop dynamiques de leurs émotions, ils conser- vent ou adoptent certains gestes typiques pour s’ex- | primer de loin sans le secours des mots. Je pense que le « oui » et le « non » se font, sur toute la terre, en. hochant la tête de haut en bas et en la secouant de droite à gauche. La flexion lente d’un individu devant
e terre, mais os hui nous en avons vu
ie He quon Que LA DANSE on un autre \ devenue, dans le monde entier, a: marque : non équivoque de la déférence et. du respect. En : toutes régions, la main, portée à la bouche et prome- ni née ensuite sur l'estomac, permet de faire entendre que l’on à faim. Des veux qui s'écarquillent et une
bouche bée traduisent, n'importe où, une admiration : mêlée de surprise. Et je ne crois pas qu'il existe une 164 seule contrée où, si devant une femme nous prome- de | nons lentement notre main autour de notre visage,
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en souriant un peu, elle ne comprenne que nous la . trouvons jolie. | nu La part d'artifice, dans ce langage-ci, n’est pas moins grande que dans le langage oral. Des conven- rs tions subtiles s’établissent peu à peu, nousobligeant
Ke)
parfois à doser scrupuleusement nos expressions plas- "0 tiques. Un bonjour esquissé du bout de la canne;un ! signe amical de la main, un salut plus ou moins soigné du chapeau, une révérence profonde s’échelonnent, comme une sorte de gamme, allant de la familiarité “3 jusqu’à la déférence. Cette jeune femme, si je lui serre a la main ou si je la lui baise, si je la touche distraite | ment ou si je la garde une seconde de plus entre mes is doigts, saura fort exactement quel sentiment elle Lo m'inspire et ce que je prétends lui en révéler. AE Mais pour comprendre le sens précis de ces alphabets 1 dubon ton, pour saisir cette dialectique digitale, il faut ii en avoir pénétré longuement les secrets par une lente initiation psychologique et par une éducation de luxe. |
Et encore de terribles déconvenues attendent-elles
sifflets « qui ueilient en France les méchants Lure
ont, dans certains pays, le même sens que nos applau-
dissements : et, s’il est vrai que les Chinois se mar-
quent leur considération en se frottant réciproque-
ment le nez, le mandarin veau chez nous aurait tort
d'en user de même sorte avec le personnage influent, dont il solliciterait les faveurs.
Dans une église catholique ou dans un temple
réformé, il importe de se découvrir. À la synagogue
on doit conserver son chapeau. Pour pénétrer dans la
__ mosquée, il faut enlever sa chaussure. Car les mortels ont même établi des codes de télégraphie optique pour
communiquer avec la divinité : génuflexions, age- nouillements et prostrations, mains jointes, croisées sur la poitrine outendues vers le ciel, baisers à la terre ou sur le pied des statues, aspersion d’eau lustrale,
balancement des encensoirs, rotation des moulins à
prière ou processions majestueuses, rites extrêmement divers, minutieusement réglés, tantôt ridicules, tantôt A d’une grandeur incomparable et qui, nés d’impulsions … primitives toutes naturelles, se sont figés peu à peu dans une raideur hiératique, à force d’être répétés
machinalement... Nul mieux que Swift, dans son Gul-
liver, n’a stigmatisé la sottise artificielle de ces proto-
coles religieux, auliques ou mondains, qui vont, pour honorer les morts, selon les aide, jusqu'à les
enterrer debout, couchés sur le dos ou le ventre, accroupis ou la tête en bas.
| pour
agi oo vou EST- CE QUE LA DANSE
Et non een ce langage du ose varie d’un climat à un autre, — vérité en decà des Pyrée), nées, erreur au delà, — mais il évolue encore avec les di époques ; la mode les déforme rapidement. La simple
et banale poignée de mains a de ces variations de style L qu’il importe de connaître. Si la princesse de Galles
souffre d’un clou à l’aisselle, tous les gentilshommes
de Ja chrétienté devront, comme elle, relever le coude,
en aile de pigeon, pour donner un « shake hand ».
L'argot plastique lui-même n’est pas fixe. Le pied de À |
rez de Gavroche devait se faire autrement au moyen âge.
Les verrières du xvr siècle nous montrent les bourreaux,
qui, pour narguer Jésus, le dévisagent en se touchant
la langue du bout de l'index, geste disparu depuis et
remplacé, sans doute, par le vulgaire « mon œill»de
nos polissons. Et aujourd'hui nos enfants, quand ils
s'invitent réciproquement au silence, ouvrent et fer-
ment promptement, en bec de canard, leurs doigts raidis et conjugués, ce qui veut dire : « la ferme! »
mimogramme très clair, qui eût été pourtant de l'hé-
breu pour nous, quand nous avions leur âge.
Puis donc que ces mouvements et ces attitudes de . notre tête, de nos bras, de nos doigts, de notre corps entier, puisque ce clin d'œil, ce sourire (soit qu'ils … proviennent de réflexes, soit qu'ils dérivent de l'usage ou de la convention) possèdent une telle puissance | expressive et composent un vocabulaire humain Si éloquent et si complet, sont-ils ‘un art et devons- “nous .
les considérer comme de la danse?
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\ on on appelait. ï y à cent ans ; la Ho à disons-nous maintenant, à la manière Fi Grecs. Il ‘ était bien négligé, au x1x° siècle, malgré Debureau, les À clowns anglais et les tentatives de quelques écrivains raffinés.
Le cinématographe l’a tout à coup repris, utilisé, développé, étendu, enrichi et industrialisé prodigieu- sement. Il compte ses fervents, ses auteurs, ses initiés, ses étoiles, ses tragédiens et ses bouffons. Plus que ne la jamais fait celle de Roscius ou celle de Talma, la is gloire de Charlot remplit tout l'univers.
Mais est-ce vraiment de la Danse ?
Cette fois encore n'abusons pas des mots. La Panto-
4 mime (n'étant pas contemporain de Périclès, j'emploie
de préférence le terme dont se servait mon père), la Pantomime n'est pas de la Danse. Elles’achemine vers Ja Danse et nous verrons plus tard comme ilest diffi-
cile de savoir où lune finit, où l’autre commence. Nous verrons même qu'elles ne diffèrent pas essentiel- lement l'une de l’autre. Mais enfin l’esquisse n'est pas 1 Je tableau, l’improvisation de l’organiste n’est pas la symphonie, la fleur du roncier n’est pas la mûre.
Les gestes d'expression spontanés ouconventionnels de l'homme, produits de sa vie psychique ou de la mode et du bon ou du mauvais genre, ne sont pas plus . dela Danse queses gestes d'activité. Je dirais volontiers
, qu'ils le sont moins; car les mouvements des sports, par exemple, se trouvent nécessairement soumis à
none
Le av EST-CE QUE 1 LA DANSE
l'empire des rythmes, sans lesquels il n’est pas d'art 4
chorégraphique ; et, si rudimentaires que soient ces rythmes, ils transforment les exercices gymnastiques,
sinon en danses, du moins en embryons de danses. Tandis qu’en principe il ne se dégage des mouvements
expressifs aucune impression de mesure, aucun sentiment d'isochronisme ou de symétrie.
Ne disons donc pas que les mouvements expressifs
constituent proprement de la Danse, ni même quon
doive chercher en eux son véritable prototype. Pour que les gestes humains, quelle qu’en soit l’ori-
gine, deviennent réellement cet art qui nous occupe, certains partis pris de
il faut qu'on les soumette à
formes, à certains artifices de mesure, à un souci mé-
thodique de lyrisme et de passion. Nous étudierons plus loin comment cette triple exigence se trouve satisfaite par le perfectionnement décoratif du geste, par
sa régularisation rythmique, par son exaltation cal- vi
culée.
Mais, de même que nous entrevimes, à la fin du . chapitre précédent, comment la Danse dérive des … fonctions les plus ordinaires de notre activité motrice :
et doit toujours se rattacher à elles, de même nous
nous souviendrons désormais que c’est dans nos gestes
d'expression qu’il lui sied de puiser constamment, comme à une fontaine intarissable, ses éléments de charme et de fantaisie.
Une pirouette désinvolte, une chiquenaude dans le vide peuvent avoir le sel mordant d’une épigramme,
saura À mettre, entre he qui ni et celui qui se.
soumet, une complicité pleine de mystère et d'espoir. Et si l'i ingénue cueille un baiser sur ses lèvres, le pose du bout des doigts sur la paume tendue de sa main
gauche et Le souffle comme un duvet dans l’espace, vers : quelque amoureux imaginaire, cette brève scène muette offrira toute la grâce d’une pièce de l'Anthologie ’ gr ecque.
Ce n’est qu’en se retrempant sans cesse dans les
| eaux vives de l'expression, que la Danse peut conser- ver la variété, le naturel et la poésie.