‹ Qu'est-ce que la musique?Chapitre 45 sur 48 · Revue de Musicologie, août · texte numérisé non relu

Revue de Musicologie, août

détectrice, que lui confèrent les hasards de sa prédestination.

La Musique sans génie n'est pas de la Musique. La musique qui ne met pas celui qui l'invente, celui qui la joue et celui qui l'écoute en communication directe avec l'harmonie des sphères, fût-ce sous les espèces légères et souriantes d’un refrain bien troussé, n'est qu'un vain jeu de patience, et véritablement alors le plus coûteux des bruits.

Mais la musique capable d’unir, et de si près! tant de mortels dans les régions non spatiales où la mécanique sonore fait naître et s'épanouir le plaisir ou l'émotion, par son miraculeux dynamisme, n'est pas seulement une religion, parce qu'elle tisse, comme nous le montrions tout à l'heure, un lien étroit entre des consciences transfigurées. Elle est encore une religion, parce que, seule avec l’amour, elle introduit, dans le domaine concret de notre sensibilité, la plus grande part de divin que l’homme puisse, non pas concevoir, mais percevoir en ce monde.

À celui qui, dans ce livre, a mis toute la passion pour la beauté dont son cœur est rempli, et, de son

mieux aussi, le savoir forcément trop limité que peut

acquérir dans une existence, même laborieuse, un homme qui, par dilettantisme ou, peut-être, par orgueil, n'a ni su ni voulu se spécialiser dans la connaissance, qu'il soit permis d'émettre, pour finir, un souhait personnel. — Rien ne fera mieux comprendre

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aux lecteurs combien est robuste sa croyance au caracère presque surnaturel de la musique.

Pour adoucir les dernières heures particulièrement douloureuses d’un grand peintre, une femme de cœur et d'espriteut, naguère, la touchante pensée d'envoyer à son chevet des musiciens de haute valeur jouer les œuvres des maîtres qu'il chérissait le plus.

Quand sera venu, pour moi, l'instant de m'endormir pour toujours, j'aimerais qu'une faveur analogue me soit accordée. Je ne demande pas des virtuoses près de mon lit de mort : je n’y ai vraiment pas droit. Mais qu’un ami compalissant, qu'une bienveillante amies’assoient devant mon Érard et me fassent entendre quelques pages de Beethoven ou de Gluck, de Schumann ou de Chopin, de Gounod ou de Massenet, peutêtre même quelque gentille bluette à la mode, et surtout du Mozart, du pur, du charmant, du lumineux Mozart!

Je ne sais s'il vous en souvient ; j ai donné ceci comme exemple, tout au début du livre : le piano mécanique d’un cabaretier m'’aida jadis, par ses sonorités célestes, à sortir de je ne sais quelles ombres infernales, où voulait me garder la souffrance, pour me rendre à l'agitation, aux luttes, aux ardentes réalités de la vie... Que la Musique me facilite également la route inverse! Je crois qu'aux’ accents de quelque belle mélodie, de quelque harmonie pleine et lendre, messagères de l'au-delà, jadis accourues sur une injonction géniale des régions ignorées, où nous

devons relourner fatalement, je m'engagerais avec moins d’amertume dans le vestibule des adieux, qu'aucun mortel ne traverse sans effroi. Une dernière fois, celle qu'un de ses plus ferventsadorateurs nomma jadis « l'Amie suprême » m'initiera doucement aux imrinents mystères, et je glisserai, sur ses ailes palpi- {antes, ou dans Île repos sans fin, ou vers cette lumière éternelle qui, sans doute, rayonne, elle aussi, comme un accord immuable et souverainement beau.

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