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Puis nous répartirons les œuvres conçues de la sorte, — afin d'en examiner les caractères généraux, — en
trois grandes catégories, trop absolues, sans doute, mais pratiques pour le classement et l'analyse des émotions musicales (Ch. VI, VII et VIII). Bien entendu, nous montrerons que de telles catégories : musique pure, musique d'imitation, musique de sentiment, ne sont pas rigoureusement tranchées, encore moins irréductibles les unes aux autres, mais qu'elles peuvent, au contraire, avec les progrès des diverses écoles,
ê à AS N° ;
18 © QU'EST-CE QUE LA MUSIQUE arriver à se mélanger jusqu'à la plus fâcheuse confusion des genres.
Revenant alors au mécanisme de la production musicale, mais, cette fois, à son mécanisme technique, rationnel, nous essayerons (Ch. IX) d'examiner comment l'idée musicale trouvée par inspiration, par improvisation, peut prendre corps, se développer et se fixer dans des formes parfaites.
Puis nous verrons le compositeur aux prises, non plus avec les phénomènes qui tiennent à la matière même de son art, mais avec ceux qui relèvent de ses dons personnels et aussi de certaines influences sociales. Ce qui nous permettra d'établir quelles conditions de mode, d’accoutumance et de vieillissement régissent l’art des sons, et quelles crises en résultent fatalement pour lui... Enfin, retrouvant de suite, chez le virtuose, chez l’exécutant, intermédiaire indispensable entre le créateur et l'auditeur, et chez l'amateur lui même, dans la foule où se recrute un public, les mêmes éléments de formation, de déformation et de transformation du goût, nous en pourrons déduire de quels liens puissants la passion de cet art unit tous ceux qui le chérissent et qui en dirigent inconsciemment l’évolution, par une sorte de consentement simultané (Ch. X). Ultime constatation qui nous permettra de considérer l'amour des belles sonorités comme une vérilable religion, instauratrice et conservatrice d'une remarquable solidarité de rites et de sentiments.
Tâàchons de parcourir sans lassitude ce long chemin :
4 LE PLAISIR sUDiTIR ET L'ÉMOTION MUSICALE
peut-être en pourrons-nous conelure assez Justement
ce qu'est la musique.
Pourquoi cet art, qui, par ses moyens, semble
relever directement et exclusivement de la physique des nombres, — durant des siècles ne l’a-t-on point
classé dans le même groupe de connaissances que les
mathématiques? — pourquoi cet art nous touche-t-il aussi vivement, aussi profondément que l'amour, dont il semble l'écho le plus fort à la majorité des hommes? Nous le saurons peut-être; et pourquoi nous chérissons à certaines heures son trouble à l’égal de celui qui entrelient la vie sur le globe. |
Cette autonomie apparente nous contraindra sans doute à examiner de près le grand paradoxe esthétique, encore plus évident et plus efficace ici que partout ailleurs : « Rien en art que par la malière; et pourtant, pas de chef-d'œuvre sans la collaboration
de tout ce qu'il y a d’humain dans l’homme. »
Peut-être ne parviendrons-nous pas à comprendre,
malgré tout, comment la perfection technique et la
valeur émotive, en musique, sont si peu solidaires
l’une de l’autre que telles œuvres, médiocres d’écri-
ture, celles de Gluck, de Berlioz, par exemple, ou telle page de Reyer, peuvent nous remuer profondément, quand tant de compositions savantes, soignées, d’un équilibre impeccable, ne nous causent que de l’ennui. Mais cet échec, dans nos efforts d'intelligence et d’analyse, nous paraîtra d’assez mince importance. Car nous aurons senti, tout au long de ce travail, si nos investi-
gations ne sont pas demeurées trop abstraites, combien le compositeur côtoie constamment les abîmes de l’inconscient, et, par là, ne relève que fort peu du sceptre de la raison. Et nous soupconnerons du moins pourquoi l’altération de notre personnalité, sous l'empire des sons organisés, va Jusqu'à nous entr ouvrir les portes d'un royaume féerique, qui, sans la mélodie et malgré les merveilles des autres arts, demeureraient, pour nous, hermétiquement closes.