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Comment, ceux d’entre nous qui tout de suite comprimes la portée, l'originalité, la beauté de cette ardente révélation, oublierions-nous ces soirées héroïques au Théâtre des Nations? Les trois quarts des 0 spectateurs raillaient alors l’admirable libératrice qui, la torche à la main, mettait le feu aux vieilles granges, ie où languissait, prisonnière, la pauvre Terpsichore. … :7 EN
Comme toujours, en pareil cas, quand la danseuse a vieilli, ce même public, l'a encensée sans mesure, oubliant que jadis il ne la comprenait pas, alors qu elle 0
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inspirée. nl fut une nie force die.
elle a renversé des autels chancelants et des dieux
vermoulus. Je l'aime pour ce geste puissant, qui per-
met aujourd'hui de reconstruire à ceux qui sont des a constructeurs. Mais là se borna son rôle. Il fut assez ke considérable pour qu'on l'envie et que l’histoire de
no art lui en garde une éternelle reconnaissance.
Elle n'a pas fait école et n’a pas de disciples : le
génie et l'intuition ne forment pas la base d’un ensei- | gnement. Sous ses bonds splendides, éblouissants, elle a démoli les tables de la vieille loi. Elle n'a rien
appris à personne, en répétant, füt-ce aux élèves les mieux douées : « Vivez librement, marchez, étendez-
a vous, dansez en beauté, selon vosinstincts, écoutez votre nature et faites comme moi! » Faites comme moi: sui- vezmonexemple! soyez libres! nesont pas desmaximes éducatrices; ce ne sont même pas des maximes éman-
cipatrices. Art et Liberté! voilà bien les deux concep-
tions les plus antinomiques du monde. Nul art n'est
de ses insuffisances, de ses aspirations même, qui se
heurtent, se bousculent, obstruent les routes de la | sensibilitéet de l’expression, qu’un art qui se prétend __ libre. Art et Méthode, Art et Discipline, Art et Hié- __ rarchie, voilà les étiquettes, voilà les programmes des
L véritables novateurs. |
.… On s’étonnera sans doute que, dans cet epiiome de l’histoire chorégraphique contemporaine, je men-
plus esclave, esclave de ses manies, de ses ignorances,
de FEU TN QU’ EST-CE ous LA DANSE
tionne à peine les Ballets russes. S'ils nous parurent | une révélation, par le pittoresque souvent excessif de leur mise en scène, ils ne nous donnèrent vraiment pas grand’chose de nouveau, au point de vue propre. 11 de la Danse. Des décors et des costumes éblouissants CL et d’un style assez neuf, — parce que très archaïque, — beaucoup de poudre aux yeux, de la poudre d'or, : j'y consens, voilà tout ce qu'ils nous offrirent; de bonnes ballerines et de brillants ballerins : nous avons
aussi bien chez nous. Mais, même en tenant compte
de leurs créations les meilleures, auxquelles j’ai fait plusieurs fois allusion, rien, dans leurs spectacles, ne : répondit foncièrement aux aspirations nouvelles, qui
prennent leur source dans la sensibilité musicale.
Seul celui qui pouvait et allait imaginer bientôt une ‘
méthode, une méthode logique et complète d'éduca-
tion plastique, de culture esthétique du mouvement 4
corporel, au milieu de tant d'aspirations généreuses
mais désordonnées, seul celui-là devait créer quelque js chose, quelque chose de certain, de tangible et de
durable. Ce fut Jaques Dalcroze, avec sa Gymnastique Rythmique. ‘
Les autres, depuis les subtiles javanaises jusqu'à cette rayonnante Isadora, lui avaient préparé la voie.
Cet
Ses disciples pourront appliquer sa découverte, en la perfectionnant plus où moins dans tel ou tel sens,
voire en la déformant en détail. Ce fut lui seul, n’en
doutez pas, le chorégraphe de génie, lui qui, parti
d'une base précise, fit consciemment table rase des
vieux Aononle et aiguilla, d'un ul ue Du sion et l’arabesque plastiques vers des destinées nou- velles, en vertu d’un axiome qu'il aurait pu formuler en cinq mots : « Je chante, donc je danse. »
Entendons-nous! Pas plus Dalcroze que ses disciples L n’ont créé et ne créeront probablement de sitôt une forme nouvelle de Danse, que l’on puisse substituer o ‘# catégoriquement au Ballet « classique ». Celui-ci a | mis trois siècles à atteindre son point de perfection ; ce n’est pas en trois lustres que l'on forge de toutes pièces un art nouveau. Il n'y a pas une « Danse ryth- mique » constituant en soi une forme, une formule d'art; tout le monde, il est vrai, en parle aujourd’hui. L'Opéra de Paris, lui-même, le « Grand Opéra », j: : l'Académie nationale de Musique et de Chorégraphie de oppose officiellement la Danse plastique ou rythmique à la Danse classique. C’est prendre une propriété pour une substance.
La méthode db denno et son succédané géomé- | trique contiennent, à n’en pas douter, les germes d'une chorégraphie neuve. Mais il faut maintenant, là-dessus, établir des enchaînements rituels de gestes, A des signes conventionnels fixes, des séries d’attitudes, des « fleurs de mouvement » qui donnent un style défini, une poétique constante, un caractère tradition- nel à ce nouveau langage.
Qui peut aider à la cristallisation de cet art attendu ? Faut-il compter sur un danseur ou sur une dan-
| QUELQUES à MOTS D'HISTOIRE | HER 480 SR a
190 4 Re Qu'EST-CE Que 1 LA DANSE
seuse de génie, pour en fixer la dirocuob tes suis, nue
hélas! persuadé que ce danseur ou cette danseuse, par | le simple fait qu'il se soumettrait à la discipline, àla logique d'une méthode, et que son tempérament se plierait à des recherches méticuleuses, qu’il se cultive- ’
rait dans une grande probité de style, dans un respec He réel du texte musical, perdrait, aux yeux du public, le
caractère d'improvisation, de grâce niaise, facile et
courante qu'apprécient les spectateurs contemporains,
de plus en plus friands des choses « lâchées », bâclées, approximatives et banales, sous un air de nouveautéet
de bizarrerie.
Je mets ici le doigt sur la plaie : le public actuel
tient à des oripeaux inédits et criards, mais, sous ces oripeaux, il ne veut que des vieilleries, des lieux com
muns et des radotages. Désormais il n’y a pas plus de i publie pour la Danse qu'il n'y à de public pour là
Musique. Il nya plus ni de dilettanti, ni d'amateurs ; . |
il n'y a que des snobs et de faux connaisseurs. Or, pour qu’un art réussisse, s'épanche et se fortifie, pour qu'un art s'achève et triomphe, il faut des années et un public candide et de bonne foi, qui en dirige nette- pau
ment les phases.
Chaque fois qu’une foule sincère, n’obéissant qu'à son sentiment, détermine le succès d’un artiste où d'un genre, elle se fait inconsciemment l'instrument
infaillible de la sélection naturelle. Ce qui doit vivre et prospérer, vivra et prospérera. La route à suivre sera précisée sûrement par des indications successives.
1 Deus fois que de soi-disant connaisseurs s s'engouent pour telle ou telle forme d'art, pour telle ou telle vedette, soyez certains qu'ils se trompent.
Il n'existe plus guère maintenant, pour Ja Danse, D ce public-là, celui des « avertis », des gens qui savent « de quoi il retourne », et qui jugent, et qui critiquent, et qui ratiocinent, et à qui « on ne la fait pas », et qui, s'ils se laissent aller un jour à leur émo- Lion du moment, se reprennent au bout de vingtil quatre heures. Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, ils s’égarent; et, pour peu qu’on les écoute, l'évolution normale de la danse de demain sera faussée dès ce
soir.
Mais la foi que l’on garde au cœur pour un idéal, mais la passion d'un art ne sauraient s’éteindre en nn présence de ces difficultés et de ces injustices fa- tales.
. Si aveugle que soit le public, en présence des mani- D festations graves, soigneuses, mesurées du beau; si | sottes que soient souvent ses préférences, il ne faut pas désespérer de lui. A force de lui montrer où est le vrai charme, où est la vraie joie, noble, digne et ou sereine, où l'expression sincère, où la nouveauté réelle: à force d’insister pour lui faire percevoir le lien mystérieux qui relie entre eux des phénomènes que, dans son agitation et sa légèreté, 1l s’est accoutumé à disso- cier l’un de l’autre, qui sait si, un jour enfin, on u’arrivera pas à faire comprendre, même aux connaisseurs, même aux musiciens — et ce n’est pas peu
| QUELQUES » MOTS D'HISTOIRE a ï D dim ne
Ar { RER AS DE NA
me | over c& QUE CANDANSE 1 PAUSE
dire ! que la Danse n'a de prix que comme nana ue
totale et directe de la Musique, comme l'incarnation du chant intérieur, qui module sans cesse au pis de 0
nos âmes !