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raison. Mais ce tribut de raideur, de brusquerie payé
à la légèreté, en pointes, en positions outrancières,
en exagérations acrobatiques, et la musique une fois bousculée et quelque peu garrottée, dans de rigides.
carrures, que d’étonnantes envolées tout de même !
quels see ingénieux ! quelle élégance mousseuse ! quel plaisir superficiel mais aimable ! et quelles M
jolies entorses au bon sens !
| ourcques MOTS ! D'HISTOIRE | he “ | ne ie “fs ne ou pas tuer tout à fait ct art aérien. Ti ne 4 nous suffit plus ; il s'accorde mal désormais avec nos ï. exigences musicales, avec notre sens épuré de la beauté plastique ; 1l à néanmoins ses mérites, ne fütce que de correspondre si bien à la mélodie vieillotte et délicieuse de l’ancien opéra italien et français. Ne ne soyons pas alcooliques : c’est un vice affreux. Mais, tout de même, sachons apprécier, de temps à autre, une coupe de Saumur, un bon petit verre de Cognac ou de Fine Champagne !
Et venons-en, pour terminer ce livre, à la Danse de
‘ces trente dernières années, à la Danse « que nos yeux ont vue ». Peut-être la « courbe » du passé 6 immédiat de cet art, si nous pouvons la tracer, nous __ permettra-t-elle d'esquisser approximativement la « courbe » de son prochain avenir.
Je ne crois pas me tromper en affirmant que pendant tout le début de la Troisième République, malgré cet attrait suranné, que je défendais à l'instant, la danse de théâtre, la danse spectacle agonisait en France. À part quelques vieux abonnés de l'Opéra et de l’Opéra-Comique, le public, dans son ensemble, commençait à se désintéresser totalement d’un art, qui avait atteint son maximum d'éclat, son summum de . virtuosité vers le milieu du xix° siècle. Quelques danseuses de talent ne suffisaient plus à galvaniser une
Ron | QUEST- CE QUE LA DANSE
forme chorégraphique, que l'on us hecu EUR ne devenir insuffisante à l'expression plastique de la musique nouvelle. Celle-ci gagnait chaque jour en. . audace de forme, en richesse de couleur et de poly- o ; | phonie, tandis que, semblable à tout organisme vivant te trop strictement adapté à certaines conditions d’exis- ae tence, la danse italienne, avec ses entrechats, ses
pirouettes, son alacrité trop précise et trop « carrée », son perpétuel « staccato », ne pouvait, sans périr,
s'adapter aux transformations évidentes de la symphonie orchestrale.
Sans songer même à ce que la musique française est devenue peu à peu, depuis le wagnérisme, le franc-
kisme et le debussysme, relisez seulement le ballet hs du Aoi de Lahore, qui date de 1876 ou de 1877,et
demandez-vous si la danse classique, par ses moyens
remarquables en soi, mais d'un style totalement us incompatible avec tout exotisme, peut prétendre aucunement exprimer ces langueurs et ces coruscations, ne l’enivrante et voluptueuse atmosphère du Paradis cn
d'Indra ?
En 1889, une révélation, et précisément une révé-
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rile de vitesse et de légèreté. Des danseuses asiatiques
souples, lentes, presque immobiles, ondulaient dans un « legato » sans fin, sur des rythmes subtils, aux nuances imperceptibles, en donnant à leurs bras
lation exotique, vint nous apprendre que la Danse pe peut et doit être tout à fait autre chose qu'un déff acrobatique à la pesanteur, qu’une gageure un peusté-
| usLauEs n MOTS D'HISTOIRE. . 1. on Le ee
nr à leurs dite ou toit d’ ie re ve. rôle au moins égal à celui de leurs hanches houleuses ou de leurs jambes élastiques. Ces quatre danseuses du Sultan de Solo, au Kampong de | l'Exposition universelle, nous apportaient les éléments d’un art, peut-être de plusieurs arts nouveaux. Car le jeune Claude-Achille Debussy, fou de cette découverte,
. passa maintes fois de longues heures à les regarder danser; et sans doute la forme tranquille, étirée, con-
tinue de leurs gestes, leurs évolutions étranges, quasi
mystiques, ont-elles impressionné les rythmes de sa musique tout entière, autant que les sonorités du
gamelang, de l'orchestre si savoureux qui les accompagnait, devaient influer sur toutes les harmonies ultérieures du futur auteur de Pelléas…
.… L’impulsion était donnée et si aucun Français, aucune Française, hélas! n’aida par la suite à l’évolu-
sit 4ion de la Danse, on allait du moins accueillir avec enthousiasme, chez nous, toutes les innovations cho-
régraphiques.
Ce fut vers 1892 que se produisit l’une des plus sen- | sationnelles : l’apparition de Loïe Fuller, aux Folies- Bergère, au cours d'innombrables soirées. Cette ma- gicienne de la lumière mouvante eut un prodigieux succès. À vrai dire, son invention, son « apport » résidait plutôt dans l’atmosphère de rêve ou de brasier, dont l’entouraient ses immenses voiles, tour à tour éblouissants de flammes ou baignés dans du clair
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ARR A EAN ou EST- E QUE LA DANSE
de lune, que dans ses évolutions ou dans ses attithdes | at mêmes. Cependant elle présentait ses apparitions incandescentes avec tant de grâce, que quelqu'un | disait très justement alors : « Les autres danseuses sont des ballerines : Loïe Fuller est une fée. » La fée ne
tira pas, à beaucoup près, de sa trouvaille tout ce qu'elle comportait de conséquences logiques, de possi- oi bilités musicales surtout. Elle demeura dans le domaine
un peu vague et forcément limité de l'intuition.
Son succès n’en détermina pas moins, chez les
artistes, chez les poètes, chez les littérateurs un
engouement extraordinaire pour tout ce qui toucheä
la Danse. Rappelez-vous avec quelle avidité les jeunes esthètes de ce temps dévorèrent les articles où Jean
Lorrain, un peu artificiellement, mais non sans une
sensibilité vive, évoqua tour à tour les charmes de.
telle « étoile » d’Opéra ou de Music Hall, de Maggy- Le
Garrett ou de la « Danseuse serpentine ». Peu à peu on rêvait de reconstituer les danses anciennes. On commençait à parler beaucoup de vases grecs et de
statuettes de Tanagra, sans savoir au juste ce que pouvait être l’art exquis évoqué par ces frêles monu-
ments d’une civilisation disparue. Nous avons vu, tout à l'heure, que les copieuses compilations, parues
depuis lors, n’élucident guère le problème et je pense
que seul Raymond Duncan, à la fois naïf et adroit,
consciencieux, obstiné, apôtre convaincu de sa cause
un peu mystique, a su interpréter, avec une vraisem-
blable exactitude, dans les mouvement de sa « GYm- LU
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ie mode, en tous Cas, altolement aux RUN
déchaîné dans le public, que lorsque l'Opéra reprit … Tannhaüser, en mai 1895, on fit grand tapage, dans
cet établissement et dans la presse, autour d’une ten- tative neuve. On essaya, pour la Bacchanale du pre- mier acte, de substituer des poses plastiques, plus où moins renouvelées des Grecs, des mouvements ondu-
leux et lents, aux perpétuels « staccatos » et aux évo- lutions endiablées de l’artitalien... Je vous assure que Je résultat ne fut pas merveilleux. Nous eûmes là une sorte de tableau vivant, emprunté beaucoup plus aux
ï : fresques des quattrocentistes qu'aux frises du Parthé-
: non ou dutemple de la Victoire aptère. Cette recherche fit couler beaucoup d’encre; — on eût certainement
parlé de « danse rythmique », si le mot avait existé
dès lors; — mais elle ne risquait pas de ruiner la chorégraphie classique, dont les partisans avaient
beau jeu à critiquer la niaïserie de cette ronde sans
style, sans accent, sans aucun élément de RARE HER réelle.
Avec beaucoup plus de couleur, d'art et même de re. musicalité », lesgitanes de la Feria, à l'Exposition de Lt 4900! luiirént la foule élégante, par leurs .déhan- DE Lente pleins de caractère, par leurs trépidations presque sur place et par l'emploi, si particulier à leur * race et si expressif, de contractions musculaires extrê-
Fa ce genre, un tel appétit de danse grecque s'était
A À . ou EST-CE QUE LA DANSE Has ch mement énergiques n aboutissant qu'à des smouvements segmentaires de très petite amplitude. Dr, Enfin quelques mois plus tard, au commencement tot du siècle, une femme ro aire: dans toute la | maturité de son talent, de son inspiration et de sa force physique, Isadora Duncan, venait, aux bords de “ la Seine, avec ses « Danses idylles », — un titre bien eat mal choisi! — nous démontrer péremptoirement, par contraste, et grâce à l'ardeur de ses bonds, grâce à la vie exubérante de son être plein de lyrisme, de charme sain, de joie frémissante et de sensibilité spontanée, combien l’art du ballet est froid, artificiel, mécanique, sec, apprêté, combien sa virtuosité, même défendue 0e par des artistes de valeur, est vide de sens, d’expres … sion, éloignée de nos aspirations musicales modernes, “3 de notre goût plastique, plus éclairé de jour en jour par la connaïssance croissante des grandes écoles de sn sculpture antiques et médiévales, archaïques et pri mitives. : noi
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