DE LA SITUATION SOCIALE ACTUELLE
c U y a bien moins de difficulté à résoudre un problème qu'A le poser. »
De MarthB) CmuidéraHont swr la France j p. 54.
Quand une situation est mauvaise, il importe de savoir en quoi elle consiste : sans cela, il n'est possible d'y remédier qu'au hasard. Et comme le nombre des moyens» bons ou mauvais, est infini, et que, lorsque la vérité est devenue nécessaire, le remède est unique ; il y a alors l'infini contre un à parier : que tout ce qui sera tenté, pour remédier au mal, ne servira qu'à l'accroître.
— Quelle est la caractéristique du malaise social aciuel?
— L'instabilité de l'c^dre. A cet égard, nous ne trouverons pas de contradicteurs.
— Mais quelle est la cause de cette instabilité?
— Ici, il y a presque autant d'avis que d'individus. Voilà un fait également à l'abri de toute contradiction. Et c'est presque le seul sur lequel tous soient à peu prte d'accord.
Exprimons ce fait par d'autres expressions d une valeur égale, et nous aurons : exislence d'opioians aussi nombreuses que les individus.
Exprimons ce roéme fait par de nouvelles expressions toujours d'une nature identique, et nous aurons : absence de vérité sodale inœntestablement démontrée.
Traduisons de nouveau, et nous aurons : ignorance sociale sur les moyens d'établir un ordre stable au sein de Chumanité.
Ainsi, la cause de l'instabilité de Tordre au sein de rhumanitét c'est rignorance sociab sur les moyens d'établir un ordre stable au sein de L'humanité ; c'est, après avoir fait passer la demande par tous les chaînons du cercle, ramener la solution à l'identité. Les bonnes démonstrations ne sont que cela.
Cette ignorance est primitive à tonte humanité possible : car, pour l'humanité c^mme pour les individus, la connaissance de la vérité ne peut résulter que du besoin de vérité : et ce besoin ne peut lui-même résulter que du mal causé par l'iguorauce.
D'une autre part, le besoin, soit de vérité, soit d'une erreur soâdement tmue pour vérité, est également primitif à tonte société passible. Car la multiplicité d'opinions, sur ce qui constitue i'ordre, n*est autre que le désordre iui-4iiéme.
Alors, comment un ordre, sinon stable, mais au moins plus ov moins durable, est-il possible, tant que l'ignorance sociale n'est point évanouie, tant que la vérité sociale, incontestablement démontrée, n'est point soiÂalement, humanitairement démontrée, n'est point socialement, humanitairement reconnue ?
En faisant accepter socialement comme vérité base d'ordre : une erreur, ou iriéme une vérité non démontrée, qui, tant qu'elle n'est point incontestablement démontrée, n'est jamais qu'une hypothèse.
Le problème de l'ordre, tant que l'ignorance sociale n'est point évanouie, a donc pour solution nécessaire f unique : l'acceptation d'une erreur ; ou tout au moins d'une hypothèse socialemeiU tenue pour vérité.
Et comnoent, pendant toute cette époque, résoudre ce problème?
Il n'y a que deux moyens de résoudre un problème et d'en faire ucccpier socialement h solution : par la démonstration rationnellement incontestable de cette même solution, ce qui est ioh possible tant que Tignorance n'est point évanouie ; ou par une
force pouvant s^emparer^rédHeatio», etfaisast somlemént accepter eomflie vérilé Hq^poûièse ou l'erreur inculquée par l'éducation, en lui soumettant toute instruction.
Ibis tt «st évident qu'une hypotbtee, sifciakment imposée eovsie vérité, ne peut être exanoiinée êoeiahmmif smis peine d^étre ramenée à son état d'bypotbèse, et dé ne pouvoir servir de tase à l'existence de l'ordre.
Il en résulte que, pour aussi longtemps que l'^orance sociale n'ei^ point détruite, Tordre, c'est4*dire la société dont l'ordre est la vie, ne peut exister que basé sur la' compression sociale de l'examen.
-««^ Et comment mettre en pratique cette solution alors unique?
-w^ Par deux moyens, alors également uniques : Tuti relatif à l'ordre moral présupposé réel; l'autre à Tordre physique, nommé hchbsse; pour autant qu'il est rapporté à Tordre sodai.
Le premier consiste dans Yhypothise, devatït être socialement acceptée comme vérité; d'ifne perstnmûkté surterrestre^ rê9é^ lant ce qui 'doit être somlement aeeepti c$lime vMté, et qm, ne pouvant être socialement démontrée^ iaie peut être socialement eaïaminée, sous peine de retomber dans le domaine des hypothèses. Si IHeu n'existait pasy disait Voltaire, il faudrait l'inventer.
Mats une hypothèse base d'ordre, ^socialement donnée comme vérité, doit être staMe, sous peine de ne piouvoir être considérée comme vérité; et, d'un autre côté, Tigiïorance, donnant une hypoAèse comme vérité, ne peut prévoir les changements que de^ vra subir Thypothèse par la suite des temps et par les développe* monts de Tintelligence. Alors comment concilier la stabilité néeest saire de la révélation avec ces ntémes changements également nécessaires, et que Tignorance n^a pu prévoir?
— En établissant, par la révélation même, un interprète in^ faillible de la révélation, qui, par ses interprétations, rend cotm patibles : et la stabilité de la révélation, et Trnstabilité qui résulte des développements de IMnteHîgence, tant que Tignbrance sociale ir^est point absolument détruite sur ce qui constitue la basé de Tordre, le droit.
Ainsi toute révélatiou, tenant lieu de droit, a nécessatremenl
son interprète infaillible, sous peine de ne plus pouvoir être base d'ordre.
Mais ce n'est pas tout d'interpréter la révélation, le droit, il faut encore pouvoir faire accepter socialement ces interprétations comme dériyant de la révélation. GVst ici qu'à défaut de raisoii slmposant par sa propre incontestabiKtë, la force doit être employée comme complément nécessaire de h révélation ; et cette force, dont le but est de fhire croire sans examen, prend le nom àHnquisition pour la foi.
Cest dire qu^én époque d'ignorance sociale, Tordre plus où moins durable, plus ou moins éphémère, repose essentiellement sur une inquisition appuyant les interprétations quelconques d'un pape simple ou multiple. Sons Rome païenne, le pape était multiple, c'était le collège des augures. Sous Rome chrétienne, le pape est simple, c'est le chef du sacré collège des cardinaux.
Dans les deux cas, le droit est personnel, afnsi que l'a fort bien fait observer M. Anatole Leray, dans un article très-remarquable inséré dans la Presse du 4 octobre dernier. Et, ne Toublions pas, cette personnalité du droit est inhérente à l'époque d'ignorance sociale. Le droit peut seulement devenir impersonnel, lorsque cette même ignorance est absolument détruite.
Ici un fait nécessaire se présente et doit être particulièrement remarqué. Tant que le droit reste personnel et ne peut être examiné socialement j sous peine de perdre le masque qui le transforme de force brutale en droit, l'examen doit être empêché matériellement , chez les individus des masses, par une misère inévitable; et les minorités, chez lesquelles l'examen individuel ne peut être comprimé, doivent avoir un intérêt continuel à ne point ouvrir les yeux aux masses : ce qui ne peut exister qu'en accordant à ces mêmes minorités les bénéfices de Texploitation des majorités. Nous verrons bientôt comment ce but est atteint* N'en voyons ici que les conséquences.
H résulte de cet état social, alors nécessaire, que Tordre, bienêtre général dé ceux qui sont soumis à un même droit, se trouve en opposition avec le bien-être des masses, qui, nécessairement alors, doivent être exploitées. Souvent aussi, parmi les minorités,
quelques iiulividus irayant point reconuu que la compression sociale de l'examen des erreurs ou des hypothèses, socialemenl érigées en vérités, est une nécessité de l'époque, croient devoir ouvrir les yeux aux masses eu leur dévoilant des vérités négatives. Ils ne réfléchissent point : que les vérités négatives sont essentiellement anarchiques, tant que la vérité positive ne peut encore être socialement connue. De là une foule d'iojuslices apparentes que les gouvernements sont obligés de commettre pour ne point périr. Ces injustices causent nécessairement des émigrations; et les émigrés vont s'établir sous un nouveau droit permettant l'examen, tout en essayant d'obtenir le bien-êire matériel général. Mais la nécessité sociale est plus forte que toutes les volontés
possibles. Tant que l'ignorance sociale n*est point évanouie : l'hypothèse ou Terreur doit être socialement érigée en droit; pour que cela puisse être, l'examen doit pouvoir être socialement comprimé ; et, pour que l'examen puisse être socialement comprimé, les masses doivent pouvoir être exploitées. Les émigrants sont alors obligés : non-seulement de comprimer l'examen , mais encore de s'isoler de tout autre droit, pour que les différents droits ne puissent être réciproquement examinés, et les exa-^ mens réciproquement transmis, ce qui, de part et d'autre, anéantirait le droit. Si même alors une même force venait à réunir les différents droits, de nouvelles injustices, alors inévitables, causeraient des révoltes partielles, et, par conséquent, de nouveaux droits. Les nationalités, les droits différents, existent NÉGEssAmEMENT : tant que la vérité n'est point devenue socialement nécessaire ; et tant qu'elle ne peut être socialement démontrée d'une manière rationnellement incontestable. De plus : tant qu'il y a des nationalités, c'est-k-dire des droits différents, la force est nécessairement seul juge de la réalité du droit. Et tant que c^ juge est unique au sein des nationalités, il est aussi le seul possible au sein de chacune d'elles. C'est de l'inévitabilité des communications résultant des développements de l'intelligence ; c'est de Tincompressibilité sociale de l'examen résultant de ces développements; c'est de l'impossibilité de réunir l'humanité sans un seul droit, tant que l'ignorance sociale n'est point anéan-
tie ; e'est de l'anarchie résultant nieessairement de la niultipU«dté inévitable alors de droits différents en contact, que naft un excès de mal universel, obligeant : à reconnaître Tignorauce sociale; et à cbercher la vérité, comme devenue néeessaii*e k Texistence de Tbumanité.
Passons au moyen d'ordre relatif aux richesses.
Les richesses se répartissent» NÉGESSAiREn^irr, selon l'espèce d'organisation de la propriété.
Il n'y a de possible que deux organisations àe propriété : <~ par l'une^ le sol, source passive de toute richesse, est aliéné: soit à nn senl, comme en Qrient ; soit à plusieurs, comme en Occident. Et cette première organisation existe nécessairement, tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie. — Par l'autre, le soi, source passive de toute richesse, le sol fait partie de la richesse collective; et cette organisation peut seulement exister comme base d'ordre^ lorsque l'ignorance sociale est absolument anéantie.
Sous la première organisation, le paupérisme ou la plus grande exploitation possible des masses, par la plus petite minorité possible, existe nécessairement. Malthus et Rossi ont mis cette vérité tellement en évidence, que l'ignorance ou la mauvaise foi peuvent seules la contester. Sous la seconde, tout paupérisme matériel, toute exploitation de l'homme par l'homme, est absolument impossible : nous le démontrerons d'une manière rationnellement incontestable, pour ce qui concerne la théorie; et TAmérique du Nord en est déjà une quasi-preuve pratique, puisque le prolétariat s'y trouve presque impossible : par cela seul que le sol y appartient, pour ainsi dire, à la propriété collective, par la possibilité ou se trouve chacun d'y posséder du sol au moyen d'un dollar l'acre, payable en quatorze ans.
Nous le répétons : la première organisation de propriété est exclusivement base d'ordre, tant que l'examen peut rester soeia-^ lement compressible. Mais, dans toute humanité, nécessairement ignorante dès l'abord, il existe, nécessairement aussi, une pé-, riode : où, par les développements successifs de l'intelligence, l'examen ne peut plus être socialement comprimé» et où Tiguo-
rânce u'e&t poiii& enfiore êoeialement aiiéamitf , fin etfei, Tigno** mnce peut seulement élre êùàalemmt détruite^ {»r suite d'un besoin de vérité «om/^metU reconnu; etee besoin peutseuteœent exister imalement^ lorsque l'ex^cès de auil> causé par ranarchie résultant de Tincompressibilité de TexaiDen existant en présence de cette, laéuie ignorance ^male^ a rendu la vérité nécessaire. Cette période d'anajncbie inévitable et inextinguible, si ce n'est pas la découverte de l^ vérité socialement reconnue, est oéHe dans laquelle nous not^ trouvons» Jusqu'i présent, la ot«sé dn cette anarchie n'a point été exposée. Depuis plusieurs siàcles, néanmoins, tous les hommes de mérite en ont prévu reiisteuce. C'est œ qu'ils ont dit de cette période anarchique que nou^ allons présenter au publie. Nous verrons ensuite, après avoir traité de la souveraineté» que tous sont unanimes pour prodamer la nécessité de la société nouvelle, de la société exempte de tout paupérisme possible : soit moral, relatif aux connaissances; soit matériel, relatif aux richesses. Ce sera seulement iof^tftf l'ignorance se tramera 60guleii£»t reconnue, qu'il sera utile d*expos&r la nérité. Alors nous l'exposerons.
« Sous le point 4c vue de l'économie publique 1« créalion'da délit de mendicité conduit ittz plus grnv^ conséquences. Pour avoir naon de punir les mendiants , il faut que l'Etat garantisse la stibftistaDce a quiconcpie manque de paiii/ et donne 4a travail à tous les ouvriers auxquels Tindustrio n'en fournit pas. »
M. DtJCBAfEL, tk la ChatHi, p. .275.
3 n li'y a plus de questions politiques, il n'y n plu s que des questions sociales. Celles-ci o<?eupent toute ma pensée. »
Prince de MEiTERincH ( 1841 ) , cité par M. EinSe de Girardin. Ut 52t P . 1S6.
Dans Texamen que nous allons commencer de ce qui a été dit sur la situation sociale actuelle, nous citerons, les auteurs^ sons
établir entre eux aucune espèce dordre, soit de hiérarchie, soit de chronologie. Nous y verrons que tous énoncent implicitement, empiriquement, par un raisonnement dont eux-mêmes ne se ren- Jent point compte : qu*en présence de l'incompressibilité de .^examen, et de Tignorance sociale sur la réalité du droit, l'ordre Kst devenu incompatible avec Texistence de tout paupérisme, soit Doral relatif aux connaissances, soit matériel relatif aux riches<» ses; que ce qui est maintenant nommé ordre ne peut être qu'qn despotisme conduisant à Tanarchie; et que ce qui est maintenant nommé Liberté ne peut être qu'une anarchie conduisant à un4e»* potisme éphémère nécessitant une nouvelle 'anarchie.
« Dans l'ordre politique, dit M. de Chateaubriand, les maux « physiques causent les soulèvements, et les souffrances morales a font les réyolutiom... C'est la liberté, *c'est la gloire, c'est la « religion, qui arment les hommes ; les bras ne servent que les a intelligences. i> {De la Presse, p. 304.)
Comparez ce passage avec ce que nous venons.de dire, et vous y trouverez implicitement la plus complète identité.
Qu'est-ce qu'une liberté qui arme les hommes les uns contre les autres? Certes, ce n'est point la soumission volontaire de tous à ce qui est ordonné par la raison. Cette liberté, seule réelle, loin d'armer les hommes les uns contre les autres, détruit toutes les armes pour en faire des instruments de bonheur. Hais, tant que l'ignorance sociale n'est point évanouie : tant que la société ne sait pas ce que la raison ordonne; tant que la société, sur le droit, n'a que des opinions , la liberté réelle est impossible. Alors il n'y a socialement qu'une liberté illusoire, qu'une liberté de sauvage, ayant pour expiression l'indépendance des passions de cha^ cun, sans autre restriction possible qu'une force brutale quelconque, plus ou moins masquée de droit, c'est-à-dire qu*il n'y a de possible alors : qu'anarchie ou despotisme. Quant à la gloire qui arme les hommes les uns contre les autres, elle est digne de traîner le char de cette liberté de sauvage dont notre société actuelle se trouve idolâtre.
Ârjrivonsaux religions qui arment les hommes; aux religions qui bénissent les épées et les poignards. Croyez-vous que de pa-
reilles reiigioDs ne sMent point les tilles de riguorance? Les bras, dit Chateaubriand, ne servent que les intelligences. C'est vrai. Mais des bra& qui déchirent Thumanité servent des intelligences aveugles. ^ .
Remarquez, du reste, que ces intelligences qui arment les bras ne les armeqt poiut|)ar amour du désordre. C'est précisément poiir avoir la paix que les ignorants se battent. Si la France, et ÎEurope, et le monde, sont révolutionnaires, c'est, je ne puis trop le répéter, essentiellement par amour de Tordre. Reconnaissez donc : que ce massacre impie ne peut que s'accroître par Tincompressibilité de Texamen; et ne peut cesser que par Tanéantissemeut de Tigoorance sociale. Je sais qu'il est cruel d'avouer aux autres que Ton est ignorant. Croyez-vous qu'il ne l'est pas davantage d'éire obligé de s'avouer à soi-même que Ton est criminel, pour avoir voulu cacher sa propre ignorance?
a Dans ce siècle, dit Rousseau, où régnent si fièrement les « préjugés et Terreur sous le nom de philosophie, les hommes, a abrutis par leur vain savoir^ ont fermé leur esprit à la voix de « la raison, et leur cœur à celle de la nature. »
(Lettre sur les spectacles.)
Rousseau, aveuglé comme le reste de son siècle par sou vain savoir, ignorait lui-même qu'au moral la voix de la nature n'est autre que la voix de la raison. Mais n'importe ! il reconnait l'ignorance de son siècle, qui, au moral, oscille nécessairement entre Tanthropomorphisme et le panthéisme ; et, au matériel, doit maintenir l'exploitation des masses, en conservant Torganisation de la propriété, qui en est la cause nécessaire. Qu'aurait-il dit de notre siècle : où le panthéisme est scientifiquement triomphant ; tandis que Tanthropomorphisme, quoique légalement déclaré indifférent, reste néanmoins la seule base sur laquelle Tordre puisse encore paraître s'appuyer?
a Ce qui est, dit M. de Lamennais, ne saurait durer. Car ce « qui est, c'est le mal. » {Les Évangiles^ p. S.)
C'est le mal, dites-vous. Pourquoi? — Parce qu'on peut être mieux. — Mais, avec le progrès indéfiniment continu, toujours un pourra être mieux. Vous voilà condamné à rester éternelle-
ment dans le noal, et, par suite, au sein des révolutions. €e nVst pas tout : pourquoi est-ce mal? Par telle raison, dit Tun; par telle autre» dit un autre; et ainsi de suite, par autant de raisons difl^entes qu'il y a d'iadividus. Ce qui fait que, plus les individus sont incorruptibles, et àK)in8 ils veulent se reudre, si ce n'est k la vérité ineeUtestablement démontrée qui n^existe pas encore. De là guerre eivile inextinguible, tant que la vérité ne vient point anéantir : et les opinions; et Tignorauee, qui seule en est la mère.
« Les vieux dystèmes, dit encore U. de Lamennais, les vieilles « sociétés, tout ce qui constituait l'ancien monde, croule à lafois^ « etd^ les peuples n'habitent que des décombres. »
(Les ÉvangUes, p. 70.)
Très*bien. Mais quelle est l'essence des vieux systèmes, des vieilles sociétés ? Comment voulez-vous qu'il soit remédié au mai, si vous ne savez en quoi il consiste? Se démener, en £ice d'un incendie, au lieu de chercher de Teau pour l'éteindre, c'eçt précisément augmenter le feu. Je vais vous dire en quoi consistent les vieux systtoies et les vieilles sociétés.
Au moml : c'est dans un cercle vicieux d'anthropomorphisme et de panthéisme, conduisant également au matérialisme en présence de l'incompressibilité de l'examen. Au matériel : c'est dans l'exploitation des masses dont la source est l'aliéuation du sol : c'est dans la nécessité de réprimer la mendicité, et dans Timpos- «bilitéde donner du travail aux mendiants, ainsi que de garantir la subsistance à quiconque manque de pain, tant que la vieille so« ciélé n'est point anéantie. Dans toute votre vie politique, vous vous êtes constamment appliqué à maintenir le cercle vicieux et l'aliénation du sol. Et cependant vos intentions sont excellentes. Mais vous n'avez jamais voulu vous reconnaître ignorant ; et toute votre vie a été employée : soit à protéger le despotisme; soit à fomenter l'anarchie.
Les décombres, les voici : la théologie; dont l'expression est anthropomorphisme ; la philosophie , dont l'expression est panthéisme; la société actuelle, dont l'expression est richesse de quélques-ons, et misère de l'immense majorité
<x C'est là, cepencJHHt, que nous en sommes, dit Bmiald, après « vingt^nq ans d'essai de constitution et de raisonnement sur « V opinion publique et les théories politiques; et si nous prcS'- « sions les conséquences des principes que nous avons entendu « professer à cette tribune... nous serions conduits à d'étrauges « résultats^ et je erois que deum partisans du gmeemevMnt r&i à présentatif ne pourront bientôtt^- pas plut que les augures « de Rome^ se rencontrer sans rire, »
{Pensées et discours polit., t. II, p. 109»)
Bonaid a raison. Seulement, il oublie que les augures sont les représentants du droit divin. Et cmnine, en ^qne d'ignorance, il n'y a de possibles qiïe droit dit divin ^ et droit deiinajorités« dont le gouvernement représentatif est l'expression, voilà tous les représentants de Tordre actuellement possible qui bientôt ne pourront plusse rencontrer sans rire. Savez-vous que c'est sans pleurer qu'il aurait fallu dire?
(c On aperçoit dans toute l'Europe, dit^il encore, une politique « négative qui sait très-bien ce qu'elle ne veut pas, et ne 9aH pas « ce qu'elle veut. » (/d., p, 541,)
G*est ce qui arrive nécessairement dans la société, quand elle n'a pas d'idée commune! Tant que, dans une société, il y a seule* lement deux opinions sur l'existence de l'ordre, cette société est à Tétat d'anarchie ; et notre société est assez sotte pour appeler l'opinion la reine du monde ! C'est vrai, quand il n'y en a qu'une. Mais alors elle n'est plus nommée opiniouy elle se nomme vtniTÉ : qu'elle soit vérité vraie, ou vérité illusoire.
c( La vérité, dit M. Guizot, se glisse lentement dans l'esprit c( du pouvoir, et, qufind elle y entre, ce n'est pas pour y régner <c aussitôt. Il refuse longtemps de la croire i forcé de la croire, « il refuse longtemps de lui obéir. Je n'ai pas besoin d'en dire a les raisons. »
Nous en demandons pardon à M. Guizot; mais nous oroyons que ces raisons, H aurait dû les dire.
« Précisément k cause de cela, il &ut, continue<-t**il, quand le « pouvoir se trompe, se hâter d'en convaincre le public, d'éta- <c blirdans l'opinion ce qui ne pénétrera que si tard dans lealiitf.
« PIÀ^ la route est longuiB, plus on doit se (Dettre en oiagrche de « bonne heure i on peut alors» avant ^'arriver, obtenir quel* « qnet réeultata. )»
Remarquez, je vous prie, qu'en dehors dp la vérité incontestablement démontrée U. Guizot ne veut ici que remplacer une opinion par une autre, qui» elle-même, devra être reversé^, Ces conseils de M. Guizot sont tout ce qu'il y a de plus anarcl^ique. C'est détruire, détruire, et toujours détruire.
« En vain, continue M. Gnizot, l'erreiir ne cesse pas d'être « pratiquée, dès qu'elle est connue, elle est affaiblie, i^
(7e-st vrai V Mais quand M* Guizot aura prouvé qu^ 1^ gouvernemeni représentatif ou constitutionnel esl^ une; sotUse, ça que, du reste, il a^parfaiteipept démoptré dans ses écrits, en sera-t-il plus avancé, s'il ne fait que détruire?
« La société, couiinue-t-il, ai^ faite aujourd'hui de telle sorte « que le pouvoir est à den^i vaincu qiiand le pitblifi juge qu'il a « tort. »
C'est encore très-vrai. Mais si celui qui aura vaiqcn le pouvoir, et qui luirQ^âme devient pouvoir, ne vaut pas mieux qiie le pouvoir vaiqcu (et, an présence de Tincompressibilité de Texameo, il ne peut valoir 0)ienx s'il n'i^st la vérité rendue incontestable visk-vis de tous et de chacuq], ce sera (e lendemain à recommencer.
« U a beau persister, continue M. Guizot, en persistant il hé- « «te; il se sent ep présence d'une force qui lui impose. Peu à « peu ropniHst qu'il cood^at l'envahit lui-même ; il ne lui cédera « pas encore ; mais il hésitera davantage. D'abord la crainte, « ensuite le doute, jetteront le trouble dans son action. Il sera « timide et fera des ^utes en usant d'un moyen que la sociéié réa prouve, auquel lui-même ne croit plus, Il faut le pousser ver^ « cette situation, il faut mettre ses erreurs en lumière; quand le « jour les aura frappées, la force qu'il s'en promet sera d'un ema ploi plus difficile, et les fautes qu*il commettra en s'en servant « r énerveront entre ses mains. »
{De la peine de mort en matière politiquet préf., vi.)
C'est admirablement inventé. Mais, en méritant ce brevet, M. Gnizot ne se doutait pas qu'il serait employé contre lui el ser
virait h pouvoir le renverser en quelques heures. Maintenant TiDvention est passée dans le domaine public» et rien ne peut anéantir sa force, si ce n'est la découverte de la vérité. Tant que Tignorance pourra seule régner, la catapulte de M. Gaizot conservera toute sou énergie, et cette énergie n'est que celle du désordre. Que dire d'une société où il n'y a de rationnel possible que la théorie du désordre ? Ce qu'il faut maintenant, c'est : garantir du travail à tous ; et surtout prouver à tous que l'honnête homme n'est pas un sot. Hors ces deux points, il n'y a désormais de possible que chaos, anarchie, agonie sociale.
a La société, dit encore M. Guizot, que nous aimons à citer, a offre l'image de ce chaos, si bien défini par ces paroles : Gbad que chq^se n'y est point à sa place, et il n'y a pas une place « pour chaque chose. » (Du gouvernement de la France,)
Et ce chaos, M. Guizot l'a-t-il mis en ordre?
« On parait avoir en France, dit M. Emile de Girardin, une si « grande frayeur de toute hiérarchie, qu'on lui préfère l'organi- « sation laborieuse du désordre moral et matériel ; et c'est justice « à rendre à notre époque que de reconnaître qu'elle y réussit en fit proportion de ses efforts. » {De Vinstruetion publique^ p. 58.)
C'est très-vrai. Mais l'homme a horreur de toute hiérarchie non justifiée : soit par de bonnes raisons ; soit par de mauvaises socialement tenues pour bonnes. Or *. en présence de l'incompressibilité sociale de l'examen, il n'y a plus de mauvaises raisons qui puissent être socialement tenues pour bonnes; et actuellement il n'y en a pas de bonnes qui puissent justifier socialement une hiérarchie quelconque. Que voulez-vous qui puisse réper âu sein d'une pareille société, si ce n'est l'anarchie ? Cela est tellement vrai, que M. de Girardin, par amour de l'ordre, par amour de la hiérarchie, a quitté le camp des despotes pour passer dans celui des anarchistes. Comme M. Proudhon, il veut ui)e société dépourvue d'autorité. Ces messieurs nous prennent-ils donc pour des fourmis ou pour des abeilles?
c De tous les abus, les plus odieux, selon moi, sont CEUX DE u PROPBiiTÉ! Si les lois actoblles règlent mal l'usage de la propriété , nous pouvons les refaire. Remaniez donc les lois qui règlent l'usage de la propriété. »
M. Blanqoi (de l'Institut], Lettre àM. Protulhon.
L'exposé de la société actuelle a trop d'importance pour Tabandouner avant d'avoir démontré : qu'il n'est pas un seul homme de mérite, à quelque opinion qu'il appartienne, lequel ne reconnaisse que cette même société est devenue essentiellement anarchique.
« La France, dit H. É, de Girardin, possède 55 millions « d'hectares de superficie dont 22,000,818, sont en terres la- « bourables. A peine cependant un tiers de la population mange- « t-elle du pain lorsque 4 millions d'hectares de terres bien cnl- « tivées en froment suffiraient pour nourrir [sainement et sub- « stantiellement ses trente-trois millions d'habitants. »
(De rinstruction publiquCf p. 42.)
C'est très-vrai. Mais, si les agriculteurs semaient du froment de manière à en récolter suffisamment pour nourrir la France, ils seraient bientôt complètement ruinés : parce qu'il n'y aurait pas d'acheteurs. S'imaginer que la production règle la consommation, an lieu de reconnaitve que toujours et nécessairement c'est la consommation qui se subordonne la production utile, est véritablement impardonnable. Et néanmoins telle est la prétendue science qui se nomme économisme. Hais laissons de côté ce point de doctrine ; ce n'est pas ici le lieu de le discuter.
Deux tiers de la population française qui ne mangent pas de pain ! Et cela en présence de l'incompres^ilité de l'examen ! Et cela âu sein d'une société où il est absolument impossible qu'il en soit autrement, unt qu'elle n'est point radicalement changée, tant que les lois qui règlent l'usage de la propriété ne
sont point remaniées, comme dit le coryphée des économistes ! Et vouloir que Tordre soit compatible avec une pareille société ! C'est du délire.
<K L'anarchie, dit M. Guizot, va croissant autour de nous; c( dans les idées elle est évidente ; pas une conviction générale et « forte qui rallie les esprits. »
{Discours sur V hérédité de la pairie,)
Et sans conviction générale et forte Tordre est aussi impossible qu'une montagne sans vallée; et désormais.une conviction générale et forte est absolument impossible avant l'anéantissement du paupérisme moral; comme toute richesse générale, procurant le bonheur de tous, est absolument impossible : avant Tanéaniissement du paupérisme matériel; avant que les lois réglant Tusage de la propriété soient remaniées.
Mais comment anéantir le paupérisme moral d'une manièfe rationnellement incontestable ? Et comment anéantir le paupérisme matériel, lequel lie peut lui-même être extirpé utilement avant que le paupérisme moral soit lui-même radicalement détruit ? VoiJh ce qu'il faut exposer : sous peine de parler pour ne rien dire ; sous peine, selon l^expression de Voltaire, de mâcher à vide.
« Nous trouvons, dit Bentham, les mêmes difScultés à tracer « la ligne de démarcation entre le croyable et Tincroyable : c'e.t « un océan sans limites sur lequel nous errons sans boussole. » {Traité des preuves judiciaires y t. Il, p» 15^.)
Et vous voulez de Tordre au sein d'une société où vous n'avez aucun critérium socialement accepté, autre que la forjce brutale» pour distinguer le vrai du faux? Délire I
<i Tous les États, dit Alachiavel, sont partagés en deux partis : « celui du peuple, qui ne veut être ni gouverné ni opprimé par les « grands ; et celui des grands» qui veulent faire la loi au peuple « et le tenir dans Toppression. » . (Le Ptince, cbap. ix.)
Et savei^-voiiB comment taire t pour qu'il n'y ait ni grands qui veuillent le despotisme pour éviter Tanarchie; ni peuple qui veuille Tanarchie pour éviter le despotisme ? Vous ne le savez pas, n'est^il pas vrai ? Alors : on reconnaissez votre ignorance et
âppeteE une sodété nouvelle ; ou sachez vous envelopper dans fotfe manteau et mourir.
<» La société, telle qu'elle est aujourd'hui, n'existera pas, dit € Chateattbriand : à mesure que Tinstruction descend dans lès «classes inférieures, celles^^i découvrent la plaie secrète qui « ronge l'ordre social depuis le commencement du monde; plaie «t qui est la cause de tous les malaises et de toutes les agitations « populaires. »
Rémarquez, je vous prie : que, selon Chateaubriand, la société actuelle est la même qui existe depuis le coiïi m on cernent du monde ; et que c'est cette même société qui doit être anéantie, sous peine de mort sociale. Écoutez maintenant :
« La trop grande inégalité des fortunés, dit-il, a pu se faire tiéupporter tant qu'elle a été cachée : d'un côté par Tigno- <r rance ; de l'autre par Yorgankation factice de la cité. Mais, c aussitôt que cette inégalité est généralement aperçue, le coup « mortel est porté.
«t Recomposez, si vous le pouvez, les fictions aristocratiques, « essayez de persuader au pauvre, quand il saura lire^ au pauvre « à qui la parole est portée chaque jour par la presse, de ville en « ville, de village en village; essayez de persuader à ce pauvre, « possédant les mêmes lumières et la même intelligence que vous, « qu'il doit se soumettre à toutes les privations, tandis que tel « homme, son voisin, a, sans travail, mille fois le superflu de la « vie, vos efforts seront inutiles : ne demandez point à la foule « des vertus au delà de la nature. »
Alors remaniez donc les lois qui règlent Tusage de la propriété ; c'est-à-dire : remaniez l'organisation de la propriété.
«c Le développement matériel de la société, continue Château- <c briand, accroîtra le développement des esprits. Lorsque la va- « peur sera perfectionnée, lorsque, unie au télégraphe et aux chc- « mins de fer, elle aura fait disparaître les distances, ce ne sera « plus seulement les marchandises qui voyageront d'un bout du a globe à l'autre avec la rapidité de l'éclair, mais encore les idées. « Quand les barrières fiscales et commerciales aureut été abolies « entre les divers États, comme elles le sont déjà entre les pro-
<x vinces d'un même État ; quand le salaire^ qui n'est que Vesc< clavage prolongé (l)f se sera émancipé à Taide de l'égalité éta- « blie entre le producteur et le consommateur; quand les divers € pays, prenant les mœurs les uns des autres» abandonneront les « préjugés nationaux, les vieilles idées de suprématie et de cou- « quétesi tendront à l'unité des peuples, par quel moyen fere^- « vous rétrograder la société vers des principes épuisés? Bona- « parte lui-même ne Ta pu. »
Et, après avoir parlé des diverses autorités détruites, il ajoute :
« Tout pouvoir renversé, non parle hasard, mais par le temps, (c par un changement graduellement opéré dans les idées, ne se «( rétablit plus. En vain vous essayerez de le relever sous un « autre nonif de le rajeunir sous une forme nouvelUf il ne peut « rajuster ses membres disloqués dans la poussière où il git, « objet d'insulte et de risée. De la divinité ou'on s'fTArr FOBGés.
« DEVANT LAQUELLE ON AVAIT FLÉCBI LE GENOU, IL Nfi RESTE KO» QU}S
c( D'moNiQUEs BusÈREs. Lorsque les chrétiens brisèrent les dieux <x de l'Egypte, ils virent s'échapper des rats delà tête des idoles. «TOUT S'EN VA »
C'est vrai : en époque d'ignorance, et nous y sommes plus que jamais, tout s* en va devant l'incompressibilité de l'examen ; et ce tout constitue la vieille société. Puis vient la vérité constituant la société nouvelle ; et celle-ci, une fois assise sur un globe, y règne autant que ce globe peut exister.
Puis Chateaubriand ajoute :
« // ne sort pas aujourd'hm un enfant des entrailles de sa « ^nèref qui ne soit un ennemi de la vieille société. »
{Essai sur la littérature anglaise.)
Et cette société, vous voulez la conserver? Délire !
« Trois journaux, dit M. de Goiinenin, trois avis différents ; trois
(i) Dans la société actuelle, le talaire, pour les ouvriers, est on eftel un esclavage prolongé. Dans la société nouvelle, le salaire, nu contraire, c'est Texprcssion du triomphe de la liberté, du triomphe du travaU. Le talaire n'est autre que la rémunération du travail ; et vouloir abolir le salaire est encore du délire
«I philosophes, trois systèmes ; trois députés, trois votes ; trois « sodaUsles, trois utopies; trois religioDO^ires, trois sectes. »
(F^t«//i?ii/p. 44.).
C'est teUemeôt vrai, que chacun s'étonoe qu'un homme de jagement puisse perdre son temps à écrire de pareilles choses. S'avise-t-on d'instruire le public que les jours ont vingt-quatre heures? Si vous ajoutez : mais il faut que cela change promptement sous peine de mort sociale - chacun vous regarde dans les yeux pour sa voir s'il peut r^ter (Nrès de vous, sans danger, avant que la camisole ne vous ait été passée. Les plus hardis vous disent : Être d'accord ! avoir une idée sociale commune ! c'est impossible. Et ils s'imagiuent : que, pour exister socialement, une idée commune est moins nécessaire que l'atmosphère pour exister physiquement. Qui donc voulez«vous qui puisse guérir ces infortunés ? Hélas 1 la seule anarchie peut les préparer à la guérison. Us se saigneront entre eux ; puis ils apercevront : qu'ils sont malades ; et que, pour se guérir, c'est par là qu'il faut commencer.
«c On n'y pense pas, dit Bonald, l'Europe est dans jun état « violent. » {Législation primitive, t. II, chap. x.)
Oui; et k cet égard tous veulent faire de l'homoBopathie : guérir la violence par la violence.
« Les réformateurs actuels, dit un législateur de la quasi^res- « tauratioH, touchent par tous points à des réalités douloureuses ; « ils écrivent avec une plume trempée dans les larmes, et des « cris d'angoisses répondent à leurs voix. Et comment n'en se- « rait>il pas ainsi dans une société aussi cruelle envers ses en- « fants? Voyez donc comme elle les traite I voici un homme qui « se présente à la société et lui dit:
« — J'ai ma part d'intelligence, de savoir, de zèle, de force « physique à vous consacrer, occupez-moi l
« — Je ne puis vous occuper; cela ne dépend pas de moi; « cherchez; les uns ou les autres vous donneront bien du trace vail
. « — J'en ai cherché partout inutilement.
« — Que puis-je y faire?
fc — Pourquoi donc éles-vous instituée Société?
c( ^ Pour protéger tous les intérêts et faire respettèf ions « les droits^
« -^Mais le premier intérêt^ c'est bienh conservutlon ( ^ le « droit le plus sacré c'est bien te droit de vivre > celui de sâititMlfet «sa faim* ^
« La société ne r^ond pas.
« — Vous voulez donc que je demande TanmAne?
a — Si vous le faites, je vous condamnerai à la prison^ car la « mendicité est un délit.
« — Alors, je vais me jeter contre une borne ; peut-être quelce que passant aura pitié de moi et me ramassera.
« — Si vous le faites, je vous 'condamnerai à la prison eo*- « eore ; car vous aurez commis le délit de vagabondage. ' ^
« — Âh! société! vous êtes stupide autant qu'atroce! Vmk « voulez me faire mourir! Eh bien donc, guerre entre nôiis a deux! » (M. t^E CÂimt.) ■
Guerre ! guerre! Vous l'entendez? C'est M. de Carné qui von» le dit» il s'est fait le hérault du prolétariat. Osez dotic le traduire en cour d'assises I
« En face de tant de maux, de tant de honte, que faire, qu'in* « venter, que donner? Des conseils? A qui? sur quoi? Des W- (c mèdes? La gangrène est venue, le malade est fou, il bat les «r médecins, U lés chasse, il les tue» Que reste^t^il donc qui i^oit « possible? Avertir et pleurer. >» (Auoustb Luchet.)
Avertir ! C'était bon quand l'auteur écrivait. Maintenant il n^y a plus qu'à pleurer. Ceux qui avertissent, on les fait périr dans les tortures de la réaction.
Voici maintenant deux extraits d'un ouvrage couronné par l'Institut, classe des sciences morales et politiques :
a Nous vivons, dit l'auteur, dans un temps où retentit encore « l'écroulement solennel de tout un monde; les croyances sontre- « jetées, méprisées; toutes les formes régulières ont fait nait^ a frage; les institutions sont abattues; les privilèges détestés^ « les aristocraties féodales ébranlées ou pulvérisées; tout pou-^ « voir crahit ou impuissant.
« Dans la portion de TEurope la plus avancée en dévelopff pendent matériel et intellectuel, Ie§ consciences sont carnet péés entré le doute, le découragement, la licence, la cupit dite; tout est remis en question, tout jusqtrk Dieu et aux plus (t sacrés deroirs par une philosophie étroite et subversive; il y a « table rase enfin. » (M. PECQUEtm, Économie sociale, p. 283.)
C'est vrai. Mais c'est inévitable : lorsque Texamen ne peut plus être comprimé ; et que Tignorance sociale n'est pas encore anéantie.
« Les intérêts satisfaits et vainqueurs^ dit en(M)re le lauréat de it rAcadénrie dei sciences morales, n^ont à opposer, pour s'ab- « soudre devant l'histoire, que leur ignominie et leur aveugle* «ment. @ui! une forte portion des aristocrates, des classes « marchandes et manufacturières, est impie et coupable au der- « nier chef devant la haute justice de la loi morale qui régit le € monde chrétien.
« Fanatiques de leur chose» et accoudés sur leurs droits ac- < quis, ils sont partout, dans les deux mondes, durs et intraitables, « comme l'avare auprès de son trésor menacé.
« Assis, PAn HASAnD, au banquet de h vie, ils s'irritent qu'on « les y trouble, et sont implacables contre qui veut y prendre « place en nouveau convive.
« Ils se croient des saints lorsqu'ils se contentent de leur part, « et quMs n'ont ni dettes ni procès ; que la patri'e et les gendarmes <r les laissent libres, et que nul ne peut leur dire avec la loi : « Fripon ! »
« Pour eux pauvreté c'es>i vice ; vertu, niaiserie ou hypocrisie ; « enthousiasme, dévouement et sacrifice, folie.
«La patrie, c'est leur famille, leur champ ou leur boutique ; ft l'humanité, c'est leurs enfants : et leur famille, leurs enfants, « ils les aiitient à la manière des loups : totit pour soi et sês petits,
« Ils bnt peMii le sens des choses sociales, et n'ont retenu des
« prescriptions morales que celles qui s'adaptent h l'égoîsme. Ils
« ont des droits et pas de devoirs. Sans la menace du porteur
« de contrainte et de la force armée, ils ne payeraient point leurs
' « impôts. Sans la peur des émeutes ou de« assassinats, ils ne VoU-
a draient ni gouvememeot, ni police, ni hospices, ni aumônes, « ni bureau de bienfaisance, parce que tout cela coûte cher.
{Économie sociale, p. 292.)
Il faut que le tableau soit bien frappant de vérité pour que le bourgeoisisme ait été obligé de le couronner lui-même. L'Institut, à l'exemple de son coryphée, s'imaglnerait-il aussi qu'il est nécessaire de remanier l'organisation de la propriété?
Ce n'est pas d'aujourd*hui, du reste, que les hommes de mérite se sont aperçus que notre société est chancelante; Féoelon, celui qui au commencement du dix-huitième siècle n'avait pas craint d'écrire : raison ! raison ! n' es-tu pas le Dieu que je cherche? Fénelon disait en 1710 :
€ La France est une vieille machine délabrée qui va encore de a Tancien branle qu'on lui a donné, et qui achèvera de se briser a au premier choc. »
C'est vrai, la France se brisera. Mais au choc des nationalités, qui se briseront toutes pour se fondre dans l'unité humanitaire.
« Pourquoi, dit M. de Carné, dissittuler, en commençant, « un sentiment qui se produit confusément aujourd'hui dans les « intelligences élevées et jusqu'au sein des masses; pourquoi ne (c pas avouer qu'en effet la foi publique est ébranlée dans l'en- <( semble du mécanisme constitutionnel, et que les principes du (X gouvernement représentatif, tel qu'il a été défini et pratiqué c( jusqu'ici, cessent d'être applicables à notre situation? »
(Du Gouvernement représentatifs p. 253.}
Le gouvernement représentatif ou constitutionnel n'est autre, en effet, qu'un mécanisme, le mécanisme des majorités, le mécanisme de la force brutale. Vouloir baser Tordre social sur un pareil mécanisme est d'une folie qui n'a pas de nom. Et quand on pense que l'épidémie représentative plane encore sur l'Europe, ce serait à désespérer de l'ordre, si l'excès du mal produit par l'anarchie n'était pas la seule source possible de Tordre réel.
« Ce qui se passe, continue M. de Carné, indique-t-il la dé- « crépitude du gouvernement représentatif ou sa transformation c prochaine? Ici est le nœud de la question, car je repousse,
« comme vous, Tidée qu'uu tel état soil normal et définitif. »
{Du Gouvernement représentatif, p. 257.)
Non, monsieur, le nœud de la question n'est pas Ik. Le gouvernement représentatif n'est ni vieux ni décrépit, il est Tanarchie par essence : et vouloir transformer l'anarchie en ordre est une effroyable logomachie. L'anarchie, c'est-à-dire l'ancienue société devenue anarchique, doit être non transformée mais anéantie, sous peine d'anéantissement de l'humanité sur notre globe. Quant au nœud réel de la question, vous-même allez l'indiquer.
« Des lois, continue M. de Carné, ne suffisent pas pour rendre « du ressort aux institutions, lorsque le scepticisme a flétri les « âmes. » (/(f., p. 417.)
Le scepticisme, monsieur, ne flétrit pas les âmes. Le scepticisme, pendant l'époque d'ignorance, est la seule sagesse possible pour le vrai philosophe, l'ami de la sagesse, qui ne sait fléchir le genou : ni devant l'absurde donné comme vérité ; ni même de* vaut la vérité non incontestablement démontrée : parce que la vérité non démontrée n'est elle-même qu'un préjugé. Mais si, pendant l'époque d'ignorance, le scepticisme est la seule sagesse possible pour les individus, le scq)ti£isme, socialement considéré, flétrit la société, c'est-à-dire la conduit à la mort par l'anarchie. Cest pour anéantir socialement le scepticisme que les révélations ont été inventées ; et elles ont pu anéantir ce scepticisme, c'està-dire être base d'ordre, tant qu'il a été possible d*en empêcher l'examen . Maintenant l'examen social est devenu incompressible ; et le scepticisme, sagesse des individus, est redevenu le cancer de la société. Désormais, cependant, il est devenu impossible d'auéantir le scepticisme, au sein de la société, avant de l'avoir rendu impossible au sein de chaque individu ; c'est-à-dire : avant d'avoir anéanti l'ignorance. Tel est le nœud de la question. Pouvez-vous le résoudre? Il âut cependant qu'il soit résolu socialement, ou que l'humanité se prépare à mourir.
€ Si'un tel état de choses était définitif, dit encore M. de Carné, « ce serait à désesnérer de la société française.
(Introductionf p. vi.)
$0 £|il'dQ v^ilé, ^Q fait d'anéanùhseipent de l'iguoraace» et par conséquent d'anéântigsemeot du sceptid^pe, il ne s'agit pas plus, dès que les mtionalités sont en contact inévitable, de; la société française que del^ société de Pantin, Et» en fait d'ordre sQcial, vouloir actuWI^^n^ parler de la société française, isolémui çpnsi(}érée^ est aussi insensé que de vouloir de Tordre exclusivement pour la société d^ Montmartre.
« Il n'y a que deux moyens de ram«nar le cnbat dans le pays et de détruire les idées dangereuses :
d'est LA BDEBRB AU 0SH0R6 , OU LA MTPVRKSStOM DES
If. Thiebs à la confinission pour examiner les questions d'enseignemônt. Janvier 1849
Nous continuons et nous eontinnerons Texamen de la société actuelle. Qui oserait dire que nous nous arrêtons trop longr temps à considérer l'ulêère sooiale? « On ne guérit point» dit c( M. E. Qûinet» les maux que Ton' n'ose regarder en face, n Nous les regarderons; ces maux , nous les mettrons à i|u » et noUs les guérirons si lé malade veut y consentir. Nous le promet» tons sur Thonneur.
« Qu'y a-t-il aujourd'hui sur la terre, dit M. de Lamennais. a qui ne soit ébranlé? Quelle est la société qui ne chancelle sur <i ses bases? Quel est le pouvoir qui est assuré du lendemain? *
{ Les Évangiles, p. 313. )
Déjii, allez-vous me reprocher, cet auteur a été cité. C'est vrai; Et, si Tautetir lui-même a cru nécessaire de se répéter, a-.tfil tort? Combien en est-il parmi vous qui soient persuadés qu'en dehors d'une idée socialement commune, il n'y a de. possible que mort sociale ou anarchie ? Combien y en a^-ii parmi vous qui ^ehent que les opinions , au point de vue de Tordre» doivent être absolument anéanties p.ir la domination de la vérité, sous peine de
voir la sociéié périr dans les coqvulsions du désespcôr? Ei^ pour parler comme P^uleur que je viens de citer :
« Combien sont, comme Hérode, curieux de voir et de savoir, € mais, qoi n'ont dans le cœur aucun dé^ir du vrai, aucun amour «du bien 9 . , ,
{Le$ Évangile$^ p. 35S ) . : • .
Nul douta à cela* Mais maintennut retournons la.ttédaiUe; car il est bon de voir des deux côtés. Y a-t-^il quelque chose k voir autre que dés phénomènes, et par conséquent des illusions? T a-t«il quelque chose k savoir autre que des opinions? L'auteur veiH que Ton ail dans le cœur le désir du vrai, l'amour du bien, llais« si le panthéisme ou rauthropomorphism^ sont des réâlitj^s, le vrai c'est la force» le bien c'est d'être fort^ Dans ce cas, la sagesse consista à prêcher le dévouement itux sots, aQo quf) eei;x«ei soient facilement dupés par les fripoos, au nomln^e desquels alors on se glorifie ietérieurement de se t^rouver, sous p^ine de n'être soitmême qu'un sot. Est-ce pour cela que M. Thiers n'a de remèdes : que la guerre au dehors ; ou la , suppression des écoles primaires?
« La oaisèra^ dit encore M. de Lamennais, est la fiUe d^ Hu* c justice , de la cupidité égoïste, du criminel mépris des saints c devoirs de rhumanité, de leur violation si générale, si perma«- 4 nente, qu'où s'est presque habitué, par une effrayante aberra^ « tion delà conicience, k la confondre avçc l'ordre ipême, p
D'abord la misère est fille de la faûjlesf^ : quand on e3t fort, on est riche. Voilà qui ne souffre pas de contestation. Quant h être fille de l'injustice, il.faiidrait savoir s'il y a une autre iiijustice que d*étre faible. L'autaur parle des saints devoirs de l'humanité. C'est trè$*beau comme amplification ; mais, avant que ç^ puisse être beau devant le raisonnement* il faudrait commencer p^r savoir s'il y a, en réalité, d'autres bons raisonnements quQ ceux prêches par les fripons pour duper les sots. Il en est de n)ême.ppHr l'bu^ manité. Avant d'en parler, il faudrait savoir s'il y en a tm^ gl)solunient distincte de la^ bestialité; et notre préten4v^ isçji^i^a dit que non. Mainlet)>nt étonnes^vous si on n[)éprise.de<aain(s Revoirs
pareils; si on veut élre fort à totU prix, afin de ne pas éire fouetté ; .et si, étant fort, on vent employer les armes pour anéantir les écoliers , afin d'empéeher les faibles de devenir forts. Ce serait fort sage* du reste, si Texamen n'était pas devenu inoompressi* ble, si Tordre pouvait encore se baser sur la force. .
« Où, dit encore M. de Lamennais, les institutions ne consau crènt«elles pas l'iniquité, l'asservissement de presque tous à (X quelques-uns, la domination de cenx-ci, l'oppression de ceux* « là? Sous des noms qui varient, y a-t-il autre éhose dans ce a monde ? Les peuples ne sont pas régis, ils sont possédés comme « on possède un cheval, un bœuf. » {Les Evangiles, p. 59.)
C'est toujours très-beau comme amplification, et les amplifications font beaucoup d'effet , soit en chaire , soit au théâtre. Devant le raisonnement il n'en est pas ainsi. Quand la base des saints devoirs de l'humanité ne peut plus être examinée sans que ces devoirs et l'humanité disparaissent : soit parce que l'ignorance ne permet pas encore de démontrer qu'il y a réellement des devoirs et une humanité; soit parce qu'une fausse science prétend démontrer qu'il n'y a ni devoirs réels, ni humanité distincte; il faut encore , sous peine d^anarchie continuelle ou d'anéantissement de l'humanité , qu'il, soit possible d'empêcher que la base dos saints devoirs ne puisse être examinée. Or, il n'y a qu'un moyen, qu'un seul, d'empêcher l'examen de cette base, c'est d'avoir des institutions qui consacrent tout ce que M. de Lamennais leur reproche. Âimerait-il mieux que les législateurs pères de ces institutions eussent laissé périr l'humanité? Mais les peuples ont souffert, s'écrie M. de Lamennais, ils ont été esclaves! Eh bien t si cela a été, cela a dû être, être justemeni, moralement ou sinon IL n'y a pas d'ordre ifORAL. Aimez-vous mieux qu'il n'en soit plus ainsi"? Au lieu de faire des déclamations sur ce qui a été bien, puisque cela a été, il vaudrait mieux dire ;
« Depuis que l'examen est devenu incompressible , il est de*venu impossible d'empêcher que la base des saints devoirs de l'humanité soit examinée. L'anthropomorphisme, qui jusqu'à présent a été cette seule base, s'évanouit devant l'examen. Le panthéisme est la négation des saints devoirs de l'humanité. Depuis
Torigine sociale, il n'y a en sur le monde qu'anthropomorphisme et panthéisme. Pour que la base morale, la hase des saints devoirs de rhumanité soit désormais socialement acceptée, il faut donc qu'anthropomorphisme et panthéisme soient rationnellement ANÉANTIS. Yoilà pourquoi, au lieu d'anéantir les écoles primaires comme le veut M. Thiers» il faut faire en sorte d'en établir qui enseignent la vérité ; et, comme nous sommes fort ignorants de la vérité, commencer par reconnaître socialement notre propre ignorance. »
Ce serait moins déclamatoire, cela obtiendrait infiniment moins d'applaudissements soit en chaire, soit au théâtre. Mais il faut désormais que tous le disiez, que vous le fassiez comprendre, que vous le fassiez admettre, ou que la société périsse. \]u journal, direz-'vous, qui professerait ces doctrines, ne serait pas lu par le peuple. Je crois que vous calomniez le peuple. Mais, cela fût-il même vrai, écrivez alors pour ceux qui ne sont pas peuple, puisque vous méprisez le peuple ; et faites en soite, par ceux-ci, de mettre le peuple à hauteur de ceux qui ne sont pns peuple. Car, dès que le peuple connaît sa force, et il est désormais impossible ée la lui cacher, il est mortel de le laisser aussi ignorant que ceux qui ne veulent pas en faire partie.
Vous m'avez accusé de me répéter. Je vais me répéter encore, et je le ferai aussi souvent que le fera M. de Lamennais, parce qu'il a raison de le faire. Quand vous serez dans le gouffre dé l'anarchie, vous nous reprocherez de ne p.is nous être assez répété.
« D'un bout de la terre à l'autre , s'écrie M. de Lamennais , <x rien qui ne soit ébranlé, rien, dans les instittitions, de quelque « ordre quelles soient^ dans les choses du passée dans les sys- <c tèmès divers sur lesquels se fondait rétat social des peuples, « que chacmi ne sente devoir s'écrouler procluiinement^ et il est « vrai encore que , dans ce temple , il m iœs iera pit rue son « PUSKRE. » (Les EvanifileSy p. 105.)
C'est vrai, très-vrai. Mais il faut résnmor en ppu de mois les institutions dont il ne doit pas rester pient» sur pierre. Toutes
— sales institutions qui ont existé jusqu^à présent, sans exception aucune, ont été basées : 1* sur le droit divin dérivant d'une rêvélation; T sur le droit des majorités, expression de la force brutale et négation la plus absolue de tout droit réel. 11 faut donc, sous peine de mort sociale, que tout droit divin et tout droit de majorité soient absolument anéantis.
Mais c'est impossible ! s'écrient les vaniteux. Alors qu'ils sachent s'envelopper dans leur vanité, et qu'ils se préparent à la mort.
c( La puissance publique, Tordre social tout entier» dit M. de c< Carné, ne sont guère supportés parmi nous que comme des <K maux nécessaires ; et ils ne s'appuieut ni sur la foi religieuse c( des peuples, ni sur le respect pour le souvenir des ancêtres; ils c( existent pour ainsi dire provisoirement, en attendant que Tin- « telligence humaine, dans ses évolutions infiniesi ait découvert <x l'art de s'en passer. »
Quelle manie de vouloir toujours s'étôuner de ôe qui «st tiatureU ou, ce qui est la même chose ^ tAtionneh La puissance pu* blique, l'ordre social, ne peuvent s'appuyer que sur la sanetioii religieuse ; et cette sanction n'a de base possible que la croyaneê ou la science. Toute croyance sociale s'anéantit nécessairement devant l'incompressibilité sociale de l'examen ; et votre vanité vous fait déclarer que la vérité est inaccessible à Phttmauité. Alors pour* quoi donc vous étonner? Ce dont vous vous plaignes est juste» an rationnel.
« Plus de sAreté désormais pour les Etats faibles^ continue a Tauteur ; plus de garantie pour ceux qui pourraient le devenir « un jour I le droit a disparu de la langue diplomatique comme ce une idée vieillie et une formule sans valeur. De la morale des a philosophes, des gros livres, des publidstes, il ne reste rien <x qu'une vérité, la force, et qu'un résultat, le pillage* La plus a haute civilisation prépare et perpètre, à l'éclat des lumières «c qu'elle fait briller, des attentats que la barbarie du moyen âge m n'aurait pas même conçus dans les ténèbres* »
( Du Gouvernement représentatif. )
Toujotti^ de rétonnèment, de la sedsiblerié et de l'amplification I
Quelle diable de garantie voulez-vous qu'il y ait pour les faibles quand rien ne domine la force? Pourquoi le droit ne serait-il poittt considéré comme tme idée de vieille femme, quand vousnémei en niant la po^ibilité d'atteindre à là vérité, considères là domination de la raison comme une sottise? Vous nommez le Boyen âge barbare^ et vnuê vantes I« êMHêaîwn de notre siècle. Alors la civilisation consiste à n'avoir pas de droit, et la baita»rie k en avoir un. Si cela était, les ténèbres seraient préférables 1 la lumière. Mais il n'en est ri^en. C'est votre vanité qui est source de barbarie et de ténèbres. Et vous aimet la barbarie et les ténèf^ breSf parce qn'en faisant briller de Tétonnement où il n'y a pas de quoi s'étonner, vous êtes applaudi par les sots.
Ecoutons maintenant M. Vidal. Il Va se moquer fort agréablement des publicistes et des économistes. Mous verrons si les publicistes et les économistes ne^ pourraient pas le lui rendre.
« t'our tendre un peuple heureux et libre, disent certains pua blicistes. il suffit d'abolir là royauté, de proclamer la république « et le suffrage universel, puis de prêcher aux hommes la fratera nité, l'amour de la vertu et Tamour de la patrie. »
*^ « Youa Tons trompez» répondent les économistes de l'école a libérale, cela ne suffit pas. Le bonheur dépend surtout de la « richesse : les nations pauvres ne saaraient être ni libres ni heu* a reusesi Pour enrichir une nation, il faut d*abord réduire à Tim- «, puissance le pouvoir, de quelque nom qu'on l'appelle ; il faut a ensuite décréter en tout et pour tout la liberté la plus absohie, a la concurrence illimité et le salariat, la non-intervention de la loi a en matière d'industrie et de commerce, l'abolition des douanes; « il faut enfin appliquer rigoureusement la sainte maxime du lais- « sez faire et du lamez passer. Laissez passer ! laissez faire I a ces quatre mots résument toute la sagesse des nations et des a âges, l'art de gouverner les hommes^ les principes de la politia que et de l'économie ! Laissez faire ou ne rien faire c'est la a suprême formule de la science des sciences, c'est la clef de la
« grande énigme non encore devinée, de réiiigme du bonheur et a de rhumnnité! »
« Ainsi parlent nos docteurs renommés et nos prétendus sa- « ges.
« A notre avis, les recettes des économistes libéraux ne valent « pas mieux que celles des publicistes ; elles sont du moins tout (( aussi insuffisantes.
« Les Etats-Unis de l'Amérique du Nord ont adopté la forme « républicaine, réalisé le suffrage universel, prêché la morale et a la vertu, le dévouement à la patrie ; ils ont annihilé le pouvoir, « décrété la liberté du commerce et la liberlé de l'industrie ; ils « ont lâché le frein de l'individualisme, développé à Texcès la cona currence, appliqué dans toute sa rigueur la théorie du salariat; a ils ont laissé passer les abus de toutes sortes, laissé faire le c( désordre de l'anarchie ; ils ont enfin pratiqué consciencieusece ment les saintes maximes de la politique et de l'économie libé- « raies... Et voilà que la misère envahit T Amérique républicaine» « comme elle a envahi les nations de la vieille Europe! Sur un « territoire immense, doué d'une fécondité prodigieuse, capable c( de suffire largement aux besoins de 5C0 millions d'habitants, Ki une population de 25 millions d'habitants est en proie au pau- « périsme. Dans les villes les plus riches et les plus florissantes, « les pauvres pullulent comme chez nous. La race la plus entrecr prenante du monde, cette race infatigable des Anglo-Saxons, « ne peut donner carrière à son activité ; elle met en vain le tra- « vail au rabais; et les prolétaires américains, poussés h bout 4x comme autrefois les prolétaires de Rome, sont réduits à deman- « der des lois agraires !
« L'agrarianisme aux Etats-Unis! Ah! publicistes et écono- « mistes, votre science est en défaut : l'expérience a démontré ce a que valent vos théories incomplètes et purement négatives ; ces •: peuples qui s'étaient fiés k vos promesses sont obligés de cherci cher aujourd'hui leur salut dans le remaniement complet de a leurs institutions. » (Revue indépendante, 25 avril 1846.)
Pour se nioquer des autres sans danger, il faut ne point don-
oer liea à ce que lés autres puissent se moquer de vous, et, de plus, il ne faut énoncer que des faits vrais.
Les publicistes et les économistes pourraient dire à M. Vidal que le suffrage universel n'existe pas aux Ëtats-Unis ; que, dans beaucoup d'Etats, il y a des conditions non-seulement de cens, mais encore de religion ; que, dans tous, les nègres libres ou esclaves, et les naturels du pays, y sont des parias; que le commerce y est si peu libre, au sens des économistes, qu'il n'y a pour ainsi dire d'impôts que sur les douanes.
Les Américains pourraient dire : « Qu'ils n'ont laissé passer ni « les abus, ni laissé faire le désordre et l'anarchie ; qu'il n'y a de « pauvres, chez eux, que les paresseux, et, à la vérité, les inca- « pables de travailler; et que la population y est florissante de <x bien-être à un point qui n'a jamais eu d'exemple dans le « monde. » Nous avons dit pourquoi.
Le bon sens pourrait dire à M. Vidal : que vouloir anéantir la concurrence c'est vouloir anéantir la liberté ; que, vouloir anéantir le salaire, récompense du travail, c'est vouloir anéantir l'humanité ; et que lui-même n'a jamais eu que des doctrines négatives. Lui est-il jamais arrivé, non-seulemt^nt de donner un remède rationnel aux maux de la société, mais seulement d'iudiquer l'origine de ces maux? A-t-il jamais dit : que la cause première du mal social, c'est l'ignorance; et que cette ignorance consiste dans l'impossibilité de démontrer la réalité du droit? A-t-il jamais dit : que, tant que l'ignorance sociale existe, l'ordre ne peut lui-même exister que par l'exploitation des majorités au profit des minorités? A-t-il jamais dit : que cette exploitation ne peut elle-même être base d'ordre que pour aussi longtemps que l'examen peut être comprimé? A-t-il jamais dit : que, tant qu'il y a des peuples, l'ordre ne peut exister : et entre tous et au sein de chacun que par la force? A-t-il jamais dit : que la source unique du paupérisme, quant au matériel, est exclusivement Taliénaiion du sol soit à un, soit à plusieurs individus? Non : M. Vidal a parlé sur la société : comme Montesquieu sur les lois ; comme Rousseau sur la liberté. 11 s'enorgueillira de la comparaison. Nous ne lui en faisons pas compliment.
Âi-je besoin de dire que j'ai la plus grande estime pour le caractère de M. Vidal? Je ne le pense pas. Attaquer les doctrines 4'iia homme, c'est dire : Je Testime digqe de comprendre la^vérité* l^n la lui présentant, je suis certain qu'il la reconnaUra. hdi$ 1^ vérité était une source de désordre, parce qu^i tant que 1^ patipérisjfie moral n'est point ^éanti» les vérités n^ peuvent être que' négatives, et qu'elles détruisaient U société» alors nécessaire^ ment basée sur le mensonge qu tont au mom sur Thypoth^e, Aujourd'hui que le mensonge, ni même Thypotb^aei ne peuvent
frtu§ servir de base Ji rej^i^ience de l'ordre, les vérités négatives, oin d'être dangereuses « deviennent utiles : elles forcent la société ï reconnaître la néce$isité d'aiiéantir Tignorance ou le paupérisme mor^l, source essentielle du paupériamo matéri^«
c Toute société qui remet en doute l'existence 4l Diey (l'mislenot 4a Uen reUgieuK) met ^ sienne en question, i E. DE GmAAiXN, Da Pinêtrueiion publique, p. 14.
a Gomment l'ordre moral existerait-il au sein de QOtra sodôté, lorsque notre jeunesse est tirée ÇB sens contraire par deux enseignements : Tepseignement religieux qui s'empare de ses premières impressions, l'enseignement plBioseplto« ^e <)iii les elTsce ? >
E. DE GiRARfitif f Aposteute^ — les Idées,
« Que faire pour mettre la religion et la société
d'accord
c ... En appeler à la méditation et au ^ie.»
E. DE GiBARDni, Apostasie, — les Idées.
< L'anarchie c'est l'absence d'autorité, b E. DE GiBABDiH, ÎQ ConatituoMe et la Législative.
« L'absence d'autorité c'est l'absence de sanction religieuse soeialemeot reconnue, i
Coims, Iffs.
« Nul ne porte plus haut que nous le respect de l*auterité. i
B. Bt OnAimr, Lst 5S, no iû, p. 89.
<zQtte l'on nous garantisse une autorité snis a^us» non» gfupantiroas une liberté sans ^fcè$, • E. DE GiB4RoiN, Les 52, p°^ 10 et 11, p. 89.
« L'autorité sans excès possible c'est U raiwn rendue incontestable vis-à-vis de tous et de chaeon, démentniit k céalité de la «anetien religieuse. 9
GoLiKS, Msa.
Parmi ceux qui ont examiné la société actuelle, il en est peu ({ui aient mis ses ulcères à jour avec autant de vérité que iH. de Lamennais. Et, parmi ses nombreux ouvrages, celui dans lequel il a le niieux atteint son but est Amschaspands et Darwands. C'est néanmoins celui de tous'auquel la société actuelle a donné
le moins d attention. Ce sera celui qui lui fera le plus honneur dcTânt la postérité.
« Tel est, dit-il, sur tonte la terre, l'état présent du genre hu- « main : pas une religion qui ne chancelle, pas un empire qui ne « croule. » (Amschaspands et Darwands, p. 14.)
C'est que les empires n'ont de base possible qu'une religion quelconque; que, jusqu'à présent, toute religion n'a eu de base possible qu'une hypothèse, la réalité d'une révélation ; que toute hypothèse* donnée comme réalité, s'évanouit nécessairement devant l'incompressibilité sociale de l'examen, et que l'examen est devenu socialement incompressible. C'est donc désormais la réalité du lien religieux, dont jusqu'à présent l'expression indéterminée Dieu, a été la seule source, qu'il faut démontrer sous peine de mort sociale. Et c'est de ce point de vue que M. de Girardin a eu raison de dire :
« Toute société qui remet eu doute l'existence de Dieu met la « sienne en question. »
« Des religions, dit M. de Lamennais, sur lesquelles reposait, c( chez les différents peuples, la société humaine, pas une aujour- « d'hui we tient debout. » (/d., p. 39.)
C'est vrai, et nous avons expliqué pourquoi. Quanta l'expression société humaine^ nous ferons remarquer qu'il n'y a de possible que des sociétés humaines, sous peine de non-existence réelle de toute humanité possible. L'expression société humaine est donc un effroyable pléonasme, résultat du panthéisme prétendu scientifique actuel. Tant que vous entendrez parler de raison humaine, de dignité humaine, dç sottise humaine, soyez persuadé : que l'humanité n'a encore, en réalité, ni raison, ni dignité, ni sagesse ; et que tout auteur qui se sert de cette locution barbare est panthéiste, le sachant ou sans le savoir.
a Maintenant, continue Tauieur, il ne reste guère de ces reli- < gions que des formes vicies, de vains mots qu'on répète par «c habitude du bout des lèvres, sans y attacher de sens, ou en y « ditdchani un sens dont on se i^ille. Cette sotte race humaine a « |)«iirîant, grâce à non*, de bons côtés : sur deux autels formés
« des débris de tous les autres, elle adore aujourd'hui deux seules n divinités : Tindifférence et la moquerie. »
(Amschaspands et Darwands^ p. 40.)
Peut-être aurait-il fallu djre : L'indifférence, la moquerie et la matière.
Quand l'instruction domine Téducation, c'est l'instruction qui nécessairement domine la société. L'instruction domine actuellement l'éducation. L'instruction actuelle croit avoir porté le panthéisme à l'état de démonstration ; le panthéisme accepté comme vérité, c'est la négation de toute individualité réelle, et la religion n'est que le lien unissant les différentes vies des individualités rcellci ou socialement considérées comme telles. Il n'est donc pas étonnant que les religions soient maintenant des formes vides, de vains mots.
« Aucun pouvoir qui ne branle, dit l'auteur ; roi aujourd'hui, « vagabond demain, et quelquefois pis. Quatre planches sur une « fosse, voilà le trône. » (id., p. 41.)
C'est juste : le pouvoir n'est autre et ne peut être autre que la sanction religieuse réelle ou illusoire, mais acceptée comme réelle. L'état de l'instruction met à néant toute sanction religieuse. Le pouvoir ne peut plus être qu'un vain mot, tant que Fétat d'une prétendue instruction n'est point radicalement changé.
a Quatre civilisations diverses, liées à autant de systèmes reli- « gienx, se partagent le reste de la terre, et toutes elles déclinent, « s'abaissent, chancellent; toutes elles penchent sur l'abime, « comme des rocs dont la mer a sapé les fondements. Des extré- « mités de l'Asie aux derniers confins de l'Occident, la société se « dissout. » (/d., p. 58.)
C'est que l'examen est la sape de toutes les hypothèses possibles, et que, pendant Tépoque d'ignorance, pendant l'éporque de paupérisme moral, les religions ne peuvent être basées que sur des hypothèses.
« Pas un temple qui ne soit déserté, continue l'auteur; pas
c( uni' inslitulion du passé qui ne croule. »
(/rf.,p.60.)
C'e$t vrai» Mais k quoi vous sert de le voir» si vous n*en reconnaissez la cause ?
fi De quelque côté que Ton regarde la race humaine, ajoute « M. de Lamennais, de sinistres symptômes annoncent un vice « interne qui altère en eHe les sources de la vie. Elle ressemble à a œs corps en décomposition où chaque molécule détachée des « autres n^à plus avec elles aucun lien, inerte amas de poussière « que disperse le vent. » (Amsehaspands et Darwands, p. 64.)
Voulez-vous maintenant un admirable tableau de Tépoque d'ignorance, lorsque les civilisations sont nécessairement en contact, el que Thicompressibilité de Texamen, qui en est la suite inévitable, développe une anarchie qui ne peut plus alors être arrêtée que par Tanéautissement de l'Ignorance qui en est la source? L'auteur va vous le présenter. Vous n'y trouverez qu'une tache : c'est que l'auteur, imbu de sa malheureuse doctrine du progrès indéfini, qui n*est autre que la négation de la vérité, n'ose prononcer le nom de vérité rendue incontestable vis à-vis de tous et de chacun, en dehors de laquelle, cependant, une fois que les <»pinions ne peuvent plus être eomprimées, l'anarchie reste nécessairement ine^itinguible.
a Par cela même, dit^il, qne les systèmes religieux d'où déri- « vèrent jadis autant de civilisations diverses, meurent à la foiê^ « que ces civilisations se pénètrent et se dissolvent mutuellement, n semblable» à des fleuves qui, mêlant leurs ondes, se gonflent, « débordent» dévastent au loin et recouvrent de gravier les con- « trées qu'ils fertilisaient quand chacun d'eux suivait le cours que. K lui traçait sa propre pente; par cela même, il se formera une « doctrine plus complète, plus en harmonie avec les progrès de <x la raison, les développements de la science, et conséqueioment a une société moins imparfaite. De ce mélange des antiques « croyances, ou plutôt de leurs éléments modifiés, il naîtra une « pensée nouvellet une conception, un dogme destiné à devenir « la base d'une civilisation cobuiune a toutes les fractions dë la c( RACE HUMÂiKE, quc divisent des religions inconciliables. »
Voyez que de peines se donne l'auteur pour éviter le nom de
vérité* Par smwx de sa malheureuse théorie, il dévore toutes leci absurdités. Il oublie : que des croyances ne se mêlent pointi nais s'anéantissent par Texamen qui résulte de leur contaet; que, par Gon^uent» il ne reste rien de leur destruction ; qu'un dogme» c'est-à-dire un mystère, ne peut être base d'ordre, une fois que Te^amen est devenu incompressible ; et que la seule religion qui puisse unir les fractions humanitaires est celle de la vérité reih due ratiouoellement incontestable.
Ce qui va suivre ridiculisant les gouvernements extra^tbéocratiques d'uu seul, de plusieurs, de tous, et leurs combinaisons constitutionnelles, est irréprochable. C'est, de plus, admirable d'expression, de clarté et de précisiou*
« Sur oe» dit l'auteur, ils ont imaginé, presque dès l'origine, f trois priocipales sortes de gouvc^niements^ qui plus tard, com* « biués eosemble» ei> ont produit un quatrième, le plus dràte de < tous.
« Souviens-toi qu'il s'agit de maintenir la justice ou d'empéa cher la violation du droit ; je parle leur langage. Ils y réfléfi cbissaient profondément, à leur manièref en s'embrouillaut de « plus en plus, quand l'un d'eux leur dit :
— « Vous n'êtes que des niais. Commençons par poser un principe, un principe divin. Je suis le plus fort, et la preuve en est qu'il n'est pas un de vous à qui je ne puisse tordre le cou , pour peu que la fantaisie m'en prenne. Ou je n'y entends rien, ou c'est là une supériorité qu'il serait, pour le moins, très-ridicule de contester. Reeonnaissez-la, consacreK-la par un assentiment dont je me passerais après tout fort bien ; convenez entre vous et avec moi que la justice, le droit, ce sera ma volonté, mon caprice, et haro sur quiconque refusera d*obéir ! Alors plus de violation possible du droit et de la justice ; car enfin, ou je me trompe beaucoup, ou je voudrai toujours ce que je voudrai. — »
a Là-dessus, ébahissement d'admiration, et tous d'applaudir, « honteux de n'avoir pas aperçu tout d'abord une vérité si claire. « Voilà donc le problème- résolu.
a II ne l'était cependant pas de manière à satisfaire tout le
« monde longtemps. L'ordre régnait, mais on s'en lassa. Quel- « ques-uns se dirent :
« — Mais si nous faisions à notre tour la justice et le droit? C'est une si bonne chose, et si commode, et si agréable, et si prpfitable! Que nous manque-t-il pour cela? N'avons-nous pas aussi notre volonté? C'est presque tout, et ce sera tout quand nous aurons la force. » — « Ils s'entendirent et se concertèrent; la force « alors fut de leur côté, et, avec elle, la justice, le droit.
« Ce moment vit naître le gouvernement de plusieurs, seconde <i solution du problème. Innombrables furent les formes de ce <x gouvernement. Il me convenait à moi pour le moins autant que « l'autre (1), car c'était le même fonds avec plus de mouvement, « d'activité dans les passions, de roideur, de dureté, d'envie, de (( colère, de haines, de querelles, de noise, et partant de culbute. « Eghetesch (génie de la corruption du cœur) seulement regret* « tait un peu , me disail-il , la tranquille corruption du régime « antérieur ; il trouvait qu'elle menait sans bruit à une dissoluce tion plus sûre et plus profonde.
« Quoi qu'il en soit, l'exemple donné, chacun voulut faire, « pour sa part, la justice, le droit, et, après de longs et violents « combats, un grand nombre y parvinrent : d'où les gouverne- « ments populaires , troisième solution. Ceux-ci, Akouman, of- « frent une instabilité qui te plairait. C'est plaisir de voir la jus- « tice, le droit, changer d'un jour à l'autre, et quelquefois du (( matin au soir, avec les mobiles majorités, ou selon les intérêts a qui prévalent momentanément; et même diversité, selon celle « des pays, quelle que soit d'ailleurs la forme du gouvernemeut. « Justice ici, injustice là. Justice aujourd'hui, injustice demain. « Leur droit est une roue qui tourne sans cesse : figure-toi com- « bieu ces pauvres izeds assis dessus doivent être étourdis quelce quefois.
« Pour moi, ma jouissance toujours nouvelle, mon ravissement, « est de contempler l'ineffable bêtise de cette race d'innocents « qui, au milieu de ces variations sans tin, sans nombre, ne laisse
(1) Celui ijui est censé parloi* e>l le génie qtti ydle le bien.
« p8s de croire la société régie au fond par je ne sais quel prin* « cipe effectif du juste, dont le caractère^ s'il existait, serait d'être « immuable, indépendant des lieux, des temps. Enfin, n'importe « comme, ils y croient, et bien en prend à ceux qui gouvernent; « cette croyance, qui dépasse en absurdité les plus absurdes, fait « leur seule vraie sécurité. Car là même où sont établies des in- « stitulions populaires, elles ne le sont certes pas, à beaucoup « près, au profit de tous. En dehors des possesseurs de l'autorité « publique, il reste toujours une masse énorme de simples goua vernés, qui, sous le nom d'esclaves, de serfs, de prolétaires, de « plébéiens, de vilains, sont comme le troupeau de la classe gou- « vernante, sa propriété, sa matière exploitable et rudement ex- « ploitée, je t'en réponds.
c( Il me resterait à te parler de cette récente combinaison qu'ils « ont imaginée des trois vieilles sortes de gouveiiiement, laquelle « surpasse en bouffonnerie tout ce qui jamais, en aucun temps, « passa par ces têtes bouffonnes. Un peu de patience, cela vien- <x dra. En attendant, immortel patron des faiseurs de lois, de « codes et de chartes constitutionnelles , repose-toi , Akouman , « dans ta sublime inutilité. »
(Zarech (qui gâte le bien), à âkouman (qui est tout inutilité). — Amschaspands et DarwandSy p. 84.)
Rien de plus spirituel que cette critique. Mais, pour qu'elle fût aussi utile que spirituelle, il aurait fallu indiquer la cause de Tinutili4é des faiseurs de lois, de codes et de chartes constitutionnelles et dire : qu'en présence de l'incompressibilité de l'examen les lois, codes et chartes faites ne sont que des opinions pouvant seulement s'appuyer sur la force brutale ; qu'en présence de l'incompressibilité de l'examen surtout, la force brutale appuie aujourd'hui telle opinion, demain telle autre; que la durée éphémère des opinions régnantes constitue essentiellement l'anarchie ; etquVîi présence de l'incompressibilité de l'examen, l'anarchie peut seulement être anéantie par le règne de la vérité rendue incontestable vis-à-vis de tons et de chacun. Mais la tliéorie de l'ai:-
teur sur le progrès indéfini, négation de toute vérité, Ta empêché d'atteindre le but dont il s'était si miraculeusement approché.
« C'est encore, dit plus loin Tauteur, qui sent avec raison le a besoin de se répéter, c'est encore du droit de la force qu'éma- <x nent, chez les nations les plus vantées pour leurs lumières : et « les législations et les constitutions. )»
(Amschaspands et DarwaiidSf p. 99.)
Et de quel autre droit peut vouloir Tautear que puissent éma* ner et les législations et les conâtitutions, tant que la vérité atn solue n'est point rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun? Sa malheureuse théorie du progrès l'a con* damné à laisser, théoriquement, rhumanitâ plongée dans une anarchie, dont il lui est alors impossible de prévoir la fin, si ce n'est dans le vague et le galimatias.
« Chose étrange I dit l'auteur, qui, malgré ses préjugés, sent a néanmoins qu'il est dans l'erreur^ chose étrange ! tandis que « les hommes du passé» unis à ceux qui ont recueilli la succes- « sion immense encore des abus du passé, s'entendent pour permet pétuer ces abus à leur bénéfice, pour imprimer à la société un « mouvement rétrograde, d'autres hommes ^ divisés d'ailleurs « sur presque tous les points p affectent de se déclarer les défenc( seurs, les continuateurs de l'œuvre commencée par leurs pères. <c Chacun d'eux se présente avec ses idées, ses vues, son système, « et il n'est pas un de ces systèmes qui, pariant du principe théoce riqûe de la liberté, ne concilie de fait au despotisme.
C'est que « tant que la vérité n'est point absolument démon-^ trée à tous et à chacun , il n'y a de critérium possible des systèmeSf des opinions, que la force, dont l'emploi constitue le des* potisme. Mais la malheureuse théorie de l'auteur sur le progrès indéfini l'a empêché de voir la cause inévitable de ce dont il s'é* tonne bien à tort.
« Gouverner aujourd'hui, dit encore l'auteur, c'est calculer, en c( se levant le matin, ce qu'il faudra d'intrigues, et de violence, et
« de ruses, et de fourberies, et de crimes souvent, pour atteina dre le soir. » (Amschaspands et Darwands^ p. 197.)
C'est très-vrai, Muis ce qu'il eût été nécessaire de faire remarquer, c'est que ce n'est nullement la faute des gouvernements, et qu'il est absolument impossible qu'il en soit autrement tant que le règne des opinions ne peut être anéanti par le règne de la vérité rendue incontestable, h le répéterai mille fois encore, la malheureuse théorie de Tauteilr sur le progrès indéfini Ta placé dans une situation qui le rend complètement incapable de reconnaître la vérité. Et c'est un p^ni malheur, car nul, plus que lui, n'«ût été en état de la découvrir. En voici un nouvel exemple.
« La classe supérieure, dit-il, investie de l'autorité publique, « en use pour tourner à son profit le travail de la classe dépen- « dante. Propriétaire du sol, elle veut qu'il produise uniquece ment pour elle : d'où un notable affaiblissement de la produc- « tion même. » (P. 245.)
De là, il n'y avait qu'un pas à reconnaître la nécessité de faire entrer le sol à la propriété collective pour que la condommiition, et par conséquent la production, fussent au maximum possible des circonstances. Mais la théorie des améliorations successives/ qui n'est autre que celle du progrès continu, â empêché Tauteuf de voir combien il était près du but.
Nous insistons sur les ouvrages de M. de Lamennais, parée qu'il est le Raphaël de la Société actuelle, et qïi\ifMCka^andê et Darwands est son chef-d'œuvre. Si jamais M. de Lamennais peut cesser de nier la vérité , il en deviendra le plus fervent apôtre.
« Notre vérité de MArarENAKT, ce n'est pas ce « qui est, mais ce qui se persuade à autrui : « comme nous appelons monnoye, non ceile qui
< est loyale seulement, mais la fausse aussi qui « a mise. Notre nation est depuis longtemps re- « proçhée de ce vice (le mensonge) : car Sulvia- <t nus Massilicnsis, qui était du temps de l'empe- « reur Yalentinien, dit qu'aux Français le mentir « et le parjure n'est pas vice, mais une façon de
< parler. Qui voudroit enchérir sur ce témoi-
< gnage, il pourroit dire que ce leur est a riiésENT « vertu. On s'y façonne comme à un exercice « d'homaeur. »
MOHTAIGNE.
« Il faut de l'art, et la vérité est quclqueruls \(* € sublime du mensonge. «
M. DE Lamennais.
Le passage suivant, toujours extrait A* Amschaspands et Darwands, est censé être pronoucé par Boschap (esprit de mensonge) à.Astonia(i(quL ne pense que le mal); il peint de la manière la plus admirable ce qui arrive nécessairement au sein de la société : non-seulement tant que l'ignorance sociale primitive n'est point évanouie; mais surtout lorsque la théorie du progrès continu, négation nécessaire de la vérité, et triomphe nécessaire de l'esprit de mensonge, se trouve une fois introduite. Or, cette époque est absolument la nôtre.
«Qu'on observe les hommes, dit Boschap, on trouvera que, « parmi eux, le plus souvent, la parole n'est pas l'expression, « mais le masque de la pensée, sa trompeuse image. Le oom- « merce habituel, les relations de tout genre dont se compose la « trame de leur vie, que sont-elles qu'un échange réciproque de « mensonges ? Je les exerce à feindçe et à dissimuler, a se dégui- « ser en toutes choses, à se montrer ce qu'il ne sont pas, et ils « seraient bien ingrats de s'en plaindre, car ils y gagnent éton- « namment. »
C'est très-vrai, une fois que les hommes ne croient plus à la réalité de la vérité, à la réalité du lien religieux ; ou, même encore, lorsqu'ils s'imaginent savoir qu'elle ne peut exister. Alors, plus ils raisonnent juste, et plus ils ont besoin d'être hypocrites ; car ils doivent alors penser exclusivement : à réaliser tous les crimes qu'ils croiront pouvoir commettre à leur profit sans être atteints parle bourreau. La sincérité, dans cette hypothèse, ne montrerait que des sots ou des monstres.
« Suivant les dispositions plus ou moins heureuses qui se « reucoDtrent en eux, continue Boschap, je les élève du simple « mensonge à l'imposture, de l'imposture à l'hypocrisie. Gelle- « ci forme le sommet de l'échelle, non pas tant à cause de sa « perfection intrinsèque, que parce qu'elle constitue un état perce manent et se déploie dans une sphère plus haute, variant, du « reste, selon les variations de la société même, hypocrisie de « piété, de religion dans les temps de croyance... »
Remarquez, je vous prie, que, dans les temps de croyance, c'est-à-dire dans les temps où l'examen peut être comprimé, l'hypocrisie de religion ne peut exister que chez la classe non esclave, parce qu'alors elle seule peut examiner. Il est d'ailleurs évident que c'est d'elle seule alors qu'il peut être (juestion ; le reste, toujours alors, n'existe pas socialement.
« En d'autres temps, continue Boschap, hypocrisie de seuti- « ments, de principes, de probité, d^humanité. Maintenant elles « BRILLENT TOUTES ENSEMBLE. Peius-toi l'cffct dc CCS lumièrcs « louches sur ces pauvres izeds, leur éblouissement à la vue de « cette magique illumination !
« C'était déjà, ce me semble, un assez beau succès. Je ne « m'en suis pas cependant tenu là. Il y avait mieux à faire. Je a me lassafs, d'ailleurs, de façonner en détail, un à un, les indi- « vidus de cette flasque espèce. L'idée m'est venue, l'idée heu- « reuse d'opérer plus en grand sur les peuples entiers. »
A cet égard, Boschap n'avait qu'à mettre les peuples en contact définitif par l'invention de la presse. Alors l'examen social faisait nécessairement ce qu'avait fait l'examen domestique sur les individus. Si l'auteur l'avait remarqué, iU'aurait probablement dit, et I. 7
se serait borné là : nous y aurions perdu un magnifique morceau de poésie.
ce Cette entreprise, au premier abord, m'effrayait quelque peu . « continue Boschap. Je m*attendais de leur part à une vive ré- <( sistance. Pas du tout, ils se sont merveilleusement prêtés à tout c( ce que je voulais d'eux, de trop bonne ^râce même. J'aura». c( préféré, pour mon amour-propre, une victoire disputée. »
Ceci appartient réellement à Tamour-propre du génie du meusonge. Car, dans ce cas, Thypocrisie se trouve conseillée : et par le sentiment, et par le raisonnement. Quiconque, en pré3ence de la science matérialiste, n'est point hypocrite, n'est qu'un sot, du qu'un homme sans passions. Maintenant écoutez Boschap, ce qu'il va dire est la suite nécessaire, nécessaire entendez*vous? de l'incompressibilité de l'examen, pour aussi lon^emps que l'ignorance sociale n'est point évanouie.
<c La société, en général, dit-il, est fondée sur ce que les i;^ed8< «t nomment justice, droit, devoir, et sur des lois, des institutioqs, c( qui en dérivent et les organisent en chaque société particulière, « Je n'ai rien changé à tout cela. — Quoi ! rien ? -^ Non^ rien, «c illustre dew, absolument rien. Arrête un moment tes regards a sur la terre; examine, écoute; qu'aucune nation, tribu, horde, « peuplade, n'échappe à ton investigation, partout tu entendras « parler de devoir, de droit, de justice. Mais qu'est-ce que la jusce tioe? La force. Qu'est-ce que le droit? La passion, la convoi- <c ti se unies à la force. Qu'est-ce que le devoir? La nécessité de a céder à la force. Les mots restent, puisqu'on y tient. Je me c( suis contenté de cette légère modification du sens primitif, et «( il faut que ma langue soit facile, car ces gens-ci, quoique assez ce épais, l'ont apprise tout de suite. On la croirait leur langue « naturelle. »
C'est qu'en effet cette langue est naturelle, c'est-à-dire rationnelle en époque d'ignorance et d'incompressibilité d'examen. La personnification du mensonge est trompée par soi) amour-propre; ce qu'elle croit avoir inspiré se fait alors naturellement.
a Quant aux lois, aux institutions, il y en a, et beaucoup, qui ^ te plairont, où notre inspiration se découvre d'abord- D'i^ulres,
« 3 est vrai, présentent un caractère très-difTérent, fastueuses « productions de nos rivaux dans lesquelles ils se mirent et s'ad- . a mirent. Celles-ci ont pour moi un attrait tout particulier. Je me « garde bien de toucher au dehors ; je laisse aux Âmschaspands « la joie innocente de contempler ces fruits superbes, soignés « par eux avec un zèle si tendre ; mais je les creuse et je nie loge « dedans. Oh ! la molle couchette I que j*y suis à Taise! que j'y « repose doucement. » (Boêçhap, p. 279.)
Boschap a raison. En époque d'ignorance, tes méchantes lois, en apparence, sont celles que le sophisme creuse le plus facilement pour y loger le mensonge sous le masque du droit. Mais encore une fois, tout cela, alors, se fait nécessairement. Le résultat en est toujours : Texpluitation des masses, et Tordre par le despotisme tant que Texamen peut être comprimé ; TexploitatioQ ^ * ^ . des masses et Tanarchie, quand Texamen ne peut plus être ^ciale- '^\ ment comprimé. C'est alors Texcès de maux causé par Tanarchie "' qui seul peut faire sentir le besoin, Tabsolu besoin de vérité. Maintenant soyez attentifs I et ne perdez p^s une ligne, pas uu ^ mot : M. de Lamennais va se mettre au-dessus de spu si^cl^ audessus de lui-même.
« n y a encore, dit-il par Torgane d'un de ses génies, il y g « encore les fictions légales, la plus amusante, la plus plaifantç <x de mes inventions* Ainsi tel fripon est un honuéie homme; tel a sot, un homme d'esprit, par une fiction légale. Par une fictioiji % pareille, on déclare impeccable le plus fieifé coquin. Un autrç « est par la loi proclainé inviolable ; on le chasse poliment, oa <c lui coupe la tête; as^e^ rude fiction comiRç tu vois. Ceux-ci uq « répondent pas de ce qtt'il3 font, ceux-là répondent de ce qu'ils^ a ne font pas, sprte de justice fictive extr^niementadmiréçici, et/9 « justice vCe^t là tout entière qu*unç fiction à peu pr^ d^ mêmf « genre. On a des droits fictif:», dépendant non du fond, (pais d^ « la forme, et ce sont les meilleurs. Aussi maintenant, qui $4 « donne souci des autres? qui y croit? quelques imbéciles obsti-* a nés, qu'aucunes leçons, si officielles, si sévères quVJles soient, c( ne débabusent. Mai$, de toutes les fictions, la plus hardie, I4 a plus vaste, la plus rare, la plus étourdissante, c'est assuré-»
- iOO -
c( ment la fiction solennelle inlitulée : Souveraineté du peuple. »
(Boschapy p. 280.)
Rien de plus spiiritueU et, ce qui est infiniment mieux, rien de plus vrai. Mais c'est encore inévitable Lorsque Texamen a détruit tout droit parla révélation, force brutale transformée en. droit au moyen de l'éducation, il ne reste de possible que la force brutale dépouillée de son masque, et rieo autre alors n'est possible, si ce n'est le droit réel, expression de la vérité absolue rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun.
S'agit-il des relations internationales? Fauteur est également admirable. Malheureusement il ne fait que décrire et ne découvre point les causes de ce qu'il décrit. Ce malheur vient de ce qu'il ne peut reconnaître : que la vérité, ou ce qui est socialement tenu pour vérité, est absolument nécessaire au maintien de la vie sociale; et que, du moment que le mensonge ou même l'hypothèse ne peut plus être socialement admis comme vérité, la vérité réelle , rendue rationnellement incontestable , peut seule alors empêcher l'anarchie d'anéantir la société.
<( Voilà, dit Astouiad. ce qu'est chaque peuple considéré indice viduellement. Us ont, en outre, des relations mutuelles réglées a par ce qu'ils nomment le droit des gens, sur lequel les pédants a ont écrit de gros livres, où nos maximes et celles des izeds sont «tellement mêlées, confondues, que toi-même, Astouiad, je « te défierais d'imaginer un chaos plus inextricable. Il en résulte <c que, dans les querelles, chacun a toujours le droit de son côté; a grande et. sublime consolation, véritablement, lorsqu'on s'en- « tr'égorge. De plus le mélange des principes a ceci de commode, « qu'il permet un partage. On garde pour soi les nôtres, très-na- « turellement préférés; on cède aux autres ceux des izeds, on « les leur impose même. C'est alors qu'ils sont beaux, et respecc( tableà» et vénérables. Mais, personne n'en voulant que pour aufi trui, on se les renvoie, on se les jette à la tête, de sorte que c( ce pauvre droit izédien passe sa vie en l'air.
« Au fait, dans la sphère politique, les rapports entre les peua pies dépendent exclusivement de Savel (esprit de violence) et de « moi. »
Remarquez, je vous prie, qu'il est absolument impossible qu'il en soit autrement tant qu'il y a des peuples. Car la multiplicité dépeuple n'a absolument d'autre caractéristique que la multiplicité de droits : puisque, lorsqu'il n'existe qu'un seul droit, il n'existe qu'un seul peuple; et que, tant qu'il existe plusieurs droits , le seul critérium possible entre eux , c'est la force. Astouiad continue :
« Nous gouvernons souverainement le monde, dit-il, en goûte vemant ceux qui le gouvernent. Une question, une seule, est <i constamment posée dans leurs conseils^ la question d'intérêt, « la question de puissance, la question de richesse, d'orgueil et « dé cupidité, de cupidité , surtout. dew ! de quelle vive émo- « tion tu dois tressaillir à la vue de ce reflet de toi-nîême.
«Cependant, il ne suffit pas de se proposer, en dehors de « toute idée de justice, de tout sentiment d'équité et d'humanité, « son intérêt pour but unique; il faut encore atteindre ce but, et « c'est ici que commence le rôle de Savel et le mien. Il ne serait « besoin que de lui si la force était en chaque peuple proportion- « née à sa convoitise, chose impossible évidemment. Il n'existe- <c rqit alors qu'un peuple qui se dévorerait lui-même. Ce serait (( pour nous, sans doute, un magnifique triomphe, mais il est au- « dessus de notre pouvoir. Ces forces respectives, quelles qu'en « soient les oscillations, se balancent assez, soit directement, c( soit en se combinant, pour qu'à la longue aucune ne prévale. Si c( l'une s'éteint, il en naît une autre, et le combat subsiste toute jours. »
C'est vrai : la seule vérité rendue rationnellement incontestable peut régner universellement. Et hors l'unité, le combat, en effet, subsiste toujours.
« Lors donc, continue Boschap, qu'un peuple rencontre la lice mite de sa force, qu'il ne peut accomplir ses desseins par la « pure violence, qu'elle deviendrait même un obstacle, je l'in- « troduis dans une autre voie, je lui ouvre les trésors inépuisa- « blés de la ruse. La guerre se transforme; silencieuse et se- « crête, elle prend le nom de diplomatie.
c( La diplomatie, Astouiad, est le sacerdoce de l'intérêt, et j'en
à suis le grand-prétre. Elle a deux objets principaux, faire son <c bien et le mal d'autruî. Qu'une nation, par exemple, en ruine « Une autre, n*y trouvàt-elle aucun profit direct, elle acquiert, du « ïiûôins, une supériorité relative de richesse, par conséquent, de « puîssaiicf^. Voilà le bien, voilà un acte pieux et méritoire du « culte dé làoi. Le diplomate doit donc être exempt de tous les a vices qu'engendre la morale de nos rivaux, des scfupules du m âêVôir, des faiblesses de la sympathie; il doit constamment à tenir sa pensée dans la direciiôn de la tienne, froid, sec, dur, k impassible, impitoyable au dedans, de quelque Apparence qu'il (( lui convienne, pour mieux arriver à Cê§ fins, de la couvrir au « dehors.
« Ses fonctions , très-variées dans le détail , se réduisent , i quant au fond, à une seule : TROUrËtt Qu*il se taise, qu^il parle, « qu'il affirme, qu'il nie, Insinue, conseille, il n'a pas d'autre «t but. Ses discours, son silence, sa figure, son geste, ses cares- « ses, sa colère, tout en lui ment; mais il faut de Tart, et la vé- « rite quelquefois est le sublime du mensonge. »
Ce tableau est admirable de vérité. Mais, ce qui est contre la tériié, c'est de le donner comme ne devant pas être. On reconnaît que la force est le seul critérium alors possible de justice, la ruse et l'hypocrisie sont les armes les plus utiles qu'il soit rationnel d'employer pour être fort, c'est-à-dire pour être juste. Nous ne pouvons trop répéter que le mal social actuel dérive surtout d'une effroyable contradiction, digne d'un Cbarenton dont le plus grand excès de folie connu ne peut donner aucune idée : 1*" de vouloir un critérium social de justice autre que la force ; 2*" d'affirmer que cet autre critérium ne peut exister, affirmation qui se trouve implicitement renfermée dans l'expression : souveraineté des majorités. Mais laissons continuer Boschap.
c( Un réseau d'intrigues souterraines, dit-il, qui, partant de <x chaque cabinet, se croisent en mille sens divers, recouvre suret tout les pays civilisés, comme on les nomme; ils ont de secrets « sanctuaires où s'accomplissent les mystères auxquels tu prési- « des, où, escortés de la ruse, de la perfidie, de la corruption, les a pontifes de notre loi, les maîtres des peuples» viennent se com-
« battre dans Tombre ou signer des pactes d'oppression pour le a genre humain, leur commune possession, leur proie commune. « Puis de ces antres sacrés on les voit sortir resplendissants de « Tauréole dont se couronne leur tête, les mots de justice, d'hu- « manité, de liberté même, sur les lèvres, au grand attendrisse- « ment du tfoupeau que va tondre leur main paternelle. Et ent core, s'il n^était que tondu l Mais il lui est réservé mieux.
« Esl-ee que le mensonge gigantesque qu'on appelle société « ne te ravit pas, Âstouiad? Est-ce qu'il ne te parait pas un ma- « ^ifique rayonnement de ma gloire? » {Boschap (esprit de mensonge) à Àitouiad (qui ne pense que le mal), p. 284.)
Je répéterai mille fois encore que rien n'est plus étonnant que de voir un homme d'esprit s'étonner de ce qui existe nécessairement dans telles circonstances données. Si ou est mécontent de cet état de choses, il faut en rechercher la cause, la cause première, unique. Sans cela toutes vos plaintes seront non-seulement de vaines déclamations; mais en outre elles seront nuisibles, eu ce qu'elles feront sentir plus vivement un mal que l'ignorance affaiblit singulièrement. La cause première de ce mal, c'est l'ignorance primitive qui oblige k n'avoir d'autre critérium social possible du juste et de l'injuste que la force. L'effet nécessaire de cette cause, c'est l'existence des nationalités. Et, tant que les nationalités existent, les maux dont se plaint l'auteur, non-seulement ne peuvent être anéantis, mais encore c'est seulement sur eux-mêmes que l'existence de l'humanité peut alors se baser.
Anéantissez le paupérisme moral, et, par cela seul, l'humanité sera sauvée.
« Duni lui-même a besoin d'avoir raison. »
BossnsT et Bohald.
<i raison, raison)! n'es-tn pas le Dieu que je a cherche ? »
Fénelor.
' « Donc réternelle raison est seule souveraine € réelle; et l'anthropomorphisme n'en est que la « personnification. »
GouNS, Met.
Vous rappelez-vous Démosthèaes lançant contre Philippe les foudres de son élocjuence, et ramenant h l'attention les futiles Athéniens par une futilité? Je ne suis ni Démosthènes, ni éloquent. Mais ce dont j'ai à vous entretenir, en paraphrasant M. de Lamennaisy est plus important que ce dont traitait Démosthènes. Il ne s'agissait alors que de l'existence des Alhéniens; maintenant c'est de l'existence de Thumanité. Aussi ne ferai-je point usage de futilité.
Le passage suivant est censé écrit par Dahman (qui bénit le peuple) à As (qui donne la science et la lumière). Nous
joindrons à ce passage quelques courtes notes.
c< Lorsque, dit Dahman, cette constitution primitive et fonda- « mentale, qui constitue le dogme religieux (1), cessant de satis- « faire l'esprit à cause de ce qu'elle a d'incomplet (2), lui répu- « gnant par ce qu'elle a de faux (5), perd son autorité, tout ce
(1) Cette constitution n'est autre que l'acceptation de l'anthropomorphisme, de l'anthropomorphisme nécessaire alors pour combattre le matérialisme, de l'anthropomorphisme nécessairement dogme et s'appuyant nécessairement sur une force capable d'en empêcher l'examen, parce que, devant l'examen, il ei^t essentiellement absurde.
(2) Cette constitution ne cesse pas de satisfaire l'esprit par ce qu'elle a d'incomplet, mais parce qu'elle est examinée et reconnue absurde.
(3) Il n'y a pas du bon et du mauvais dans la constitution de l'anthropomorphisme : tout y est bon, tant qu'il est possible d'en empêcher l'examen; tout y est mauvais, dès qu'il est impossible d'empêcher qu'elle soit examinée.
« qui s'y rattachait s'évauouit avec elle. La conscience ne sait a plus où se prendre. Privé de base et de sanction, le detoir « nest désormais qu'un vain mot. »
Voilà qui est incontestablement vrai. C'est k vous de voir, Athéniens du dix-neuvième siècle , si vous voulez établir la société sur un devoir qui n'est qu'un vain mot. Auprès de cette entreprise, celle de la tour de Babel n'aurait été qu'un jeu d'enfants.
Ici je passe quelques taches inhérentes à la philosophie panthéiste de l'auteur, et j'arrive où il reconnaît que la philosophie et la théologie doivent désormais s'unir dans le sein de la science réelle :
« A cette hauteur, dit il, la science, rigoureusement théologi- « que, devient la religion même. »
C'est vrai. Mais alors théologie signifie, ainsi que philosophie : connaissance de la réalité de l'éternelle justice; et non point croyance absurde dans sa personnification, tout ce qu'il est possible d'imaginer de plus auti-scientifique .
Athéniens ! écoutez.
« J'insiste sur ce point, » dit l'ange de lumière, qui bientôt va reconnaître que lui-même se trouve dans les plus profondes ténèbres, « j'insiste, dit-il, sur ce point, parce que c'est de là qu'en « un temps peu éloigné désormais sortira, je l'espère et le crois, c( la solution de l'important problème qui préoccupe le genre hu- « main depuis son origine, le problème radical de l'union de l'u- « nivers avec son auteur. »
L'auge de lumière, qui lui-même ne fait que croire, ce qu'il y a de moins lumineux au monde , se trompe grossièrement. Le problème qu'il expose n'a jamais préoccupé le genre humain , parce que le genre humain , même au sein de l'ignorance, a toujours eu trop de bon sens pour chercher à l'absurde une solution rationnelle. Ce qui depuis l'origine préoccupe le genre humain, c'est la démonstration de la réalité de la sanction éternelle, et c'est pour suppléer à l'absence de celte démonstration que le genre humain a eu le bon sens d'inventer l'anthropomorphisme ; l'extrême bon sens d'empêcher qu'il pût être sociale-
lêment exatniné, parce qu'il savait que cette invention était ftb-> surdé.
Après cela, l'ange de lumière s'efforce de prouver qu'il est Nécessaire de rendre l'absurde ^ientifique , et vous concevez qu'il ne peut en venir à bout. Aussi termine-t-il en disant :
« Tel est le chaoâ , au fond duquel l'humanité s'eât Jusqu'id c( débattue douloureusement. Ëllé n^y restera pas ensevelie » elle (K s'élèvera vers la lumière par des efforts que tu aideras, 6 toi c( qu'Ormudz a fait le dispensateur de la science. Quand vefraic( Je, auguste Amschaspand, luire Taurore de ce jour désiré, de c( ce Jout magnifique? »
Tout cela signifie que Tange de lumière et son conducteur ne savent pas le premier mot de ta solution ; et que, si on la leur apportait, l'ange de la vanité les empêcherait d'ouvrir les oreilles, qui sont leà yeux de l'intelligence.
Ce n'est plus l'ange des lumières qui va parler maintenant, mais bien le Darwand Âstouiad (qui n^ pense que le mal) s'adressant à Eghetesch (génie de la corruption du cœur) :
« Notre vie est rude, Eghetesch ; elle a cependant aussi ses « joies que nous seuls concevons , les joies du mal , fiévreuses , a brûlantes, qui se projettent dans la nuit de noire être comme « le reflet d'un incendie. »
Remarquez comme le manichéisme est absurde. Il est vrai qu'il est la conséquence nécessaire de l'anthropomorphisme, et que Tàbsurde ne peut engendrer que Tabsurde. Ariman est cepenj^nt moins atroce qu'Ormuzd (ou Oromaze plus facile à prononcer). Oromaze dit : Je crée pour damner. Ariman se contente de dire : La vengeance est le plaisir des dieux. De quoi diable peut se venger Oromaze?
c( J'ai soigneusement, dit Astouiad, examiné ce monde qu'Ace riman, alarmé par les vanteries de nos rivaux, a voulu que a j'observasse de près. Il peut, certes, se tranquilliser. Si Or- « muzd et les siens doivent triompher, ce ne sera pas du moiits a ici, ou les choses changeront bien. »
Si Fange des ténèbres ou du mal n'était aussi aveugle que l'àDge des lumières ou du bien , il saurait : ou qu'il n'y a pas
d^ordre moral; oti que tout est nécessatretnent bien. Il saurait : que Tuniveràel sens dessus dessous, où l^êxisléuôe dans un kuondè . n'ayant que la force pour critérium de justice, où les coupables ie crimes antérieurement commis sô retournent mutuellement sur le gril des passions ne pouvant encôf e être subordonnées à la raison, est un sens dessus dessous nécessaire à l'existence de l'étemelle Justice. Mais aussi, que youle2-voUS que ces prétendus anges puissent voir, sous le bandeau du manichéisme, conséquence nécessaire de Tânthropomorphisme? Quant au changement, il se fait nécessairement. Lorsque Texpiation est presque achevée, l'anthropomorphisme devient incapable de servir de base à l'existence de la vie sociale ; et le besoin d'ordre fait découvrir la nécessité de la justice éternelle, dont l'anthropomorphisme n'était qu'une personnification absurde.
« Tout, dit Àstouiad, dans l'universel sens dessus dessous y « branle, y craque. Rien de risible comme cette machine que les « izeds, rendus de fatigues, travaillent Vainement k rapetasser. Je « laisse pour ce qu'elle vaut la nature physique ; assez peu nous « importe celle-là. Ce qui nous intéresse, c'est la nature intelli- « gente, c'est l'homme. »
Hélas ! le pauvre Darwand ignore qu'en dehors de la nature physique, la nature inti lligente ou l'homme ne peut exister. Darwandset Amschaspands ont bien raison de se dire dans le chaos. fiais quand on se sait dans le chaos, et qu'on ne sait pas encore qu'on ne sait rien, on appartient h une bien triste humanité. Ces Darwands et ces Amschaspands ont bien Tair d'être des hommes de notre époque*
« C'est l'homme, continue Astouiad, cette œuvre de prédilec- « tion de la puissance ennemie que notre destinée est de combat- « tre sans relâche. Elle a fait de lui, dit-on, un être raisonnable, « et je défie de rassembler en un même sujet plus d'ignorance et « d'extravagance, de bêtise innée et de sottise acquise. »
Quant aux bêtises innées, c'est aussi sot que les connaissances innées. Quant à l'ignorance, à l'extravagance et à une sottise acquise, c'est une preuve de rationnalité. Il n'y a que l'élre ration* nel qui puisse être ignorant, sot et extravagant.
c( Un être libre ! .continue le génie qui ne mérite guère ce uom, c( et, dans tous les ordres, nul esclave. aussi profond, nulle serc( vitude aussi honteuse, aussi dégradante que la sienne ! »
Il n*appartient qu'à un être libre de pouvoir être esclave ; et il est juste qu'un être coupable subisse un esclavage dégradant. Rien en effet n'est plus dégradant que rignorance ; qu'une ignorance.toujours nécessairement méritée , sous peine de non-existence d'ordre moral.
c( Un être moral ! continue le génie, et il amasse, et il entasse c( incessamment autour de son bouge, turpitudes, vices, crimes» « tout ce qu'abhorrent les izeds, et s'étend avec volupté sur cette c( litière de son goût, de son choix, et ne dort bien que là, nou c( moins étranger que nous aux devoirs fondés sur le stupide c( amour d*autrui, le dévouement, le sacrifice. »
Rien n'est plus jstupide en effet que des devoirs fondés sur l'amour d'autrui, sur le dévouement, sur le sacrifice. C'est au contraire l'amour d'autrui, le dévouement, le sacrifice, qui doivent être fondés sur le devoir pour n'être point stupides. Et s'ils n'ont pas d'autre connaissance du devoir, c'est qu'ils ont été criminels, et qu'ils expient leurs crimes au sein de l'ignorance. Quant à l'impossibilité de faire le bien au sein de l'ordre moral, c'est une des plus stupides inventions du manichéisme.
c( Relégué, continue Astouiad, en soi, n'aimant que soi, s'ado- « rant lui-même dans sa convoitise, notre loi est sa loi, notre relic< gion sa religion, nous avons le même Dieu et le même culte. »
Il aurait fallu ajouter : Et la même ignorance. Il n'y a pas de • doute que l'ignorance, c'est le diable, et Dieu la vérité. Il appartient à Téternelle justice de soumettre le crime aux maux résultant de l'ignorance ; et la vertu au bonheur résultant de la connaissance de la vérité. Le tout avec puissance de pouvoir toujours mériter et démériter.
« A force de brouiller ses idées, » continue Astouiad, lequel n'est autre que l'ignorance vaniteuse personnifiée , « à force de « brouiller ses idées naturellement peu nettes, nous l'avons amené « à douter de toutes choses, et douter de tout c'est nier tout. »
C'est toujours vrai. Mais de quoi voudriez-vous ne point douter
quand vous ne savez rien? Ignorer c'est douter. Et savoir seulement qu'on ignore, c'est déjà savoir. Mais croire savoir, c est vanité. Malheureusement notre société n'en est pas encore arrivée à être ignorante le sachant, elle n'est encore que vaniteuse. Elle n'a encore que la science du diable.
« Le scepticisme, continue Astoiriad, a beau agiter ses flas- « ques ailes dans le vide pour se soutenir au-dessus de la néga- « tion, il faut qu'il y tombe. »
Astouiad se trompe, comme nécessairement il doit se tromper en sa qualité de génie dé Tigporance et de la vanité. Le scepticisme vrai, la seule sagesse possible en époque d'ignorance, ne nie jamais, et n'est, au contraire, que Taffirmation de ne pas savoir. Le faux scepticisme, au contraire, expression de la vanité, c'est la négation de la possibilité de savoir. Ce faux scepticisme est la base de l'enfer social actuel. Lui seul s'oppose à la recherche sociale de la vérité. Immolez cette hydre, et le monde sera sauvé.
« La. foi est éteinte sur la terre, continue la vanité person-
« NIFIÉE. »
Hélas ! non elle n'est pas éteinte. Le dernier chaînon de cette chaîne qui subordonne le monde à la force existe encore; et ce dernier chaînon, le plus dur à briser, c'est la croyance que l'homme ne peut atteindre à la découverte de la vérité. Tant que la foi a pu être base d'ordre, par la possibilité d'empêcher l'examen de l'idée qu'elle rendait commune au moyen d'une inquisition, la foi était l'arche sainte de l'ordre; et quiconque y touchait devait être mis à mort, comme victime nécessaire à l'existence de l'humanité. Mais depuis que la foi, de base d'ordre qu'elle était, est devenue base du maintien du désordre par Tobstacle qu'elle apporte à la découverte de la vérité, le plus grand criminel social qui puisse exister est un homme de foi ; et principalement celui qui ose affirmer qu'il est impossible de découvrir la vérité. A cet homme, dix vies de prolétaires sur un globe d'ignorance, où le règne de la foi est devenu impossible, expieront à peine son
crime.
« Les vieux dogmes , continue Astouiad , qu'aucun autre n'a
— no -
<K remplacé , ^ décomposent au (oui de la raUon humaine » « comme des cadavres dans des tombeaux. » .
.. C'est vrai; comme la vérité négative ou l'examen détruit tout mensonge positif. Mais du moment que la vérité négative ou l'examen a pris chez nous une vie immortelle, cessez de compter sur la résurrection ou la création d'un dogme quelconque considéré comme socialement accepté. Parce qu'un dogme est toujours : soit une erreur, soit un préjugé ; et qu'en présence de l'examen source de vérité négative, rien au monde ne peut être base d'ordre, si ce n'est la vérité positive rationnellement démontrée k tous et à chacun.
« Je me souviens, continue Astouiad, d'avoir vu jadis cette « créature burlesque à l'état qu'on appelle sauvage. Les Amer scbaspands un peu confus disaient : Elle en sortira. Elle com<* « menée, à la vérité, assez pauvrement; mais le progrès est dans « sa nature. Laissez agir le temps, la brute d'aujourd'hui, gra* «( duellement transformée, deviendra semblable aux izeds.
a S'ils se reconnaissent dans leur portrait, je les en félicite. »
Si les Âmschaspands-izeds n'avaient pas été des imbéciles, croyant k l'absurde, à la création, au malheur immérité coexistant avec l'ordre moral, ils auraient dit : Cette race expie; elle progressera dans le mal : d'une part, tant que l'excès du mal la for* cera de chercher la vérité; d'une autre, jusqu'à ce que son expiation soit achevée. Et il est dans l'ordre de justice éternelle quer pour elle, la fin 4e Texpiation et la naissance de la vérité soient simultanées.
a Ce n'est paç, contipue le génie de Tignorances qui du re$tQ m est meilleur observateur que les prétendus génies de la science, <( ce n'est pas, dit-il, que l^ progrès ne se soit accompli, li'hommç • a s'esti en effet, déniaisé, civilisé, pour parler comme lui. Qqitr « tant sa vie première, il a fondé des sociétés, institué des lou, n et nous ne saurions certes nous en plaindre. i>
Ici, par exemple, le pauvre génie a perdu la mémoire, et il aura cru l'avoir retrouvée dans une école panthéiste. Il n'y a pas et vie humaine avant la vie. sociale, les deux naissent simultané-
ment. Nous en montrerons les archives, et elles ne ressembleront point à celles inventées par Montesquieu.
« Nous ne saurions nous en plaindre, continue le génie pance théiste. Car ces lois, la plupart au moins, ce sept les dews ({tii « les ont dictées, et ces sociétés, c*est la nôtre qui leur a servi «c de modèle. >»
C'est très-vrai. Mais en époque d'ignorance qui diable pourirait dicter des lois, si ce n'est l'ignorance elle-ipéme ?
« La brute , continue le dew» s'est ^ç Darwand » au lieu « d'ized, et, à cela près, les Amschaspands prévoyaient juste : « qu'ils prévoient jusqu'au bout et prophétisent aussi savama ment, d
Si les dews et les izeds n'avaient pas été également imb^ ciles, ils auraient dit : L'homme souffre, il a mérité de souffrir, laissez passer la justice éternelle. Quant à nous, tâchons de le soulager par tous nos moyens possibles. Le reste n'est p^s de notre ressort.
« J'y compte bien, au reste, continue Astouiad, et que lepro- « grès continuera. Llmmanité , comme ils le disent dans lavr « jargon si drôle, est en marche et ne s'arrêtera pas. b
Remarquez, s'il vous plaft, que Tauteur, partisan du progrès continu, ne peut s'empêcher de remarquer que ce prétendu progrès n'est autre que la marche du diable.
a Partout, continue Astouiad, l'humanité obéit à nos inspt- (c rations; partout, ftiir la route qu'elle parcourt, elle marque ses « stations par des ruines ; partout prévaut notre pouvoir ; partout a le mal se développe en des proportions colossales, grandit <i comme l'ombre d'Ariman lorsqa'il se dresse entre Ormuzd et a son œuvre. »
Et son œuvre est très-joli ! II parait fu'Ariman n'eu est pas de son œuvre; ou, s'il en est, qu'il existe par son bon plaisir. Mais j'oublie que nous sommes en plein manichéisme, et que le manichéisme est la conséquence nécessaire de l'anthropomorphisme. Alors prenons-en notre parti, et, puisque nous sommes en plein roman, marchons avec le roman ; ayons courage ! nous touchons à la péripétie. ^
(( Une secrète force de destruction , continue Tavocat du dia- <c ble, mine en tous lieux les bases de ce qui est. Rien n'y échappe, « fien n'y résiste. Les peuples» se sentant défaillir» s'attristent, « s'inquiètent. Au sein de leur corruption, s'élève comnoe une « vapeur empoisonnée qui les suffoque. Us entendent dans les « airs des voix sinistres, des bruits lugubres et menaçants. Au « fond de l'avenir tintent des glas funèbres. Quelque chose se a prépare qu'ils ignorent, et qui les trouble, et qui les jette dans « d'immenses angoisses. Aliénés par la peur, ils s'agitent d'un c( mouvement aveugle. Leurs regards cherchent à l'horizon un « signe rassurant, et l'horizon en deuil ne lui montre qu'une « bande noire qui s'épaissit de moment en moment, et la terre <c prend l'aspect d'une fosse. triomphe ! ô joie ! Bientôt la race « humaine viendra s'y engloutir, et elle se renfermera sur elle, <( et Ariman la scellera de son sceau, et le silence de la mort c< proclamera notre victoire finale.
(Amschaspands et DarwandSy p. 391.)
Astouiad se trompe, comme l'ignorance se trompe nécessairement. Non, rhumanité, ou plutôt la vérité, ne périra point. Elle triomphera à l'heure marquée par l'éternelle justice. Mais si Astouiad se trompe, il prouve au moins que M. de Lamennais est un admirable écrivain. Quel dommage que la malheureuse théorie du progrès continu, jointe à un bizarre mélange d'anthropomorphisme, de panthéisme et de scepticisme négatif, l'aient empêché de marcher dans la voie de la vérité !
Vin
« De mendico malè meretar qui ei dat qùod d cdat autquod bibat, nam et illud quod dat per- < didit et illi producit YHam ad naiserrimain. >
< C'est rendre un manTais service au mendiant «. que de lui donner i boire ou i manger; ou « perd ce qu'on lui donne, et, en prolongeant son « existence, on ne fait que prolonger et aggraver « ses malheurs. >
Plaote.
Si quelqu'un nous reproche de lui avoir remis sous les yeux quelques-uns des admirables tableaux à' Amschaspands et DarwandSj et surtout d'en avoir profité pour exposer ce que se trouve la société actuelle, ainsi que les erreurs dans lesquelles les préjugés de l'illustre auteur de ces tableaux Tout fait tomber ; qu'il cesse de nous lire, il ne comprend pas le bonheur de trouver réunis l'agréable et Tutile. Il nous reste encore un de ces tableaux, et celui-ci, rien ne nous empêchera de le présenter.
C'est toujours Âstoulad qui s'adresse à Eghetesch.
4x Le pauvre, dit-il, est coupable de naître, coupable de vivre, « coupable surtout de transmettre sa misérable vie. Gonséquem- « ment venir à son secours, ce serait encourager le crime. Gar- (i dez-vous-eii par-dessus tout, vous qui avez à cœur les intérêts de « l'humanité, Tordre, la justice, la vertu. Étouffez eu vous-mêmes a la sympathie funeste, la vicieuse commisération qui vous porte- « rait à vous rendre complice d'un délit que vous devez détester « et punir. Soyez sans pitié pour le père, la mère et les enfants « assez pervers, assez insensés pour réclamer ce qu'ils appellent a insolemment le droit de vivre.
« Ch langage t*étonne, Eghetesch, tu hésites à le croire pos- « sible. Eh bien ! tu vas i'.entendre de la bouche même des cory- « phées de l'école à laquelle s'attache ma gloire la plus brillante « et la plus solide. »
(( Reconnaître aux pauvres un droit à raumone, c'est les auto- I. 8
riser à exiger raumône par la force, c'est anéantir le droit de propriété. » M. Duchatel.
Avant de passer à la seconde citation, analysons celle-ci.
Pour quiconque a étudié suffisamment l'économie politique, c'est-à-dire la société actuelle, il est incontestable que vouloir apaiser par Taumône l'anarchie vers laquelle tend actuellement un paupérisme croissant nécessairement sur une ligne parallèle à l'accroissement de U richesse» et cela en présence de Tincompressibilité de l'examen, est une utopie à nulle autre pareille. C'est, en effet, autoriser les pauvres à réclamer ce droit par la force. M. Duchatel veut réprimer le paupérisme en le livrant à la mort par la misère. C'est, quant à l'ordre, une utopie comme celle de M. de Lamennais, qui veut le réprimer par l'aumône. Seulement celle de M. dé Lamennais n'est point atroce; C'est le rêve d'uu bon cœur, et il ne peut en être dit autant dé la proposition de M. Duchatel. Quant au droit de propriété, il est aussi inattaquable que le soleil; mais il n'en est pas de même pour l'organisa» tion de la propriété. Cette organisation change comme les nécessités sociales; Si donc M. Duchatel avait formulé sa proposition de la manière suivante, elle eût été sans reproche :
a Reconnaître aux pauvres un droit à l'aumône, c'est les kua teriser à exiger l'aumône par la force ; c'est anéantir l'organia sation actuelle de la propriété. Désormais, pour que l'ordre « puisse exister, il faut que paupérisme, aumône et organisttiotr a actuelle de la propriété, soient anéantis, d
Passons à la seconde citation, la seule qu'Astouiad aurait citée, si lui-même n'avait été imbu des théories dérivant de l'ignorance.
« L'homme qui s'est marié sans avoir l'espérance de nourrir sa <x famille, doit être laissé à lui-même; son action est immorale. « la misère en est la peine naturelle et juste, livrons donc cet « homme coupable à la peine prononcée par la nature, n (P. 256.)
Quant à cette dernière proposition, elle est digne de Charenten, ou plutôt de bourgeois vaniteux et imprudents à l'excès : vaniteux, parce qu'ils s'imaginent que Torganisation actuelle de la propriété est la seule possible; imprudents, en ce qu'ils ne voient pas que marcher dans cette voie qu'ils s'entêtent à considérer
comme la seule possible, c'est se précipiter dans un abtme où ils se trouveront : non-seulement dépouillés de leurs propriétés ; mais peut-être aussi eu danger de perdre soit la liberté» soit la vie. Yoilà une des distinctions que Tauteur à'Amschaspands et Darwands aurait dû faire sentir.
Il y a bien encore dans le même ouvrage et sur le gouvernement constitutionnel une lettre qui pétille d'esprit et de vérité. Mais le gouvernement appartenant à la souveraineté du peuple, et rau-* teur ayant déjà déclaré cette souveraineté de toutes les fictions la plus hardie, la plus vaste» la plus rare^ la plus extraordinaire Qt la plus réjouissante, nous craignons, en la reproduisant ici^ de faire double emploi» Ndus la recommandons néanmoins à nod lecteurs.
A côté de M. de Lamennais^ homme religieux et théoricien, plaçons M. de Necker» homme religieux et grand j[>raticien, puis^ qu'il a été plusieurs fois ministre, eU ce qui est rare, aimé du peuple et du roi. Il est impossible d'étudier la société actuelle sous un trop grand nombre de faces. A la fin de chaque citation, nous aurons soin d'indiquer la cause du mal dont chacun se plaindra, car il est impossible d'appliquer rationnellemeut un remède à un mal dont on ne connaît point la cause;
« C'est en vain, dit Necker, que, dans les grandes places du « gouvernement^ on s'occupe avec assiduité du bonheur général; « c'est en vain que, pénétré d'un juste respect pour l'iuiportanee « de ses devoirs, l'homme public veut prendre en main la cause « du peuple, et s'appliquer, sans relâche, à défendre le faible « contre les efforts du puissant; il aperçoit bientôt les bornes de « ses moyens et les limUe$ mêtnen de r autorité souveraine. La « commisération pour l'infortune est combattue par les lois de « propriété, la bienfaisance par la justice, la liberté par lés abus» « Sans cesse on voit lutter ensemble le mérite et le crédit^ l'hon- « oeur et la fortune^ l'amour de la patrie et Tintérét personnel, n
{De r Importance des opinions religieuses ^ p. 7.)
Si Necker n'avait pas été protestant, il aurait observé que son
titre était une inconséquence. En effet, du moment qu'il y a des
opinions religieuses, du moment qu'il est possible de considérer
une religion comme une opinion, la religion socialement a cessé d'exister. Mais ne nous arrêtons ici qu'à ce qu'il énonce sur la société actuelle. D'abord, nous y voyons les lois de la propriété en opposition avec l'infortune, la justice avec la bienfaisance, et Tamour du bien public avec l'amour des intérêts individuels, etc. Mais ce qu'il est important de constater, et ce qui prouve l'immense talent d'observation de l'auteur, c'est que l'autorité souveraine est elle-même impuissante pour remédier aux maux qui sont les conséquences nécessaires de cette société. Et, en effet, il serait aussi impossible à l'anthropomorphe lui-même de mettre notre société en harmonie avec l'existence de l'ordre, en présence de rincompressibilité de l'examen, qu'il le lui serait de faire une montagne sans vallée.
c( Il s'en faut bien, dit-il encore, que la société soit une œuvre c< parfaite; il s'en faut bien qu'on doive considérer comme une c( composition harmonieuse les différents rapports dont nous « sommes les témoins, et surtout ce contraste habituel de puis- « sance et de faiblesse, d'esclavage et d'autorité, de richesse et « d'infortune, de luxe et de misère; tant d'inégalités, tant de bi- « garrures, ne sauraient former un édifice bien imposant par la « justesse de ses proportions. »
C'est depuis l'origine sociale que la philosophie, protestantisme par essence, tant que l'ignorance humanitaire n'est point anéantie, fait de semblables déclamations. Encore une fois, c'est la cause de ce mal qu'il faut indiquer, si un pareil état de choses est réellement un mal; ou la cause de sa nécessité, si cet état de choses est réellement nécessaire.
L'exploitation des masses et tout ce qui en résulte est nécessaire pendant l'époque d'ignorance, pour que la base de l'ordre, la sanction religieuse, alors nécessairement hypothétique, ne puisse être examinée. Celte exploitation reste nécessaire tant qu'elle suffit pour empêcher cet examen. Une fois qu elle devient incapable de remplir ce but, de base secondaire d'ordre qu'elle était, elle devient essentiellement anarchique. Quant à la cause de cette même exploitation, elle gît exclusivement dans l'aliénation du sol aux individus. Cependant l'entrée du sol à la pro-
priété collective, anéantissant l'exploitation des masses, peut seuleùaentétre base secondaire de l'ordre : lorsque la base première, la sanction religieuse, a cessé d'être hypothétique; lorsque l'ignorance sociale est complètement évanouie. Voilà qui est aussi clair que possible, et exempt de toute hypothèse.
Maintenant écoutez, propriétaires et prolétaires! C'est votre vie et votre mort qui vont être mises en question. Surtout n'oubliez pas que ce que va dire un ministre du plus haut mérite est absolument vrai, sauf une légère modification de deux mots que j'indiquerai :
«( On ne saurait, dit Necker, éviter, dans les sociétés les mieux « ordonnées, que les uns ne jouissent, sans travail et sans peine. « de toutes les commodités de la vie, et que les autres, en beau- « coup plus grand nombre, ne soient forcés de chercher, à la a sueur de leur front, la subsistance la plus étroite, la récoma pense la plus limitée. On ne saurait éviter que les uns ne trouât vent, dans leurs maladies, tous les secours que l'empressement « et l'intelligence peuvent offrir, tandis que d'autres sont réduits « à partager , dans un asile public , les modiques secours que « l'humanité du prince assure à l'indigence. On ne saurait éviter « que les uns ne soient en état de prodiguer à leurs familles tous a les avantages d'une longue éducation, tandis que d'autres, im- « patients de s'affranchir d'une charge pénible, sont contraints « d'épier le premier développement des forces physiques, pour « appliquer leurs enfants à quelque travail lucratif. Enfin, on ne « saurait éviter qua le spectacle de la magnificence ne contraste « sans cesse avec les haillons de la misère. Tels sont les effets « inséparables des lois de propriété. »
(De l'importance des opinions religieuses, p. 33, 34.)
Voici la modification que j'ai annoncée :
« Tels sont les effets inséparables des lois actuelles de la « propriété. )>
Et la loi de propriété, dont les effets sont nécessairement ceux que Necker vient d'indiquer, c'est l'aliénation du sol aux individus.
Propriétaires et prolétaires ! c'est à vous de voir si vous vou-
les conserver une organisation de propriété dont les effets nécessaires sont ineontestablement ceux que Tauteur vient de décrire, effets qui, en présence de ^incompressibilité de l'examen, sont nécessairement la source d'une inextinguible anarchie. Vous voilà prévenus, et M. Blanqui, deTInstitut, vous crie à tous : Remaniez vos lois réglant l'usage de la propriété. Maintenant, vous en ' ferez ce que vous voudrez.
Propriétaires et prolétaires ! écoutez encore :
ce Quand, dit Necker, on donnerait aux distinctions héréditai- <c res de propriété Torigine la plus reculée, il n'en est pas moins a vrai que les nouveaux venus sur la terre, frappés du partage a inégal de son riche domaine, et n'apercevant nulle part des lice mites et des lignes dé séparation, tracées par la nature, au- « raient quelque droit à dire ; Ces pactes, ces partages, ces dici versités de lots, qui procurent aux uns l'abondance et le repos, ex aux autres le travail et la pauvreté, toute cette législation enfin, « n'est bonne qu'à un petit nombre d'hommes privilégiés; et ce nous n'y souscrirons qu'autant que la crainte d'un danger per- « sonnel nous y contraindra. Qu'est-ce donc, ajouteraient-ils, que ce ces idées de juste et d'injuste, dont on nous entretient ?. Qu'estce ce que ces dissertations sur la nécessité d'adopter un ordre ce quelconque de société et d'en observer les règles? Notre esprit ce ne se plie point à des principes qui, généraux sur la théorie, « deviennent particuliers sur l'application. Nous trouvions des ce dédommagements et des compensations^ quand les idées de « vertu, de soumission, et de sacrifice, se liaient à une opinion (c religieuse. »
Arrêtons-nous un instant ici.
A une opinion religieuse, ditNecker. Croit-il que ce soit jamais à une opinion que le peuple soit resté soumis? Jamais ! C'est toujours à une certitude, admise comme telle par la foi. Du moment que la religion est devenue, socialement, une opinion, la religion, socialemeiit, s'est trouvée anéantie. Ce n'est donc plus d'opinion qu'il faut parler désormais, ni de foi également, mais de certitude scientifique. Croyez-vous aue jamais la science religieuse viendra démontrer que ta justice est nécessairement injuste," que celui qui
ug^ fait ri^ i^t toni ayaip» et celui qui fait tout, rieu? Ge serait dire ^w la acienee n'est j^oint la scieiiee, et que la folie n'est peiat la fulie.
Maintenant laiasona continuer Neeker.
<( Noua trouviooa, fait-il dire aux prolétaires, des dédommi^e- <K ments et des compensations, quand les idées de vertu, desou- H miasiQU et de sacrifice, se liaient aune opinion religieuse; « quand nous croyions compter de nos actions avec pa Etre aur « priwe « dont nous adorions les lois et la volonté , dont bous 41 àviena tout reçu. »
Tout yeçu est très-joli ! Pardon de la parenthèse.
(( Dont nous avions tout reçu, et dont F approbation ae présen- « tait à nos yeui comme un motif d'émulation et un objet de ré- < cmnpense . mais, si les bornes rapprochées de la vie fixent l'éa tiioite eneeiate où tous nos intérêts doivent se renfermer, oh « toutes nos spéculations et nos espérances doivent s'arrêter, € quel respect devons-nous à ceux que la nature a formés nos a égaux) à ces hommes sortis d^qne terre insensible pour y ren- « trer avec nous, et s'y perdre à jamais dans la même poussière? « Ils n'ont imaginé les lois et la justice que pour être des usur- « pateurs plus tranquilles. Qu'ils descendent de leur haute force tune, qu'ils se mettent à notre niveau, ou nous présentent un « narlage moins inégal, et nous pourrons concevoir que l'obser- « vation des lois de propriété nous est importante; jusque-là, <x no{is aurons de justes motifs ppur être les ennemis d'un ordre M ^m\ àm% nous nous tpouvon^ai mal; et nous ne comprendrons «c point comment^ au milieu de tant de biens qui nous font envie, <K c'est au nom de iM^tre propre intérêt que nous devons y renon- « cer. » {De Fhnportanee des opinions religieuses^ p. 40 à 42.)
Ceci a été imprimé en 1788. Croyez-vous que ce ne soit pas encore vrai en 1851 9
« le place ici, dit encore Necker, une observation importante : « e^esl que plus l'étendue des impôts entretient le peuple dans l'ar « battement et dans la misère, plus il est indispensable de lui « donner une éducation religieuse. »
Oui, essayez donc actuellement de donner a» peuple une ééuea-
tion religieuse avant que rinstruction ne puisse démontrer, incontestablement démontrer ce que vous aurez inculqué par l'éducation, et vous verrez ce qu'il en restera.
«Car c'est, continue l'auteur, dans l'irritation du malheur <c qu'on a surtout besoin d'une chaîne puissante et d'une consola- <c tion journalière. »
Le mot cfcoffie, pour un être que Ton veut déclarer libre, est encore très-joli ! Maintenant écoutez :
«c Les abus successifs de la force et de l'autorité, cofitinue « Necker, en bouleversant tous les rapports qui existaient ôriginai- <c rement entre les hommes , ont élevé au milieu d'eux un édifice «t tellement artificiel, et où il règne tant de disproportion, que l'i- <x dée dé Dieu y est devenue plus nécessaire que jamais, pour « servir de nivellement à cet assemblage confus de disparités de (x tout genre. » {De T Importance des opinions religieuses, p. 58^)
Oui, essayez de faire intervenir Dieu pour protéger les abus de la force et de l'autorité, pour justifier l'infortune, et vous aurez trouvé un excellent moyen pour faire exécrer la religion.
c L'amour de soi-même est le plus puissant, et, « selon moi, le seul motif qui fait agir les hommes.
a La justice et les scrupules ne font ici-bas que « des dupes. Otez la justice éternelle et la pro- « longation de mon être après cette vie, je ne « vois plus dans la vertu qu'une folie à qui l'on c doiine un beau nom. »
J.-J. Rousseau. — 4 mai 1764.
Nous venons d'entendre, sur la société actuelle, un ancien ministre de l'ancienne monarchie. Écoutons' maintenant un ancien préfet, ancien représentant, ancien conseiller d'État de la monarchie constitutionnelle, le baron Bouvier-Dumolart. Nous aurons toujours le soin d'indiquer la cause de ce dont on se plaindra relativement à 1^ $Qçiété.
<K Tous les liens de la sociabilité, dit M. Dumolart, sont rom- « pus, Tesprit de parti et l'ambition allument des haines si fuff rieuses, que, pour s'établir sur les ruines d'antrui, bien des gens « ne se font pas de scrupule de travailler à perdre leurs propres « amis, dès que ceux-ci ont obtenu quelques marques de confiance <c du pouvoir ou de leurs concitoyen», et ils croient couvrir leur « envieuse jalousie par le spécieux prétexte du bien public. » {Des Cames du malaise qui se fait sentir dans la société^ p. 2.)
Yo^ns ! pas d'hypocrisie. Quand l'intérêt public, ou le bien public n'est point identique avec le bien particulier, pourquoi ne préférerait-on point son propre bien au bien des autres ? Or, pendant toute l'époque d'ignorance, le bien public est en' opposition directe avec le bien de chaque particulier, il n'y a alors qu'une sanction religieuse, illusoire ou réelle,, qui puisse porter les individus à sacrifier leur bien-être particulier au bien public. Maintenant les intérêts du public et des particuliers, non-seulement restent en opposition: mais, en outre, toute croyance en une sanction religieuse quelconque est détruite et une prétendue science affirme que toute sanction religieuse est une fiction sociale propre à porter les sots à se laisser duper par les savants. Il en résulte que quiconque, maintenant, n'est pas, en paroles, le plus honnête des hommes, et, en action, le plus adroit des fripons, est tout uniment un sot.
Quand la raison domine, quand l'ignorance est évanouie, l'intérêt public et les intérêts individuels sont absolument identiques. De plus chacun sait que se dévouer à la justice, se sacrifier pour la vertu, est encore agir dans son propre intérêt, parce que chacun sait alors que la sanction religieuse est une réalité et non point une illusion.
c( Aujourd'hui, continue l'ancien conseiller d'État, qu'est-ce « que la vertu? qu'est-ce que la gloire? qu'est-ce que la renomce mée? »
levais vous le dire :
La vertu réelle est ce qu'il y a de plus sot; la vertu hypocrite, ce qu'il y a de mieux en raison du nombre de dupes qu eUe p^mt faire. La gloire est d'avoir ce qui glorifie, de l'or; et la renom-
igé^ e^ le r-ésiflt^C de la gloire. Le tQut p^ir les raisons qi^ je mm 4e âqQPeFf
^ Qud est r^OttP^ f^^kf oontm^ !'9Utei)r^ qui ]V^i{ pas au « ia^ies ^is Fép^tipfiig ^ff^entes^ gMJvaQt U faictifm ou U /cqt- H t^pi^ qui la pd8« 4H11 ^ 4Î^qip. ^
El qQ'^est-oe que cela lui fiit, sUl est assez airmt pant taujauis apparteQ» à la faction la plus forte?
« On met tout en question, dit encore notre prédicateur, et tes « solutions se rapportent toujours an positif brut de la ^e, aux « jouissances matérieQes. »
]St à guoi^ diable, vouIez-vo\is donc que quoi que ce soit puisse se rapportejr, si votre science dit qu'H n'y a pas autre chose? Vous youle^ donc que les hopames agissent comme des imbéciles? S\ YQys ypglez qu ils changent de conduite, prouvez-leur qu'ils auraient raison de changer. Sinon, ils croiront que vous voulez leç rendre honnêtes, afiq de pouvoir mieux les plumer. Auraientils tprt ? Je sais que ce raisonnement embarrasse fort les fripons, fi\ méniç ^éooi)çe{te |es sots. Mais est-il bon ou est-il mauvais?
^ Las $^(UiiQeqts g^néreu;^, CQa^iQue le poprali^te^ ç.ç§ poI;»lçs f( jilans du (x^m qui fput les gr^ud^ bpmmqs^^ qç se retrpuvçnt t| plus que dfii^ \(s 4i^ours ^ qps orateurs de tribuu^^ qui vont» <i le même soir, en mendier le salaire dan§ Je^salpq^ Wini^t^fiçlg. ^ |.a société ^^ perv^r^ia au point que VbflP^me (Iç bien seqible K litre pua vari4t4 de l'espèce bumaipe, TaiU d'exeippjes (Je périt M\» ft 4a parjurai m\ corrompu la ntprale publique* que Iç H^ fi voueiaent le plus sjucère, la vertu )a plus splide, la reljgiou ^ ii serment, ont perdu tout çr^clit. Pe nos jours. Cm^^s serait up « niais, Socrate un radoteur, et le conseiller Mole uug dupç. p {Des Cfimes Au malaise qui $e ff^it sentir 4(^ns (q sçci^t^^ Pi ^0
Sans aucune espèce de doute, et avec juste raison : aux y^ux de quiconque n'est pas un sot, aux yeux de quiconque est un savant : selon la prétendue science actuelle!
iim% dires-vous, cette science est une fausse science. C'est trëi-bien. Mail alors prouvez-le, sinon : vous ne faites qm de T^a^^iaea amplifications, dignes du mépris iatérifiur 4ea préteur
ifÊS savants» et que eependant ils approuvent hautement afin de pouvoir en profiter vistà-vis des sots.
« Dans la confusion d'idées qui doit résultep, continue Pau- « teur^ de ces conflits perpétuels, où )a fidélité est punie comme « un crime et la trahison récompensée comme un devoir, les « peuples ne savent plus à quoi attacher leur respect et leur «t obéissance, ou plutôt ils ne req>ecteut plus rien, et ils résis- « tent à toute discipline. » fP. 189.)
Youlez-vous que cela ne soit pas? Prouvez que la fidélité n'est point Tattribut des sots, et la trahison l'attribut des sages. Sinon : les sages se moqueront de vous, et les sots ne feront pas attention à ce que vous direz. De plus : les uns et les autres auront raison.
« Partout, dit encore l'ini^tigable orateur, les populations ten- « dcDt évidemment à passer du système de privilèges à une ré- « forme générale et entière. Riches et pauvres, propriétaires et <c salariés, gouverneurs et gouvernés, tous éprouvent les angoisii ses de cette situation intermédiaire. » (P. 221.)
Tout cela est parler pour ne rien dire. Que faut-il faire? Voilà ce à quoi il fout répondre. Vous Faviez promis, et vous n'avez pas ténu parole. Car, pour tenir parole, il faut prouver, clairement, incontestablement, ce que Ton avance. Jusqu'à présent, en fiait de socialisme, il n'a été dit que des sottises.
— Moins ce que vous avez dit? allez-vous me crier.
Vous avez raison. Moins ce que j^ai dit : est-ce vrai, oui ou non? Voilà ce à quoi il faut répondre.
c( Pour peu que cela dure, dit encore l'ancien administrateur, « l'ancien conseiller et l'ancien représentant, nous aurons bientôt « plus de lois et plus de gouvernants que de gouvernés. Cette lèpre <x des places, ce cancer rongeur, a gangrené tous les cœurs. Dès ^ qu'un homme sorti des rangs de l'opposition obtient Pem- <x ploi le plus médiocre, il se tourne vers le pouvoir, il adore « ses illusions, devient son apôtre, son séide ; il s'attaque suiv c( tout h ceux dont il partageait les opinions, les opprime autant « qu'il est en lui, et renverse d'un coup de pied l'échelle sur laie quelle il s^est élevé. » (P. 295.)
a qu OU les gouverne pour te bien général, ce qui ne se peuv plua i a leâ autres veulent gouverner^ ce qui ne se peut plus qu'à tour a de rôle» c'est«à-dire pour le temps strictement nécessaire à une m opération d'intérêt privé. Est-il étonnant que. le public ne prenne « d'autre part à cette honteuse course aux portefeuilles que celle « de sifSer vainqueurs et vaincus ? » (Qui nom gouvernera?)
Ce que l'auteur appelle public siffleur fait nécessairement par* tie des exploiteurs et des exploités. Les exploités alors sont de grands sots, et ils méritent d'être exploités davantage ; les ex-^ ploitants sont alors plus sots encore. Car les exploités n'ont à perdre que la vie^ et les antres^ en sifQant, soufflent sur l'incendie qui doit les dévorer eux et leurs propriétés ^ Il est vrai que ceux-ci sont une espèce d'égoïstes, la plus atroce qui existe ; ils disent : le mal durera autant que nous; quant à nos enfants, qu'ils se tirent d'affaires comme ils pourront, nous nous en moquons comme de notre dernier crachat. Cette espèce de siffleurs, le législateur grec les avait très-rationnellement condamnés à mort^ Cette loi était très-utile et pour eux-mêmes et pour les autres.
(( De misérables palliatifs, dit M. Édelstand-sDuméril^ ne sauce veront point la société menacée d'une jacquerie industrielle^ »
(Philosophie du budget, t. P% p. 117.)
C'est vrai. Mais, pour trouver le remède radical, il faudrait indiquer la cause réelle de la maladie^ et ne point donner comme telles des causes secondaires^ qui ne sont elles-mêmes que des effets. Et c'est malheureusement ce qui a été faitjusqu'à présent, et ce qui se fait encore.
a On dit, s'écrie J.-B. Say« que ce n'est qu'à force de faux p»e <i que Ton apprend à marcher droit; mais comment se fait-il qu'a* « près tant de faux pas, depuis quatorze ou quinze siècles, nous « ne sachions pas encore comment Ton peut se tenir sur ses jam- « bes ? (Lettre à Dupont de Nemours.)
J.-B. Say a bien de la bonté de dire depuis quatorze ou quinze siècles, il aurait pu dire depuis l'origine sociale. Nous allons ré« pondre à son : Comment se fait-il ?
C'est que, peudant toute Tépoque d'ignorance ou de paupérisme moral, l'humanité ne peut marcher qu'en aveugle : soit sur Té-*
chAftudage glissant que la fei^ seule aiors» sait jeter sur rabime ; soit parmi les décombres résultant de la deâlrùetioii de ea qui avait été èleté sur cet échafaud^ lorsque Tébf ankaieBi causé par rinéompressibitité de rexaoïen Tient le faire crouler sans espoir raisodiiabte de Jamais y réédifier socialement^ G'est seulement leé yeux 0«terts et sur le terrain de làTérïté, rendu plan et non glis^ saut par le raisonnement démoutré incontestable vis-à-vis de tous et de ehacun, tiue Thumanité peut marther d'un pied ferme vers son but, le bien-^étre universel.
k t/élprit dé téiii hèknhie habiMlGin^ thèi- « pendant de toutç autorité htutitine ii'dbéit ja*- « mais qu'à lui-même, lors même qu'il reçoit sa c dii^tièn d'bil àulté; ^tte ce kéH Bâëd^ 6u Besc cartes, Leibnitz ou Locke qui vienne me proa poser ses opinions, je n^en reçois jamais que ce « que je cehiprends ou oé qiié je caoïs coihpi^'^ « dre. Je ne puis même adhérer à ses pensées « qu'autant que je les rétrouve dans inon esprit, « ou plutôt qu'elles sont mietmes ; cortime je né « puis obéir à un autre homme, ou mémb ▲ dieo k ^u'ailtàiit ^ii'il mé Tait vouloir moi-même. »
k Ordre, éhsemblè, harmonie, uiiité sôHi, àeÈ I eipreasions de même valeur : un ordre, un en^
< semble, une harmonie, une unité.
« Sbcialétiiënt, il n*y à d'uniië qaé par la foi t ou que par la sdeiice.
< Quand l'unité par la foi devient impeasible)
< il faut que l'imité par la science puisse exister, t 0Q quâ là wdété périKië. 9
' GouNSy Mss.
Quand Hëus parlôkis de la sodété actuelle, ce n'est pii senle-^ liiem de belle du dix-rietiVièiiié siède, mais dé celle qtii e^bte depuis rorigine sociale jusqu'à l'établi^seitaent du rëghë dé là vérité. Pendant toute cette époque, la société est toujou^ la méiné qiiâut à la nécessité de TexploitatiOR déS( faibles par les forts; seuleiïieht, à mesure que rintélligence se développe , le ifolbblré dés niaitffes
augmente, le nombre des esclaves diminue, et ceux-ci sont proportionnellement d'autant plus malheureux. Au commencement cent esclaves pouvaient facilement subvenir aux caprices iSxn maître. Plus tard, ce même nombre dut subvenir aux caprices de dix; et, ce qui est pire, quand ils ont dix maîtres, leur intelti* gence est développée au point de leur faire conoaitre le poids de leurs fers, tandis que, lorsqu'ils n'en avaient qu'un, ils savaient à peine qu'eux-mêmes étaient esclaves. Si c'est là un progrès, c'est évidemment un ^progrès vers le mal .
Pour prouver ce que nous venons d'avancer, nous allons rétrograder jusqu'à Sénèque. Nous avons tort de le nommer maintenant, car vous pourriez croire que ce passage que nous allons cirer vient d'être écrit : soit par un membre de l'Académie des sciences morales et politiques ; soit par un représentant du peuple à r Assemblée législative.
c( Après avoir abusé des femmes d'autrui, publiquement et « sans mystère, on abandonne la sienne aux autres. Un mari c( passe pour rustique, pour incivil et de mauvais ton, il devient « l'horreur de toutes les femmes, s'il empêche la sienne de se <i montrer en public, étendue dans une litière découverte, qui, c( de tous côtés, Texpose aux regards. S'il n'entretient pas une a maîtresse avec éclat, s'il ne paye pas une grosse pension à la <c femme d'un autre, nos dames le font passer pour un crapuleux, c( pour un infâme libertin qui s'amuse aux servantes. Mais l'espèce « de fiançailles la plus décente est l'adultère. Devenu célibataire <x par un veuvage de convention, on n'a plus que la femme qu'on « a enlevée à un autre. On dissipe le bien d'autrui, on répare ses <K pertes par de nouvelles rapines : plus de honte, plus de frein. <x La pauvreté est un objet de mépris dans les autres et le plus « grand des malheurs pour soi-même : la paix est troublée par <c l'injustice, le faible est écrasé par la violence et la crainte. Que «c les provinces soient pillées, que la justice vénale soit mise à « l'enchère ; n'en soyons pas surpris, le droit des gens permet de (( vendre ce qu'on a payé.
« Mais la chaleur, excitée par une matière propre à exciter, « nous emporte trop loin; finissons, et n'imputons point tant
« d'borreurs uniquement à notre siècle. Ou s'est plaint autrefois, a on se plaint aujourd'hui, on se plaindra de même après nous, « du renversement des mœurs; du triomphe de la méchanceté, « de la dépravation du genre humain, de l'extinction totale des « vertus. Le vice reste et restera toujours au même point, à quel- «t ques déplacements près au delà ou en deçà : il en est de lui « comme des Ilots de l'Océan, que le flux pousse au delà des riva- « ges, et que le reflux fait rentrer dans leur lit. Tantôt l'adul- « tère sera le vice dominant et la débauche h*aura plus de frein ; « tantôt la recherche de la parure et le soin de la beauté décéle- <x ront la difformité des âmes ; tantôt l'abus de la liberté déchàl- <c nera la licence et l'audace; tantôt les particuliers et les nations « en corps marcheront sous les drapeaux de la cruauté, et la fureur « des guerres civiles outragera les temples et la religion; l'ivro- « gnerie même sera quelque jour en honneur, et la première vertu « sera de boire outre mesure. Les vices ne sont point fixes : tou- « jours en mouvement, toujours en discorde, ils se heurtent, ils « se pressent, ils se chassent, et nous pouvons espérer du genre <c humain qu'il est méchant, qu'il l'a été, et (je le dis à regret], « qu'il le sera toujours. Il y aura toujours des homicides, des ty- « rans, des voleurs, des adultères, des ravisseurs, des sacrilèges, « , des traîtres* » (Traité des bienfaits.)
Certes, M. Thiers, actuellement, ne parlerait pas d'une au-
tre|manière; son il n'y a rien à faire reproduit fidèlement Sénèque. Il y a cependant une différence, et nous allons l'exposer.
Sénèque avait raison, il n'y avait rien à faire quant à la diminution des crimes et des vices. La seule chose essentielle alors était de conserver les itaémes criminels et les mêmes vicieux. Tant que l'examen reste compressible, il n'y a de possible : que la foi pour les faibles; et que l'hypocrisie pour les forts. Mais, quand l'examen cesse d'être compressible, quand la foi cesse chez les faibles, que l'hypocrisie, les vices et les crimes se vulgarisent, il faut alors : ou que la société périsse, ou que l'hypocrisie disparaisse. Et elle peut seulement disparaître lorsqu'il sera scientifiquement démontré : qu être homicide, tyran, voleur, adultère, sa-
crilége ou traître, c'est agir contre sou propre intéréti c'est-àr dire être fou.
« Jetons les |fçux sur )^ société, dit ]tf , Charles le Mesle : qg'y « voyons- nous? De pf étendue philosophes dj^bus^ de tout, « hpr$ de leur mi^rite, qui, sentant le peu qu'ils valent, dçvi^^m. « le peu qu'ils inspirent. La ymié l^s éionik : ]k n^^îç^^m « ^£s jadmirateurs et se plaignent de nB pas trouver d'ami^,
<( h^ désabusem^ut est la maladie dominante du siècle : la « glQÛ*?» l'amour, l'amitiéi ce§ nobles çhimèr^ des âmes fi)rt#S| « UQ peuvjsnt émouvoir dçs $19^ énervas; pous n^ wm(9e$i <K m^nni^ pa;; susceptibles de r^tboqsiasme 4e h Hmn. p
{Taffkttfs 4'un ^efpiiquç^ p. ^6.)
Passons sur ce qu*il y jt de wisantbrflpjqu^ et 4e îm^ ^m ^ pas$9^e, pour pe nqps jK^cuper qu$ de €e qui ft^y \ro\^n de vrjii, çt surtout 4u pourquoi.
Il n'y a socialement ^ pri^ten^us s^loi^oph^ qjHQ lorsqu'il s'y a pas encore de pbilpsppbes ré^ls; quan4 U v^rit^ eji( ^Qcialefff^nt 4émpntrée> chacun e$t philosophe réel; les préteudus philosophes sont alors des wajlheureu;^ mal qrgpisé^r incapables de cpmpr«ik dre la vérité, et dont la société a d'autant p|u3(te ^oiu qu% ^lU plus à plaindre.
Le désabusement est la maladie du siècle, pairce qu'en éppquç d'ignorance et d'incompressibilité d'examen, le raisonnement ne peut servir qu'à désabuser de tout. Quant à l'incapacité d'être actuellement enthousiasmé par la raison, rien n'est plus facOe à comprendre. Vous ne pouvez être socialement enthousiasmé par uu être qui n'a pas encore d'existence sociale. De même que, tant qu'il y a de prétendus philosophes, la philosophie réelle n'existe pas enoore sodalement; do méme^ tant qu'il existe des opinions, la raison n'existe pas encore socialement, et ne peut rmonna^ blemeiift enthousiasmer qui que ce soit.
Personne, plus que M. de Lamennais, ne s'est occu{>é de la société actuelle : soit pour la considérer au point de vue de la révélation ; soit pour la considérer au point de vue de la philosophie. Nous avons déjà cité longuement les appréciations de M. de Lamennais au point de vue de la philosophie. Citons maintenanl
Ci f^U décrit m poiQVde ^pe ^ la fbi. ypavrage que po^s aU kw» f iifimuMV «t îttM4!il4 K ffimn^im? UA^n§^^ «t a été io^primé en 1826.
% ]Ho(re 8îàp}€^t dit JMi 4» l^^nuHiQMSi » €^4 de parUi^liar, c que son histoire est essenUell^meol liée» çlf^na tQtt9 ^ détails» « Il eella desi doctrines qai remuant le» esprits» et ne mmt en a étfe séptir^t (Pa«f A«|, 4
C'«st inrai, M^i» ^çi p-e$t peint un étAl particulier ^ yn sièol^» Q*e|l Vétfit géqéral ; pwrt9ttt où il n'y a plu^ 4'inquisitioni pi^rtout
oj^ l'édH6»tiiQff ^e dn<ni9« p«inu «n na domina plus rinstr^ction;
et cela : tant que l'ignorance n'est point socialement anéaiuia,
« jamais, conUnne TaWf yr, m ^ comprendra nan aux évé-
c nements en appurenee les plus simples de Tépoque, si Ton nq « remonte aux causes morales dont il» w son) que les efJfeUt et c Terreur de Topini^n explique gaule le désordre de I9 politique, a^
C'est parfaitement vw. Mais il ne s'agit pas de croire que Tou a remonté aux causes morales, il £siyt démontrer qu'on y est re^ monté réellemept. 11. de Lamennais, par ex6mpl0» e&t resté en route. 11 dit que la cause est Tétat de doute. C'est \k Wi erreur, Vétat de doute n'est que l'effet nécessaire» inévitable : d'une part» de l'ifnoranee sociale; d'une autre» de l'impossibilité d^ comprimer Texamen ) la première est la preuve ({ij^^ la scienï^e n'existe pas encore; la seconde que la foi n'existe pluar Quant k dire (^9 l'erreuf de l'opinion explique seule le d^ordre d# la politique» e'?st encore îpcuntestableffient vrai. Maie c'eat dire que lit p^tlque eat nécessairement en dése^dre tant qu'il y n de4 opir ni^a». Car iim# opinion» f$t-<elle la vérité, pant toujours être fiOM* si#r4o imm nne erreur tant qu'elle n'est P9ft démoptréeif ati quimd 0lle est démontrée» elle eesse d'être ppinipp.
<x Lorsque» dit M. de Lamennais» tmt est devenu ppur le$ a b9Pni^ up ol]jet de doute* comment le» gouver^^eoaenta au- « r^i^ntril^ une marche e^rtaine et des principes arrêtés ? la (Idfm)
Toujoura admirablement vrai. M^s comment avoir une març))e c^Ptvpo #t 1^ principes arrêtés x lorgne» d'une part» tout^ v^^ rite hypothétique est rejetée en doute par l'ioGompressibilîté de
l'examen; et que, d- une autre part, la philosophie ou le raisonne^ ment .n'a point encore démontré la vérité d'une manière ratiôti* nellement incontestable ? ' ■
<t Eux aussi, continue M. de Laniennais, ont perdu la foi;;' et « ne savent plus à quoi se prendre. » ^ '
Toujours vrai. Mais cette perle de foi ne dépend pas d'eux. Pascal a beau dire : Allez à la messe, vous vous abêtirez et vous croirez. Gela est faux. En présence de Tincompressibilité sociale de Pexamen, la société n'est plus maîtresse de croire. Il lui est alors imposé de ne pas croire. La nécessité sociale lui impose de savoir ou de périr.
« Ils suivent le siècle, continue Tauteur, comme ils le disent, « sans même se demander où le siècle les conduira. » * C*est qu'ils sont de grands sots; Car rien alors n'est plus facile que de se répondre : Le siècle nous conduit nécessairement à l'anarchie; et il est de toute impossibilité de sortir de cette anarchie, si ce n'est par la connaissance de la vérité rendue incontestable par le raisonnement, parla philosophie.
c( Le pouvoir ne guide plus, ^continue le profond publiciste, il a est emi)orté. »
C'est toujours vrai. Mais il fallait dire par qui il est emporté, et pourquoi il ne guide plus. Le pouvoir est emporté par la nécessité d'avoir socialement une idée commune, socialement tenue pour vérité ; et il ne peut plus guider parce que, en présence de l'incompressibilité de l'examen et de l'ignorance sociale, l'idée socialement copomune et socialement tenue pour vérité qui doit lui servir de but, ne peut plus exister par la foi et ne peut encbre exister par la science. Pour tout dire en peu de mots : l'incott*pressibilité de l'examen a précipité la société dans le paupérisme moral le plus abject, paupérisme dont il est absolument imposai-* ble de sortir, si ce n'est par la découverte de la vérité.
« Je ne sais, continue M. de Lamennais, quelle souffrance (( intérieure excite dans les peuples le désir vague d'un autre état. « Ils sentent que ce qui est n'est que de passage, que là stabilité, « le repos, n'est pas là. Où est-il? ils l'ignorent, car, en cessant de « croire, ils ont cessé de comprendre... »
Gomment! en cessant de croire, on cesse de comprendre? Mais c'est le contraire qiii est la vérité. Croire, c'est admettre sans comprendre. Cesser de croire, en outre, c'est comprendre que Ton avait eu tort de croife. Nous avons, à cet égard, cité l'autdrité de saiut Augustin, qui, eu fait de croyance, est de première valeur. .
« Et il n'y a maintenant, dit-il, rien de certain pour eux. » C'est vrai. Mais pourquoi? Parce qu'ils sont ignorants . <K On agite des questions sans nombre, ajoute le fervent catho- « lique. Qu'on y.regàrde^de près, ou verra qu'elles se réduisent à « celle du gouverneur romain : Qu'est-ce que la vérité {i]tlA « réponse est la même qu'alors, mais on la trouve bien vieille, a on en veut une autre. »
Gomment ! on en veut une autre! M. de Lamennais semoquet-il de nous? A cette demande de Pilate, le Christ n'a pas répondu. La réponse n*est donc pas vieille, puisqu'elle n'a jamais existé, et ce n'est pas une autre réponse que Ton veut, mais une réponse, et une réponse qui ne puisse être rationnellement contestée .
a Et la philosophie, ajoute M. de Lamennais, pleine d'un or- « gueil que rien ne déconcerte et d'espérances que le succès n'a « pas jusqu'ici encouragées, la cherche au hasard dans mille rou- « tes diverses. »
Il est vrai que, jusqu'ici, la philosophie ou le raisonnement aurait bien tort d'avoir de l'orgueil. Mais la question n'est pas là. La question est de connaître socialement la vérité, ou d'avoir sor ciaiementune erreur tenue pour vérité. Car Tordre est a ce prix. En présence de l'incompressibilité de l'examen, il est de toute irapossibilité qu'une erreur ou même une opinion soit socialement tenue pour vérité. Il faut donc que la philosophie, c'est-àrdire le raisonnement, trouve la vérité et démuntre socialement que c'est réel lement la vérité, ou que l'ordre cesse d'exister: ce qui signifie que la vérité doit être socialemeât trouvée, au que la société doit périr. « Cependant, continue l'auteur, la société, quelque lasse qu'elle
(1) Dixit ei Pilatut : quid est veritas? Joh. xyiii, 38.
k §àlû^ iétltk âfid^nfles, à bfsoirt ànmif^mt et m Mihïi «r VM^ dé^ dëcotlt«rtès fbtilfes d6 lai pbilosopbk^ »
YAlIft bièû les prapcièiiidn8 lefi ploë étrâii^ft qa'il 9»il prossibto dé fdfiSuieri deë VérMft XttdienHesl Mais tl n'y a jMciis <û qm m ^MidYië ««ciftlêâidtlt idAufii pour térki. Qttâni à dire qM Ul société a besoin de croyance quand elle est ignorante, c'est auMi vrai qâe pOêsiUe. Màî» il eit dgil^esl trftî que^ en préieâte jde rincompfMftibilltJ d< r€litâtneii> il ei% aussi impoftsible à M Société de m\tè ^M â0 vitre êaus tërité^ oë sans eè qui dslioiBialèiÉenit tMta pouf vérité, Or i êoffitnd là iéciété ne p^ai Heti teàip p^i* Vérité, ^\ ce n*é8t p^ la fti, ott par la «dlAci^v par la phito^» aopbiè re«lle, lé ràiddnneniéftt iH€bHié6tàbl«f «t qh'il ^st aeiaille^ ment impossible que la société puisse tenir pour Vérité une pro^
pt^tlM nou phiMëephtqui^iiiéiii dérâontf'ée; il faut ëii i^mMh :
qtie te société hé peut pltté vivre §1 ee t)*esf par leà déeouv^rteé Aitôreb de la philbëophfé^ Ce qui m précisémeni le céntraira d«
ce ^ue Ait M. de Lamehuâie;
<K Que fehl«>t^llè donét tMliùne l'Abteiir< sue linitera de Mtk (i mieux les individus. Oubliant complètement Tordre intellectuel, à l'ordre aieriU qui mM pdflrtàlât m^ e^eniee ttietne^ elle es- IX iaiym de i^e r dnt!ëntret dâuè Tordre tnaii^riel^ et de tout rame^ <^ ner à ce qui frappe le* seilâ^ ttUx ($h(^é« pûsittvesi suivant l'e^^
« pression consacrée par les admirateurs de cette haute dviliëa^
a tien, 8 ee que chacun admei dftûa la pratique de la vie. Ainsi <t la religion ne éera plus qu'un ëiittubère de culte, des cérédio^ et nièÉ aecoiHplieà kUtdUr d'iijie pierre i|u'uti appellera tmMi pA# « dès hotiQtaes i^u'on appellera pri^ef^* Lee droits pelitiqued V«^
4 vâlUett)lit àrithmétii^Hèfflént eti Ôtiucâ et èetitimeë^ et la soUVë^ a riineté sera fondue & l'hOtël dé» ei^ôttkiàiêâ. Un bourreau peW « punir le^ crltnes doht dh n'a que faire, Uri caiséier poUr psiyer « eèilt dotit là pui^MUée prefitèr ce âèrâ tôhté là inorâie de ee « teftlp^tt; à
Tout «elà éet néeeâsàiretfteut i^rai eu ëpèque d'ipértnee et
d'iucottpre^élbimé d'éitsithef). SènléttleUI, quàAd élôr» la eédVeraineté ne se fond plus a la monnaie, elle se forge chez Tarmurier. Au lieu de s'étonner d^nu fait afoh Aêee&saire. il Vaudrait toièix
i^tnratér 4 ià &m du l&àï, tSàHâm lë dif î'autéiir, et en chercher lë renoMé.
Au chapitre prochain, nous examinerons la fameuse doctrine eonsàCi*^ pif ht COtfr dé càssâtidn qiiè la loi est kièià. Ùeél là <fflè M\i& trohVéfons : et là causé dii maï socud, et ce qui doit éb ëfé té rëffièdè.
cLMâtliéMieroÉtâto imbêdli» «'iU BÉliont
c des pervers .• . GerUinement leurs
f principes ne s'opposeront poitft aux ass^ssîûtts» « ittx empoisonnements qui \ent paraitraieet né*
c cessaireii Si le monde était gouverné
« pirr èÊÉ ÉlMe», il tibdrrit éiitânt être irtràg 4 l'empire immédiat de cas être» infernaux qu'on c nous peint acharnés contre leilrs victimes. »
YdUAdUU
< La éénfàsÎGift dé râthéismâ i^e ie nAatéria-
t lisro« eH M source de toutes leir logemachietf
f religieuses. »
GéMfÉèè:
Ce qui va suivre de M. de Lamennais a été primitivement im^ priéié e* 1619 j
c Ls Cênservêtetêr (joilrr»^)) à tt^^ àïiS^ parlé â^m tttét « qw Tietit ie r^Bdre la Gottr â«^ «assdUotif èrir Fàprpel réitéré « d*tâi protestant, ^dMIamné h stst frftrio» d'MmiAè {lo«r avoir te- € fusé dt l^ildre te devant de êft tnàison Mit le pâM$»ge de la pro-^ « <»s6iOff dti S4inC^âa^r«!ftMfÉiti Les circonâ^neciÉ^ èë ce }dgf ment é Ae sont pas Aokiè n^mfif^qtiab)es(}Aete)tig«tfietit'il(tô(fle» et petit- « être , dans nos trente années de révo^tloh ^ fifVt^à rien vu <r liH% Poff puiÉ»e comparer k cet aete (mrâordlnaire de la pi^e- « mière cour du royaume : car ce n'est point ici une de eéd déoi^ a sions violentes qui s'expliquent par VempotUvkeûV àe^ paa^iotos, «I riflli nm Miteiie« siéditéè avec &im Akm te saivctuaire dé la « justice et promulguée tfpT^ *ifë mflr«< dé))bérattdn.
« Il s'agissait de savoir si Tautorité publique pouvait exiger de « chaque citoyen des témoignages extérieurs de respect pour la « religion de l'Etat. »
Arrétons-pous un instant ici pour éviter les logomachies. Uue religion de TEtat est une religion dominante oui ou non. Si elle est dominante, il lui faut une inquisition, ou sa domination est dérisoire; si elle ne Test pas, chacun est libre d'avoir telle religion qu'il lui plaît, et même de n'en avoir pas du tout. Je ne parle point ici des conséquences de ces deux faits, je les pose d'une manière nette. La Charte de 1830 et la Coustitution de 1848, votée par M. de Lamennais, ont anéanti les religions d'Etat.
<c L'avocat de la partie appelante, continue l'auteur, a soutenu <i que ce serait violer la liberté des cultes établie par la Charte; <( que, dans Tesprit de nos lois, cette liberté devait s'étendre à « toutes les religions qu'il plairait à chaque individu de se force mer, sans que l'Etat lui-même en adoptât aucune . »
C'est trè3-juste. Et il fallait même ajouter que l'Etat permettait aux individus la négation de toute religion, car l'obligation de reconnaître une religion, même indéterminée, ou la réalité du lien religieux, avant que cette réalité soit socialement, démontrée d'une manière incontestablement rationnelle, constituerait encore une religion de l'État, qui, elle-même, aurait besoin d'une inquisition.
« Et comme, continue l'auteur, on avait montré, à roccasion (( d'un mémoire publié précédemment par le même avocat, que « l'athéisme légal était une conséquence nécessaire de Tinterpré- « tation qu'il donnait à la Charte, il lui a fallu, pour l'intérêt de « sa cause, avouer hautement cette conséquence, et même s*en « prévaloir, comme du principe fondamental de la décision que « le tribunal allait rendre : Ouif a-t-il dit, la loi, en France, est « athée et elle doit Vêtre . »
Ici, arrêtons-nous de nouveau, pour, de nouveau, éviter les logomachies.
Qu'est-ce que l'athéisme?
Le mot Dieu, dont Tathéisme est la négation, a deux significations principales et complètement différentes :
l"" llsigpifie la négation deia réalité de ranthropomorphisme, dont la création est la conséquence nécessaire.
2^ Il signifie la négation de la réalité de la sanction religieuse, de l'existence de la justice étemelle» dont le Diaa anthropomorphe n'est que la personnification.
• Il est évid^t que si l'anthropomorphe est supposé réel^ si L'homme n'est qu'une machine, un pot de terre, toute liberté, et par conséquent toute moralité disparaissent chezl'homme.Dès lors^ la négation de l'anthropomorphisme, on l'athéisme pris 'dans le premier sens devrait être ordonné ^presetit par la loi, si la loi devait ordonner, prescrire ce qu'il est nécessaire que la société aocqpfe pour que Tordre, en dehors de la force brutale, psisse exister.
Puis il est également évident que, si la croyance on la certitude que le lien religieux n'est point une illusion, mais, au contraire» que cette croyance ou cette certitude sont les bases exclusives de Tordre, la société devra condamner, proscrire au premier chef Tathéisme dans le second sens de Texpression.
Et si la situation sociale est telle : à cause de Tignorauce non encore anéantie, et de Texameu devenu incompressible, qu'il soit devenu impossible à la société : soit d'ordonner ou de prescrire Tathéisme dans le premier sens, soit de le condamner, de le proscrire dans le second, il en résultera nécessairement que l'anarchie sera la suite : et de l'impossibilité de prescrire l'athéisme; et de l'impossibilité de le proscrire.
Résumons : Texpression athée signifie : dans le premier sens, homme religieux, homme opposé à la doctrine du matérialisme; dans le second sens, homme irréligieux, partisan de la doctrine du matérialisme.
La confusion de Tathéisme avec le matérialisme est la source de toutes les logomachies religieuses.
Cette source de logomachie bien comprise, nous laissons continuer Tauteur.
« Certes, dit-il, il n'existe pas en Europe, ni dans le monde « entier, deux pays où M. Odilon-Barrot eût pu se permettre ima puuément une p^r^i)le fissertion, >»
. yftiitaiir 8t trtmp^. Teuë les pays réellement représetitâiifs, c'egt-à-dire soustraits à k loaveraineté da di'oii dhfaïf et goamis à|laeôateraHi6té du peuple^ «eàl née^sairemeat dans le Iroisi&me ow i|iir etAdiHt nMeaëairettie&t à Fanarehie, celui de ue poiitm ni prescrire ni proscrire l'athéisniei Dans Uh» ces pajs^ M i. Odi^ lon-Bairot aurait donc pd afhr^ et akrait dft ajpr coome il l'a fliit : avec' Pei^Heate précaution de laisser le sent dn mot a^kimàé dans PîAdéteriiiîriàtkMi.
a ARomef ceÉlfaïaè rautewr» et dans k GrècOi allé efit élé d puAii cointmi on crims ds lèse^setiété^ »
CTest Vrai x Psree (pÊt Texàmen y était eqnpresâlev Aussi Hmni» mtdifré ou ptitM à tanio ds supplice dé S()icrate4 a*-t4 fto^ fessé la nécessité d'une inquisition pour la foi. Il faut cepenâoit âit«liiie GiiéroDi ds Féeole de Platon* t &it plofi que M. Barfot. CMoFici a laissé d^un le dootë sorial la réalité du lien reUgieuit^ et Okétm eti a prsfessé hautement lâ négation.
k G'ssi, eontinne Mv de Lamennais, qu'il y ataitnne société, < quoique imparfaite^ dans la Grèee et à Romey et le gottveriie^ € ment ?eillftit k sa dom^^rvatiéb. »>
M^ de Lamennais trouve^t-il ^ue la société s'est amâiorée de* pois kfs. massacres de France^ d'AUemagâer d'ItaUe^ de Hob^ g^ie^ete.?
4 iënë a^, p«ttrnmis> éomteue'-t-ilf «s qtn notirsi t^è iem* k Èm», ibatd e'est ^pparèmkient bien pi^dè éhséc^i ftilSi^êÊ « y attache si peu de prix. »
Dépùk CWie' époque, Bt. dé Laifti^naîs « moiinw 4fm tes «bnîP^ftjMe(i)rs s«^)f tes téKtsb}€i6 bommes dé désof^. Mais, poMr ^é les dèst^uetetifâ soient èdï^méiflefi^ dë& bofti^e^ d'ordre^ ^
faut qu'ils sachent réellement ce qui doit être élevé Mf te^ ftkiûéè uméesipth déstrfiction. Et ils sont mtàte loin dé ddvefr i que c'est la prescription de Tathéi^ttfè dSdd le i^tmkt sén^^ et ë« prrt^ éi^Hptlonf dMbs le ëe(^ffd sens.
« Toutes les sections de la Cour de cassation réflnl^, éf ptê- « éiéies pai^ M. le i»âé dé$ sééisu^, 6m refAdd, éont1»ti^ M. de n LKffieâtifak, on jugent eèm^tm jtim émiclasîions de Mv fhr- (^ rnt, malgré l'éloquence éner^ae de TiMstre» dérMsenr de
-m ^dtfld ill oM 4MMtiéé, pddf MiHf au nroil» PbMiKiiir Ai là « magistraUire, qtte lé iliétitoire 6ft M ^^ottvaltrt» M pftrriei ^ 4«'éti ^èDt dé Ure fttt eénsofé^ M lënf a fépMdui aT«o f&ton, « 1^ lêë étal mets imieDft éOtftrMHciMMb, éfl br âOMrii^dd « ruftéklile lê((a} k llrtétiiphé. 1^
C)lli^«l le MM au m\ Éthékm S'en tt pis «té ttlëlM dét«N miné : ce qui fait que cet arrêt ne dit abidUittéllt Nèfe^cfl|MlttMi Mlfciftfii llgtMafice é6cial8;
« Ainsi donc, parmi nous, il est reconnu, dit H. de LumoiH «Hais, qoè U l(â eM Mhéé, ^ne pâi^ oMâé^ttettt l'ÉlM dtt lé tôrps « pAlittquè éM Alttéé t tpe le gOtavernetnem, qtiéllèf qfie éoit la k éfbyince petiMtinellé des indifidB» dont il tè iMnDf^ôèe^ est i athées que les trlbdnaùx sbnl àthëe&$ qtie Idii» les agents dé c rautorité, considérés comme hommes publiii^, Soiit Hlhéés t 4 e'êSt^-difè ()tfè lâ Èôtittë entièfë est athée, et doit Vittè. En 1 93, on n'avait pas éiteofè iinssi bièft coMpris celte nécessité, « puisque Robespierre Itii-^ibéiDè fit de rèxistencé dé rÊtre^u"" à pi^me uti dogme national eorisacré i^if la loi. f>
Ici idéns tiotts arrêterons encore uii in&tâtit pouf ihfbtiUef ift. dé Lantiébnàis dé Ce ()lii à porté Robespièrfé k établir Mâsi^ lenient le dogme de l'Étre^Saprêiûe. G'é^t lrèi-i^marq|uÂbIè.
te Celui, dit Rôbëspiérte, qui petit feibpiâcef là Divinité dàn» a le système de la vie sociale, est h ntres yeux tin ptodige de gè* et nie; celui qui, sanii Tavàir remplacée, he ^ôkigé qu'à la bannir « de Pêâprit des hoinittés, me partit un prttdige dé stupidité on it de perversité. % {îlttppoH mi ndrà du cotnité dé ^alUl publié, 18 flottai, a» n.)
Cela Signifie qdé Robé^iette, Tun dés homiùés lès plu^ hoA^ Hétès et le^ pIûS fiélàiirés qui aient existé jusqu'à km époq&è, àVàtt f ecAniiU : (fùe ratithl*ép6tnôrphtsme oïl là pet^sOUnificatiôti - de là jnéticè éternélte déVait être replacé paf la déiAôtteti'atidn de \i réalité de cette justice ; tnars, (|tte tDdloir détf uiré ranihmpbtikôrphislâe, aVàm d^avoif démontré la téalité dé \i ]tiâtiCë éternelle, était un acte de stupidité ou de pei^ersité. Et cOthMë Kbbéspleh*e t'Mi fA ^tuplde, tti pmm, et ((uli se àèttlait in-
capable d'établir cette démonstration» il ayait fait m dogme de Tanthropomorphisme, en. attendaift que là nécessité sociale obligeât de chercher^ de découvrir et d!acc^pter la vérité ,
Jef passe le reste de cet écrit de M. de Lspçnp^is; jl a re^ connu depuis qu'il avait été dan^ Ferreur. Ce que jC; viens d'en citer n'est même que pour prouver .l'indétermination .de l'expression a^ft^^me ; ^t la nécessité de la bien déterminer avant de se résoudre à la condamner.
Ce qui va suivre n'est plus relatif à M. de Lamennais» mais iHen à M. Barrot :
<X: En ce.qui me concerne, dit.H.. de Lamennais à propos d'une «( lettre de son adversaire, je dois des remerciments à M. Bar- « rot, qui, obligeamment, ne laisse édiapper aucuue occasion de « confirmer par ses aveux ce que j'ai cru devoir dire de la tencc dance de ses principes.
« Il avait soutenu qu'en France la loi n^est d* aucune religion; ce de là je conclus que, selon lui, la loi est athée. Oui^ répond^ii «c aussitôt, la loi e&t athée et doit Vêtre. Si dans sa lettre il se <c fâche, ce n'est point parce que je lui impute ces deux assera tiens ; au contraire, il les avoue, il les répète de nouveau : « Pour moi, dit-il, qui ai commis le crime énorme de dire que la (c loi doit être ce qu'elle est^ etc. i: Sa colère vient uniquement « de ce que cette maxime, la loi doit être athée, ne me parait « pas tout à fait aussi admirable qu'à lui. »
MM. de Lamennais et Barrot avaient tort et raison chacun dans un sens. La société doit prescrire ou proscrire l'athéisme, selon le sens donné à ce mot et selon l'espèce d'époque dans laquelle on se trouve. Seulement, sous peine d'anarchie, l'athéisme ne doit jamais être indifférent à la société. Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'actuellement MM. Barrot et.de Lamennais ont changé de rôle. M. de Lamennais veut que la loi soit athée; et M* Barrot s'est exposé au mépris, à la haine peut-être d'une prochaine postérité, pour avoir été à Rome y rétablir l'inquisition de ses mains philosophiques. Et voilà l'effet : et de l'ignorance ; et des logomachies.
Maintenant allons aux conséquences. Vous allez voir que M. de
LaiDennais se trouvait placé dans une excellente position. Il Ta quittée, parce qu'il a vu qu'elle n'était plus tenable. M. Barrot en avait une mauvaise, et il a pris celle de M. de Lamennais, sans réfléchir que si la position sacerdotale de celui-ci n'était plus tenable, même pour le premier dés prêtres de l'Europe, elle lé serait moins encore pour un avocat, même devenu ministre, dont la vie entière a été employée à détruire socialement Tanthropomorphisme qu'il veut maintenant rétablir.
« J'ejQ avais, continue M. de Lamennais, tiré la conséquence « que la loi doit tolérer toutes les morales, comme elle tolère « toutes les religions, ou, en d'autres termes, que la loi tCest « Saueane morale^ comme elle n'est d'aucune religian. M. fiar- « rot en convient encore ; car il est d'une franchise étonnante. » Yoici ses paroles :
Après avoir posé en principe que « la loi n* existe que pour « contraindre^ y> il ajoute : — a Dans ce siècle désenchanté, nous reconnaissons deux espèces de devoirs dans la société, ceux qui sont forcés; et ceux qui sont abandonnés au libre arbitre de chacun. Les premiers tombent dans le domaine des contraintes légales ; les seconds dans celui de la simple persuasion. La religion et la inorale sont dans cette dernière classe. »
« La loi n'existe que pour contraindre ; la morale ne tombe a pas dans le domaine des contraintes légales ; les devoirs qu'elle « impose sont abandonnés au libre arbitre de chacun. Gela est « clair, ce me semble. »
— « Tels sont, continue M. Barrot, les principes qui nous régissent, et vers lesquels tendent toutes les sociétés modernes. C'est le résultat de la civilisation. »
« Ainsi, continue M. de Lamennais, le résultat de la civilisa- « tion est d'avoir exclu des lois la religion et la morale. Je n'ose, « ajoute-t-il, montrer tout ce que cette assertion renferme d'ab- « surdités détestables. Je craindrais de nouveaux aveux de « M. Barrot. Sa logique l'entraîne si loin, que je tremblerais de « tenter une troisième fois un esprit si droit dans Terreur. Je a me tais pour le s^auver des dernières conséquences de sa doc- « trine. )»
f^tf^ <v^it ton» !«8 àffiff, ont recoDWi ; w 1^ pofi^R qu% «çr
çypi^eilt ($p4(WS4it à l'«ttarc)ù«,^oit 4irectemwt> soit iWir^ct^ mm^t fit fjoinme ils n'e cqnn;44S$Qt f[aç 4ep poutiQWi )'»)t^n>^
poiQwphi$q»€; qn 1q paotbéif me, chiunii^ d^eu^ |( dit : ]^ positif 4$ mou (lâvoFfi^Fe çAt h W^n^f parce que la mimm ^\ àé\m^ tabje, i;i. i|s w pnfV cba^g^, mp9 observer q«a tputâft l^s deux sont également mauvais^^
D$M^^ 1^ clMipitf^s suiy4iuu, ^m .verroQ^ ; que Iji cav^ du mal ^cigl cQ.q^igta ; l"" d^p^ Tiippossibilité spciàlfi d^ PAEsçafiti^ r£i^9nuelleipe9t riTâtiw; ayant pour valeur négutio^ 4^ l'^fi^
thr»pom<>rfhism ; parc^ qu# raijtlirqppwprpljjsw^f par mk^ d«
Tignor^ncç |oaif4^t e^t çuçorejlà ^eub ba«ç pp^§it4^ d'prfjre qmh rai; 2"" dans Timpossibilité sociale de proscrire ratiqpuellemëpt ce mêin^ athéisme, parce que rautbropoipQfphi^me e^t dé]^ complètement pulvérisé par Texaflieu^ Nous verrons en pijitr^ ; qu9 le rçmède social «consiste : dans la brosc^iption sociale de Yatr ' théismi; ^yaôt pour valeur négation de ëanotim inévitable^ pro» sçriptûm qui se trouvère facile par la seule raison de chacun loraque la réalité de la sanction religieuse aura été dérpontr^ d'une manière riatipenellef^ent ipcpntestablQ. §t, socialement coai« muuiquéç cpipm^ tj»He k tous et k ehaeup. Jusque-là il n'y a dp possible que ppiypér|sme œpraU ayant pour conséquence nér cessàire le paupérisme nuitériel, prpduisant nécessairempnt, en présence de Tincompressibi^ité de l'exameu, la plus e£(royab)a ^^s amrclùp^.
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11T0U4 Içf plaos d'^dncaiiop populaire tentésdepuis 1789 jusqu'à ces dernières années étaient mantaii, puis^'iU suppoMient ^'éducation étaît purement synonyme d'instruction ou de culture înlenecUielle (1). Francfaemant, il y a plutôt à se féliciter de leur insuecèa qu'jk Iç d^lorer; car ils eussent semé , non le goût du travail , mais lbs 6iBwsMnuoL«T|aH6ocuus; ils eussent fomenté par centaine de mille des ambitions auxquelles la société n'était pas en mesure de donner satisfaction; îli auraient j^oot^ «^ douleurs phyaiquei du peuple , qu'ils m'ataibm pas ponsAHOt db QtiÉr sm, des peines ihtellectubllm r borales. Il Ttut mieu:|[ qu'aujourd'hui la majorité (}e nos paysans soient encore assoupis au sàn de Tignorancé que «'ils avaient l'esprit faussé et le cœur aigpî qa rongé de passions inauvaises. L'ighorakge est uh
■OnaXBB MAL QUE LA FAUSSE 8CIBBCB ET QUE LA D<]fO-
BALiufioE. Notre France sepait ingouvernable si lea paysans avaient été soumis aux mêmes influences qu'une certaine partie des ouvriers (2). »
M. IMcHEi Chevauir.
a Quand bous aurons des routes, quand les écoles aufont appris i lire à tout U inonde, v<m verrez! si dès à présent vous n'y prenes garde,
VURÉUGIOII mVAlUB nos CAHPAGI» ET LES onmOtEE. 9
H. Mkbbl G^KVAm.
f En présence de l'incompressibilité de Texam^ pensez-vous empêcher les paysans et les ouvriers de connaître les conclusions de l'instruoi tion de l'époque? Tant que notre instruction restera irrèligiense , vous progresserai dans l'anarchie. 9
Cours, ITm.
Ce qu'il y a de plus remarquable, oa tout au moins de plus di^e d'être remarqué dans Pécrit de H. de Lamennais' sur la proclamation de Fathâsme légal par la cour souveraine est le passage suivant :
(I) Çn pséfançe de l'incempr^MiihiUtf d^ l'effjpçn» V^â^xç^tias^ doi| cons^ter ^ inculquer des^ sentiments que plus tarà l'instruction puisse justifier. Mais, tant que rinstniction reste anarchique, Féducation, quoique vous fluniez, le sera égilement.
(S) De IWloiMe de l'inslroolîon d^ f épaque
- iU —
« L'arrêt, dit-il, dont nous essayons de montrer les consé- « quences, offre encore une particularité digne d'observation, c'est « qu'à peine a-t-il excité l'attention publique. Un procès en police « correctionnelle eût fait plus de briiit. Il est vrai que les circon^* « stances étaient peu favorables. On était occupé d'autre cboçe, c ou u'avait pas le temps de songer à Dieu. » (Page 159.)
Toute l'époque est dans cette dernière ligoje : On n'avait pas le temps de songer à Dieu. Et cependant Dieu : soit dans la première version de l'expression, soit dans la seconde, Qt il n'en existe pas une troisième, est exclusivement, exclusivement, en* téndez-vous bien ? la base sur laquelle l'ordre social peut exister. Et notre société n'a pas le temps de penser à sa base.
Gela est vrai, elle n'a pas le témps\ Mais que signifie cette expression? Rien autre, si ce n'est qu* elle croit pouvoir mieux employer son temps. Et qu'est-ce que cela prouve ? qu'elle est ignorante. Faut-il lui en vouloir de son ignorance ? Faut-il accuser un enfant aveugle de marcher vers l'abime? il faut, au contraire, lui ouvrir les yeux. Et M. de Lamennais, au lieu d*ouvrir les yeux à la société, ayant passé la première partie de sa vie à l'aveugler au moyen du bandeau defl'antbropomorphisme, chercbe maintenant, après^avoir enlevé ce bandeau» à lui jeter sur la vue le voile épais et empoisonné du panthéisme.
Dans un écrit intitulé : De V Orgueil dans notre siècky et impriqié en 1820, M. de Lamennais dit :
« Lorsqu'après avoir considéré l'état de la société, des doctriii nés, des lois, et des mœurs, on entend certains hommes élever « hardiment au-dessus de tous les siècles le siècle qui leur a été « livré, le ridicule de cette idiote et coupable admiration n'est « pas ce qui frappe le plus. Je ne sais quelle pitié [mêlée d'efiroi « s'empare de l'âme à la vue d'un si étonnant excès d'orgueil. « On se rappelle cette parole qui descendit si souvent dans le « cœur de notre premier père : Tous serez comme des dieux. Et « l'on croit voir ses descendants séduits par leurs désirs, aveu- « glés par leurs crimes, célébrer dans la nuit, avec une stupide « joie, l'accomplissement de cette promesse du génie du mal. i»
Cette description eàt magnifique de yérité. Néanmoins, rii)us ferons deux reproches ii son auteur : le premier d'avoir employé le mot orgueil au lieu du mot vanité; le second d'avoir accusé seulement notre siècle de ce dont tous les siècles ont été coupables d^is Torigine du mondé, et de ce dont ils sont nécessairement coupables, tant que l'ignorance sociale n*est point évanouie. -
An dictionnaire^ vous trouvez au mot orgueil : Opinion trop WMtntageuse de soi^même^ et aussi : Juite estime de sot-mime. Que voulez*vous faire avec des expressions qui ont deux valeurs directement opposées? La première n'est autre que la vanité. Je le r^ète : la vanité, socialement parlant, dure depuis Torigine du monde; Torgueil, proprement dit, et socialement parlant, est encore à naître. Mais il naîtra, car il est devenu nécessaire^ et alors les hommes, en effet, seront des dieux, si être des dieux signifie : connaître la vérité et avoir Torgueil de le savoir, avoir la juste estime de soi-même.
« Hais sur quoi donc, continue 41. de Lamennais, se fondent a ces prétentions hautaines et ce superbe dédain des temps anté- « rieurs? J'entends parler de progrès des lumières ^ comme si le « monde eût été jusqu'à ce jour enseveli dans des ténèbres pro- « foudes, et qu'il attendit depuis six mille ans la voix puissante « qui doit enfin les dissiper. »
La lumière morale, c'est la vérité. Et la vérité n'a, ni plus ni moins, ni auroi*e ni crépuscule. La vérité sociale existe ou n'existe pas. Quant au progrès de la vérité, cela équivaut à la négation de la vérité.
« Certes, continue M. de Lamennais, s'il en est ainsi, la gé- « nératiou privilégiée qui, assistant à ce grand spectacle, à cette « magnifique création, a vu naître l'aurore de la raison humaine, « cette génération, sans doute, a droit de se féliciter. »
L'aurore de la raison humaine ou sociale n'est autre que la connaissance de sa propre ignorance, de la nécessité. de connaître socialement la vérité pour que la société puisse exister. Eh bien ! notre siècle commence à voir cette aurore de la raison sociale, et le même siècle verra naître la vérité.
c Mais si, au cootrîiire, çodUuuç la critique, ellQ avait prii le « déclin du soleil pour soo lever.;*. »
Le déclin! Depuis cette époque, M. de i^ennais a chaogé d'opinion du tout au tout, et cela, avec aussi peu de raison pour affirmer l'aurore qu'il n'en avait alors pour affirmer le crépuseuto, et personne n'accusera M. de Lamennais de mauvaise foi, cbaeua sachant que, s'il est poète, il est aussi homiAte homme. Gela, néanmoins, devrait faire concevoir coml>ien les opinions sont fih tiles, et qu'il faut ne s'y arrêter que pour les mépriser* Quicon* que a une opinion n'est pas un orgueilleux, mais un vaniteux. C'est l'avis de Cicéron et de saint Augustin, de la philoaq>hia et de la théologie. Mais laissons continuer celui qui aurait pu être infaillible.
o; Si, au contraire, dit-il, elle avait pria le déclin du soleil poivr ff son lever; si ses prétendues lumières n'étaient que d'épaiace ses ombres, sa raison un délire farouche ou une pitoyaUe déa mence, il faudrait l'exposer en cet état à tous les yeux, quand c( ce ne serait que pour apprendre aux hommes jusqu'où l'homme <x peut tomber, lorsque, méprisant la sagesse antique, il se sépare c du passé, et ne veut plus s'appuyer que sur lui-même. »
La sagesse antique est très-joli ! Ce n'est point pour en faire un reproche à M. de Lamennais, mais lui, maintenant, l'a abandonnée, cette prétendue sagesse. Il a bien fait, parce qu'il a vu qu'elle n'était qu'ignorance et non -seulement hypothèse, mais aussi absurdité. Nous lui reprocherons, néanmoins, d'aVoir abandonné l'erreur de l'anthropomorphisme, qui, au moins,, est base d'ordre tant qu'elle est socialement possible, pour adopter Terreur du panthéisme, laquelle, socialement, est anarchique par essence. Nous reprocherons même à M. de Lamennais d'avoir fait pis. Il a inventé un mélange d'anthropomorphisme et de panthéisme, cent fuis plus absurde, s'il est possible, que Tanthropomorphisme pur ou que le panthéisme pur.
Maintenant l'auteur va substituer à l'équivoque expression orgueil, l'expression réelle vanité.
a Accordons d'abord à ce siècle vain, dit-il, ce qu'il peut récla a mer justement^ Qu'on y ait cultivé les sciences physiques avec
^ succès, on Tavoue» il est dans la nature de ces sciences : d'a\an- « cer sans cesse, parce qu'il n'est pas possible qu'en regardant a toujours les objets matériels dont elles s'occupent, on n'y dé- « couvre aussi toujours dès choses qu'on n'avait point encore « aperçues. Les sens presque suffisent pour cela. Aux anciennes « observations on en ajoute de nouvelles, et Ton est coiitent parce « qu'on a marché, sans néanmoins être plus près du terme* i>
M. de Lamennais est dans l'erreur. Le progrès des sciences physiques n'a fait, jwqu'à préient, qu'éloigner de la vérité. C'est le progrès des sciences physiques qui a établi la série con^ tinue des êtres, base du panthéisme, l'antipode de la vérité, dont l'anthropomorphisme n'est que la personnification. C'est le progrès des sciences physiques qui, en éloignant la société et de. la vérité et de sa personnification, la conduit dans une anarchie inextinguible, si ce n'est par l'intronisation de la vérité ; et c'est ainsi que les sciences physiques, en éloignant la société de la vérité, l'y amènent néanmoins, et nécessairement, comme en s'éloignant du p6le de l'ordre et marchant toqours devant soi, on s'en rapproche nécessairement après avoir dépassé le pôle de l'anarchie* Après avoir fait diverses concessions de même genre et avec toutes les restrictions possibles, M. de Lamennais continue :
« Je veux bien convenir, dit-il, que plus de gens peut*étre sa« c vent lire, écrire, ce qui n'ajoute pas beaucoup, que je sachoi aux a lumières générales; que, dans le bouleversement de la société, « le peuple a entendu parler d'une multitude de choses qu'il est « incapable de comprendre, et qu'il serait heureux d'ignorer. » Incapable de comprendre^ tant que dore l'ignorance sociale, c'est vrai. Qu'il serait heureux d'ignorer, tant que ce qu'il croit savoir n'est qu'erreur, c'est encore vrai^ Mais la question n'est pas là. Pouvez-vous, en présence de T incompressibilité de l'exarf men, empêcher les masses de se placer à hauteur de l'ignorance sociale, décorée du nom de science? Le propre de l'ignorance est l'amour des utopies. Et quand une seule erreur, qui elle-même est une utopie ; quand l'examen ne peut plus être comprimé, vient à ne pouvoir plus dominer socialement ; h plus grande des utopies est de vouloir empêcher d'examiner. C'était l'utopi» de M* de
Lamennais à cette époque. A présent, son erreur est de vonloir qu'en présence de l'incompressibilité de Texamen, Tordre social puisse être compatible avec le non-anéantissement absolu de IV gnorance, avec Futopie du progrès continu.
<K On rs^isonnait moins de la religion» dit-il, quand on avait une a religion fixe »
— En époque d'ignorance, il n'y a de religion fixe que par une inquisition. Et toujours alors la religion établie tombe socialement avec Tinquisition qui lui a servi de base. M. de Lamennais croitil possible de rétablir les inquisitions!
— c( ... Des gouvernements, continue M. de Lamennais, quand ce on vivait sous un gouvernement affermi; des lois, quand elles « étaient invariables ; des mœurs , quand ou les respectait ; de c( l'agriculture, quand les disettes étaient moins fréquentes ; c( du commerce, quand il prospérait; des impôts, quand on ne « payait que le quart ou le cinquième de ce qu'on a eu le bonheur (( de payer depuis; de l'éducation, quand elle était libre et accessic( ble au pauvre comme au riche. Mais, à tout prendre, ce n'était <x peut-être pas un si grand mal, et nous avons acheté» ce me a semble, un peu cher la facilité de parler de tout. »
C'est à peu près comme si vous disiez que vous avez acheté cher la facilité de parier de tout en grandissant, parce qu*il vous faut plus de drap pour vous habiller. Mais ne plaisantons pas.
On raisonnait moins des gouvernements quand ils étaient basés sur une inquisition ; on raisonnait moins des lois quand elles étaient basées sur une inquisition. La croissance a brisé l'inquisition. Vous la regrettez 1 C'est possible. Mais les fers en sont brisés de manière à ne pouvoir être ressoudés, et son réchaud, ou plutôt sa fournaise ne peut être rallumée socialement. Quant aux mœurs, elles n'ont jamais été respectées que par le faible, et leur respect général est à naître. Les disettes sont certainement moins fréquentes qu'elles ne Tétaient, et c'est le seul paupérisme qui n'ait point grandi comme la richesse. Les impôts ont augmenté parce qu'ils sont d'autant plus nécessaires que Tanarchie est plus difficile à contenir. Et, quand Tordre réel existe, ils sont au moins le double de ce qu'ils sont au maximum de Tétàt anarchique. Seulement : -
dans ce dernier cas, ils pèsent sur la richesse pour faire le bonheur de tous ; tandis que, sousTétat anarcbique, ils pèsent sur le travail pour faire le malheur de tous. Quant k l'éducation; elle n'est libre que pendant l'époque anarchique. Sous le despotisme, par la compression possible de l'examen, l'éducation est imposée parla foi; sous la liberté sociale réelle consistant dans l'obéissance sociale volontaire à ce qui est ordonné par la raison, l'éducation est imposée par la raison. Si M. de Lamennais pensait alors que l'ordre par le despotisme est ce qu'il y a de ùiieux , nous sommes tout à fait de son avis, pourvu qu'il veuille ajouter : tant que cet ordre est possible. C'est alors le moins mauvais, et, qui plus est, le seul alors possible. Mais cet ordre est devenu impossible, M. de Lamennais en convient actuellement. Il devrait convenir aussi que, du moment que l'ordre est devenu impossible par le despotisme, il ne reste possible que par la soumission générale et volontaire de tous à la raison; et que cette soumission peut seulement exister par la découverte et l'acceptation sociale de la vérité absolue rendue rationnellement et socialement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun. Libre à M. de Lamennais de trouver que nous achetons cher cette facilité de parler. Mais, cher ou non, il faut la payer ou mourir.
«c Tels sont; continue M. de Lamennais, les avantages dont le ff siècle s'enorgueillit. Voyons ce qu*ils lui coûtent, et ce qu'ila « perdu. »
Suivons M. de Lamennais dans son examen. Cela nous mettra à même de reconnaître : et la source du mal social, et le remède qui doit le guérir.
a II existait, dit-il, des doctrines conservées par la tradition, «t développées par le temps, et qui éUiient tout ensemble, et le fond « de la raison humaine, et la base de la société. y>
Jusqu'à présent, monsieur, il n'y a pas eu de société unique. Chaque fraction avait une doctrine établie et soutenue par une force qui en empêchait l'examen par l'isolement de ces mêmes fractions de société. La mise en contact de ces fractions par le développement de l'intelligence a rendu inévitable l'examen de ces doctrines. Et, comme elles étaient multiples, par conséquent néces-
sairemetit toutes fausses, moins une, et toutes fausses si Veiameu n'y trouvait point la bonne, il en est résulté que toutes ces doctrines, bases sociales, sont tombées, et que le monde se trouve en élat d'anarchie.
-^ « Que sont-elles devenues? x> dit M. de Lamennais.
— Monsieur, elles sont tombées.
— « Qu'a-t-ôn mis à leur place ? »
— Ce qu'on y a mis, monsieur, la plus grande des monstruosités, comme vous le direz bientôt , la souveraineté de la force brutale.
— « Où sont, dit M. de Lamennais, les vérités qu'on y a subce stituées ? »
— Vous, monsieur,' vous y avez substitué depuis, un mélange de panthéisme et d'anthropomorphisme , que , certes , vous ne tenez pour vérité que faute de l'avoir bien examiné.
— « Qu^y a-t-il maintenant de certain? continuez-vous. Que « croit-on, que sait-on sur ce qui intéresse Thomme ? »
— li n'y a maintenant rien de socialement tenu pour certain, pas même l'ignorance ; il n'y a plus de croyance commune, pas encore de science commune, et cependant, en dehors de Tune ou de l'autre de ces communautés, tout ordre social est impossible. La croyance commune, vous avez contribué à la détruire; la science commune, vous empêchez qu'elle puisse s^établir, en préchant la doctrine du progrès continu qui en est la négation absolue. Alors que voulez-vous donc ?
— « Convient-on seulement, dites-vous, d'un principe d'où la <c RAISON, dépossédée de ses antiques domaines, puisse partir a pour tenter de nouvelles conquêtes? »
— Monsieur! la raison n'a jamais régné. Et la preuve en est qu'elle ne règne pas encore : car, une fois que la raison réelle domine socialement, son règne est impérissable.
— a Non, dites-vous, tout est nié, tout est renversé, et c'est sur « ces ruines mêmes que l'orgueil proclame la prééminence d'un a siècle qui ne léguera que des doutes à ceux qui le suivront. »
— Ce n'est pas l'orgueil, monsieur, qui fait cette proclamation que vous appuyez maintenant, c'est la vanité. Mais ce même siècle
- 4âi -
ânrt Torgueil de proclamer la yérité, de ne laisser aucun dôttté k (*eux qui le suivront. Je Tâffirme.
— (x Demandez-lui, continuez-vous, s'il y a un DIeU, uà ordrC a mofâi, une autre vie apfè^ cette vie, tine vraie religion, des de « Yoirs, des vertus? ou il le nie» ou il répond : Je ne hm pas. »
•^ Et vous, monsieur, n'eu faites-vous pas autant quand, cy^r^l^ avoir rqeié l autorité de la révélation^ seule base d'ardra poa^ sible, en dehors de la vraie philosophie, vous osez dire :
a, On ne doit ni exiger ni attendre de la philosophie» dans Teak « plication des choses, un degré de lumière qui dissipe entière- « ment les ténèbres qui les enveloppent et produise une plem^ « conviction. » [Esquisse tune philosophie.)
Maintenant, monsieur, écoutez : tout ce que je vais citer est de vous ; et tes reproches que vous allez adresser à la vanité du siècle vont retomber sur vous; car personne, plus que vous, n'a contribué à établir le panthéisme basé sur la série continue des étrés^ source unique du matérialisme prétendu scientifique.
a Certes, dites-vous, il y a dé qiioi éire fier d'Ignorer ces choa ses; et ]t conçois que les hommes de ce temps prennent lettfâ « pères en pitié. Ceux-ci croyaient ingénument k la grandeur (fô « leur nature; ils pensaient être faits à ïimûge de Dieu, éf lètif « foi, comme leur espérance, s^étendait sân^ fin dans VéiéttAié. €( Grâce aux lumières nouvelles, on s'est désabusé de ces réve- « ries; on a eu la joie de reconnaître que cette prétendue grana deur n'était qu'une folle présomption; que cet être immortel, (x semblable aux animaux, n'était, comme eux, qu'un peu de boue c animée par la chaleur, et, comme eux, avait droit d'aspirer au « néant. »
Pardon, monsieur ,'si je vais m'arréter un instant. Depuis, vous avez retourné le problème. Vous disiez que de l'homme on a fait un animal destiné au néant. Maintenant vous assimilez les animaux à l'homme, ce qui, quant au résultat, est la même chose.
« Les lois de l'univers, dites-vous, ne sont que les lois de <x Dieu, manifestées extérieurement sous les conditions de la lift mite; lois nécessaires, inaltérables, qui se spécifiant dans cha- « que ordre d'êtres, dans chaquegenre, chaque espèce, chaquein-
— ISS —
a dhfidu même, en se rapprochant toujours de pins en plus de ce « qu'elles sont en Dieu, à mesure que les natures, en s'élevant» « se rapprochent de lui. »
{Esquisse d*une philosophie, préface, xyqi.)
C'est Tàme uniyerselle des anciens, c'est le panthéisme des modernes, c'est le matérialisme basé sur la série continue, c'est le nihilisme d'individualités réelles, c'est la théorie de l'anarchie. VÈsquisse dune philosophie n*est autre dans son ensemble qu'un traité de panthéisme. Maintenant je continue la citation.
a Rien n'a paru plus pressé, plus important, que de lui assn- < rer cette haute destinée. Des hommes ont été vus travaillant « sans relâche à effacer les titres de sa noble origine. Ils ont jeté <c sur l'espérance même le voile de leur fausse science. L'univers» a à leurs yeux, est devenu l'éternel empire de la mort. Us ont re- «t gardé dans le tombeau, et ils ont dit qu'au delà il n'y avait «( rien. »
Et voilà précisément, monsieur, ce que ceux qui raisonnent sont obligés de dire, après avoir lu votre Esquisse d'une philosophie : si, cependant, ils acceptent la théorie panthéiste que vous leur présentez, laquelle, du reste, n'est que le réchauffé du philosophisme de tous les siècles passés.
XIU
< La question de l'amélioration du sort des prolétaires est essentiellement de l'ordre mmral. Un remaniement moral de la société en est la condition préalable. Or, qui dit i/orale dans le sens large du mot, dit Rsueioii. La philanthropie et la phSosophie n'ont de forces pour agir sur la moralité humaine que celles qu'elles empruntent à la religion. La philanthropie est l'ombre d'une rdigion qui s'en va ; la philosophie n'est moralisante qu'autant qu'elle est le crépuscule d'une religion qui vient ou qui renaît. A la religion seule il sera donné de toucher assez profondément les cœurs ' de toutes les classes et d'illuminer asses yrrement les esprits pour que le riche et le pauvre conçoivent de nouveaux rapports entre eux et se dé« terminent à les observer. >
M. BIkhel CnivAUBa.
r II n'y a de pauvres que sous les religions imposées par une force masquée de sophismes. Sous ces religions , philanthropie, philosophie et théologie sont également : des déductions d'absurde; ou des galimatias. Sous la religion réelle imposée par la science, il n'y a plus de pauvres : philanthropie, philosophie et Âéologie sont identiques ; et incontestablement rationnelles. »
GOLIKS, Mit.
a Les progrès en politique, continue M. de Lamennais» ne ' « sont pas moins merveilleux. Là» comme ailleurs, on a comte mencé par anéantir ce qui était» ce qui avait toujours été» et « jusqu'aux notions que les peuples s'étaient constamment for- « mées du pouvoir» des lois et des institutions nécessaires à « Texistence des Etats. »
Voyons» monsieur de Lamennais» soyons clair.
Qu'est-ce qui était nécessaire» etc.» à Texistence de Tordre au sein de l'humanité ?
La croyance ou la science relative à la réalité de la justice étemelle» afin que l'ordre social pût se baser : soit sur nn droit accepté par la foi ; soit sur le droit rationnellement démontr^
comme existant réellement. Et cela puisqu'il était reconnu que Tordre social ne pouvait se baser sur une force purement brutale, sur une force non transformée eti droit. Mais comme aussi longtemps que l'ignorance primitive, sur la réalité delà justice éternelle pouvant seule servir de base à un droit non relatif à la force, n'est point évanouie; h science relative au droit ne peut exister: et c'est jdonc alors à la croyance sociale nommée foi qu'il faut demander la base de Tordfe.
; Ne pouvant démontrer la réalité éd la justice éternelle, il était absolument nécessaire de personnifier cette justice sous le nom dt ïkEUi et de faire accepter cet anthropomorphisme par la foi. Odsu, personnification, était nécessaire ; et Dieu, personnification, ftit inventé.
Majs une hypothèse donnée comme vérité ne peut rester socialement acceptée comme vérité, s'il est possible de l'examiner socialement. Sous peine de mort sociale, il fallait donc empêcher d'examiner !
De Ik, la nécessité des divers Etats, vu l'impossibilité pour un seul gouvernement d'empêcher l^examen sur la totalité du globe.
De là, la nécessité d'empêcher les Etats, c'est-à-dire les religions différentes, nécessairement ennemies, de communiquer entre elles : parce que chacune aurait examiné son ennemie, afin de pouvoir la renverser; et que ces examens, en se communiquant, les auraient renversées toutes.
De là, la nécessité d'empêcher l*examen au sein de chacune d'elles; et la nécessité de faire exploiter les masses par les mîoorités : afin que les majefités ne pussent examiner; et que le^ minorités eussent intérêt à maintenir Texploitatiôn,
Maintenant, Pexnmen est devenu incompressible t- et entre le^ Etats, et au sein de chacun d'eux. Vou^ voyez donc que cfe qèé' l'examen fait nécessairement, c'est :
« De commencer par anéantir ce qui était, ce qtit avait méttie « toujours été, et jusqu'aux notions que les peuple's s'étaient coti- « staihmént formées du pouvoir, des lofs et des institutions né- « céssâîres à Texistence des Etats, »
rïe vous plaignez donc paâ di ce quf e^t, de ce qui etisfe iié-^
cessairement, de ce qui seul peut vous conduire au besoin de la vérité, qui seul peut vous obliger à chercher la vérité, recherche et besoin qui seuls peuvent vous la faire trouver et accepter.
« Ensuite, dites-vous, on a fait des théories et des expéa riences. »
C'est vrai : des théories toujours fondées sur l'anthropomorphisme et Texploitation des masses, ou, ce qui est plus sot encore, sur l'anthropomorphisme et la destruction de Texploitation des masses, ce qui est la théorie de l'union de Dieu avec le Diable. Quant aux expériences, en fait d'ordre social, c'est aussi sot que l'absence d'expérience en fait d'ordre physique.
a Dans leur simplicité, continuez-vous, nos ancêtres avaient a fondé une monarchie qui a duré quatorze cents ans. Nous a pouvons les en plaindre : cependant ils trouveraient peut-être « des raisons pour excuser une faute qui les a privés de l'inap- «c préciable avantage de voir comme nous sept ou huit constitu- « tiens en trente années, et de vivre sous les dures lois de la a Convention et de l'Empire. La stabilité a aussi son prix. »
M. de Lamennais trouve-t-il que la monarchie restaurée, puis corrigée, lui ait donné la stabilité qu'il demandait ?
(( Mais, pour que quelque chose soit stable dans la société, il a faut, ajoute-t-il, des principes fixes, des idées arrêtées, des a maximes immuables. ]»
Il ne faut pas des principes, monsieur, il n'en faut qu'un : la réalité de la justice éternelle. S'ils étaient réellement deux, non procédant l'un de l'autre, ce serait du manichéisme, ce serait Dieu et le Diable, ce que nous avons enfin. Quant aux idées arrêtées, il n'y en a socialement : que par la force ou que par la science ; que par la foi appuyée sur une inquisition ; ou que par la science appuyée sur une démonstration rationnellement incontestable. La foi sociale est impossible en présence de l'incompressibilité de l'examen; et la science réelle n'existe pas encore socialement. Vous voyez donc que les idées arrêtées sont actuellement impossibles; quant aux maximes immuables, il n'y en a que là où il y a des principes arrêtés.
« n faut enfin, continue M. de Lamennais, que les esprits
«ç soient réglés et contenus par des croyances générales. » Mais, monsieur, les croyances générales ne peuvent exister en présence de l'incompressibilité de Texamen. Et ces croyances générales, personne plus que vous n'a contribué à les détruire. Pourquoi donc vous obstiner à vouloir ressusciter les morts?
(x Jadis, continue M. de Lamennais, il n'y avait rien d'in- « certain, ni dans les droits, ni dans les devoirs, non plus que <x dans leur fondement. »
C'est juste : parce que la foi commune était le fondement, et que rantbropomorphe, appuyé sur la foi, formulait les droits et les devoirs sans laisser rien d'inceitain. Mais cette foi et cet an* thropomorphe, personne plus que vous n'a contribué k les renverser. Et cela avec raison, puisque maintenant plus tôt foi et anthropomorphe seront complètement renversés, et plus tôt le besoin d'ordre par la démonstration de la réalité de la justice éternelle, seule base d*ordre social actuellement possible, se fera socialement sentir.
ce Chacun, continue le socialiste, savait ce qu'il était, ce qu'il c< devait être. On s'est lassé de cela : vingt-cinq millions d'hommes « placés dans les divers degrés de la hiérarchie sociale se sont « demandé mutuellement leurs titres, puisqu'ils se sont mis à « raisonner, et bientôt après à égorger, confisquer, proscrire au « nom de la raison. »
Et comment voulez-vous qu'il en soit autrement quand, par la nécessité des circonstances, il n'y a plus : ni principe fixe, ni idées arrêtées, ni maximes immuables, ni droits, ni devoirs, ni juge de raison autre que la force ? Vous devriez vous étonner que ce ne soit pas infiniment pire. Du reste, de 1820 à 1851, il y a déjà une jolie différence. Et, grâce au besoin d'ordre et à l'impossibilité actuelle d'en avoir, le mal augmentera rapidement: Il faut espérer qu'il arrivera bientôt à un point suffisant pour faire reconnaître aux plus entêtés, parmi lesquels M. de Lamennais se trouve un des premiers, que vouloir établir l'ordre sur l'ancienne base sociale, sur l'anthropomorphisme ayant pour conséquence nécessaire l'exploitation des masses, est une volonté criminelle qui, chez un homme d'un immense talent, si elle n'est punie
dans cette vie, le sera nécessairement dans une autre, sous peine de non-existence d'ordre moral.
« On écrivit sur les murs, continue M. de Lamennais, liberté, « égalité, et jamais aucune nation ne subit un plus abject esda- « vage et une plus affreuse oppression. »
C'est très-vrai : parce que, entre la foi qui ne peut plus dominer et la science qui ne le peut encore, il n'y a de possible que la domination des passions constituant le plus abject des esclavages et la plus affreuse des oppressions. Eh bien ! M. de Lamennais écrit actuellement sur les murs : liberté ^ égalité et même friktemité, à une époque où il n'y a également plus de foi, où il n'y a également pas encore de science, et où l'esclavage et Toppre»sion sont plus abjects et plus affreux qu'aux époques dont il se plaignait alors.
«t Jusqu'ici, continue M. de Lamennais, je ne vois pas claire- « ment ce qui justifie l'orgueil du siècle en ce qui tient à la perfec- « tion de l'ordre social. S'agit-il des doctrines ? Est-ce par ses lu- « mières en ce genre qu'il se croit supérieur aux siècles précédents?
< Alors qu'il nous dise les vérités qu'il a découvertes. T! a rejeté
< les maximes anciennes; en a-t-il d'autres à leur substituer? Je a ne parle pas des vagues opinions, des inconstantes idées de cfaîa- « que individu : je demande qu'on m'indique la doctrine du siè- « de. Qu'est-ce que le pouvoir ? Le sait-il ? Sait-il ce que c'est a que la loi, ce que c'est qu'un droit, ce que c'est qu'un devoir, a ce que c'est que la propriété? Ne fera-t-on qu'une réponse à « ces questions ? Est-on d'accord sur ce qui constitue un gouver- « nement légitime, sur les lois fondamentales, sur les principes « d'administration, sur quelque chose, enfin? Non, tout est en « question, tout est en doute, jusqu'à la souveraineté. »
C'est vrai, parfaitement vrai. Mais on n'eu sait pas plus en 1851 qu*en 1820. Alors pourquoi M. de Lamennais a-t-il déserté la cause du despotisme pour embrasser celle de l'anarchie ? Si M. de Lamennais s'était contenté de dire : « L'ordre par la foi sociale et par l'exploitation des masses, qui en est la conséquence nécessaire, est devenu impossible; désormais, il n'y a d'ordre possible que par la science démontrant la réalité de la justice éter-
iielle, base sociale qui seule peut empêcher Texploitatiou des masses ; cette science, je ne la connais pas : j^avoue mon ignorance à cet égard, ï> alors M. de Lamennais serait irréprochable. Mais» au lieu de cela, il a fait une esquisse de philosophie, panthéiste d'un bout à l'autre ; et il a augmenté le mal dont il s'est plaint pendant toute la première partie de sa vie. M. de Lamennais ne peut réparer ses fkutes qu'en avouant son ignorance.
«c S'agit-il des œuvres? continue le critique. Je vois ce qu'on a c( détruit; qu'on me montre ce qu'on a fondé. Qu'ont produit ces <c innombrables tentatives pour reconstruire l'édifice social 7 Que « reste-t-il de tous ces vains essais? Tout devait être éternel» et « rien n'a eu de lendemain. »
(Test vrai» monsieur. Mais relisez votre plan de constitution, et dites-nous si la vôtre vaut mieux que les autres passées et que toutes les autres possibles basées sur la souveraineté du peuple» que» avec tant de raison» vous avez jadis traînée dans les boues de la vanité et de la sottise.
ce Encore une fois, ajoute M. de Lamennais» qu'est-ce qu'on « a fondé? Quels monuments publics» quelles institutions bénies « du pauvre attestent le soin de la postérité et l'amour de (x l'homme pour l'homme? Qu'osera-t-on comparer à la multia tude presque infinie d'établissements consacrés par nos pères « au soulagement des malheureux? Qu'a-t-on fait pour l'infor- <x tune? Elle avait autrefois des asiles, aujourd'hui elle a des pri- ^ sons. »
C'est vrai, monsieur. C'est qu'en époque d'anarchie chacun pense à soi et se moque de la postérité. C'est qu'en époque d'anarchie l'amour de Thomme pour l'homme est une sottise. C'est qu'au despotisme il faut des asiles, et à l'ans^rchie des prisons. C'est qu'enfin le despotisme serait mille fois préférable à Tanarchie , si l'anarchie n'était le seul chemin qui pût conduire à la liberté. Mais vous, monsieur, pourquoi avez- vous quitté le parti du despotisme pour embrasser celui de l'anarchie ; vous qui ne pouvez croire à la liberté : parce que vous êtes anthropomorphopanthéiste ; parce que vous croyez au progrès continu» négation absolue de la liberté?
<c Enfants déshérités» dites-voui», qui n'avez rien recueilli de la « grande succession des siècles et ne laisserez rien à vos desceii- « dants t soyez moins fiers de votre indigence ; jamais il n'en « exista de plus profoude, ni de plus hideuse. Qu'avez-vous en <c propre que votre folie et votre ignorance , vos doutes et des « crimes dont le récit épouvantera l'avenir? Vous voulez Tamé- « lioration des mœurs ; et les cachots regorgent de coupables» et « vos vertus fatiguent le bourreau. »
C'est vrai» monsieur ; et vous êtes maintenant parmi ceux qui remplissaient les cachots de coupables et dont les vertus» selon vous, fatiguaient le bourreau.
(x Après avoir parlé» dites-vous» du progrès de» lumières, je « voulais parler aussi des progrès du bonheur. J'ai vu le monde « en feu» les trônes qui s'à;roulent» les Etats bouleversés jusque « dans leurs fondements» l'Europe couverte de ruines» l'Âméria que inondée de sang. Je me suis tu. »
Vous avez bien fait, monsieur. Plût au ciel que vous n'eussiez point recommencé à parler, pour augmenter le mal. Car une mapifique intelligence comme la vôtre ne devrait parler aux hommes que pour leur enseigner la vérité.
M. dd Lamennais a été le partisan le plus vigoureux et le plus dévoué de Tancien despotisme. II représentait la vieille société à un tel point, que cette même société, d'une voix presque unanime» le considérait comme devant monter un jour sur le trône pontifical. Nul' doute qu'il n'eût été couronné de la triple tiare» si sa probité lui eût permis d'abandonner un néo-christianisn)e qu'il croyait pouvoir substituer à l'ancien. C'était une utopie s'il en fût jamais. Cette même utopie feit cependant aujourd'hui sa gloire pratique ; car elle lui a donné Toccasion de tout sacrifier à sa conscience. Maintenant M. de Lamennais est un des plus fermes partisans de l'anarchie» ou, si vous l'aimez mieux» de la souveraineté de la force brutale. Bientôt il aura l'anarchie en horreur» plus encore qu'il n'a maintenant le despotisme. Alors il se^ trouvera l'un des plus fermes défenseurs de la vérité. Gela sejra».. non point malgré lui, cela sera par lui, et malgré tons les obstacles qufi sou màaiivais génie l'amour^ropre» feront pour Y m empéchen . -
Nous iiisistiAiB longtemps sur les travaux de M. de Lamennais. Qui pourrait nous le reprocher? C'est lui qui le dernier a défendu Tancienne société. C'est à nous de montrer pourquoi elle a dû tomber malgré un pareil défenseur. C'est même à nous de le justifier, puisque le parti qu'il a pris ne le justifie pas. C'est encore à nous à prouver pourquoi il ne le justifie pas, afin que lui-même, parla puissance de son immense talent, puisse donner à la vérité qu'il a toujours cherchée et qu'il n'a jamais rencontrée; la protection qu'il est capable de lui accorder.
Nous allons maintenant examiner un opuscule du même auteur, imprimé en 1823, et intitulé : Quelques réflexions sur notre état présent. Ce travail se rapporte essentiellement à ce dont nous traitons : l'examen de la société actuelle.
< La raison d'un seul substituée à la raison m>* ciale, Toili le despotisme. L'absbmoe de tour aotorit£ ou db tootb raison, toila l'aharghii :
c Dans l'état de société parfaite, le pou?oir est on parce que la raison générale est une. »
M. DE Lamennais.
< En présence de l'incompressibilité de Texamen et de l'ignorance sociale, il y a nécessairement absence de toute autorité, de toute raison générale; il y a nécessairement anarchie.
c En présence de l'incompressibilité de l'examen et de l'ignorance sociale, le pou?oir est nécessairement divisé Omne regnum in êeip-
tum divisum desolabiiurf si dotnus iupra domum cadet, 1^
GouNS, Mit,
a La révolution, dit M. dé Lamennais, a jeté les esprits dans « l'avenir, et c'est là un de ses caractères : elle enveloppe sans « distinction tout le passé dans son superbe mépris... x>
C'est vrai. Tout le passé repose : sur l'hypothèse donnée comme vérité ; sur la pei*S4mnification donnée comme étant réalité ;
sur le fractionnement de rhumanité et rexploit|ition des faibles par les forts pour empêcher Texamen de rb]q[)odièse et de la personnification ; et Texamen enveloppe cet ensemble du plus profond mépris.
« Rejetant, continue M. de Lamennais, Texpérlence, les tradi- « tions des siècles, pour y substituer de vagues systèmes, des théo- « ries abstraites, qui ne reposent sur rien de subsistant. »
C'est ce que fait actuellement M. de Lamennais en voulant substituer au droit divin, le droitde la force brutale, droit, qui, socialement, n'est rien de subsistant; ou bien encore un prétendu droit de l'humanité, quand tous ses ouvrages philosophiques sont une (Continuelle négation de l'humanité absolument considérée, un continuel établissement de la série continue des êtres, négation absolue de toute individualité réelle, ou plus que phénoménale.
« La révolution, continue M. de Lamennais, détruit la société a pour la recréer sur un nouveau modèle; et ce modèle idéal, ne « pensez pas qu'il soit le même pour toutes les sectes révolutionci naires : chaque individu même a le sien; il n'existe d'accord « entre les protestants de l'ordre social que pour renverser ce « qui est et ce qui fut toujours. »
C'est juste. Ce qui est et ce qui fut toujours, c'est l'hypothèse admise comme vérité, etc., etc. Une fois que l'examen a renversé tout ce qui a été établi par la foi, et que la science n'existe pas encore, il ne peut exister : que des dogmatuiues voulant conserver l'ancienne société ; et des protestants voulant la renverser. Quant à la société nouvelle, elle ne peut exister qu'à l'état d'aspiration : tant que la science ou la vérité démontrée d'une manière rationnellement incontestable n'existe pas. Il n'appartient qu'à cette vérité, seule réelle, d'anéantir et dogmatisme et protestantisme. Jusque-là, une lutte continuellement croissante, une haine à mort entre les conservateurs et les révolutionnaires, entre les dogmatiques et les protestants, entr^ les minorités exploitantes et les majorités exploitées, entre les propriétaires et les prolétaires, entre les pauvres et les riches, l'anarchie, enfin, reste seule possible au sein de la société, (c Cet état contre nature, continue M. de Lamennais, amène- I. M
« rait, en se protongeant, la dissolution totale de la société. . . » Ce serait vrai, si Texcès d'anarchie, c*es^à-dîre les maux qui en résultent, ne finissait par broyer Tentétement de ceux qui, comme M. de Lamennais jadis, veulent conserver le dogmatisme ; ou, comme M. de Lamennais à présent, veulent conserver le protestantisme marchant sous Timbécile bannière du progrès continu.
« La dissolution totale de la société, qui, continue M. de Laa mennais, consiste dans l'union des esprits par des croyances et communes. »
Groibe, socialement, c'est accepter socialement comme vrai^ ce qui est hypothétique; et Texamen démontre que toute croyance est une absurdité. Or, Texamen est devenu incompressible; et vouloir, en présence de l'incompressibilité de Fexamen, qu'une croyance sociale soit possible, c'est vouloir que 2 et 2 soient socialement acceptés comme 5. Nous savons que beaucoup de personnes, qui se décorent même du titre de libres penseurs, prétendent que désormais 2 et 2 peuvent être socialement acceptés comme 5. Laissez-les faire. Il n'y a point à raisonner avec eux, l'anarchie les broiera; et c'est seulement comme broyés qu'ils peuvent cesser d'être obstacles.
a Et déjà, continue M. de Lamennais, cet état place la société « entre l'anarchie ou le rèpe des volontés individuelles, et le des^ « potisme ouïe règne d'un seul sur des individus, sans force et a sans liens. x>
Bravo ! voilà d'excellentes définitions du despotisme et de l'a^ narchie. Alors, monsieur, puisque vous les connaissez si bien, pourquoi avez-vous abandonné le camp des despotes pour passer dans le camp des anarchistes ? Il fallait : vous détacher de tous les deux; et vous réserver pour combattre en faveur de la vérité.
« Ces deux termes extrêmes du désordre, /continue l'auteur, <c se rapprochent d'ailleurs plus qu'on ne croit. »
Le despotisme, monsieur, n'est cause de désordre que depuis l'incompressibilité de l'examen. Auparavant, il était la seule tjAse possible de Tordre. A cette époque, vous auriez bien voulu
soustraire le pape do nombre des despotes. Depuis, vous-même avez prouvé combien cette opinion était erronée.
« Uanarchie, continue Fauteur, n'est au fond que le despo- ^ rïsme du grand nombre, de même que le despotisme n'est « qu'une anarelm concentrée. »
Une anarchie concentrée est trèsgoli ! Est-ce que, en l'absence de la vérité scientifiquement démontrée. Tordre social peut être autre chose qu'une anarchie concentrée? JammYotAtef même par une révélation, et plus encore par une force brutale, n'a été et n'a pu être qu'une anarchie concentrée.J
ti Le caprice du prince ou du peuple, continue M. de Lamen- « nais, crée la vérité, crée la justice, puisqu'il est l'unique loi; »
Et le révélateur ou son unique interprète n'est-il pas l'unique loi?
«: Et ni le peuple ni le prince, continue-t-il, n*ont besoin de a raison pour valider leurs actes. »
Et le révélateur ou le pape eu ont-ils besoin? En appeler à là raison, tant que la raison ne peut être incontestablement démontrée, est d'un hypocrite ou d'un sot.
« Tout, dit l'auteur, est légitimé par Vomnipotenee; mot un « peu ridicule, il est vrai s'il exprime un fait, et très-dangereu- « sèment absurde si on y attache l'idée de droit.
Bravo, monsieur de Lamennais, bravissimo ! Mais continuez :
« Car, dit-il, excepté Dieu, quel est l'être qui puisse tout ce « qu'il veut, ou qui ait le droit de vouloir tout ce qu'il peut? »
Alors vous trouvez que le bon Dieu a le droit de damner ceux qu'il crée, et que c'est Ik un divin amusement? Singulier droit! Mais supposons que Dieu existe. Ici autant vaut la personnification que la réalité. Et où sont les preuves rationnelles, incontestables, qu'il a parlé pour formuler le droit? En dehors de ces preuves, celui qui le fait parler, et fait accepter son invention par force brutale ou par force de sophisme, n'est^il pas un despote?
«( Mais, continue M. de Lamennais, on n'est jamais arrêté par « les conséquences de Terreur; on se les cache à soi-même, ou « on les brave ; et, après tout, qui est*ce qui n'est pas bien aise « d'être omnipotent ?»
C'est vrai, monsieur. Les conséquences de vos erreurs, le progrès continu, la souveraineté de la force brutale, le panthéisme, ne vous arrêtent pas encore. Vous vous les cachez encore à vousmême. Mais vous finirez par ouvrir les yeux, parce que vous êtes un homme de probité. Je n'ose dire honnête, parce que désormais ce mot est sali.
Maintenant, nous supplions M. de Lamennais de réfléchir à ce que nous allons citer et qu'il a écrit jadis. C'est d'une incontestable vérité.
« Pour détruire ainsi, dit-il, la civilisation dans son principe, « il a suffi d'exciter l'orgueil en appelant Thomme à la souvéraia nelé. Il y a en lui je ne sais quel désir secret et violent qu'on « est sûr de remuer avec ce mot. »
Le principe de la civilisation, c'est-à-dire sa base, était une souveraineté dérivant d'une révélation hypothétique. Et, en effet, il a suffi de montrer à l'homme que cette souveraineté n'avait de base que l'hypothèse pour le révolter contre elle, parce que la raison, essence de l'humanité, se refuse d'obéir, quand elle n'y est point contrainte par la force, à tout ce qui n'émane point tncontestablement de la raison même.
« Les seizième et dix-huitième siècles, continue M. de Lamen- « nais, en ont offert des exemples terribles. L'histoire ne préa sente rien qu'on puisse comparer à cette longue rébellion de « V homme souverain contre toute espèce d'ordre. »
C'est vrai : parce que, pendant tonte l'époque d'ignorance. Tordre ne peut se baser que sur la force transformée en droit par le sophisme, c'est-à-dire sur le despotisme. Or, l'essence de l'homme pouvant examiner est d'avoir horreur du despotisme. Le protestantisme contre tout ordre établi a donc nécessairement son origine dans le berceau de la société, et ne peut périr qu'avec le despotisme lui-même.
« On commença, continue.M. de Lamennais, par l'affranchir « de l'obéissance à l'autorité religieuse, c'est-à-dire qu'on le fit a Dieu. On l'affranchit ensuite de l'obéissance au pouvoir police tique, c'est-à-dije qu'on le fit roi, et ces deux choses sont in- « séparables. »
C'est vrai, ces deux choses sont inséparables : pourvu que Dieu signifie raison; et Rou citoyen ou homme libre. Remarquez alors que ce fut au nom de la raison qu'on sut Taffranchir : d'un faux dieu, et d'une fausse royauté. Or, tant que ce qui est ordonné par la raison n'est point incontestablement démontré vis-à«vis de tous et de chacun, et que les faux dieux et les faux rois ne peuVènt plus dominer, chacun alors se fait nécessairement dieu et roi. Puis il en résulte, nécessairement aussi, un effroyable charivari; et c'est ce que vous voyez maintenant. M. de Lamennais va vous le reprocher.
a Renfermé dès lors en lui-même, dit-il, n'ayant plus que des « pensées sans règle, des volontés sans frein, des opinions sans c< certitude, il cherche et il cherche encore à remplacer ce qu'il a « perdu ; il travaille à se faire une religion avec des doutes, une « morale avec des passions, un gouvernement avec des rêveries (( et des intérêts. »
G*est parfaitement juste. Seulement il y a une erreur : Thomme ne cherche pas à remplacer ce qu'il a perdu, des faux dieux et des faux rois ; mais il cherche à les remplacer par le Dieu véritable, et les rois véritables. C'est là le résultat de l'anéantissement de l'ignorance.
« Il est étrange, continue M. de Lamennais, que des hommes « d'esprit, et même des hommes d'Etat, aient cru voir dans ce (( profond désordre un besoin du siècle, contre lequel on tenterait « vainement de lutter. »
C'est si peu étonnant, que M. de Lamennais, homme d'esprit et depuis homme d'Etat, a lui-même reconnu ce besoin peu de temps après avoir proféré cette expression d'étonnement.
« Autant vaudrait dire, continue-t-il, que le besoin du siècle « est l'abolition complète de la société. »
C'est très-vrai. Ce besoin n'est en effet que l'abolition complète de la société basée sur l'hypothèse et la personnification. 11 faut désormais que la société se base sur la réalité ou qu'elle périsse.
« Si cela était, continue M. de Lamennais, nous ne compre- « uons pas pourquoi l'on continuerait encore de gouverner et
« d'administrer. Il n'y aurait qu'à laisser le siècle accomplir lui- « même son œuvre ; pour satisfaire le besoin qu'on lui suppose, a il n'est sûrement pas nécessaire de l'aider. »
C'est vrai. Et cependant, M. de Lamennais d'une part, et ses adversaires d'une autre, contribuent^ chacun selon son pouvoir, à la destruction de cette ancienne société. C'est que, lorsqu'une société est condamnée à périr, ceux-là même qui veulent la cob* server sont ceux qui travaillent le plus ardemment à sa ruine.
« On peut concevoir, continue M. de Lamennais, qu'un peuce pie sente le besoin de certaines lois, de certaines institutions « déterminées, surtout si elles ont un fondement dans ses mœurs « et dans son histoire ; mais que plusieurs peuples éprouvent à la « fois le besoin vague de nouvelles croyances, de nouvelles docte trines religieuses et politiques, d'une nouvelle législation, en « un mot, qu'ils ne puissent plus vivre de ce dont tous les peuce pies ont vécu jusqu'à présent; c'est ce qu'on pourra peut-être « admettre lorsqu'on aura prouvé que les symptômes d'une mate ladie mortelle n'indiquent, dans l'homme physique, qUe le bec( soin senti d'un nouveau mode d'existence. »
La raillerie est une excellente figure, quand elle est justement appliquée. Ici elle ne Test pas. Les comparaisons prises dans l'ordre physique, pour les transporter dans Tordre moral, sont toujours mauvaises : parce que ces deux ordres sont aussi en opposition que Tordre de temps et Tordre d'éternité. Jusqu'à présent les peuples n'ont eu de croyances, de doctrines religieuses et politiques, de législation, que basées sur Tanthropomorphisme : lequel lui-même n'a eu de base que la possibilité de comprimer Texamen. L'examen est devenu incompressible. Il n'est donc nullement étonnant que tous les peuples maintenant éprouvent à la fois le besoin vague de nouvelles croyances, ou plutôt de la science de laquelle doit dériver une nouvelle doctrine religieuse et politique, une nouvelle législation ; il n'est donc nullement étonnant qu'ils ne puissent plus vivre de ce dont tous ont vécu jusqu'à présent. C'est clair comme 2 et 2 font 4.
Maintenant» écoutez avec la plus grande attention. Jamais rieo
«raussi vrai n'a élé plus éloquemment exprimé. Pesez chaque ligne ; pesez chaque mot.
c( Il serait curieux d'examiner» continue M. de Lamennais, « quels doivent être les effets d'un gouvernement fonulé sur To- <c pioioD, dans un pays m il n'y a point d'opinion publique dote minante, et où les'opiçions opposées se subdivisent presque à a Fiiifini ; car on ne saurait se dissimuler que les royalistes mêmes a ne sont nullement d'accord entre eux sur des points d'une « haute importance* £t^ fii l'on ajoute à cela que le même homme « a souvent deux opinions différentes , son opinion personnelle « et son opinion comme membre d'un corps de TEtat, on aura M quelque idée de cette espèce de chaos moral dans lequel la so- « ciété s'enfonce tous lès jours. »
C'est vrai, incontestablement vrai. Alors pourquoi M. de Lamennais s'est-il précipité, tête baissée, dans ce chaos moral? Est-ce par désespoir? Il est cependant évident : qu'en dehors d'une incontestabilité résultant de la parole de Dieu supposée réelle, ou d'une incontestabilité résultant du raisonnement, toute idée socialement commune et dominante est absolument impossible; et qu'en dehors d'une idée commune et socialement dominante, toute société est aussi absolument impossible, si ce n'est à l'état d'agonie.
paupérisme moral ! c'est du désordre que tu causeras que doivent sortir : et la vérité; et le bonheur du monde.
c Le christiamsme avait jeté dans la société, dans notre Europe, un ordre moral, c'est-i-dire un ensemble de Térités sur tous les points qui intéressent le plus l'homme, et la société vivait de ces vérités : elle était organisée selon ces vérités. La société vivait de cet ordre moral.
c Eh bien l trois siècles ont passé sur cet ordre chrétien, et ces trois siècles ont aboli cet ordre, ou au moins Tont-ils miné, profondément miné, ébranlé dans lesftmes, dans les consciences, dans les sociétés elles-mêmes.
< n y a mal dans le pays, et ce qui atteste ce mal, c'est cette inquiétude partout manifestée, ce mécontentement qui se trahit He tous côtés , et dont PtRsoKHB nb peut défoua la cause et l'objet.
< Eh bien ! ce besoin de la société qui n'est pas satisfait, ce besoin qui crie, ce besoin n'est point du tout un besoin matériel. C'est un besoin moral.
< Le vide laissé par cette immense destruction, ce vide est partout. Il est dans tous les cœurs, il est obscurément senti par les masses. Il est plus clairement senti par les esprits distingués. Ce vide, IL FAUT LE REMPLIR. Tant qu'il ne sera pas rempli, je prétends que la société ne sera pas calmée, et
QU'u. NE DÉPEND DE PERSONNE DE LA CALMER.
« Voilà la véritable cause de l'inquiétude sociale, et, tant qu'on n'aura pas trouvé un remède moral à ce mal moral, la société sera inquiète, la société sera agitée.
< Le peuple cherche un changement, il aspire à un changement matériel : il a besoin de queîqiie chose, il ne sait pas quoi, parce qu'il lui faut quelque chose de moral et qu'il n'a rien de moral. »
JounmoY, Chambre des députés, 18 mars 1834.
f On n'espère pas, on attend. »
E. DE GiBARDIN, Im 52, v9 11.
< C'est ainsi que les victimes attendent la
mort. »
Colins.
a 11 seml)tt3, continue M. de Lamennais* que le pouvoir ait « ignoré jusqu*ici qu'il (qi ^eul il appartient de fixer les esprits.
« eu se réglant lui-môme sur des principes fixes, et en maiute- « uant avec fermeté les doctrines invariables de la religion et « de l'Evangile. »
Ici M. de Lamennais se trouve dans l'erreur. Le pouvoir, le seul pouvoir réel en époque d'ignorance, le pape autocrate, n*a jamais ignoré qu*à lui seul il appartenait de fixer les esprits. Mais les rois eux-mêmes, au moyen de la presse, ont brisé le vase d'élection d'où seul pouvait découler leur pouvoir secondaire. Eu France, c'est Bossuet qui le premier a porté la main sur cette arche sacrée. Du reste, une fois que la presse avait rendu les âmes imcompressibles, tout pouvoir reposant sur l'hypothèse devait crouler nécessairement. Les reproches que M. de Lamennais adresse au pouvoir, c'était à l'époque qu'il devait les adresser.
« Au lieu de cela, dit-il, qu'a fait le ministère ? par quelles « maximes est-il dirigé ? quels sont ses plans, ses vues, ses idées ? « quelqu'un pourrait-il dire ce qu'il pense et ce qu'il veut ? Loin « d'offrir un appui à Topinion vacillante, il en augmente la mo- « bilité par ses contradictions perpétuelles, par sa marche timide cr et détournée. Il ne domine pas, il ne conduit pas, il est enci traîné, et malheureusement presque toujours dans le sens de a h révolution. Il obéit à un système qui existait avant lui, et il « serait difficile d'imaginer quels changements eût offerts Ten- « semble de ses £(ctes, s'il avait eu le dessein de se montrer « comme le simple exécuteur d'ordres que ses prédécesseurs lui « auraient laissés. )>
La critique est admirable. Mais remarquez que ceci a été écrit il y a vingt-huit ans. Maintenant voyez tous les ministères qui ont existé depuis 1825, sous tous les régimes possibles, et observez que tous, sans l'ombre d'une exception, ont mérité les mêmes reproches. Que faut-il en conclure ? que ces reproches ne doivent point s'adresser aux hommes, mais à la ^tuation qui rend les mêmes fautes nécessaires. En époque d'ignorance et d'incompressibilité d'examen, surtout à mesure que l'anarchie augmente, il est impossible à un ministère quelconque d'avoir des plans, des vues, des idées arrêtées. 11 lui est impossible de se dire ni ce qu'il pense, ni ce qu'il veut. Il lui est impossible d'ofiirir un appui
constant à une opioioa quelconque ; il est obligé d'augmenter la mobilité de toutes par ses contradictions nécessairement per<* pétuelles, par sa marche nécessairement timide et détournée; il ne peut dominer, il ne peut conduire» il est nécessairement entraîné et toujours fatalement dans le sens de la révolution* Il obéit, même contre sa volonté, à un système qui existe avant Ijii, et l'ensemble de ses actes n'offrirait aucun changement, s'il avait eu le dessein de se montrer comme le simple exécuteur d'ordres que ses prédécesseurs lui auraient laissés.
Jetez maintenant les yeux sur tous les ministères de TEurope et du monde, vous verrez que, du plus au moins, même jusqu'en Chine, même jusqu'au Japon, cest absolument la même chose.
Ce que nous venons de dire, M. de Lamennais va vous le répéter.
a Rien, dit-il, ne saurait étonner de la part d'hommes que des « causes quelconques ont placés dans une si fausse position. En a plaignant la France, qu'ils achèvent de perdre avec les mell- « leures intentions du monde, il faut aussi les plaindre eux*méc( mes ; car ils sont soumis forcément à toutes les conséquences « du système qu'ils ont adopté, après Tavoir combattu longtemps. Ci ei il y aurait, sinon de l'injustice, au moins de la dureté à les « accabler sous le poids de ces conséquences funestes devenues c( pour eux inévitables. Ils ne sont plus maîtres de leurs paroles c( mêmes, et nous en citerons un exemple frappant.
« Il n'est personne qui ne rende hommage au noble caractère c< de M. de Chateaubriand. Défenseur zélé de la religion et de « toutes les saines doctrines sous la tyrannie de Buonaparte, les a aurail-il abandonnées sous le règne A un fils de saint Loui«? a Douterait-on que les hautes vérités qu'il a proclamées si éloa quemment ne soient encore toutes vivantes au foud de son « ame généreuse ? Non, certes. Et cependant il s'est cru obligé, « comme minisU'e, de désavouer, en présence de la Chambre des « députés, un principe que le christianisme consacre, et sur le- « quel repose la société. En parlant d'un prince qui a mérité ta « reconnaissance de TËurope^ et ii qui la Provideiice réserve
c pêtttrétre de plus grandes destinées encore : « Cix>yez-yous donc, « a dit M. de Chateaubriand, qu'il eût voulu la guerre à tout prix, « en verttL de je^ ne sais quel droit divin^ et en haine des libertés c du peuple? T» Qui pourrait, en lisant ces mots, se défendre d'un c sentiment pénible ? Où en sommes-nous donc, s*il n'est plus « permis à un ministre du roi trè&H^hrétien de reconnaître avec « FEvangile , avec tous les peuples civilisés , que le pouvoii* ff vient de Dieu, omnis potestas a Deo? Serait-il vrai que le prince cipe contraire, que l'athéisme politique fût la base de la société « nouvelle qu'on s'efforce de créer pour satisfaire le besoin du siè- « clsy et qu'en vertu de je ne sais quel progrès des lumières m humaines, le monde dût cesser de relever de son Créateur?»
Pour preuve que les contradictions que M. de Lamennais reproche à M. de Chateaubriand sont inévitables, nous allons citer d'autres paroles de M. de Lamennais. Certes, la création est un miracle s'il en fut jamais I Eh bien ! M. de Lamennais, à propos de miracles, disait quelques années après :
« Il y a des miracles quand ou y croit; ils disparaissent quand < on n'y croit plus. »
Et à propos de l'autocratie papale, hors laquelle 4e christianisme n'est absolument rien, comme base sociale, il dit encore :
« Partout l'humanité gémit sous la sanglante domination de « ses tyrans ; elle râle sous les pieds de quelques monstres im* « béciles. Et il y a dans le monde un prêtre couronné qui lui dit : « Ne bouge pas! laisse-toi fouler, broyer. Dieu te l'ordonne. « Tes souffrances, tes angoisses, ton agonie, c'est l'ordre suie préme, éternel. Sachant bien que cette vérité pénétrerait dif-tu ficilement dans ton esprit et dans ta conscience, que jamais tu a ne l'aurais découverte toi-même, il a du haut des cieux envoyé « son fils pour la révéler. Crois, adore, et tais-toi. »
Et, à propos de la souveraineté de droit divin, il dit encore :
« Inspiré ou non inspiré, le souverain, par exprès commande* « ment de Dieu, doit justifier le choix de Dieu. Jusqu'à ce qu'il « ait montré ses titres, l'acte authentique de son élection, il n'est « qu'un brigand et qu'un imposteur. »
Maintenaiit laissons continuer M. de Lamonnais :
c( Mais, dit-il, si le pouvoir n'a pas son origine en Dieu, où se « trouve-t-elle ? Dans le peuple? Non : la souveraineté du peuple ce renverseroit tout Ordre social, (Discours de M. de Châteaua briand, 25 février 1823.) Rien n'est en soi si évident, et rieo « n'est aussi pleinement confirmé par Texpérience. Ainsi la souc( veraineté ne vient ni du peuple ni de Dieu, le ministère l'asc( sure. D'où vient-elle donc? »
Arrêtons-nous un instant, pour dire à M. de Lamonnais d'où vient la souveraineté ; c'est une question capitale.
En époque d'ignorance et de possibilité de comprimer socialement l'examen, la souveraineté vient de la force transformée en droit par une révélation quelconque qui a pu s'emparer de l'éducation.
En époque d'ignorance et d'impossibilité de comprimer socialement l'examen, la souveraineté de la force transformée en droit s'écroule. Et alors il n'y a de souveraineté possible que celle de la force non transformée en droit, de la force brutale, de la force du nombre ou de la ruse, dite du peuple.
La première sert de base au despotisme. La seconde est la source nécessaire, inévitable de l'anarchie. Et, quand l'anarchie a rendu nécessaire la recherche de la vérité ; lorsque la vérité a été rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun, la souveraineté de la raison existe ; et c'est de cette seule souveraineté que peut dériver la liberté sociale.
Laissons encore continuer M. de Lamennais :
ce Ici, dit-il, commence la théorie minislérielle du pouvoir, théo- <x rie dont le succès ne serait pas douteux un moment, s'il suf8- « sait, pour décider les esprits à l'admettre, du charme de la a nouveauté et de la séduction du talent. »
Pardon de l'interruption ! Mais nous avons la sottise de croire que le talent voulant démontrer l'absurde ne séduit jamais que les imbéciles ou les vaniteux. Maintenant, continuez, monsieur de Lamennais :
c( Mais, dit-il, outre la difficulté de faire clairement compreu- « dre aux hommes ce que signifie cette maxime : La source de a la souveraineté découle du souverain (M. de Chateaubriand),
« ils diront toujours : Ou vous entendez que la souveraineté véri- « table appartient à celui qui exerce le pouvoir, pendant qu'il « l'exerce, et alors^ous consacrez le gouvernement de fait; ou « le souverain légitiitie, dépossédé de ses États par la violence, «t conserverait encore la souveraineté, et alors cette souveraineté, a qui ne vient ni de Pieu, ni du peuple, serait quelque chose d'inc( hérent au monarque et d'inné en lui, une haute et sublhne préa rogative qu'il ne tiendrait que de lui-même ; c'est-à-dire que a vous reconnaissez deux races d'hommes de nature différente, « l'une destinée à commander, et l'autre à obéir; c'est-à-dire «t que, par amour pour la liberté du peuple, vous établissez le « principe d'une servitude si aviliss^te, que Ton ne conçoit rien « au-dessous d'elle. .4 tout prendre, nous préférons la doctrine « du christianisme. »
A tout prendre est une expression de doute. C'est de ce doute que depuis est sortie la sentence que nous venons de citer : que tout souverain de droit divin qui ne montre pas ses titres authentiques n'est qu'un brigand et un imposteur.
Le gouvernement représentatif est l'expression de la souve*raineté du peuple, que le vote soit restreint, ou qu'il soit universel. Certes, rien n'a plus de rapport à la société actuelle que ce même gouvernement. Voyons comment il est jugé par M. de Lamennais. A cet égard lui-même cite le passage suivant de M. Laurentie, et il y donne ensuite sa complète adhésion :
« Le gouvernement représentatif, dit M. Laurentie, établit au a milieu des nations des disputes éternelles sur toutes les ques- « tious de morale publique. A l'aide des tribunes élevées sous les a regards du public^, des hommes différant d'opinions et de « croyances viennent tour h tour affirmer des croyances con- « traires, développer avec un droit égal la vérité et le mensonge, « étonner les imaginations faibles de la multitude, en lui présen- « tant, sous les mêmes formes dogmatiques, des systèmes oppo- « ses et des doctrines ennemies. Et prenons-y garde, déjà les « hommes témoins de ces contradictions à chaque moment re- « nouvelées, de ces luttes publiques entre les opinions les plus « diverses, sont eux-mêmes divisés entre eux, et n'ont que leur
« propre conscience et leur croyance personnelle pour faircf un a choix entre tant de prindpes opposés. Ainsi cette fatale incer- «c titude, qui déjà règne dans tous les esprits, s'accroît incessam* a ment par l'incertitude des doctrines publiées par les hommes ec qui sont appelés à avoir quelque influence sur les croyances a publiques. Chose vraiment inouïe ! l'autorité, qui doit enchaîner (K les opiiiions, les livre au contraire à leur propre caprice ; les (c gouvernements qui ne peuvent se fortifier que par Tunité ten- <c dent à s'affaiblir eux-mêmes par la division ; c'est du sommet ce de la puissance que descend l'anarchie. »
M. Laurentie et M. deLamennais, qui l'approuvait alors, n'ont pas réfléchi que le gouvernement représentatif est le seul possible du moment que tout souverain de droit divin peut être traité publiquement de brigand et d'imposteur s'il ne montre les titres authentiques que Dieu lui a donnés ; et cela pour aussi longtemps que l'ignorance sociale n'est point évanouie. Quant aux tribunes parlementaires^ elles ne sont que les traductions des tribtiaes nationales littéraires, communiquant nécessairement entre elled, du moment que les nations sont elles-mêmes en contact intellectuel inévitable. Ne vaudrait-il pas mieux, au lieu de vouloir s'acharner à maintenir l'une ou l'autre de ces deux souverainetés, actuellement également stupides, reconnaître avec M. de Chateaubriand : que toutes les deux sont désormais incapables de servir de base à l'existence de l'ordre ? Il est vrai qu'avouer sa propre ignorance est une chose bien difficile aux individus, et à plus forte raison aux sociétés. Il faudra cependant bien en venir là ou mourir. Une effroyable jacquerie s'avance, et déjà vous saisit par les lambeaux de vos institutions. Sociétés 1 voulez-vous attendre qu'elle vous frappe avant de reconnaître que vous n'êtes que des imbéciles ?
XYI
a II y a dos hommes juxtaposés, il n'y a plus de sEirrniEnT coMMim , si ce n'est pent^élre la haihb
DO RÊGnOI AUQOIL l'OOYBISR BST A8TREIMT. »
Michel Ghevaubr, premier discours d'ouverture.
L'écrit de M. de Lameouais, que nous allons examiner, se rapporte à un travail de M. de Haller, intitulé : Restauratmi de la science politique. Cet o\x\Tai%ef que personne ne connaît, ne vi* Tra que par ce que M. de Lamennais en a dit. Mais ce qu'il en a dit mérite une attention spéciale. 11 est toujours utile de voir en quoi et pourquoi les hommes de mérite se sont trompés.
a II est manifeste, dit M. de Lamennais, que Tunion d'où ré* (( suite la société, ou plutôt que la société même, consiste en des
« SEnTIM£]RTS COMMUMS et dCS jGROVâNGES COMMUNES. »
Pour parler de la société , il faut d'abord savoir en quoi elle con siste. Et, si Ton se trompe sur ce qui la constitue, tout ce qu'on pourra dire ne sera qu'une suite de la première erreur. Plus alors on sera logique, et plus mal on raisonnera.
Les sentiments, moralement considérés, sont exclusivement les résultats de raisonnements. Aimer ou haïr sans raison, n'est plus aimer ou haïr d'une manière proprement dite : c'est éprouver de l'attraction ou de la répulsion. Sinon : l'aimant aime le fer; et les deux pôles ont de la haine l'un pour l'autre. Voilà donc les sentiments éliminés comme compris dans le raisonnement.
Arrivons aux croyances. Une croyance est bien certainement un raisonnement : mais tout raisonnement n'est pas une croyance. 2 et 2 font 4 n'est pas une croyance, c'est une certitude. Le mot croyance ne se rapporte qu'à Yignorance» Tout croyant est un ignorant; et, s'il donne sa croyance comme vérité, ce croyant est un sot. La sottise n'est que l'ignorance jointe à la vanité. M. de Lamennais aurait dû dire : «L'union, d'où résulte la société con-
siste dnns un raisonnement commun; » ou bien, en substituant le motidéeau mot raisonnement : consiste «dans une idée commune.»
Maintenant il y a idée vraie et idée fausse, c'est-à-dire bon et mauvais raisonnement. Et, comme une idée fausse ne peut être commune, s'il est possible à chacun de l'examiner, il est évident que, eu dehors de la vérité, rendue rationnellement incontestable vis-h-vis de tous et de chacun, la société ne pourra exister : si l'idée, donnée par elle comme devant être commune, peut être examinée. La communauté de croyances appartient donc exclusivement à la possibilité de comprimer socialement l'examen.
Si maintenant il arrive une époque, comme la nôtre, par exemple, où il devient absolument impossible d'empêcher que l'idée, donnée comme devant être commune, puisse être examinée, il e^t encore évident que la société alors sera absolument impossible : tant que la vérité ne sera point découverte.
Toute l'erreur de M. de Lamennais consiste en ce qu'il n'a pas vu : que désormais toute croyance, considérée comme base sociale, était devenue absolument impossible. Et, malheureusement, il a conservé cette erreur en abandonnant le camp de ceux qui n'en ont point d'autre. Puis, dans quel camp est-il passé ? Dans celui de ceux qui ont la folie de s'imaginer : qu'une idée commune n'est point exclusivement la base de la société; qu'il est possible de baser l'ordre sur la multiplicité des opinions.
Maintenant, écoutez avec quel talent il va combattre, ceux que bientôt il prendra pour ses propres alliés.
« Quelle union, dit-il, serait-il, en effet, possible d'imaginer « entre des êtres dont les croyances et les sentiments seraient on « tout opposés? Chacun d'eux, séparé des autres, et les repous- « sant de toute sa nature, vivrait dans un éternel isolement. »
C'est absolument vrai. Mais à qui la faute? A ceux qui veulent des croyances communes : quand les croyances communes sont devenues absolumenl impossibles ; et qu'il n'y a plus de possible, comme socialement communes, que les vérités rationnelle-, ment démontrées.
« L'union des esprits, continue M. de Lamennais, n'est donc « autre chose que l'unité de croyances, qui ne saurait se trouver
« que dans la vérité, parce que la vérité est une, immuable, tan* « dis que, diverse, selon les temps et les lieux, l'erreur varie per* « pétuellement. )à
Très-bien, monsieur de Lamennais. Mais il y a : vérité socialement imposée, par l'éducation, sous la protection d'un sophisme, vérité qui n'est qu'une erreur, ou tout au moins qu'un préjugé, ce qui est la même chose en présence de l'examen; et vérité socialement imposée par Tinstruction, sous la protection d'une démonstration rendue incontestable vis-à-vis de tous et de chacun, vérité absolue, par conséquent éternelle vis-à-vis de l'examen.
L'unité des esprits n'est donc pas ce que dit M. de Lamennais, Vunité des croyances ; l'unité des esprits c'est : l'unité de croyan* ee« ou l'unité de science.
< L'union des cœurs, continue M. de Lamennais, n'est non « plus que l'unité de sentiment, ou, en d'autres termes, une bien- « veillance mutuelle. »
M. de Lamennais ne connaît pas 'plus ce en quoi consiste l'union des cœurs que l'union des esprits. L'union des cœurs est le Insultât nécessaire de l'unité de croyance, ou de l'unité de science. Le cœur, moralement considéré, n'est autre que le raisonnement. Le cœur qui se trouve attiré vers la brune ou la blonde, est le cœur de la béte. Le cœur qui se trouve attiré par telle ou telle raison, est le cœur de l'être intelligent. Sans le savoir, M. de Lamennais fait ici de la triade. Sensation, sentiment et connaissance, sont, moraleâient considérés, une seule et même chose. Dans le temps, c'est-à-dire dans l'ordre moral, une sensation est un sentiment et une connaissance ; un sentiment est une sensation et une connaissance; une connaissance est un sentiment et uue sensation.
« Et de même, continue M. de Lamennais, que -le doute est « l'absence de lien ou d'union entre les espfits, et l'indifférence, « l'absence de lien ou d'union entre les cœurs, le faux, dont le « caractère est r opposition aux croyances générales, divise Jes « esprits, comme la huine divise les cœurs. »
Le caractère du faux est si peu l'opposition aux croyances générales, que, en général, vous pourriez dire que le caractère du
vr«i 9it CQppo^itm) ^w «p^noe» yénéraia^. £t ced doit é(i« en ApoqiH» d'igiiQranQpi, (^a cmyanee géaérale h élé, jusqu'à Galilée, que le soleil tournait autour de la terre; et c'était W OH^ s^tioa av^p la vérité, Ia croyauoe gépérale, depuis VorigtM; du i^pode, a été qu^ le Dieu peraouuel» pen^uui^tion 4e la yiu^ ^ce éterq^Ue, était une vérité; et cetji^ croyance e^t eu cin^'r tipa 4irec|iravec la vérité^ 1*^ Dieu réel, c'çst la justice éteriieU*» m^ que rpqt reconnu implicitemept top^ les théologieua fn tm^ s^^ttapt |e fauxDieu à cetie p^âffie justice. Quant à cp qui diYÎMlM cœurs, 09 n'est nuUeoieat la baiue, c'est la 4i£^^Qce if» ralswh iieipç;pt$i, U différence des cpnclpsipos» dopt )a liu^iap u'eiAqcii le résultat. A wpins que ce pe wt, m^ haine dp béte } et aHm te
n*est plus de la haine, c'est de la répul^u. l^gpipa^biei \ ^ pirés(|pce de L'ipcpKppresâibiiité dp l'examen, tu ea la mvtn^ de tous» L^a Piaux,^ U est vrai que tu n'es autre que rei:prewup dP Tiguorance.
« Atpsi, coatipue M. de Liauïeppais, ce qu'il y ^ de cpmmun « di^ns les croyances» est au^si ce qu'il y a de virai, p^t aufai <<e nf. qui unit ; ce qu'il y a de commun dana les aeutiments eat aussi ot « qu'il y a de biepveilUut» est» au^i ce qui unit - et la société r^ % pose ^ur deux grandes loia, sans lesquelles oq ne pourrail paii ^ même la concevoir} une lo^ de vérité et une loi d'amour. »
M . de Lamennais est très-babile à bâtir des ehâteau)L de Wh tes; mais soufflez dessus» et ils disparaissent. Kon, monsieur,* \ê spcié té ne repose pas sur àe\^. grandes leisr elfe ne repose quf tiir UiM^ açule, la loi de vérité ou de ce qui est socialement leuu pow vérité^ lorsque Tignoraoce ne permet pas encore de e^naltieip vérité. Quaut à la loi d'amour, elle est le résultat de la loi de li» rite, ou de ce qui est tenu pour tel.
Maintenant écputez bien. M. de Lamennais est toujours admirable, même lorsqu'il e^ dans l'erreur.
« Mai$, dit-il, quand on vieut à considère? la fûblesse 4e 1% c( raispn humaine si fadle à s'égarer, si opini^re à nejamaia le» « venir 4^ Terreur qui la flatte, et la corruption de la volonté qui* a cpocepUraOïi rbonMPie eu lui-même, le porte à faire de son. in- « t/éi^ propre, tei que les passiona le comprenne^, l'unique li-
« t[hi da M9 affectipn» » oo voit btoiHât que la tiep %QmU ou < ne pourrait se fonoer ou 8« })rî«erwt il ctoque igstaoi, «'il % A'tvait pas bors de noua son origine dans une PwaoKa plus « sage. »
Trèa-bieOf sauf des erreurs secondaires que aws laissons pas* asr. Ne nous arrêtons qu'à l-easentiel. Cette puU$aneâ est per« amneUe ou ne Test pas. Si elle est personnelle, elle est, oui ou HMi, souonise k la raison- Si elle n'est pas soumise à la raison^ elle n'est aytreque la fatalité» et voilà la liberté, par conséquent la moralité^ anéantie; si elle est soumise à la raison, ce n'est plus la personnification qui est puissance, c'est la raison. Quant à l'expression plui 80gef elle est très-mauvaise. Il n'y a pas plus sage qne la raison, ou la raison ne serait qu'une sotte. Et quiconque connaît la vérité est aussi sage que possible théoriquement : il est ensuite pratiquement aussi sage que possible, s'il pratique ce qu'il sait. Sinou, c'est un sot.
« Les hommes, continue M. de Lamennais, ne sont pas plutôt t abandonnés à eux-mêmes qu'ils deviennent ennemis les uns des s autres par un effet de Tamour désordonné de soi, et qu'ils se % perdent dans une multitude d'opinions contradictoires. »
Les hommes ne sont abandonnés à eux-mômes que lorsqu'il n'y a plus d'idée commune, relative à une sanction commune et inévitable. Dès qu'il n'y a plus de sanction inévitable, c'est^dire relative à la^justice éternelle, ce n'est plus un amour désordonné de soi qui rend les hommes ennemis les uns des autres, c'est, au contraire, un amour bien ordonné^ à moins que bien ordonné ne signifie pw oonforn^ à la raison* U est vrai qu'en dehors d'une idée commune , bonne ou mauvaise , les hommes se perdent dans une multitude d'opinions contradictoires.
Mais alors pourquoi M, de Lamennais a-l-il été se placer dans le camp des hommes abandonnés à eux-mêmes? C'est, dira*t-ii, que le camp des hommes chez lesquels il se trouvait était com-* posé d'hommes aussi désormais abandonnés à eux-mêmes» par suite de l'incompressibilité de l'examen existant au sein de rbumanité ignorante. Alors, il aurait d& âever le drapew^ Ja
science, eût-il mône été obligé d'y inscrire : a la sgueuge bncobi
INGONNIIE, MAIS MSVENUE SÙCIALEMENT NÉCESSAIRE.
« Pour, continue M. de Lamennais, qu'il existe un ordre de « croyances et de sentiments invariables, ou pour que la société « naisse et se conserve, il faut que les lois de Tintelligence, ma- « nifestées k Tbomme avec certitude par une raison au-desM» a de la*sieune, Foient obligatoires pour lui ; et point de société « sans un pouvoir souverain qui impose à Tesprit le devdir <( de certaines croyances, et au cœur le devoir de certaines « vertus. »
Que signifie cette certitude manifestée par une raison aa-des« sus de la sienne? Quand la certitude est acceptée, la raison qm l'a manifeMée n'est plus au-dessus,, elle est égale. Quant au soii^ verain qui impose des croyances, c'est le souverain qui peut en»* pécher d'examiner. Mais, du moment que l'examen se trouve devenu socialement incompressible, un pareil souverain n'est pins même le maître de ne pas recevoir les crachats de tous ceux Vpii voudront lui en salir la figure. Souvenez-vous bien qu'il n'y a qu'un seul maître qui puisse imposer des devoirs dont les vertus ne sont que l'exécution, c'est le raisonnement. Quand vis-à-vis du raisonnement il n'y a pas de sanction inévitable d'une règle quelconque : le devoir, c'est de chercher à être le plus fort ; et la vertu, c'est de l'être.
(T Aussi, continue M. de Lamennais, tous les peuples ont re* a connu une loi primordiale promulguée par Dieu même et d'oili « dérivent toutes les autres lois. »
S ans aucune espèce de doute, et même sous peine de mort sol'/iale. Gela suffit pour aussi longtemps que l'examen peut être <'om primé. Alors le législateur fait dire à Dieu, personnification de ce qu'il suppose justice étemelle, tout ce qu'il croit propre k rétablissement et au maintien de l'ordre. Pour maintenir l'ordre, il sulfit ensuite : de s'emparer de l'éducation; et de faire brâler quiconque veut publier le résultat de son examen. Anséi , y u4-il alors autant de paroles de Dieu que de législateurs. Mais, ime fois que l'examen est devenu incompressible^ la valeur dé la lification s'évanouit, et c'est la justice éternelle elIe-inAn^
cfne l'on veut' entendre et comprendre par les oreilles de l'iiitellH gence.
« En rapportant sou existence et sa nécessité, Gonfucius, Py- % thagore, Aristote, Platon, Gicéron, n'ont été que les organes « de h tradition universelle et les échos du genre humain. »
C'est vrai : tous ont été anthropomorphes pour le peuple, et panthéistes pour leurs disciples. Si vous le désirez, je vous donnerai toutes les preuves que Gonfucius, Pythagore, Aristote, Platon et Cicéron, étaient aussi panthéistes que vous-même, qui êtes leur disciple. Quant au genre humain, il est naturellement le plus grand sot qui puisse exister» tant que sou ignorance n'est point évanouie. G'est alors un pur écho, c*est bien vrai. Mais ca n'est que L'écho de la nécessité sociale.
Après ces prolégomènes, M. de Lamennais arrive à M. de Haller. Selon lui, celui-ci prouve admirablement que : Le prince <c est un propriétaire indépendant qui administre ses propres « affaires, »
Cette définition est excellente et même vraie, tant que le prince, c'est-à-dire le plus fort, peut vivre isolé, et par c^t isolement transformer sa force en droit. Mais quand, par le contact de deux forts, par l'impossibilité de les réduire à un, et par Texamen qui résulte nécessairement du contact, la force ne peut plus être transformée en droit, il faut que le droit réel se découvre, qu'il domine toutes les forces, c'est-à-dire qu'il anéantisse toutes les nationalités, ou que Fordre périsse, c'est-à-dire la société, c'est-àdire l'humanité.
« M. de Haller, dit M. de Lamennais, montre admirablement « que tous ces rapports extérieurs, dont l'ensemble forme le droit «politique et civil, se déduisent d'un seul principe, ou plutôt « d*un seul fait : Le prince est.un propriétaire indépendant qui « administre ses propres affairés. »
Il faut convenir que Hobbes n'a jam^iis mieux parié.
c< Il faut voir, dans l'ouvrage même, continue M. de Lamennais, « combien cette idée si simple, si féconde en vérités importan- « tes ; combien .elle jette de lumières sur les grandes questions de « rétablissement du pouvoir et de >a: transmission ; combien elle
« 0sl favorable à la vraie liberté» à la paix et au boobeur des « peuples, nécessairement détruits, ainsi que la dignité réelle de a rbûSdtne» par \e% systèmes opposés* »
Que dit actuellement M. de Lamênoais de ce qu'il écrivait il y a vingt et quelques années? Nous somn^es loin dô lui faire ub reproi^ d'avoir abandonné cette effroyable erreur « Mais, quand ou a'a quitté une opinion que pour embrasser une autre opiûion* il faudrait ne pas oublier que» si on a été de bonne foi dans l'erreur, on pourrait bien y être encore» C'est seulement dans le aeiti de la vérité rationnellement démontrée qu'il est possible de dire ( Maintenant je n'ai plus besoin d'apprendre ; je n'ai plus qu'à pra«» tiquer*
Maintenant nous demanderons à M. de Lamennais ce qu'il pense actuellement du passage suivant» écHt aveo une logique à laquelle il est impossible que tout homme raisonnable puisse ne point acquiescer :
(( Examinez, en effet, dit M. de Lamennais, les doctrines phi« « losophiques» soit dans leur théorie générale, soit dans l'appli- (f cation qu'on en fait de nos jours à l'ordre social, et vous recon» a naîtrez qu'elles ne sont rien moins que le renversement des « bases de la société humaine, d
C'est très-vrai. C'est le renversement de toute société basée sur deà croyances, et M « de Lamennais s'imagine encore que la société ne peut se baser que sur des croyances* Alora pourquoi diable M. de Lamennais a-t-il passé dans le camp ennemi?
« Et d'abord, continue -t-il, en déclarant chaque raison itidé* « pendante ou souveraine, elles' anéantissent la société âes intel- <f ligences, puisqu'il ne peut plus dès lors exister de oroyauee « commune qu'on soit obligé d'admettre, ou de vérités*^lùiê. 9
Il n'y a rien à répondre à cela. En dehors de croyaiices communes, ou de la science qui est nécessairement cornoo^une dès qu'elle est connue, il n'y a de possible ({ue l'anarchies c'est-àdire la négation de toute vérité.
« Les droits et les devoirs, continue M» de Lamennais, n'ayant crien d'universel, rien d'immuable, et n'ayant de rapsptnrt poè- « iU>le q[ii'avec la pensée et la volonté de duiqoe homoief ^ le^
« crée et les abolit à âon gré, sont des mots vides de sens; car « la volonté d'un homme n'est obligatoire ni pour les autres, ni « pour lui-même ; ce qu'il veut aujourd'hui, il est libre de ne « |Nift le veuloir iewAUu Ou serait d'ailleurs la règle et la loi € 46 Mtdtomé, si tii ptt^e tt^én âj^oiut? Indépendant de ses « eeailolalileft^ comme ses lemblables le sont de lui, il n'existe s MtK etil Mtuti Ifeb (}lte le premier caprice ne puisse rompre : « êl.ae éùH rkn h autrui^ el on ne lui doit rien. La notion du « |AttV6{t di^f^irâtt égateâieùt; car là où tous sont souverains, « nul tt'tt k droit de c^ymoMiaâer, ni le devoir d'obéir : et qu'est-ce « |t)iè tJth, èitïon ranéantissétteùt total de la société? »
Certes , depuis que M. dé L^iiiÉrRkiais a quitté le camp des (Stoiiànïè pôUr paësef dans celui des niants y il n'a rien écrit d'aussi Mif d'Aueei daif, d'aussi iiicontest^ble . MM. Proudhon et de 6ira)râln, qui récusent toute autorité, devraient bien se pénétrer de cet admirable passage dé M. dé Lamennais.
« Ausei^ €0Qtinue4-iU dès que Ton passe à Tapplication de ces « tttttfltaieS, m est (^Dtràitit d'fmàgiher à la place du pouvoir « féel un pmivoîr fictif, et de rêver je ne sais quelle souveraineté ^ CdUédlte ëbmpioSée dé toutes lêâ souverainetés individuelles; « ti c'est ce qu'on « nommé La schjteraimeté du peuple, UNE « DES mis ÉTONNANTES Et DÉS PLUS MONSTRUEUcc SES FOLIES QUI SOIENT JAMAIS MONTÉES DANS « L'ESPRIT HUMAIN. »
C/eM vrat^ tràe-vrai, absolutn^i vrai^ fit oependanl M« de Lamétafiiiig est ailé Ini^&émet el de ëon pldin grér se plaeer sdus k bsfiHière de iette menstrueose folie »
« Elle entraine sous de nouveaux rapporte^ eontîau^l^il) k « éeurt^ien de toet ordre, de tout devoir et de tettt droite . .
« ^ * * 8e Ui le )[Mtis ^oufsiltable despotisme ^ en la plis <x profonde anarchie. ^
Bref isstffié I moâsieer de LametiMis. Nous pensons comàie vous ; liiiis il nette «M M topossiUs d'exprimer aussi éloquennment seM p«ii9tfe<
c Nous sommes à une des phis fortes époqves que le genre humain puisse franchir pour avan* cer vers le but de sa destinée divine, & une époque de rénovation et de transformation, pareille peut-être à l'époque évangélique. La fkanchiroms-
nous SAKS PÉRIR?
« Oà i^lons-nous? la réponse est tout «ntiàre dans le fait actuel : nous allons à une des plus sublimes haltes de rhumanîté, a une OROAKisATioir GOMPLàTE DE l'ordrb SOCIAL , sur le principe de la liberté d'action et d'égalité de droit. Nous entrevoyons* pour les enfants de nos entants, une sérit de siècles libres, religieux, moraux, RAnoinoBa, un- âge de vérité, dé raison, de vertu au milieu des Sges. — Ou bien , fatale alternative ! Bout allons précipiter l'Europe et la France dans un 4» ces gouffres qui séparent souvent deux époques,, comme l'abime sépare deux continents. Le choit se fait à l'heure où je vous écris.
« Votre théorie sociale sera simple et INFAIL- LIBLE. En prenant Dieu pour point de départ et pour but, le bien le plus général de Thumanité pour objet, la morale pour flambeau, la conscience pour juge, la liberté pour route, vous ne courei aucun risque de vous égarer. Vous aurez tiré la politique des systèmes , des illusions , des déceptions dans lesquelles I'ionorakce et les passions l'ont enveloppée, vous l'aurez replacée où elle doit être, dans la conscience. »
M. De Lamartine, PoUtiquê rëtionntUê.
Nous arrivons à un écrit publié il y a près de dix ans, adressé aux philosophes par M. Pierre Leroux, sur la situation actuelle de la société, C'est, selon nous» Touvrage qui fera le plus honneur à ce philosophe.
« Aujourd'hui, dit-il, ou commence généralement à compren- (( dre et à admettre la vérité que. j^ai surtout cherché à démonce trer, savoir : la nécessité d'une nouvelle synthèse de la con^ a naissance humaine. »
Nous avons déjà fait remarquer que l'expression connaissance humaine est panthéiste. L'homme seul a connaissance sous peine de non-e.\istence d'iiumauité réelle. Mais, passons là-dessus.
L'expression synthèse a pour valeur, dit le dictionnaire, mar-*
ïi
die des principes aux conséquences. Mais, pour partir d'un principe, il faut commencer par en avoir un, réel, incontestable» sous peine de ne pouvoir arriver qu'à des conséquences qui seront entachées des vices du principe : le doute entre V apparence et la réalité. Or, la caractéristique de Fépoque d'ignorance sociale, qui dure encore, est : de n'avoir aucun principe certain. Alors, la nécessité d'une nouvelle synthèse de toute la connaissance humaille signifie tout uniment : que l'humanité est encore ignorante; et que, désormais, cette ignorance doit se trouver anéan* tie sous peine de mort humanitaire. Il eût été bien de le dire plus clairement. Du reste, la pensée de M. Leroux a été : la nécessité de coordonner les connaissances acquises, de manière à pouvoir arriver à la démonstration d'un principe moral réel, incontesta* bie, duquel il fût possible de partir pour établir une synthèse sociale réelle; et, de ce point de vue, nous sommes complètement de son avis.
« Mais il y a quelques années, continue M. P. Leroux, quelle « différence !
« . . . Le problème social n'était point posé.
« Les poètes chantaient, les uns se lamentant sur le* présent , a les autres regrettant le passé. On les écoutait, et on disputait « sur leur mérite. Il y avait des discussions littéraires, mais qui <c n'étaient que littéraires.
« Pendant ce temps-là, le christianisme s'écoulait obscure- <x ment sans exciter d'attention, si ce n'est pour les usurpations « de son clergé en politique. On se disait : — « Qu'a à faire la « religion avec les choses d'ici-bas ? Il y a une loi morale qui suffit a aux honnêtes gens. C'en est fait désormais des questions reli- « gieuses si longtemps débattues par l'humanité, elles peuvent « rester éternellement dans le silence ; qu'elles ne sortent plus « du domaine de l'histoire. »
Tout cela, je le répète, est précédé de ;
«L Ily a quelques années y quelle différence ! on disait.., »
Est-ce que M. Pierre Leroux s'imagine que tout cela on ne le dit plus ? Le monde, sauf des exceptions bien rares, est encore
eiMtebimefa tx>tùpmé de ceux qtii pensent cornow Mi Lttûiâ viem éè )M ftire parï«r ; et de ceux qvi^ sot» l'expression rjtt» jffM, YOflârâteiit ftire «cœpter des absurdités qui révolteol k fiiiMi> «t que» pour celai» îH veulent piicer sous k protttttM d'tollé /l»i aysM poUr devise : <r*^ ^ma aiiurdum'^ je ttûk paTéè que 4'éêt almriâi
Lé vulgsifè croit g0tiërateiB^ilt et, tant que rignoranet an* ci^ie n'éàt point anéàiilie, le vulgaire^ «fl ait d'ordre, se traiif»* an Èùlùmièi de râchéite itftlàl^; le vulgaire, dis^je, eroil géôé» ralèia^t que la qnefttiott d^èrdnê se trouvé : entre des eriho* doutes et des hérétiques; eiitre ^s royalistes et des ripabUeuin»! entré dés légitimistes et des quasj-iégiti^istes ; entre des t^n^ biieèrfv»^ d'une on d'autre couleur ; entre des économistes et dmsOc^Ustes ; entre des propriétait^ et des communistes. C'est une etvmt. La question d'ordre se trouve ExcLusivEUEnr : entre ceax qui affirment que la sanction religieuse est nécessaire à Texisteiioe sociale ; et ceux qiii affirment que la société peut exister sans ôlre basée sur uuo sanction religieuse socialement commutie à t^o^ le$ individus. Quand cette question sera socialement résolue^ toutes les autres le seront : csr elles en sont des déductions nécessaires, Êten^reUs forcé, à cause de l'ignorance sociale» d'imposer vntre sanction par la force? Alors le despotisme est exclusivement base de Tordre : rétablissez Tinquisition ; maintenez rorgaui*» sation de la propriété, dont le résultat nécessaire est le paupérisme; isoleilles différentes révélations, sources des différentes nationalités; anéantissez les Communications intellectuelles par la destruction de Timprimerie ; régnez enfin par la compression et l'abrutissement des massefe. Mais, ai vous venez à reconnais tre : qu'il est désormais impossible de rien imposer socialemunl par la seule force; si vous venez 4 reconnaître : qu'il est àééor^ mais impoesibiede transformer la force en droit; si vous ve-». nez à reconnaître : que l'absence de dc'spotisme, au sein d'Unuk société non basée sur une sanction reUgieuse commune^ est atiksi anarchique qtie pourrait l'être^ au sein d'bn immense Bedlanl^ l'Absence de camisoles de forœ et de gardttrfous ; cherchez doiut fiV bwi^ etavAirr tout ; eommeiil il est pAsiiUe d'inuposer à tous, pif
vta-niftmiiseiMtt àudsi ineontesuble qae un est «m, cettêr uêne MMtiMi Kligieusê (fae votisaur«z feconiitiê nécesBâire» Alors tous il^aufet phis besoin : ni d'inquisition teligieusé ; ni de tM)uiteâA civil ; puisque la règle sera imposée à chacun par sa proj^re tA* iDtt et âanetionnée d'une manière inévituble. Alors vous ne cntindrez plus une or^nisation de propriété^ dont le résultat néèeih ^re sera Tabsence du paupérisme matériel : organisation foeile à éMAït, dès que le paupérisme moral édt anéanti. Alors, vous l'âm^ plus besoin AMsoler les différentes révélations, sources éeé nadodalîtés t parce que les révélations hypothétiques et les na^ tiofialités doftt elles découlent se fondront, sans secousses, ddns lè Sê!n de la vérité. Alors vous n'aurez ni sectes réiigienses, ni MteH politiques, ni sectes économiques, ni sectes socialistes ^ car, en présence de la vérité, toutes les sectes disparaissent comme les ténèbres devant Tétemelle lumière.
Mais tant de folles disputes sur la sanction religieuse ne proviendraient^elles pas d'une dispute de mots, d'une logamaeMe^ source et expression de toute ignorance? C'est 6e qu'il faut èxa*^ miner à propos du mot religion.
hsLtmoH tient de religare (relier). La religion est la croyance, ou la certitude, que les actions de eette vie sont uées au bien-« être ou au mal^étre dans une autre vie, selon que ces mêmes ac-» tions ont été conformes ou contraires à la conscience de l'individu qui les a exécutées. Voilà la valeur du mot religion mise à l'abri de toute logomachie. YoyOns-efi lés conséquences sociales pour noire époque.
LMncômpressibilité sociale de l'examen, qui ne peut mainte^ uàntétre récusée par personne, est venue anéantir toute croyance commune ; et, vis-à-vis de l'ignorance sociale, qui dure encore, nulle certitude morale n'est encore possible. Vous voyez qtle, pour nôtre époque, nulle religion n*est socialement possible. Les individiv^ pourront bien avoir des milliers d'opinions sur la religion ; mais c'est précisément cette multitude d'opinions qui, socialement; anéantit toute religion.
Et cependant la religion est, socialement, la seule base possible; êd morale. Car en dehors de la religion, telle que nous ve^
aoDs de la définir, il n'y a de possible que le aiatérialisme; et vouloir» socialement, avoir de la morale au sein du matérialisme^ c'ei^t vouloir absolument jouer sur les mots et parler pour ne rien dire.
Gommçncez-voMs à compjendre pourquoi, dans notre société actuelle, toute morale est^ socialement, impossible?
Mais revenons à M. Leroux :
c( Et dans chaque branche même de la connaissance humaine». « dit-il, le morcellement, la division, l'amour du fragmentaire, c( si Ton peut parler ainsi, avait atteint son plus haut degré. » .
Hélas ! M. Leroux s'est trompé. Depuis qu'il a écrit ce pas^ sage, Tamour du fragmentaire a encore augmenté ; et cet amour ne peut que progresser : tant que la société n'aura point ophciel- LEMENT reconnu sa propre ignorance. *
« La philosophie, continue M. Leroux, visait à être narrative» « et, réduite à limpuissance de comprendre la raison des di- « vers systèmes, avait fait de cette impuissance même un sys* a tème qu'elle avait appelé éclectisme ; la science avait horreur « des vues générales
« C'est le cœur profondément attristé de cette incohérence et a de cette fragmentation absurde de toute la connaissance hu- « maine, que nous avons conçu cet appel aux philosophes, etc. <c En récrivant, nous avons voulu montrer un but commun à la « philosophie, etc. »
C'est très-bien de montrer un but commun, dont chacun, d'ailleurs, quand il est dans son bon sens, reconnaît la nécessité. iMate il eût été mieux de donner les moyens d'y arriver. Et ce qui va suivre prouvera que, selon M. Leroux lui-même, la société n'a pas même encore une ombre de connaissance sur ces moyens.
« Ou au moins signaler, continue M. Leroux, les douce leurs intolérables d'une époque où la philosophie aboutit au << doutCf la politique à l'individu^ilisme, l'art à l'exaltation de a l'orgueil, l'érudition ù la satisfaction d'une vaine curiosité. ^i^:
(Avant-propos.)
C'est dire que la société est encore complètement ignorante en fait d'ordre social; et que, de plus, elle est vaniteusement igup*'
muta, puisqu'elle n'a pas même encore le bon sens de reconnaître sa propre iporance.
M. Pierre Leroux commence par établir la nécessité sociale de lardigion:
« Ne séparez donc pas, dit-il, la religion de la société : c'est « comme si vous sépariez la tête d'un homme de son corps, et « qtie, me montrant ce cadavre, vous osiez me dire : Voilà un « homme. La sadéié sans religioUy c'est une pure abstraction « que vous faites^ car c'est une absurde chimère qui n*a jamais « existé. »
Cest vrai. Mais il aurait fallu dire pourquoi. Sans cela» les ergoteurs viendront vous crier : <x La religion a été nécessaire, mais elle ne l'est plus. » Il fallait dire : que l'essence de l'homme est de raisonner; que, sous peine d'automatisme, il faut une raison à toute action; que cette raison doit avoir une sanction, sous peine de ne pas être bonne raison ; que cette sanction doit êtrt^ inévitable, au-dessus de la force, sous peine de n'y avoir de bonne raison que celle d'être le plus fort ; que Tordre social ne peut se baser sur la force brutale; et qu'en dehors d'une sanction autre que la force, il n'y a de possible qu'une sanction religieuse, soit illuisoire, soit réelle ; qu'en présence de l'incompressibilité sociale de l'examen, toute sanction religieuse, non incontestablement démontrée, se trouve dépourvue de toute valeur sociale ; par conséquent, qu'en présence de l'incompressibilité sociale de l'examen , la sanction religieuse, incontestablement démontrée, est DEVENUE absolument nécessaire.
Au lieu de cela, M. Leroux dit :
« La pensée humaine est une, et elle est à la fois sociale et « religieuse. C'est-à-dire qu'elle a deux faces qui se correspond « dent et s'engendrent mutuellement. A telle terre répond tel ciel ; « et , réciproquement , le ciel étant donné , la terre s'ensuit. »
Je suis persuadé que M. Pierre Leroux et moi exprimons la même pensée. Mais il me parait que j'ai exprimé la sienne plus clairement. Je m'en rapporte à lui. Je ne puis trouver de meilleur juge.
« Cette vérité, continue M. Leroux, pourrait se démontrer
n 9wr to«tes las période» 4tt développeumii de HMPVMÎtéi « comme pour la période ehrétienne. Mais pevlr^tre esUm le«té « d'fNii douter 09 YOjaiit €o qui se passe aujoiird'liuî» emi» si a l'état présent n'était pas, au contraire, la plus édataato d4* « mopstration qu'il o'y a point de société'sans religion. Yoiis àd- « umA^ ^ C9t aiÛQUrd'hui la religion, et moi je vons demande « ojk ^ aujourd'hui la société? Ne voyez-YOus pas que l'ordi^ « social e$t détrmtt comme Tordro religiev? La mine de Tmi ^ joint la ruipe de l'autre. Encore une fois, l'édifice bumain est « à la fois ciel et terre, qui s'élèveut, vivent, et tombeat en tn^mo « temps. »
C'est tr^bieUt Mais iâ ; gi^l »gnifie sanetUm reli^^me; ot fSPRB signifie organisation de la richesêe. L'es^ntiel alors est djQ dire ; Quelle est la sanction religieuse, quelle est l'organisa-* tioade h richesse, qui» enprésence de rincpmpressibilitéde Teur meo» peuvent, par leur habiionik, constituer l'ordre social? Ajoih tons néanmoins que, parmi les novateursi M. Pierre Lerom a été l'un des premiers à reconnaître : que la sanction religieuse est socialement nécessaire comme base d'ordre ; et que toute sano** tioD religieuse , présentée jusqu'à présent comme pouvant êti^ b^e d'ordrei se trouve devenue impuissante en présence de l'Ul* compressibilité sociale de Texamen. La postérité ne l'oubliera pas«
Après avoir fait observer que jadis la religion était inculquée par un^ éducation qu'une instruction négative est venue détruire, U. Pierre Leroux ajoute ;
<x Or, maintenant, je le demande, où sont tes principes que « vous donnerez, comme une boussole, à vo$ jeunes génératio9s? « Groye^^vûus que l'homme, après s'être toujours fait une solu- « tion du problème humain et divin, soit arrivé, de progrès eu « progrès^ à une époque où il vivra sur la terre, comme l'ani» « mal, sans conscience et sans souci de la destinée générale ? Et ^ regarde^vous comme le dernier terme des lumières et de la « raison de réduire trentenleux millions d'hommes k une exis-t a tence purement phépomén^le ? x>
C'est précisément là où nous conduirait l'absence d'autorité ou
49 MAKtiw «uti« qu« te fQr«9 brut^.
Hm H M. Pittr» l4fom « topl 4m rétrécir le problème, (^ n^est plus de U Fron^ ^e qu'il peut ^ra q^e^ion. D^$ que le^ fractiou$i biWWit^^ires s^nt eu coipmuiuçatvpn» iuéviublo»,» ^Ua$ eoasUtu^t aue unité anarchiquei jusqu'il ce qu^ cette uuité aU pue 9a9i(HÂou commune*
<( puia, coutinue M, Leroux, ^u^ves^voi^ la aoçiété 8au$ « aucuue haae reçonuue? Jouir* dirout 1^ uni^; i^oafiriri. dirom n ks autres ; bas^rd, fatalit^i» âironlHil? tau^ ^9 clKBur. Mais c n'ealeudes^YOus pas oeuxn;! a'^crier eu murmurant : Pourquoi f toiyoura souffrir ? »
Maintenant, prétendus bommea d'ordre, écoutez 1A. Pierre teloux^'Ot voyea ai> lorsqu'il se tient dôbout sur l^ aol des réalités, il en e$| un de vous qui lui aille k la oheville !
« Sans même parler, dit-il, de rimmense multitude, abandon- « née eoi^aie un vil troupeau, ^ Tinatinetde aes paa^on^aux prises « avec la nécessité et le baaard aociaU qu'eat^ce aHJourd'bui que « l'éducation pour le petii nombre qui eu reçoit? C'est la lutte des 9 traditions du passé avec la scienco nioderne, la lutte des dogmes a chrétiens, auxquels la société livre Tenfaoce (comme si le rebut « des hommes mûrs était assea bon pour reQfanpe),%t de la philo- « Sophie, qui n,e sait ^ncare q^e détrmre; c'est un mélange hé-
f térogèoe de toutes i^ortea de priuc^ipes qui ne sont pas des
« principes, de vérités et d'erreurs mêlées à deiaein^ Ia syn- « thèse nouvelle n'étant pas £aite, lai^ae de toutes parts un vide « immense; et, pour remplir le vide» on met à dessein Verreur, « comme si elle pouvait tenir la place d# la vérité, et comme 3i « l'erreur et la vérité ne devaient pas se combattJre; en telle sorte « que le tout devienne creux et vide. Ainsi se formeut de fragiles « caractères, pleins de troubles et dlncoliérence, ou de stériles « et ingrates natures, n'ayant d'autre règle que régoïsme.St, une c fois la vie ainsi commencée,» elle continue de ùlvo, pas en faun; « pas. L'enfant devient homme, époui^ et père ; il voit s'élever c autour de lui des bercea«)(. et ^ tombes ; et, ii, mesure, son « cœur s'atrophie et sci rese^rret w se désola et se lamenta amè- « lement ; car, plus sa peasée devient grave, pins Visolement se « fait sentir, plus la misère de l'homme réduit k KiS^fifopresIltf^
« ces, dans la solitude de cette société, devient pénible et affreuse. « Sur tous les grands mystères qui enserrent la vie humaine; <x comme sur tous les devoirsde cette vje, la société silencieuse « Tabandonne à lui-même': pas une leçon, pas un cons^^l. pas « un appui. Si son œil plonge dans la profondeur de son cœur, <c s^il se reporte aux souvenirs de son enfance pour chercher les «( principes que la société lui a donnés, afin de le préparer à se^ « lois, qu'y trouve-t-il? Des puérilités, des mensonges, que ph» a tard la société elle-même a effacés en s'en moquant. On s'est « joué de ce qu'il y a de plus saint au monde, la naïveté de a Tâme humaine arrivant à la connaissance et à la vie. Son ima- « gination lui retrace des hommes noirs qui ont pris son enfance c< malléable et crédule, et lui ont gravé dans la tête des idées su* « perstitiebses ou des débris de vérités antiques dont eux-mêmes « n'avaient plus le sens. Voilà ceux qui lui ont dit quelque chose c( sur la destinée générale, sur le pourquoi de la vie, sur le passé, « sur l'avenir ; voilà ceux qui lui ont parlé de Dieu; et plus tard « d'autres éducateurs, les savants, les philosophes, le monde, « l'ont pris tour à tour, et ont tout effacé. ......
« . . . . Ainsi isolé au milieu de l'humanité du dix-iieu-
c< vième siècle, l'homme est plus pauvre en science, en certitude,
c( en MORALE, qu'il ne le fut jamais dans des âges moins avancée -
« de r humanité. » (Nouvelle édition, p. 21.)
C'est vrai, et cela ne peut être assez remarqué. Jadis il y avait/
' par la soumission de l'instruction à une éducation arbitrairement
établie : une science imposée par une force transformée en droit;
une certitude imposée par une force transformée en droit; une
morale également imposée par une force transformée en droit/
La force, maintenant, ne peut plus être transformée en droit; l^v
force est rentrée dans son domaine, l'ordre physique ; devant
l'incompressibilité sociale de l'examen, il lui est maintenairt im-
possible d'en sortir ; et vous n'avez plus ni science, ni certitude,
ni morale. > ous constatez le mal, c'est beaucoup. Mais où se trouve-
le remède? S'il n'existait pas, il faudrait maudire ceux qui au-^^
raient révélé un mal incurable, et fait périr l'humanité, au sein de'
tonrmeirts inutiles. ■ ^
c L'époque. OÙ nous entrons est ie chemin par lequel, des générations fatalement condamnées, tirent Tancien monde Ters un monde ipconnu
« Le vieil ordre européen «xpiré, nos débats actuels paraîtront des luttes puériles aux yeux de ia postérité. • ,
c On aperçmt des .monarques qui se tigurent être des monarques ; des ministres qui pensent être des ministres ; des députés qui prennent au sérieux leurs discours ; des propriétaires qui, possédant le nialin^ sont persuadés qu'ils posséderont le soir
«Un Ëiat politique où des individus ont des million» d'e revenus, tandis que d'.iutres individus meurent ^efiiim, peut-il subsister quand la foi n'est plus là avec ses espérances hors de ce monde pour expliquer le sacrifice? Il y a des enfants que leurs mères allaitent à leurs mamelles flétries , faute d'une bouchée de pain pour sustenter leurs expirants nourris* sotiii; il y a des familles dont les membires sont ré- . duits à s'entortiller ensemble pendant la nuit faute de couvertures pour se réchauRer. Celui-là voit mûrir ses nombreux sillons: celui-ci ne possédera que les six pieds de terre prêtés à sa lomt>e par son pays natal. Or, combien six pieds de terre peuvent-ils four* nir d!épis à un mort?.
<t A mesure que l'instruction descend dans les classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l'ordre social iiiBiuGiEox. La trop grande disproportion des conditions et des fortunes i\ pu se supporter tant qu'elle a été cachée. Mais, aussitôt que cette disproportion a été généralement aperçue, le coup mortel a été porté. Recomposez, si vous le pouvez, les fictions aristocratiques ; essayez de persuader .au pauvre, lohsqd'u. saura bien ubb et ifE croika PLUS ; lorsqu'il possédera la même instruction que vous, essayez de lui persuader qu'il doit se soumettre à toutes les privations, tandis que son voisin possède mille fois le superflu : pour dernière ressource il vous
LE faudra . TUER. . . . •
. C Le monde actuel, le monde sans autorité consacrée , semble placé entre deux impossibilités : L'm*
POSSIBILITÉ DU PASSÉ; l'iM POSSIBILITÉ DE l' A VENIR. )>
CiiAiEAUHRiAND, Mémoires d* Outre-Tombe.
« 11 y a des hommes v(?rital.lenu-nt aveugles, dit M. Pieriv « Leroux, qui ne TOÎent rien v'ir le cœur ni par la pensée, qui
« ne voient que des yeux du corps. Si vous leur demandez : Baby- « lone ou Palmyre ont-elles exi^é, et sont-elles détruites? ils vous « répondront : Oui; car ils peuvent vous montrer des ruines maa térielles, des débris d'édifices enfouis dans les sables du dé-
(( sert Mais, si voua Içur dites que la société actuelle
« est détruitQf ils ne vous çoDoprendront pas et se riront de voqs, a parce qu'ils voient de tous côtés des champs cultivés, des maice sons et des villes remplies d'hommes : que iire à ces aveugles, <i sinon ce que Jésus disait à leure semblables : Oculos habentes^ ce non videtiSn »
c( Je ne m'adresse pas à ceux qui ne voient que des yeux du « corps , je m'adresse à rtatelligejnce. Quel est l'homme doué a d'iutelHgeuce qui me niera que le ciel et la terre dont je parlais a tout à l'heure soient aujourd'hui détruits ? Où est-elle cette pen- « sée organique et constitutive du moyen âge, qui faisait du ciel « le supplément de la terre, et qui, réparant la terre par le ciel c( promis, satisfaisait ainsi la justice? Cette pensée est détruite ; a ce cial et cette terre n'existent plus pour nous.
« Aujourd'hui, les croyances de nos pères sont ensevelies et a dorment avec eux dans les tombeaux. Nous avons grandi, nous « avons rejeté bien dés erreurs, découvert bien des vérités; nous « avons soulevé bien des voiles. »
Ârrétons-nous ici un instant pour indiquer une source de vague, qui, semblable à des ténèbres subites, arrête le lecteur et l'empêche de voir ce qu'il y a de beau, c'est-à-dire de vrai sur le chemin où il a été conduit. Le vague vient de l'indétermination des expressions; et les expressions sont surtout indéterminées : quand on met le genre à la place de Fespèce ; ou. le propre au lieu 4u figuré; et réciproquement* Nous avons grandi, dit M.. Pierre Leroux, nous avons découvert bien des vérités.
Le met vérité est générique. Il renferme les valeurs particulières : vérité positive f et vérité négative. De plus, le mot vérité a une valeur propre et une valeur figurée. La vérité proprement dit^ est absolue et se rapporte à l'ordre moral. La vérité, %urémenl dite,, est relative et se rapporte à Tortire physique. Quand
dooc rignorance sociale n'a pas encore permis de séparer d'une manière absolve l'ordre mor^l de Tordre physique ; quand lesi vérités négatives, anarchiques par essence, en l'absence de la vérité positive, ne sont point distinguées de la vérité positive, illusoire ou réelle/ mais la seule qui puisse servir de base à l'ordre social ; quand le propre^ en fait d'ordre çocial exclusivement relatif à Tabsoju, n'est point distingué du figuré alors relatif à Tordre physique; Fçxpression v^i^^ jette, sur tout dijscours possible, un brouillard que le lecteur ne peut percer, et qui Tempêçhe de percevoir tout ce que Fauteur a voulu lui montrer.
Ici, par exemple, au lieu de dire ; « Nous avons grandi, nous « avons rejeté bien des erreurs, découvert bien des vérités», il aurait fallu dire pour être clair :
« La société. Tordre reposait sur une erreur, ou tout au moins sur une hypothèse tenue pour vérité, par conséquent sur un préjugé. Nous avons découvert des vérités négatives, qui ont détruit notre foi, et ramené la base sociale à Téts^t d'hypothèse, à Tétat de préjugé. La base sociale, la base de Tordre, eu a été renversée. Et ces vérités, que nous avons découverte39 au lieu de nous grandir, nous ont rapetisses ; et vont nous raipener à Télat de barbarie, si, ignorants que nous sommes, nous ne découvrons point la vérité positive : reconnue réelle, par Tiupontestabilité rationnelle de sa démonstration. )>
Yoyea^ quelle différence de U tr^ductipn avec ce qui apparaît dans Toriginalr Eh bien! I^ réalité dç cette traduction, M. p. Le* roux va la reconnaître lui-même.
«( Mais, de pas en pas, ajoute-t-il, à quqlle nuit profonde nous a sommes arrivés I Ainsi, quand on s'élève au sommet d'une haute a montagne, il semble que l'œil, plus près des étoiles, va jouir a d'une éclatante lumière et d^ ravissants spectacles ; mais, ar- « rivé au sommet, on est tout étonné de se trouver dans leç té- « nèbres, et le soleil qui brille dap^ çe(te obscurité nous envoie fK une luqoiière qui nous blesse. >>
Ici, nouvelle indétermination provenant d'une autre source d'çn*eur, h comparaison de Tordre physique avec Tordre mor^l/ lesqpels sout »ussi oppi^sés. outre eux qu^ Tordre 4e temps
et Tordre d'éternité. La eonsé({uence à tirer de la comparaison de M. Leroux, serait : que plus on découvre de vérités, et moins on y voit clair intellectuellement. Alors il serait nuisible de découvrir la vérité. Ce qu'il y a de vrai ici, c'est qu'en l'absence de vérité positive, réelle, obligeante société de donner comme telfe une hypothèse ou un préjugé, toute vérité négative^ qui remet à l'état d'hypothèse ou de préjugé ce qui, comme vérité réelle, sert de base à l'existence de Tordre, devient anarchique par essence, et ne peut avoir d'autre utilité : que de faire sentir le besoin de vérité réelle, par l'excès ^e mal social : provenant de l'impossibilité de faire accepter, comme base d'ordre , toute vérité hypothétique.
Nous trouverons souvent de pareils nuages chez M. P. Leroux. Il est bon d'en exposer l'origine.
M. P, Leroux est un homme de bonne foi, et de plus, excellent logicien. Mais il ne peut raisonner qu'avec les outils, avec les expressions de notre époque; et, tant que la vérité réelle ne permet point de distinguer d'une manière absolue Tordre physique de Tordre moral, le propre et le figuré restant confondus, les conclusions du meilleur logicien restent nécessairement nuageuses. M. P. Leroux a reconnu empiriquement, c'est-à-dire par des conclusions, dont les prémisses ne peuvent encore être incontestables chez lui , que Tordre social ne peut avoir de base qu'une sanction religieuse, soit réelle, soit illusoire, mais socialement acceptée comme réelle. Sa bonne foi le force en outre de reconnaître : qu'en présence de Tincompressîbililé sociale de Texamen , toute sanction religieuse non incontestablement démontrée est devenue impuissante. D'un autre côté, M. P. Leroux, très-belle intelligence, s'est élevé au sommet de la prétendue science actuelle, et ne Ta point dépassée. Or, cette prétendue science donne le matérialisme, négation de toute sanction religieuse, comme incontestablement démontré. Il est vrai que cette démonstration ne repose que sur des analogieis. Mais, tant que la vérité réelle n'est point démontrée, les démonstrations morales ne peuvent se faire qiie par analogies : les démonstrations par déduction, par identités absolues, étant encore impos-
sibles, que peut faire alors M. P. Leroux, à moins de se réfugier dans le doute, dans l'aveu de son ignorance, ce qu'il a cependant le courage de faire quelquefois? Être religieux,* quand il pense k ce que la science doit être;. être panthéiste, c'est-k-dire matérialiste, quand il pense à ce que la science est actuellement. De là l'origine des nuages répandus sur ses travaux. Eu voici un nouvel exemple :
« La terre, dit-il, est changée ou plutôt bouleversée, car l'iné- <K galité suivant la naissance n'est plus consentie. Écoutez ce « que disent vos livres, vos codes, vos constitutions : « Le préce jugé des races est aboli; plus de noblesse, plus de privilèges « liéréditaires; tous les hommes sont égaux : » Voilà la clameur « universelle. Mais montrez-moi donc cette égalité réalisée sur « la terre; ne voyez-vous pas que le fait est en opposition avec « le droite et que l'ordre ne sera rétabli que lorsque le fait marie chera d'accord avec le droit, ou cheminera pour le rejoindre. »
Ici, nouveau image relatif à l'expression droit , qui est générique et renferme deux valeurs absolument opposées. Il y a deux espèces de droit : T droit illusoire relatif à une sanction qui peut s'éviter par la force , c'est le droit du plus fort ; T droit réel relatif à une sanction que la force ne peut éviter, et cette sanction est exclusivemeifit ultrà-vitale, religieuse. Maintenant la science actuelle nie la sanction religieuse, par conséquent le droit réel. Concevez-vous le nuageux d'une proposition qui veut harmoniser le fait^ qui est la force dominante, avec le droit , négation de la domination de la force, à une époque où la science se trouve être la négation du droit ?
« Le ciel du moyen âge, continue M. P. Leroux » (et remarquez que, pour lui, le mot ciel signifie sanction religieuse illusoire ou réelle, mais socialement acceptée comme réelle), « aussi <t a disparu; la croyance au péché originel, à la rédemption et au « paradis, est tombée. Il n'y a plus aujourd'hui qu'incrédulité « pour ce christianisme si fermement cru par nos pères. »
C'est vrai. Cela signifie que la sanction religieuse hypothétique a été ramenée par l'examen à l'état d'hypothèse. Mais, est-ce une preuve qu'elle n'existe pas en réalité? Oui, dit la prétendue
sckï^e actuelle, c'est démontré par analogie. Soit. Alors vous êtes matière, machine, pur organisme, soumis aux lois éternelles de Tordre physique, incapable de liberté plus que phénoménale^ plus qu'apparente; vous pensez comme une montre, vous parlez comme une horloge, vous voulez comme une locomotive. Dans ce cas, ni raison réelle, ni science réelle, ni ignorance réelle, ni droit réel; nihiusme : et rien de plus.
(( . . Ce ciel est vaincu, continue M. Leroux ; mais la so-
(( ciété est détruite, et le doute^ le doute insensé, parcourt et sil- « lonne la terre en tous sens. x>
Le doute! dites Tignorànce, et vous parlerez sans nuage. Quant au doute distingué de iMgnorance, je vais vous prouver qu'il est impossible, même en face'de la raison supposée réelle. Je sais ce que cette proposition a d'insolite. Aussi vais-je me hâter de la prouver; de la prouver incontestablement, c'est la seule manière de bien prouver.
L'ordre moral, exclusivement relatif à la sanction religieuse, existe ou n'existe pas.
S'il n'existe pas, l'ordre physique seul existe ; et sous ror4re physique le raisonnement n'est que phénoménal,, tout est nécessaire. Or, sous l'empire de la nécessité, le doute réel n'existe pas, car le doute réel implique la liberté d'exprimer son ignorance..
Si Tordre moral existe, l'ignorance est possible, et alors seulement possible. Mais le doute sur Texistence de Tordre moral disparaît par cela seul que la possibilité d'ignorance est admise. Le doute, séparé de l'ignorance, n'a donc pas de valeur réelle. U signifie J'ignore:, ou ne signifie rien.
Maintenant nouveau nuage.
« Et comnlent en serait-il autrement? continue M. Leroux* « La terre est toujours une vallée de larmes, mais les malheureux « n'ont plus de ciel (lisez sanction religieuse) ; et, plus le cœur et (( Tintelligence humaine se sont agrandis, plus le spectacle de (( cette humanité sans paradis est repoussant et cruel. »
Le commencement de cet alinéa parait impliquer que la terre, vn dehors d'une sanction religieuse sucialement acceptée, pourrait ne pas être une vallée de larmes. G^est un nuage qui offusque
la pensée de l'auteur : car, hors la sanction'religieuse , il n'y a que la sanction de la force brutale, et celle-ci cause nécessairement les larmes des opprimés. H y a plus : dire que rintelligence s'est agrandie en grandissant dans l'anarchie est un singulier agrandissement. Quant k l'expression cœur, elle a jusqu'à trois valeurs : l'une propre , relative k Tordre physique , se rapporté a la circulation du sang; nne autre figurée, aussi relative à l'ordre physique, représente les attractions et les répulsions dérivant de l'organisme; la dernière, aussi figurée et passée dans Tordre moral, exprime les attractions et les répulsions dérivant du raisonnement, c'est-à-dire de Tintelligence développée par le verbe.
Remarquez, du reste, que le paradis, en donnant à cette expression la valeur de sanction religieuse, n'est anéanti que pour les prétendus savants, auxquels la vanité fait accepter comme réelle une démonstration fondée sur de seules analogies. Il est cependant vrai de dire : que, relativement à Tordre, Tignorance ou le doute équivaut à la négation.
« La vie présente, ainsi privée de ciel, dit M. Leroux, est un (( labyrinthe où tout homme doué de sympathie et d'intelligence « est destiné à être dévoré par la douleur et le doute. »
L'expression la vie présente semble encore indiquer que M. Leroux croit une autre vie possiblt* en dehors de la sanction religieuse. C'est toujours le ballottement de Tauteur : entre son raisonnement, qui lui dit que la sanction religieuse est nécessaire ; et la prétendue science, qui lui dit que cette sanction n'existe pas.
c( A quoi me sert, continue M. Leroux, que la vie antérieure « de Thumahité ait développé mes sympathies et étendu mon in- « telligence, quand toutes mes sympathies sont blessées et mon « intelligence confondue. »
Cette phrase est nécessairement nuageuse, tant que les expressions qui la composent ne sont point déterminées par la distinction des valeurs propres et des valeurs figurées.
L'humanité n'est pas un être proprement dit, l'expression vie antérieure de l'humanité est donc figurée. Le mot sympathie, au physique, signifie communauté d'attraction ; nu moral, il signifie communauté d'idées. L'intelligence se développe dans la
vérité et dans Terreur. Tant que Tignorâuce sociale n*est point évanouie» elle ne peut se développer que dans l'erreur, au sein de Tordre morale tandis qu'elle peut se développer dans la vérité relativement à Tordre physique. Quant aux sympathies morales et à l'intelligence relativement aux connaissances morales, elles sont blessées et confondues par Tabsence de communauté d'idées : produisant Tanarchie et mettant à nu Tignorance de tous et dé chacun. |Yoyez que de sources de valeurs différentes, et par conséquent que de sources de logomachies ou de nuages intellectuels, dits galimatias !
« Inégalité sur la terre, continue M. Leroux, mais égalité dans c( le ciel : en d'autres termes, injustice sur la terre, mais justice a dans le ciel, voilà ce qu'on disait autrefois. Mais aujourd'hui, c< que Tégalité terrestre est proclamée, et que Ton ne croit plus « ni à l'enfer ni au paradis, que voulez-vous que fasse la logique «humaine avec une terre où régnent pourtant Tiniqùité et <c Tinégalilé. »
Inégalité et égalité ! Il faudrait cependant s'entendre sur la valeur de ces expressions, et cela sous peine d'un perpétuel galimatias. D'abord, au physique, il n'y a qu'inégalité : il n'y a ni deux gouttes d'eau dans Tocéan, ni deux grains de sable dans le désert, qui soient identiques. Dans Tordre moral, s'il existe, les immatérialités, les âmes peuvent seules être identiques : car partout où il y a qualité, il y a matière , et partout où il y a matière, Tégalité est impossible. Dans Tordre social Tégalité n'est possible que devant la force ou que devant la raison : puisque dans Tordre social il n'y a que force ou raison. L'égalité devant la force, c'est le plus possible aux forts et le moins possible aux faibles. Cette égalité existe depuis Torigine sociale et dure nécessairement tant que le règne de la force peut durer ; c'est-àdire : tant que le règne de la raison n'est point devenu nécessaire; et que la nécessité sociale n'a point fait encore chercher, découvrir et accepter socialement la vérité. Quant à Tégalité devant la raison, c'est la justice; et la justice exige que le bien soit récompensé, et que le mal, si même il n'est que le résultat de la folie, ne soit point récompensé, si même il n'est point puni. De Ih
encore inégalité. Ainsi» Tégalité, au physique, est inapossible ; et, dans Tordre social, l'égalité c'est nécessairement Tinégalité. Comnnencez-vous à concevoir comment tes expressions égalité et inégalité sont, nécessairement aussi, des sources de galimatias : tant que l'ignorance sociale n'est point évanouie?
Parlerons-nous maintenant delà logique humaine ? Gela indiquerait qu'il y a de la logique chez les chiens. Dans ce cas, les chiens sont des hommes : car partout où il y a logique, il y a raisonnement ; et partout où il y a raisonnement, il y a humanité. Alors, à cause de la fraternité humaine et de la série continue, vous voilà le frère du chien, du hanneton, de l'huitre, du chou et de la marmite. C'est alors nne humanité nécessairement cannibale : soit en mangeant des pommes de terre , soit même en respirant. Nouvelle source de nuages, dits galimatias.
« Elle ne peut en conclure qu'une chose, cette lojgique, conti- « nue M. Pierre Leroux : c'est que tout dépend du hasard et de a la fatalité ; qu'il n'y a par conséquent ni droit ni devoir ; que « rien n'est vrai, que rien n>5t juste; que vérité, vertu, justice, « sont des mots et ne sont que des mots. »
Il est évident qu'en présence de l'incompressibilité sociale de l'examen d'une part; et, d une autre, de l'anthropomorphisme et du panthéisme, seuls systèmes prétendus moraux possibles, tant que l'ignorance sociale n*est point évanouie; la logique humaine, comme la iogiqne des chiens, est obligée de conclure : qu'il n'y a ni droit ni devoir; que rien n'est vrai, que rien n'est juste ; que vérité, vertu, justice, sont des mots et ne sont que des mots, ainsi que le prétend M. Proudhon. Croyez- vous que Tordre social puisse se fixer sur de pareilles bases ?
a Vous dites, continue M. Leroux, que tous les hommes sont « égaux ; ditesrmoi donc pourquoi tant d'hommes sont marqués « au front, toute leur vie, du stigmate de leur naissance; explicc quez-moi cette horrible fatalité qui pèse sur les dix-neuf vinga tièmes de Tespèce humaine. »
Dans notre prochain chapitre, nous expliquerons à M. Leroux cette fatalité, qui, loin d'être horrible, n'est que justice, sr justice il y a.
c AiU^ei 4éf aotÎMt iHcrimiaées par bas codes, l'aversÎQn morale qu'elles inspirent; qii'on les croie intioceiit^s , et vdtts véttei si tontes les habiletés dô k. police et iouios Jes rigueurs du pouvoir suffiront i les prévenir. . . . .# .'
é , t^ i La peitie suppose lé crime, et si, la supposition n'est admise, son ettûcacilé morale disparait. . . . ..;... 3i les ennefnis du pouvoir conviennent qu'il a droit tfe lès pdiiît*, s'ils reconnaissent qu'il déploie avec raison contra eux la force dont il dispose, c'est qu'ils ont pris le parti de se considérer avec lui comme eu état de guerre. Dis lobs tout ubm social EST rompu ; ce n'est plus de lois ni de châtiments qu'il s'agit ; les complots sont des embuscades, les suppiioes dee défaites. Lk oouvcBREifENT a perw sa position uoRALB. n est descendu sur le terrain de la force; tout est éjril entre hii et ses ennemis ; comme il a droit de se défendre, on a droit de l'attaquer : il ment s'il réclame l'obéissance, on ment si on lui demande jtistice (1). Tout cela appartient à la sociét<j, et k eocioté est dissoute; il n'y a plus que la guerre avec la liberté de ses armes, la continuité de ses périls et l'incertitude de ses résultats
- fi'» i »•••»» •
« Des que la moralité d'une action n'est pas évidente {2), dès qu'il y a lieu A LA voindrr iNCttmroDF., les passions, les intérêts, tout sg /cacue sous des opi- HiONs, tout se résume et se métamorphose en idées : les plus penrers , les plus irréfléchis des hommes, répugnent beaucoup à se passer de raison, à se trouver SEULS en face d'une brutale personnalité. Ils ont toujours un certain besoin de lé|^timer à leurs propres yeux la conduite la moins désintéressée ; ils rassemblent soigneusement les motifs, les prétextes, se saisisseht des plus légers Toiks : et quoi de plus aisé, après un boulevor/icment inouï, que de se former ainsi une cbotanck qui prête son dppui à rhostiiitc eontre le poo^Toir? Quelle (action véritable n'a jamais été qu'une réunion de bandits pousses par de grossiers intérSts; et accessibles seulement à la crainte? 1^ plus faillie gouvememeQt aurait, de nos. jours, bou marché d'un tel péril: maison demande aux peines d'agir dans une bien antre sphère , oo vont qu'elles ap^
(i) Telle est néeessaifcment la sitvation soiis la souveraineté du peuple» (2-) L'évidence morale présuppose la communauté d'idées sur la sanction rcli* gieuse.
pren&eiil aux citoyens qu'il eèt cotipil^le de consfrfrer là chute «le Tordre établi (1), de liner la patrie wàx chances terribles des réToliitions. Eh bien! qn'oo sache que lea peines n'ont de pontoir pour propager ces idées qtt'auUkit qu'elles se trouveat d^jà dans les esprits; qu'on ne se flatte point qu'elles leifefont lûdtre là où d'autres causes ne lesturont point déjà semées; im'on ne leur attribue point une Terta qui ne saurait leur appartenir; elles ne font point détester comme criminel ce qu'on regardait comme méntoirft; elles ne démontrent point la légitimité morale du pottToir ; elles n'ont, d'effet sur les croyanees des peoples Qu'mam qu'olm m décooleht ; ei, quand ces croyances sont hostiles à l'autorité (2)| c'est par d'autres moyens que les supplices que l'autorité peut réusfeir à les changer (3>, et , tant qu'elles ne seront pas changées , les supplices , au lieu de les réformer , affermiront leur empire. . • •• . . .
a Nous Tivons dans une société récemment bouleversée, où les intérêts légitimes et illégitimes, les seniiments honorables et blâmables « les idées justes et fatisses, se tiennent encore de si près, qu'il est bien difficile de frapper fort, sans frapper à tert et à travers (4) * •••» •
€ Lu CBOYAHCM wt liB sBÉTonHr 00 novr (sous l'Empire] nous manquaient également. Je ne dirai pas que dans ce respect de la religion ei de la ttiôfale qui avait remplacé le cynisme réfolutioanaire^ il y eût de I'htpocrisie ; cependant il n'y avait pas de sincérité : c'était un respeôt ETrfeiEim, fondé sur dés nécessités et des convenances, non sur des convifitioos et des sentiments. On le croyait bon et on l'observait, mais sans avoir en sol ec qui le eornmande, sans s'inquiéter de sa légitimité (5). »
M. GoizûTi de la Peine de mort en matière ftolitipie.
Si le panthéisme ou raiithropoDQorpbisoie sont réalité»» Thoanxie {et tout alors est bomme ou rien n'est bomme), la logique hu-
(1) Gela est impossible «oue la souveraineté du peuple. Alors et malgré soi, chacun devient conspirateur, patent ou ktent.
(2) Et toutes lui sont hostiles sous la souveraineté du peuple.
(5) C'est vrai. Mais sous k aonveraineté du peuple l'entorité n'est qne nominale. En réalité elle n'est qu'une force éphémère.
[4] C'est que, sous la souveraineté du peuple , il n'y a de légitime , d'honorable et de juste, que ee qui est fort ; et que ce qui tient le plus près à la kfreè, c'est la Mâesse.
(6) Ce n'était pee de Vhypecnsie êiesple» mais double { envers lea ai^trcf et envers soi-même.
maioe, qui alors »'esl pas logique du tout, est obligée de coudure, sans que des conclusions soient alors possibles : que tout dépend du hasard (c'est-à-dire de^iois éternelles de la malière), et delà fatalité (ce qui est la même chose); qu'il n'y a, par conséquent, ni droit, ni devoir; que rien n'est vrai, que rien n'est juste; que vérité, vertu, justice, sont des mots, et ne sont que des mots.
Ainsi voilà une des faces du problème, qui ne peut en avoir que deux, parfaitement résolue. A Tautre maintenant. •
Si l'anthropomorphisme et te panthéisme sont également des erreurs ; si l'homme, qu'il s'étende du blanc au noir, du noir au singe, du singe au chien, etc., si l'homme, dis-je, n'est point machine, c'est qu'il y a en lui une individualité éternelle, immalé- Xielle, non créée, non résultat d'organilsme, individualité nécessaire à l'existence de la liberté réelle, du raisonnement réel, de la logique réelle, à l'existence réelle du droit, du devoir, du vrai, du juste, de la vérité, de la vertu, de la justice.
La liberté réelle, la réalité du droit, du devoir, etc., etc., ont pour conséquences nécessaires, l'existence, relativement aux actions, du bien et du mal : en donnant le nom de bien aux actions commises conformément à la conscience ; et le nom de mal aux actions commises contrairement à cette même conscience, qui n'est autre que le raisonnement. Dès que la justice existe , les bonnes actions doivent être récompensées , et les mauvaises punies. Elles doivent l'être nécessairement, soit dans la vie actuelle, soit dans une vie future qui existe nécessairement : dès que les individualités sont éternelles ; et que les organismes, nécessaires à la possibilité des actions, sont nécessairement mortels. Et cette nécessité de punition ou de récompense, cette fatalité nécessairement inhérente à l'ordre moral, porte lé nom de justice éternelle. C'est même l'harmonie nécessaire, éternelle, entre la liberté des actions et la fatalité des événements, qui constitue essentiellement l'ordre moral.
Maintenant, que l'expiation est reconnue nécessaire, comme expression de justice ; qu'expier c'est souffrir ; et que l'immalérialité ne peut souffrir qu'unie à un organisme, ensemble eousti^
tuant humâtiité ; coucevez-vous qile les dix-ueuf vingtièmes d'une humanité puissent justement expier les fautes de vies antérieures ? Goncevez-YOïiâ même que les dix-neuf vingtièmes ne soient pas assez et que la totalité expie nécessairement au sein d'une société où Tignorance n'est point évanouie, société alors nécessairement un enfer? Ouvrez les yeux et voyez si, actuelle^ ment même, les riches, au milieu des richesses, ne sont point souvent plus malheureux que les pauvres au sein de la misère! Voyez si , au sein de Tignorânce sociale , chacun ne retourne point son frère sur le gril des passions! Comprenez-vous, maintenant, monsieur Pierre Leroux, ce préteudu mystère de la fatalité?
« Le crime aussi, dites-vous, dans la société, est hasard, et la « vertu hasard.. Car, quels sont ceux qui peuplent les prisons, « les bagues, et dont le sang coule sur les échafauds? Tous ces « criminels Tauraient-ils été, si le hasard de la naissance les « avaient favorisés? Et ne seraientpce pas les classes élevées, ces « classes qui les méprisent, qui eu ont horreur, qui les jugent; • « ne seraient-ce pas elles qui payeraient le tribut au bourreau, si « la roue de la fortune avait tourné différemment? d
Le mot hasard est vide de sens , ou plutôt il a pour valeur ignorance et vanité. Si le panthéisme ou ranthroponiorphisnie sont réalités, il n'y a ni bien ni mal, ni vertu, ni crime, il n'y a qu'ordre physique. Si Tordre moral existe , le mal ou le crime est relatif à la liberté, ei là où la liberté ne peut exister à cause des dr com tances j ce qui est crime aux yeux d'une société igno* rante n'est qu*expiation vis-à-vis de la justice éternelle. Quand rignorance est socialement évanouie, il n'y a même plus de crime vis-a-vis de la société, il n'y a que folie. La société ne punit plus alors; elle console, elle sou|age, elle guérit; elle abaudoune l'expiation à la justice éternelle, expiation qu'elle sait se faire uéeessairement.
c( Quel frein, d'ailleurs, continue M. Pierre Leroux, avez-vous « laissé, à ces misérables, et quelle règle de vie leur avez-vous « donnée ? Vous avez effacé de leur cœur Jésus-Christ, qui cornet maindait aux hommes, au nom de Dieu, de s'aimer les uns les c( autres, et qui promettait un port aux affligés. Mais savez vous
<x c[^e c'est une lH)rribte chose qiie de conserver Iç bourreau aprè$ < avoir été le confi^seur 1 »
Hélaa I le murmure e^ )a (Uiraetér»tique de Tif uorancei II est eepeudaui ^l /açile de reconnaître ; que si Tordre moral n'ei^i^te pas, il n'y a ni bien ni mal ; et qae , si Tordre moral existe, tout e^ bien s£q&MÀiB«¥E9T. Gbez TindividUf la possibilité de mal faire e»t la conséquence de sa liberté, elle est le sine qua.non du mérite* Au sein de la>«K)ciété, le mal es4 le résultat de Tignorance» m^l nécessaire k Texpiation ; mal qui n'est maH qu'en apparence, puisqu'il appartient néeeisfiirement à. Tordre moral.
Vous avez ef6ioé« èil M. Pi^re Leroux^ À qoi s'adresse ee vous t A tous et à personne. Si une part était personneHe, celle deM. Lerotix serait aussi grande que possible. Mais, k cet égard, il est innocent, il n'y a Ih rien de personnel. Uhumanité,sar chaque globe, y arrive nécessairement ignorante. La nécessité sociale invente nécessairement Tanthropomorphisme pour qae Tordre puisse exister, La conservation de Tanthropomorphisme nécessite Texis^ tence du paupérisme pour empêcher Texamen de la base sociale. Le développement de Tintelligence amène nécessairement Tincompressibilité sociale de Texamen. L'incompressibilité de Texamen anéantit nécessairement Tanthropomorphisme et rend le paupérisme anarchique. L'anarehie fait sentir le besoin de vérité. Et le besoin de vérité amène nécessairement la connaissance de la vérité, laquelle néanmoins peut seulement régn^ : lorsque Texpiation se trouvé accomplie. Voyes^vous que les murmures sont injustes, qu'ils ne sont que des ^pressions d'ignorance, et que tout est nécessairement bien ¥
« Je porte mes yeux sur les heureux de la terre, dît'M. Pierre « Leroux. »
Sur les heureux! Et, où sont-ils, s'il vouspljltîHa voye?vous point ceux que voua appelez beureux oputinuellement exposés aux révolutions, c'e^i-^-dire à Téphafiud, ou, ce qui est pire, au}^ injures, au mépris, à la ruine, plus (^ruellf» pour eux que ppur tout autre. Eu époqqe ftnarçhiijue, il ^t peut-être moins W^lieur^^\,49: ttiiUrf prglétairç qpe â« nakr« pf^pri^t^ir^; car
la richesse développe rintelligeoce ; et. plus Tintelligence est développée, plus les ipaux sont sentis»
« Avec la croyance an ciel, dit M. Pierre Leroux, les prêtres a sont tombés ; avec la croyance à Tinégalité terrestre, les nobles « sont tombés. Mais qui les remplace? Jésus chassait les mara cbands du temple; aujourd'hui ce sont les marchands qui ont A chassé Jésus du temple. Le comptoir a ainsi remplacé la lice. c Je vois des hommes de lucre et de propriété qui luttent « avec adiamement les uns contre les autres, spéculant sur leur € mine mutuelle, exploitant les misérables qui, sous le nom dé « prolétaires, ont succédé aux esclaves et aux serfs^ et se livrent ' a solitairement à leurs passions. Pourquoi veutH)n que je les ho- « nore? Ne serais^je pas exposé, cent fois pour une, à honorer « la fraude, l'avarice, et la cupidité? Et pourquoi d'ailleurs lei « honorer? Us n'ont travaillé que pour eux. d
Eh ! monsieur, honorez en eux l'humanité, et pleurez sur leur ignorance ainsi que sur la vôtre. Et, d'ailleurs, de quoi vous plaignez'vous ?
Pendant l'époque d'ignorance primitive sur la réalité du droit, la conservation de l'humanité repose exclusivement sur le despotisme. Gomment voulez-vous que le despotisme soit socialement anéanti, si ce n'est par la nécessité sociale de l'anéantir ; et comment voulez-vous que cette nécessité existe, si ce n'est par une anarchie rendant cet anéantissement nécessaire , sous petuç de mort humanitaire ; anéantissement qui peut seulement se faire par l'anéantissement de l'ignorance sociale? L'anarchie, contre laquelle vous murmurez , est donc un effet de la justice étemelle; elle est ce que lés anthropomorphistes appellent PRovmENrœLt^. Voulez-vous en raccourcir la durée , si, cependant , l'expiation est sur le point de s'accomplir ? Travaillez avec moi à l'anéantissement de l'ignorance sociale. Et si même l'époque d'affranchissement n'est point encore arrivée, travaille?-y également : la liberté nous appartient, la fatalité des événements n'est point à nous; elle n'est autre que la justice éternelle.
tt II n'y a plus, continue M» Leroux, d'autre piati^ro d'éch^ugn
<c entre les hommes que l'or ; et celui qui en est privé n'a rien i « donner aux autres, et par conséquent à en recevoir.
« Ainsi l'inégalité qui n'a pas de draii de r^ner, règne, et <c rien n'en console. »
Gomment, l'inégalité, dites-vous, n'a pas droit de régner lifan vous ne savez même pas s'il y a un droit autre que la force; et^ s'il n'y a de droit que la force, l'inégalité a bien droit de régner. 11 y a plus : supposons que le droit autre que la force, le drok basé sur la sanction religieuse existe , l'inégalité ou le paapé^ risme est de droit, tant que le paupérisme est nécessaire à Veiisr tènce humanitaire. Il y a plus encore : le paupérisme est encore rationnellement indestructible même après qu'il est devenu incompatible avec l'existence de l'ordre. En effet : anéantissez le paupérisme avant Tignorance sociale, chacun reconnaîtra que le droit réel n'est qu'hypothétique; et l'anarchie, ramenant le despotisme, raniènera également le paupérisme.
« Ce n'est plus même l'homme qui règne sur Thomme, «once tinue M. Leroux, c'est du métal qui règne; c'est la propriété « qui règne; c'est l'or, c'est l'argent; c'est de la terre, de la a boue, du fumier. »
C'est vrai. Mais- réjouissez-vous. C'est seulement à ce prix que la société peut reconnaître : et sa propre igiiorauce; et la nécessité de l'anéantir.
c( Quand il y avait une religion et une société, la prapriélë;j a dit M. Leroux, existait avec la sanction de cette religion et djE a cette société; et, ainsi placée à son rang, à l'oinbre.de cet! a religion et de cette société, elle était légitime. Dépouillée au] a jourd'hui de cet abri et de cette sanction, elle'n'est plus qn'ui « fait sans droit; et, en présence de l'égalité proclamée, qu'uije <( sorte de spoliation des pauvres par les riches. »
11 y a ici un nuage énorme, toujours causé par une logomachie. La propriété, abstraction faite de son organisation, est aussi inattaquable que l'humanité. Mais, l'organisation dé la propriété est toujours rationnellement attaquable, quand elle est incompatible avec l'existence de l'ordre. Toujours l'ordre est subordonné à la propriété, expression du raisonnement, ex-
pression de rbuiDainlé. Mais Torganisatioii de la propriété est subordonnée à l'exislence de l'ordre.
Mainlenant, continuons d'après ces prémisses, y a deux organisations possibles de propriété, et il n'y en a p&deux. Par Tune, le paupérisme existe nécessairement; et cette
misation de propriété est de droit, est rationnelle, est légi- Ifte» .tant que le paupérisme est nécessaire à la conservation de Pirai^ à la conservation de Thumanité. Par l'autre, le paupérisnife est nécessairement anéanti ; et celte organisation de propriété est seulement de droit, est seulement rationnelle, est seulement légitime : lorsque l'anéantissement de l'ignorance sociale permet d'anéantir le paupérisme, nécessaire à la conservation de Tordre, à la conservation de l'humanité, tant que cette ignorance nest point anéantie.
Mais il est une époque où le paupérisme devient anarchique par l'incompressibilité de Texamen ; et où son anéantissement serait également anarchique, par le non-anéantissement de l'ignorance sociale. A cette époque, qui est la nôtre, toute organisation de propriété se trouve nécessairement en opposition avec la conservation de Tordre, avec la conservation de Thumanilé, et retrouve ainsi nécessairement injuste^ irrationnelle, illégitime. C'est précisément cette opposition, inévitable, si ce n'est par Tanéantissement de Tignorance sociale, qui constitue Tétat anarchique où nous nous trouvons ; et dont nous sortirons très-facilement : quand la vanité sociale voudra bien commencer par reconuaitre sa propre ignorance.
« Quand il y avait un autre droit, continue M. Leroux, la pro- « priété pouvait avoir droit. Mais aujourd'hui qu'elle veut être le « seul droit, elle n'a pas droit, et il n y a pas de droit. »
S'il n'y a pas de droit, il n'y a pas de doute que ni la propriété ni les personnes ne peuvent avoir droit. Mais tout cela est nuageux. Y a-t-il un droit autre que la force? Telle est la question sociale de tous les temps. Tant que Tignorance sociale ne peut résoudre cette question par la raison, il faut, comme elle est capitale, qu'elle soit résolue par la force; et que cette force puisse être transformée eu droit, en faisant accepter par l'éducation la I. U
solution comme rationnelle. Pour arriver à ce but, il faut que Texamen puisse être socialement comprimé. Alors, toute organisation de la propriété qui favorise la compression sociale de Texamen, est de droit. Quand Texamen ne peut plus être comprimé, il faut, sous peine de mort sociale, que la réalité du droit puisse être ratiounellement démontrée; et jusque-là toute organisation possible de propriété est essentiellement anarchique. Yoilà qui est clair et à l'abri de tout nuage.
a Puisqu'il n'y a plus rien sur la terre, continue M. Leroux, a que des choses matérielles, des biens matériels, de Ter ou du a fumier, donnez<moi donc ma part de cet or et de ce fumier, a a le droit de vous dire tout homme qui respire. »
M. Leroux oublie que, si tout est matière, les mots donner et droit sont vides de sens. Puis, même en supposant que le droit réel existe, il est comme s'il n'existait pas, tant qu'il n'est point socialement reconnu. Alors un homme peut bien dire j'ai droit; mais ce droit n'a de valeur, toujours alors, que par la force. 5'î/ est le plus faible, son seul droit, toujours alors, et socialement parlant, c'est d'être battu.
Dans le prochain chapitre, nous donnerons la réponse de la société, et nous commenterons l'admirable dialogue que M. Pierre Leroux en fait découler.
c Que tout Cô qui n'est pas légalement défendu se trouve tout à coup moralement permis ; que les ci'* toyens ne se croient plus aucun devoir, ne reconnaissent plus aucun frein partout où ils ne verront pas l'échafaud, l'amende ou la prison', la soGifMI ttRk AUSSITÔT DISSOUTE. Il lui faut d'autres liens que ceux
de la crainte, d^autre crainte que celle du sang
aussi n'a-t-on jamais vU la Moiôté Bubsttter
sans autre frein que ce qui est écrit dans ses codes, i M. Gtncot, des CoMpiratUms, etc,
« L'anarchie va croissant autour de nous; dans les idées elle est évidente; pas une conviction généreuse et forte qui rallie les esprits. »
M. Guizor, #ttf V Hérédité de la paiHê.
ft G^est une loi de la Providence que le mal naisse du mal, qu'un fléau appelle un fléau. Ne mous feit Kah GNONS pas. Sans cet étroit enchaînement des iniquités diverses, qui s'invoquent, s'enfantent l'une l'autre, et en s'agcumulart deviennent nnoLâ&ABLBS) lô tnial parviendrait à se dissimuler et à s'établir. i>
M. GmzoT. Id. îà.
« Pour que la nécessité de la ^êrisOn soit évidente, il faut que le mal soit connu par tous seâ symptômeft et dans tous ses effets. »
M. GuizoT. îd, Id.
« Il n'y a plus de remède à attendre que de l'excès du mal et de l'épuisement où les foreurs des guerre^ civiles et 1' anarchie qui en est la suite jettent la nt'o tion (1). » Mirabeau, des Lettres de cachet.
<L Ce n'est que par des calamités nationales (2) que peut se guérir une corruption nationale (S). :»
Boungbroke.
c On parait avoir^ en France, une ti grande frayMir
de toute hiérarchie , qu'on lui préfère l'organisation
laborieuse du désordre moral et matériel; et c'est
justice à rendre à notre époque que de reconnaître
qu'elle y réussit en proportion de ses efforts. »
M. Ë. de Girardin.
<t La société offre l'image de ce chaos si bien défini par ces paroles t Chaque chose n'y est point k sa place, et il n'y a pas une place pour chaque chose. » M. GuizoT, du Gouvernement de la France.
(1] C'est l'humanité qu'il fallait dire.
(2) C'est humanitaire qu'il fallait dire.
(3) C'est htuDB&itaire qu'A iSgOlatt dire.
l'uDhé àe rèHgion. )»ase nécessaire de Punitë de morale, ellemêtae nécessaire h l'existence de Tordre, ne peut résulter que de l^jnarchie résultant elle-même de la multiplicité de religion et de iiH»rale. El il est toujours également facile de prévoir que cette anarchie conduirait : à Tanéantissement de toute religion et de toute morale : puis, par suite, à l'anéantissement de l'humanité; ri l'ignorance sociale ne pouvait elle-même se trouver anéantie.
« Au nom de cette morale et de cette religion, continue M. Le- « roux, servir était mon lot, commander était le sien. Mais servir, « c'était obéir à Dieu et payer de dévouement mon protecteur sur a la terre. Puis, si j'étais inférieur dans la société laïque, j'étais « l'égal do tous dans la société spirituelle qu'on appelait l'Église. « Là ne régnait pas l'inégalité, là tous les hommes étaient frères. « J'avais ma part dans cette Église, ma part égale, à titre d'en- « font de Dieu et de cohéritier du Christ. Et cette Église encore « n'était que le vestibule et l'image de la véritable Église, de « l'Église céleste, vers laquelle se portaient mes regards et mes «r espérances. J'avais ma part promise dans le paradis promis, et «devant ce paradis la terre s'effaçait à mes yeux. Je reprenais « courage dans mes souflTrances, en contemplant dans mon âme * ce bien promis à mon âme ; je supportais pour mériter, je souf- « frais pour jouir de l'éternel bonheur. Je n'étais pas pauvre cr alors, puisque je possédais le paradis en espérance. J'étais ri- « che, au contraire, de tous les biens que je n'avais pas sur la « terre ; car le fils de Dieu avait dit : Bienheureux les pauvres a sur la terre! Et je voyais autour de moi toute une hiérarchie <c sociale qui, prosternée aux pieds de ce fils de Dieu, m'attestait « la vérité de sa parole. Dans toutes mes douleurs, dans toutes d mes angoisses, dans toutes mes faiblesses, dans toutes mes <i passions, et jusque dans le crime, la société veillait sur moi; « J'étais entouré d'hommes, mes égaux ou mes supérieurs, qui, ^:^mme moi, croyaient au Christ, au paradis, à l'enfer. La mi- « itee de l'Église terrestre était à mon service, pour me diriger « et m'aider à gagner l'Église céleste. J'avais la prière , j'avais « les sacrements, j'avais le saint-sacrifice, j'avais le repentir et u le pardon de mon Dieu. J'ai perdu tout cela. »
C'est vrai. Mais comment? Voilîr ce qu'il est essentiel de savoir, de savoir clairement, sous peine de ne jamais faire, éû parlant du remède, que des nuages ou du galimatias.
L'équivalent de ce que M. Leroux vient de tracer, c'est-k-dîre la justice, ou uuo apparence de justice et une sanction de cette justice inévitable par la force, est inhérent à tout ordre social possible. Cet équivalent, tant que la réalité ne peut en être dé-' montrée vis-à-vis de tous et de chacun, doit être supposé réel et socialement imposé comme réel par la force. De là, la nécessité sociale des révélations. De là, la nécessité sociale d'en em-' pêcher Texamen. Mais quand Texamen devient socialement imcompressible : ce qui devait être socialement accepté comme vrai, soit par la croyance, soit par la science, ne peut plus Fêire par la croyance; et l'ordre devient absolument impossible tant que le fond de te qui avait été imposé comme vrai par la croyance ne peut être imposé comme vrai par la science. Voilà encore qui est clair, sans nuage et sans galimatias.
« Je n'ai plus de paradis à espérer, continue M. Leroux; fl « n'y a plus d'Église; vous m'avez appris que le Christ était un « imposteur ; je ne sais s'il existe un Dieu, mais je sais que ceux « qui font la loi n'y croient guère, et font la loi comme sMIs n*y « croyaient pas. »
Tout cela est inévitable, dès que l'examen devient incompressible, et tant que Tignorance sociale n'est point évanouie. M. P. Leroux fait maintenant partie du corps qui fait la loi ; et ce corps né fait pas mieux que ceux auxquels il a succédé. C'est que vouloir faire des lois, quand il n'est plus possible d'en faire accepter la sanction comme inévitable , est une folie qui mériterait la couronne à Charenton.
« Donc, continue M. Leroux , je veux ma part de la terre. « Vous avez tout réduit à de For et à du fumier ; je veux ma pari « de cet or et de ce fumier. »
— « Travaille, lui dit encore le spectre qui représente aujotfr- « d'hui la société ; travaille , et tu auras ta part.
— « Travailler ! Je vous entends : vous voulez que je contî- « nue à travailler pour des maîtres , des supérieurs , comme je
« faisais autrefois. Mais je n'ai plus de maîtres , je ne mis plus « sujet. Nous sommes tous libres, tous égaux. N'est-ce pas vous- <c mêmes, mes anciens maîtres, qui me Tavez appris? Il y avait « autrefois une raison pour qu'il y eût des inférieurs dans la soie ciété : il n'y en a plus. »
C'est vrai : il n'y a plus de hiérarchie. Et comme il n'y a de possible, dans la société, que hiérarchie et anarchie, il n'y a plus, tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie, de possible que l'anarchie. Et d'où vient cette impossibilité de hiérarchie? De ce qu'il y a supériorité et infériorité sociale devant la force ; et supériorité et infériorité sociale devant la raison. La supériorité sociale par la force n'est plus capable d'être base d'ordre en présence de l'incompressibilité de l'examen. La supériorité sociale par la raison n'est point possible tant que ce qui est ordonné par la raison n'est point socialement reconnu ; et c'est ce qui existe tant que l'ignorance sociale, qui dure encore, n'est point anéantie. Vous voyez comment, dans la société actuelle, Fanarchie est encore inévitable.
« Et vous voulez que j'obéisse encore! continue M. Leroux. c< Je le veux bien, néanmoins, mais à condition que vous me (c montrerez ceux à qui je puis légitimement obéir sans me déa grader, sans mentir à ma conscience , sans honte et sans in- « famie. »
A cette interpellation , il n'y a rien à répondre en époque d'igoorance et d'incompressibilité de l'examen. En époque d'ignorance et de compressibilité sociale de l'examen, il n'y a d'obéissance honorable possible qu'envers ceux qui représentent Dieu, socialement accepté par la Foi. En époque de connaissance, il n'y a d'obéissance honorable possible qu'envers ceux qui représentent la Raison, socialement acceptée par la Science. Hors ces deux époques, toute obéissance et toute révolte sont également illégitimes; tout alors est nécessairement anarchique.
« J'obéissais au roi, continue M. Leroux, et le roi s'appelait « fils aîné de l'Église, tenait son pouvoir de ses pères, et recoure naissait le tenir de Dieu. »
, Ici il aurait fallu ajouter : sous la protection du pape, vicaire
de Dieu. Car, du moment que les rois ont méconnu la supériorité temporelle du pape, l'anarchie a commencé d'exister. Ce sont les rois qui les premiers ont rejeté la souveraineté de la force masquée de droit, pour se soumettre à la souveraineté de la forc4* sans masque , à la souveraineté de la force brutale, dite depuis souveraineté du peuple. Les rois ont tort de crier contre les révolutions, ils ont été les premiers des révolutionnaires.
« J'obéissais aux nobles, continue M. Leroux, qui eux-mê- « mes obéissaient au roi , et qui tenaient également leur puisce sance de leurs pères, mais, comme le roi, se soumettaient, dans (( la morale et la religion, à l'Église. J'obéissais aux prêtres, qui « étaient les ministres de cette Eglise et qui servaient dUduca- « teurs à tom. »
Ici, nouveau temps d'arrêt. Il n'y a d'ordre possible : que sous une éducation commune. Il n'y a d'éducation commune possible : que sous une force sociale commune, pouvant s'imposer comme raison ; ou que sous la raison socialement commune, pouvant s'imposer par son incontestabilité. La force sociale commune pouvant s'imposer comme raison sans démonstration n'est plus possible ; la raison socialement commune pouvant s'imposer par son incontestabilité ne l'est pas encore. L'anarchie, dans la situation actuelle, est donc absolument inévitable.
« Hors de là, continue M. Leroux, je ne devais obéissance à (( personne. Je devais au roi service pour la sûreté et les inté- « rets du royaume ou de la chrétienté tout entière. »
Oui : et la sûreté ainsi que les intérêts du royaume et de la chrétienté étaient soumis au critérium de la force brutale. Est-ce là une sécurité bien stable?
« Redevance aux nobles sur la terre desquels j'étais né,
« continue. M. Leroux, foi à l'Église et à ses représentants. Mais u jamais on ne me força d'obéir à des hommes de lucre et d'é- « goisnie, h des hommes occupés de leur intérêt privé, à des « liomnjos livrés h une seule passion, l'avarice. Qu'un homme, « autrefois, livrât son âme à l'avarice, cela n'en faisait pas légî- (( timement un des princes de la terre. Bien plus, il était oblq;é « de se confesser de son avarice, et le plus pauvre serviteur du
« Christ avait le droit de le moraliser. Donnez-raoî donc d*abord <c des supérieurs que je puisse respecter, ou souffrez que je haïsse « les supérieurs que vous me donnerez... Mais pourquoi parler « d'obéissance, pourquoi parler de maîtres, de supérieurs? Ces « mots-là n*ont plus de sens. Vous avez proclamé Téc^alité de « tous les hommes : donc je n'ai plus de maître parmi les hom- « mes. Mais vous n'avez point réalisé l'égalité proclamée ; donc « je n'ai pas même ce souverain abstrait que vous appelez, tantôt, « par un mensonge, la nation ou le peuple, et tantôt, par une a mitre fiction, la loi. »
Nous prenons acte que, selon M. P. Leroux lui-même : la souveraineté du peuple n'est qu'un mensonge; el la loi, qui en résulte, qu'une fiction. En effet, vis-à-vis de la raison, la souveraineté, la sanction du droit, doit être autre qu'une force brutale môme masquée de droit; et la loi doit être autre que la règle formulée par cette seule force. Il est cependant vrai de dire : que, pendant l'époque d'ignorance sociale, tout autre souverain que la force masquée du nom de droit; et toute loi, qui ne dérive poîni de ce souverain ; sont absolument impossibles. Mais c'est ce Cfu'il faut exposer clairement, afin de savoir : en quoi consiste lé mal social; et ce qui peut exclusivement le guérir.
« Donc, continue M. Leroux, puisqu'il n'y a plus ni rois, ni « nobles, ni prêtres, el que pourtant r égalité ne règne pas, je « suis »
Arrêtons-nous ici encore un instant. Quand M. Leroux dit.... et que pourtant V égalité ne règne pas, il paraît laisser croire que l'égalité sociale pourrait exister sous le règne de la souveraineté de la force : dite de droit divin, lorsqu'elle peut être masquée de raison ; et de droit de majorité, lorsque l'examen a rendu tout masque impossible. C'est là une équivoque dangereuse. Sous la souveraineté de la force, masquée ou non, il n'y a d'égalité possible que l'égalité proportionnelle à la force, égalité qui existe depuis Porigine du monde, et dure nécessairement autant que l'ignorance sociale. L'égalité sociale proportionnelle à la raison, est seulement possible sous la souveraineté de la raison ; et celle-ci peut seulement exister : lorsqu'elle est devenue socialement né-
cessaire ; et que cette nécessité a forcé de chercher, de découvrir et d'accepter le règne de la vérité. Voyons maintenant ce que se trouvent être les individus , c'est4i-dire la société , sous la souveraineté de la force sans masque , sous la souveraineté dite du peuple.
« Je suis à moi-même, continue M. Leroux, mon roi et mon « prêtre, seul et isolé que je suis de tous les hommes mes sem- « blables, égal à chacun de ces hommes et à la société tout en- « tière, laquelle n'est pas une société, mais un amas d'égoïsmes, (( comme moi-même je suis un égoïsme. »
Voilà le plus admirable tableau qui puisse être fait de la société actuelle , de la société existant sous la souveraineté de la force, quand, par l'incompressibilité sociale de Texaraen, il est devenu impossible à toute force de pouvoir être transformée en droit. Il est évident que, pour une pareille société, il n'y a de remède à attendre que de l'excès du mal, ainsi que Bolingbroke, Mirabeau et M. Guizot nous Tont affirmé.
Nous venons de voir que M. P. Leroux n'a pas bien compris la valeur de l'expression égalité % socialement considérée. Nous en donnerons de nouvelles preuves au prochain chapitre.
« Les droits ne sont rien, où n'est plus la force de les faire valoir. »
M. GuizoT.
« La discussion annonce le doute; et ie doute profite plus à la négation qu'à Taflirmation. »
M. GmzoT.
a Hors la foi ou la science, qui rejettent également toutes discussions, il n'y a socialement de possible : que doute, négation, anarchie, i
Colins, Mss.
€ Tonte société qui discute, agonise. Idem,
c Les prolétaires , classe nombreuse y inaperçue dans les gouvernements théocratiques^ despotiques et aristocratiques, où ils vivent à l'abri d'une des puissances qui possèdent le sol, et ont leurs garanties d'eiistence au moins dans leur patronage ; classe qui, aujourd'hui , livrée à elle-même par la suppressiou de leurs patrons et par I'individuausme, est dans une condition pibb qu'elle n'a jamais été, a reconquis des DROITS stériles, sans avoir le nécessaire et remuera la SOCIÉTÉ jusqu'à ce que le sogulisme ait succédé à l'ODIEUX INDIVroUAUSHE. ]»
M. DE Lamartine, Voyage en Orient, i. IV, p. 5i5.
« Les religions anciennes, en consacrant ou en permettant i « Tinégalité des fortunes et des conditions, reconnaissaient pour-
« tant, dit M. Pierre Leroux, l'égalité humaine, puisque, par le « ciel et le paradis promis, elles réparaient, sur la terre, l'iné- « galité qu'elles autorisaient ; et c'est ainsi qu'elles constituaient « LE droit, lequel, vu la similitude de notre nature, ne peut être « que régalité. Le droit restait ce qu'il est, ce qu'il est par es- « sence, Végalité ; et pourtant Tm^Sfa/if^ des conditions^ était de « droit. )>
Ce passage est nuageux, parce qu'il fourmille d'expressions soit indéterminées, soit mal déterminées.
Les religions anciennes n'ont jamais reconnu l'égalité mnihé
matique entre les hommes, parce que chez Thomme» il y existe nécessairement une partie matérielle, et que l'égalité absolue est une chimère au sein de Tordre physique. Partout où il y a qualités, il y a inégalités. L'égalité peut seulement exister entre les immatérialités, entre les âmes, si les âmes existent en réalité, ce qui est encore a démontrer. Les religions anciennes ont consacré Tégalitédevant Dieu, personnification de la justice éternelle, supposée réelle. Quant à la fortune et aux conditions, elles ont toujours été, même devant Dieu, le résultat du travail, le résultat de la liberté : car, m éme dans le ciel, il y avait hiérarchie, inégalité de conditions. Seulement l'exploitation des travailleurs faibles par les travailleurs forts, exploitation existant nécessairement sur la terre tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie, se trouvait réparée dans le ciel, où chacun, en'dépit de toute force, recevait ce qu'il avait mérité. Et voilà pourquoi Tordre alors était possible. Quant au droit, dire que, en essence, il est V égalité , c'est parler pour ne rien dire tant que le mot égalité n'est point déterminé. L'essence du droit , c'est Tégalité devant la raison ; mais le contraire du' droit, c'est Tégalité devant la force.
La tendance apparente du passage que nous venons de citer,» tendance involontairement émise par Tauteur, et qui, bien certai- [ nement, est contre sa pensée, se trouve être vers le communisme absolu. Cet idéal absurde, qui ne reconnaît aux individus aucune propriété particulière, n'a jamais été professé par qui que ce soit au monde, pas même par le rêveur Platon, pas même par M. Cabet, que Ton prétend donner comme le représentant du communisme moderne. En voici la preuve :
« Pour moi, dit le fondateur d'icarie, je regarde Tépreuve « conime décisive et la communauté comme parfaitement réali- « sable, en conciliant V individualisme et le communisme : ce « n'est plus qu'une question de moyens et de temps. »
(Cabet, prison des Madelonneltes, 23 juin 1851.)
C'est la répudiation complète du communisme absolu; c'est la déclaration solennelle que la société nouvelle doit être : l'harmonie entre la propriété individuelle et la propriété collective.
M. Cabet n'a jamais dit autre chose* et ceux qui Font fait parler autrement ne l*ont point compris.
Cependant, en dehors du communisme absolu ou évidemment absurde, il n'y a de possible que des organisations de propriété plus ou moins bonnes, plus ou moins mauvaises.
Disons maintenant pour élucider cette question, dont les passions se sont emparées, que Ton a donné : le nom de communistes à ceux qui croient que la propriété collective doit être la plus grande possible et les propriétés individuelles les plus petites possibles, sous la condition de porter l'excitation au travail, la production, la consommation et le bien-être de tous et de chacun au maximum possible ; et le nom de propriétaires à ceux qui croient que les propriétés individuelles doivent être au maximum possible et la propriété collective au minimum possible.
n arrive ici, ce qui arrive toujours lorsqu'une question sociale est longtemps débattue, c'est que les deux partis ont chacun raison : selon le point de vue d'où la question se trouve considérée. Tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie, les propriétaires, qui sont des communistes sans le savoir, puisqu'ils reconnaissent une propriété collective, ont raison : parce que leur système est seul compatible avec l'existence de l'ordre, et peut seul procurer l'ordre, tant que l'examen peut être socialement comprimé. Du moment que cette compression devient impossible, les propriétaires ont tort, et les communistes n'ont pas encore raison : car leur système est incompatible avec l'existence de Tordre, tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie.
Dès ensuite que l'ignorance sociale se trouve anéantie, les communistes, qui sont des propriétaires sans le savoir, puisqu'ils reconnaissent des propriétés individuelles, ont raison : parce qu'alors leur système est seul compatible avec l'existence de l'ordre.
Le fait est : que communisme absolu et individualisme absolu sont également absurdes ; que l'individualisme, en donnant ce nom au système qui restreint la propriété collective au minimum possible, est seul capable de servir de base à l'existence de Tordre tant que Tignorance sociale sur la réalité du droit n'est point anéantie et que Texamen peut être socialement comprimé;
que le communisme, en donnant ce nom au système qui élcnd la propriété collective au maximum possible, est seul capable de servir de base à Texistence de Tordre, dès que Tignorance sociale sur la réalité du droit se trouve anéantie ; et que, en époque d'ignorance sociale et d'incompressibilité sociale de Texanien, le^ systèmes, individualiste ou communiste, sont également âoar* chiques.
Ainsi, dans le passage de M. dej^Lamartine, qui nous sert d'épigraphe, l'illustre poëte est plus communiste encore que le ré^ veur Platon. Vouloir anéantir l'individualisme , c'est vouloir anéantir la raison, anéantir l'humanité. L'ordre réel, c'est Tharmonie entre l'individualisme et le socialisme, comme l'a fort bien dit M. Gabet. En principe, et sauf les applications que la science seule doit déterminer : M. de Lamartine est un communiste utopique ; M. Cabet est un communiste rationnel. Revenons à M. Pierre Leroux.
<K L'égalité, dit-il, reparait donc aussitôt que la religion est en* c( levée au peuple. »
Il y a ici une faute involontaire, sans doute, mais énorme. Il fallait dire : rANARcmE reparait donc aussitôt que la religion est enlevée au peuple. La traduction que nous venons de donner, M. Leroux lui-même va la confirmer :
« Le peuple, alors, dit-il, est dégagé de toute obéissance ; et « voilà ce qu'ont entrevu grossièrement ceux qui ont érigé cet c( axiome hypocrite d'une politique infâme : il faut au peuple une a religion. »
Examinons cet axiome en dehors de toute irritation, et surtout tâchons de bien déterminer la valeur des expressions.
Le mot religion, socialement considéré, signifie : droit réel^ ou illusoire autre que la force ; mais socialement accepté comme réel. Ce droit, ou la religion, ou une religion, est essentiellement nécessaire à l'existence de l'ordre : car vouloir baser Tordre sur la force brutale non masquée de raison ou de droit, est une folie exclusivement inhérente au choléra moral actuel.
Ceci accepté, il est évident : que, pendant toute Tépoque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, il faut qu'un droit supposé
réel, une religion soit inculquée aux masses, au peuple, sous peine de mort sociale ; et que cette religion soit protégée par la force, tant que la force peut comprimer socialement. Mais, du moment que h force ne peut plus comprimer l'examen, Taxiome il faut au peuple une religion, n'est plus qu'une folie, et ne peut être appelé infâme que lorsque la folie est rendue synonyme d'infamie. Â celte époque, ce n'est plus une religion qu'il faut au peuple, c'est la réalité du lien religieux, la réalité du droit, qui doit être incontestablement démontrée vis-à-vis de tous et de chacun : sous peine d'anarchie inextinguible ; c'est-à-dire : sous peine de mort sociale.
« Mais comment le droit, s'écrie M. P. Leroux, après un accès « d'anthropomorphisme, qui s'accorde mal avec ses doctrines pan- « théistes, dont lui-même ne se rend point un compte clair(l);
(1) Voici un exemple du panthéisme mystique de M. P. Leroux : « Quel mépris superbe, vous avez, dit-il, pour les animaux qui ne sont pas de c votre espèce! Est-ce que Dieu n'est pas l'auteur de tous les êtres *? Pourquoi c donc, en s'incarnant, ne s'unirait-il pas à eux par l'amitié, lui qui s'unit à eux c dans la vie, puisqu'il les fait vivre? Un grand saint du christianisme disait au c lièvre : Lièvre, mon frère ** ; et j'ai entendu un des rares génies de ce siècle, mon c vieil ami, à jamais regrettable, Geoffroy Saint-Uilaire , s'indigner des mauvais c traitements qu'on faisait éprouver aux singes, en disant à ceux qui tourmentaient < ces animaux : Malheureux que vous êtesy ces singes sont vos pères, leur espèce « a servi de matrice à votre espèce. i> [De la Fable, à M. Lachambaudie.)
Alors il faudrait dire au laboureur : a Malheureux que vous êtes, vous déchirez le sein de votre mère ! » Et voilà ce qui arrive quand on confond le propre avec le figuré.
Cette théorie conduit droit au despotisme. Dès qu'on a employé le singe au tourne-broche, on y emploie le nègre, et le blanc , et le représentant du peuple, s'il est conduit en Sibérie, ou condamné par un conseil de guerre. D'un autre côté, si TOUS ne voulez : ni employer le singe uu tourne-broche; ni manger votre frère le lièvre, vous ne boirez plus de l'eau , vous ne respirerez plus l'atmosphère, pour ne point manger, boire ou respirer vos frères les microscopiques.
Séparer la théorie de la pratique, est le propre de l'ignorance.
Tout homme est entièrement matière, ou tout ce qui n'est point entièrement matière, est homme. Pas de troisième alternative qui n'ait, pour conséquence nécessaire, l'établissement pratique de la force brutale érigée en droit. Je me trompe, cette conséquence dérive essentiellement de la première alternative, de la théorie panthéiste.
* Dès que la création est admise, et la possibilité, poar une créature, de raisonner plus qD'aatomatiqaement, le raisonnement de M. P. Leroux est incuutestabie Jamais les bons loffieieus ne manqueut à la logique, si ce n'e:^t uu ])uint de d('|*ari. (^e n\'st puint, disait Voltaire, la logique qui manque aux bnmmes; c*est lepoint de déiart. C*était une énergique proclamation de l'ignorance humanitaire.
** Ce qui, probablement, n'empêchait pas le grand saint de manger son Trère.
« coiTiuienl \e droii peul-il s'accorder avoc lui-uiêmii? CVst-à-dire : « commeiu le droit de Tim peui-il s'accorder avec le. droit des au- « 1res? »
Puis il ajoute :
c( Vous le demandez au ciel, à la terre, à lous fes échos politia ques de mon temps ; mais le ciel et la terre, ei tous lesécbos c( sont muets pour vous. »
Voyons s'ils parleront pour M. Pierre Leroux!
c< Liberté égalité^ dit-il: voilà le terrible problème qui
c( réduit à Tanarchie et met aux abois votre prétendue société. « C'est qu'il y a un troisième terme, fraternité, qui pourrait ser- « vir de lien aux deux autres, si lous les trois étaient réunis dans a une pensée qui a nom religion. »
C'est très-bien. Mais à cette pensée il faut une valeur déterminée. Cette valeur est lien des actions d*une vie avec le Hefigêtre ou le mal-être dans une vie postérieure, et réciproquement ; lien du bien- être ou du mal-être dans cette vie avec les actious d'une vie antérieure. Or, ce lien demande des individualités réelles, éternelles, absolues, indépendantes d'anthropomorphisme^l de panthéisme. Or, la prétendue science actuelle nie la réalité de ces individualités, c'est-à-dire nie la réalité de la religion. Eu époque d'incompressibilité sociale de l>xamen, il ne s'agit pas de dire : la religion est nécessaire; il faut en démontrer la réalité au ,périr socialement . Nul doute que liberté, égalité, fraternité, ne se trouvent dans la religion et ne se trouvent que là. Car, vis-àvis de Tanthropomorphisme , du panthéisme , et en présence de l'incompressibilité sociale de l'examen, les mots liberté, égalité, fraternité ^i religion, sont également vides desens rationnel, ou, si vous l'aimez mieux, remplis d'absurde. Mais la religion estelle une réalité, c'est-à-dire le droit estil^une réalité? Voilà, je. le répète, ce que nie la prétendue science actuelle: science qu'il faut anéantir pour lui substituer la science réelle . sous peine d'anéantissement de l'humanité.
« Ayez donc une religion, continue M. Leroux, ou souffrez la « réclamatioïi de ceux sur qui pèse l'inégalité. Vous ne pouvez « pas me donner l'égalité par l'ordre, c'est-à-dire par une dif- I. ' 15
« férenmtion consentie et fondée sur notre égalité même ou sur « notre similitude de nature; je l'aurai par le désordre.
« Au nom de la liberté môme, de la liberté de chacun, c'est « l'égalité qui est la loi de tous. »
Nous ne saurions trop faire remarquer que l'expression égalité, tâtlt qu*elle n'est point déterminée, tant qu'elle ne signifie point égalité devant la raison , justice, et non égalité mathématique, est une continuelle source de logomachie et par conséquent d'ànârebi^ i car partout où la théorie est logomachique, la pratique est nécessairement anarchique. En voici une preuve immédiate :
« Donc, ajoute M. Leroux, s'il y a, dans la société, un infère rieur en puissance,, en richesse, en quoi que ce soft, il a droit « de réclamer, d
n aurait fallu dire : « S'il y a injustement dans la société un «•Inférieur en puissance, en richesse, en quoi que ce soit, il a « droit de réclamer. »
Puis, il y a encore mieux que cela. Il a droi^ de réclamer, dites- VDUS. Mais y a-t-il un droit autre que la force? C'est ce que, pendait toute l'époque d'ignorance, il est impossible de décider. Et s'il n'y a pas d'autre droit que la force, celui qui souffre n'a rien à rëdâmer s'il est le plus faible. C'est précisément à cause de cela : que, pendant toute l'époque d^ignorance sociale sur la réalité du droit, itn'y a d'ordre social possible que par l'abrutissement des niasses; et que, lorsque l'incompressibilité dt l'examen vient empêcher les masses de supporter l'injustice de la force, l'ordre social devient impossible : jusqu'à ce que l'ignorance sociale sur la réalité du droit puisse se trouver socialement anéantie.
« Et si vous ne pouvez pas, continue M. Leroux, luî donner « ta raison de son esclavage et de votre liberté, de son malheur « et de votre prospérité, il a droit de se mettre à votre place et « de vous mettre à la sienne ; en termes consacrés, l'insurrection ce devient un droit. »
Il fallait dire : l'insurrection devient un fait; l'insurrection devient l'expression de Tabsence reconnue de droit réel, de l'appel fait, en celte absence, à la force brutale. Quand le droit réel règne socialement, toute insurrection devient absolument impossible.
(c C'est ainsi, continu^ M» Leroux , que tout principe d'ordre <x et toute règle d'obéiissapce est détriiite 9ujoyrd'bui« ^
C'est vrai, mais pourquoi? Yoilà ce qu'il fallait dire, (7est parce que Tincompressibilité sociale d^- Yf^nm^ïi ewpécbç le$^ forts de cacher aux faibles Tiguorauce sociale sur h réalité du droit. jLa force alors étant la ^ub ^urce dç dpipioatiou^ 4 h faiblesse la seule source d'esclavage , chacun veut être fort. Pe là une auarohie inextinguible ; jusqu'à ce que la réalité du dpi>itt la sanction du droit réel, la religion réelle, soient rendues r^o^ nellemçnt incontestables vis^-vip de tous ^t de chacun.
Ce que nous venons dire très-prosaïquement» M. P, Lçron va l'énoncer avec verve et poésie :
c( On entend, dit-il, un horrible bruit de cojmbattants qui se c( heurtent et se déchirent. Un spectre pâ)^ et tremblant se pré- « sente^ et dit ; Rentrez daus Tordre, je ;»uis la Sociétéf Une fUttla titude d^ YPix s'écrie aussitôt ; Vous dites que yqus êtes to Sp^ « dété, faites^nous donc justice ; nous souifropSt ^t en voici qui «jouissent; donnez^nous autant» op dites-^pous pourquoi nous « soufTrou^. M spectre se tait» immobile ^t la tête penchée vers a la terre. Alors ces hommps, voyant que c^ n'çst qp'un faqtAviç « impuissant» s'écrient en reprenant leurs arpa^s : A ba^ topt cç « qui nous opprime 1 Pourquoi les inférieurs ne ranverseraieptril* « pas leurs supérieurs ; pourquoi les pauvjres ne ^ pQ^ttraieQta ils pas à la pl^ce des ric)i^s ; pourquoi des inférieur^, fnw « quoi des pauvres ? d
Très-bien I Mais après? Quand Ips ricb^ neropt devei|U3 paur vres et les pauvres devenu3 riches, U «OPiété ep ^ni^(«pllp piieux ep ordre ? Quand 1^ désordre aur^ détruit toute ridie^^ ^t qv'îl y aura égalité dans la misère, U société çn sera^t*el)e miew; ^ ordre? Alors» pour anéantir la dop^infttipn dn i^ fprce brutale ré^ sultat du panthéisme» il faudra de nouveau recourir à T^thropo^ morphispie et à l'abrutissement des nua^s, Çeh n*P8( plus foth sible» me dira-t-pn« Je l'accorde. Alors : l'ignorance sopialu sur la réalité du droit, qui rend le paupériapoe pépesaaire, sous peine de mort sociale» doit se trouver anéantie; ou Thupaanité doit ellemême disparaître de la ^uJT&pp de iwtre glpher
« L'anarchie civile et politique, ajoute M. Leroux, est donc la « loi de notre temps. L'anarchie morale vient s'y joindre. »
M. P. Leron^ commet ici une immense erreur. L'anarchie civile et politique n'est jamais et ne peut être que le résultat de l'anarchie morale. Partout où il y a hiérarchie morale, harmonie morale, il y a également hiérarchie et harmonie civiles et politiques.
Maintenant M. P. Leroux va toucher à un point social bien essentiel.
« Il est, dit-il, une moitié de l'Humanité qui a toujours partagé « jusqu'ici le sort des parias , des esclaves et des prolétaires , « en ce sens qu'elle a été, comme eux, dépouillée de son droit « d'égalité : ce sont les femmes. »
Yoilà de nouveau le mot égalité, source de logomachie, et, par conséquent, d'anarchie. Pour être clair, il aurait fallu dire : Gomme eux soumises à une force transformée en droit; et, comme faibles, devenues esclaves. Mais laissons continuer M. Leroux :
« A ce sexe aussi , dit-il , vous ne pouvez plus promettre le « ciel, et vainement vous le menaceriez encore de l'enfer. Soufi filiez donc que ce sexe aussi renonce à l'obéissance. N'est- il « pas vrai que c'est également un joli et moral axiome, dans le « senà où on l'entend communément, que celui-ci : // faut une « religion aux femmes. Ehl sans doute, mais par la même rai- « son que je viens de montrer qu'il en faut une au peuple, et a non par une autre raison. Si bien que moi je dirais volontiers d qu'il faut une religion à tout le monde, aux hommes comme à aux femmes, aux aristocrates comme au peuple. »
Ici encore il y a un nuage. Dire : il faut une religion à tout le monde, c'est laisser supposer qu'il est seulement nécessaire que chacun ait une religion, n'importe laquelle. Ceci est une erreur; la multitude des religions, c'est l'anéantissement de toutes les religions, dès que ceux qui les professent sont en communications inévitables. « Deux religions, a dit un homme célèbre, expirent en s'embrassant. » Et cela est vrai, par cela seul quelles s'examinent ^ ne peuvent être qu'hypothétiques tant qu'elles sont plusieurs. En époque d'ignorance sociale et d'incompressibilité de rexnnr.eu,
il n'est plus vrai de dire : une religion est nécessaire ; ce qu'il faut dire alors, c'est : la religion^ socialement exposée d'une manière rationnellement incontestable^ est devenue nécessaire à r existence de rhumanité.
« Esprits forts, continue M. Leroux, qui consentez à ce que « les femmes et les enfants aient une religion , il faut une reli^ ce gion aux. femmes signifie, dans votre bouche, que vous aurez « droit de satisfaire vos passions , mais qu'elles n'auront pas le «( droit d'écouter les leurs. C'est comme il faut une religion au « peuple, ce qui, pour vous, signifie que vous voulez avoir des « esclaves dociles , aveugles comme ceux des Scythes , et bien « muselés.
« Les honnêtes politiques qui veulent une religion pour les M femmes et les enfants , mais qui n'en veulent pas pour eux- (( mêmes, considèrent la religion comme un frein, comme le mors « avec lequel on gouverne un cheval fougueux. »
On, en époque d'ignorance sociale où la force est le seul droit possible, signifie les forts; et le cheval fougueux signifie les masses.
« Souvent, continue M. Leroux, les femmes elles-mêmes ap- « pellent la religion à leur secours, uniquement aussi comme « un frein dont elles ont besoin pour se gouverner. Cette idée « qu'elles se font, ou qu'on leur donne de la religion, est assez « mesquine, mais elle est vraie : la religion était un frein, et « ce frein n'existe plus. »
Si ce frein n'existe plus, il faut qu'il existe de nouveau. Car il fst le seul qui puisse empêcher les passions, c'est-à-dire Tanarchie, de dominer et de détruire la société. En époque d'ignoraoce et d'incompressibilité d'examen, vouloir donner qj^mme frein une religion qui n'est que l'expression d'une force brutale transformée eu droit, est une idée mesquine, je n'en disconviens pas. Mais, en époque de connaissance, la religion est l'expression de la raison rendue incontestable vis-à-vis de tous et de chacun. Et cette idée, loin d'être mesquine, n'a rien que de sublime.
XXIt
c U femme est l'amie naturelle de riiemnie. Toute
autre amitié est faible auprès de celle-là. »
BoMALD, Vensées.
c Quicon(|ue a deux amis n'en a pas. d
Colins, Mst.
c Si j'ajoute qu'il n'y a point de bonnes mœurs pour les femmes hors d'une yie retirée et domestique; si je dis que les paisibles soins de la famille et du ménage sont leur partage, que la dignité de leur sexe est dans la modestie, que la honte et la pudeur soiit en elles inséparables de l'honnêteté, que rechercher les regards des hommes, c'est d^à s'en laisser cori'ompre, et que toute fevice qm se iio!!tre se d£s- BOKOBB ': à l'instant Ta l'élever contre moi cette philosophie d'un jour, qui naît et meurt dans le coin d'Utie grande ville, et veut étouffer de là le cri de la nature et la voix unanime du genre humain. »
Rousseau, Lettre à D'Àlembêrt.
<i La fetnme ait uMe fleur qui n'exhale Aé parfum
qu'à l'ombre. »
M. DE Lamèniiais.
«r La fetntue, dit M. Pierre Leroux, est le mal, qiiaud le mal « existe autour d'elle ; elle est le mal quand la société doit s*âbi- « mer dans le mal. »
C'est vrai, mais il fallait dire pourquoi.
La femme est Tessehire de la famille, du fôyef domestique.
La religion est exclusivement la base de la morale.
La moralité de la femme est exclusivement la base du bonheur siU sein de la famille.
Le bonheur n'est qu'au sein de Id famille.
Quand là religion eât exclue de ta tkmlUe, te bonheur ne peut plus y exister .
Et quand il n'y a plus de bonheur au sein de la famille, le malheur existe au sein de la société.
a Quand le Christianisme naquit, continue M. F. Leroux, les
« femmes furent sublimer ; elle« produiaireiU plus da martyre k ^ proiN)rtiou que Tautre aexa , va le peu de li\^M qu'ellog avaient. Mais qaand le Chriatianisme m tombé, elka se sont « précipitées, et Tont précipité avec elle, JL-ea Borgia trouvèrent (C( daaa leur propre sein une femme qui ferait douter si le mal vint « pour eux d'AIexAiudre VJ m de wn fiU César, ou de aea (ri)ia u antree S\», toua dignea di^ leur pèrat taus digaea de leur aœur ! ^ Le dix-bûitième a^le. o'a j^aa au diaeemer quel éisM. k p4ua a infâme et ie plaa aouillé du JEiégeot eu de aa aile, de UiûaJhT « ou de aea maîtresses, a
a Uiaaena iom De Maialre a'éerier ; -^ h TmW^ lea Idflsla^ a (iona ont pria dea préeautiona plus ou moine aév^rei eoRtre ki <i femmes. De nos joura encore elles sent eifelai^ea êom YAk^ « rao, et bétea de aomme ebee le aauvage, L'EJvaugile aeui a K pu les élever au niveau de Tbomme* euie» rendant meilieurea« « Lui seul a pu proclamer lea droits de la fSemme aprlis lea avoif a fait oaUre, et lea faire nattre en a'établisaant daua le co^ur de n la femme.«-^a Ueatfauxqu« TËvangile ait proclamé lea droite << de la femme s il a[proelamé, au contraire» aon a^^^ervi^emeutr »
Arréuma^iiotta ici u» inaïu^aL L'ËvaAgile u'a proclamé a^^r la
terre que le droit des forte, etc'eat surtwi pour le ejd <|U'U a pre^ clamé lea droit» de teua. Les femmes, comme laiblea^ ont amsidû être asservies* StrEvangile a fait cequ'iladâfoire* U a été institué en époque dlgoorauce t^ociale et de compreaaibîliié d*eP9Hi4* ON à cette époque, le feilile doit être enclave, 3qus peine de mort ao-. ejale. Maintenant la force ne pe«t plua ^re base d'ordre pi»rce q4ie reaameu oe peut plue être comprimé- £t voilà poiu'quei lea faiblea auasi^ aous peine de i»ort sociale, ne peuvent plua être escla? ea- Mais distingue» bien l'état d'eadavage de l'état de nù^ uoriié. L'unité aoijale n'est point Tindiv^lti maie la famille ; et rharmonie au sein de la famille et^t la ^UTce de yk2^m^i^ aw
sem de h aociétié. Pana la eodété* l'homme vi>&i m%> lois repréaenumt la raison iUiieoire ou féelie, maia seeialemeMt »m^0^ comuM i^éeUe. fiana la ftmiUe, la (mêi, mrmn inéceaaaÂreme^it
mineure, obéit à son mari représentant la raison, la loi; et cela : dans les limites tracées par la raiaOfi; H ^QUS> h pr^i^JOi) ^ h
religion réelle dominant la société : hors laquelle domination il n y a que force brutale, maîtres et esclaves ; mais aussi sous laquelle domination il n'y a de possible que liberté pour tous et pour chacun, sans aucune espèce d'exception.
« Laissons à De Maistre, continue M. Leroux, son anathème « contre la femme, qu'il termine par ces paroles :
« Aucun législateur ne doit oublier cette maxime : Avant d'ef- « picer r Evangile, il faut enfermer les femmes ou les accabler ipar des lois épouvantables, telles que celles de l'Inde. »
Ces paroles ne sont point un anathème, mais une vérité. Pour De Maistre, évangile signifie religion ; et, avant d'eifacer la religion, il faut enfermer les femmes ou les accabler par des lois épouvantables, telles que celles de Tlnde.
Il y a même plus; et cette vérité, actuellement méconnue et honnie, n'en triomphera pas moins au tribunal de la raison : poiki* qoe désormais l'ordre, c'est-à-dire le bonheur social puisse ^.kistéfr, il faut que les femmes s'enferment volontawement dans le (byer domestique, où leur présence est continuellement nécessaire au bonheur de la famille. Et remarquez : que l'obéissance volontaire à ce qui est ordonné par la raison, loin d'être l'esclavage, constitue exclusivement la liberté.
<i Mais reconnaissons, continue M. Leroux, tout ce qu'il y a « de profonde vérité dans ce qu'il ajoute : — « Eteignez, aflfai- « blissez seulement jusqu'à un certain point dans un pays chrétien « rmfluence de la loi divine (1), en laissant subsister la liberté «r qui en était la suite pour les femmes ; bientôt vous verrez cette « noble et touchante liberté dégénérer un une licence honteuse. cr Elles deviendront les instruments funestes d'une corruption « universelle, qui atteindra en peu de temps les parties vitales de « l'Etat. Il tombera en pourriture , et sa gangreneuse décrépi- « tude fera à la fois honte et horreur. — »
« Or, vous avez effacé V Évangile^ et vous n'avez pas enfermé mleê femmes, comme le veut en ce cas De Maistre, ni vous ne les «avez accablées par des lois épouvantables, telles que celles de
(i) G^est-ÏMiire rinfliieiice 4e la religion.
<? l'Inde. Vous n'avez pas seulement affaibli ^ maïs vous avez « éteint Vinfluence de la loi divine^ dans un pays chrétien^ et « pourtant vous avez laissé subsister la liberté qui en était la (( suite pour les femmes, Est-ii étrange qu'étant ainsi devenues « les instruments funestes d'une corruption universelle qui a « atteint les parties vitales de rÉtat, cet Etat tombe en pour- « riture, et que sa gangreneuse décrépitude fasse à la fois honte « et horreur I r>
Pour prouver que le mariage, c'est-k-dire la famille, n'existe plus que de nom, la famille que, par parenthèse* nous seuls, socialistes, voulons rétablir, M. Leroux cite le passage suivant, qui ne peut être assez médité :
« La corruption des mœurs, » dit un sage de notre temps, « ne « précède pas celle de la religion ; elle n'en est qu*une consé- « quence... Où le matérialisme triomphe, où le profane a étouffé « le sacré, comme le lien conjugal n'est plus un sacrement, mais « un bail, Kadultère n'est plus traduit que devant le tribunal de « l'avarice ; on le blâme comme une déloyauté commerciale, obli- « géant un homme à débourser des frais qu'il ne devrait pas faire, c( et à payer devant la loi pour des enfants qu'il n'avait pas causés, « et dont la nourriture ne devait pas être à sa charge. Dans une « pareille société, l'adultère est flagrant, public, efRréné, frappant ce à toutes les portes ; il est reçu, salué, fêté ; on en rit; le ha-
« RIAGE n'existe PLUS.
« Lorsque la femme... ajoute M. Leroux, se lance dans le mal, « parce qu'elle ne sait plus où est le bien, et qne, l'ancien bien « n'étant plus le bien, la règle du bien lui fait défaut, il est im*- « possible que la société ne s'abîme vite et avec fracas. »
Il y a près de dix ans que M. Leroux a écrit ces lignes. Voyez le chemin que depuis la société a fait vers l'abîme : et voyez si élit' peut aller ainsi dix autres années avant de se trouver engloutie !
S11 y n, chez M. Leroux, des passages nuageux, il y en a«aussi devant lesquels la postérité se prosternera. C'est avec bonheur que nous citons le suivant :
c< Dans quelques générations , dit-il » les hommes contemple»
- sa* -
« roiit avec piijé celle France du dix-neuvième siècle, qji*e çuel- ^ que^runs présenteraieui voluiuû^r^coaimi; le deroit^r teripe de u h civilisation ; U3 la cansidéreroot > dis^-je , avec la mèm^ tris- « te3se et b fuèm^ dégoût que uous eousidi^rQjis la poiirriture dç « l'empire romain ; et, voyaut mst maas9& (jie prolétairesi^ vingt ou « trente millions d'hommes sut trente^d^ux millioui&t ilQ£^érité$ jK d^ tout daa$ noa patrie qui, depuis cinquante ans, a écrit si^r « son drapeau le saint nom A* Égalité, ils ne comprendront pa3 9 plii3 ce contraste que nous ne comprenons Tesclayaga antique. « Mais (m n'est pas seulement la situation d^s ma§se3 profondes n et obscures de ,1a nation qui frappera alors d'étonnemeni et de « pitié : la triste situation de cetie petite couche d'aristocratie « bourgeoise qui couvre et cache tout le reste, n'inspirera pas c( moins d'étoni^ment et àe commisération. Cette routine fiveugte a d'hommes pleins de vices et de douleurs f et s'aitacliant k p^r- « pétuer, dans leurs enfants, les mêmes vices et les mêmes doua leurs I cette lâcheté, de l'esprit, qui po:se des principes et qui a ne conclut pas ; cette vie égoïste, individuelle, sans force contre « les fléaux qui assiègent l'Humanité, sans grandeur, sams vaa riété » sans poésie, bornée au gain, ^t toujours exposée à la € vum, courant après de sottes distinctions qui ne sont fondées K sur rien , yas même sur la naissance , sur la pureté du s^ngf sur la tra^mi^siou du couraga et de la force par voie de gé- « nération : tout cela fera gémir profondément nos descendant^ « sur kiàVB pèiys» Quand la société sera ordonnée, que dira-t-on m d'une société ou k hasard, comme la Folie, qu'Érasme faisait m reine du wmAeh décide de tout, préside à tout; où les inéga- « liiés nAtureiWs et les diffiirences de génie et d'inclinations, seuls « éUmeuu véritables, si^ot a pein^ eomptiées pour quelqne chose, « et fioiit tout à ki\ stibalternisées ^r la namame, que, cepeu* € datti» Mi^ ous opifiions (vxxia^De^^t m pr^ugé? Gon^cevra- « t-on alors que rhal)itude prise nous fascine au point de ne pas ir voir la cofAradictiou d^ uos princes > ^ nous cache tous les « uHiux qui ràHiltent pour Unis» exploitants ou exploités, mai- « très ou esclaves, de cet étonnant désoràre et de cette lutjt4^ achâr*- « BéêiBief» et la ume^ rht^rmes du f^eur, àéik»^ d'un amour
it pâftiigé» ndënce, hon&eUTf considération, gMre^ c^esi lu fiHi^ it litë qui distribue tous léB lois, «i
Je le répète, ce pimgo est adodirâMe oomine descriptif, et la postérité B'étoniiera qu'un homffle de notre époque ait pu Yé^ criré. Mais elle s'étounera aussi qu'ayant eu celte capacité, il n'ait pas reconnu que cet état social est la suite nécessaire de l'ignorance sur la réalité du droite ù une époque : où rexamen est devenu incooipressible ; et où les progrès dans les sciences pbysiqttes Ibnt mé(»imattre l^ignorance an point de laisser croire : que l'ordre est possible, sous lé règne de k seule force) lorsque l'exameti a cessé d'être socialement compressible*
^ Donc, Bodëté actuelle « dit encore M< Leroux, tu n'as rien « dans ton sein..< que l'avenir» sans doi»ie. Tu a'as m Eteu^ m « DROit, M Lot« Plus je te contemple, plue je vote que tu es (bile « et insensée. >>
C'est vrai. Dibu signifie sanction religieuse , justice étemelle, ordre ttoràl, ou ne signifie absolutnent rien. Et la prétendue science aetnelle nie la sanction religieuse. Il ne faut point ici en accuser les inasses, quii semblables aux moutons de Panurge, ne font jamais et ne peuvent feit*e que sttivre la sdénce» ou ce qui est donné comnte tel< Dès quMl n'y a plus desanetioil religieuse, le droit n'est plus qu'un mot vide de sens, si l'on vent lui appli** quer une autre Valeur qne celle de f&rèé. Et la loi qui ne dérive point du droit, qui n'en est point l'application, n'est elle^nème Lot que sous l'application de la vtMtcfe. Il est donc évident que là société n'a plus ni Dieti^ ni droit, ni loi. Mais> encore une fois^ cela ne devrait^il point suffire pour que les représenunts de la société vinssent à genoux^ et en présence de leurs commettants assemblés, proclamer i et rignoranee sociale} ei leur propre ignorance? Jusque-là , ce serait en vain que vous letir présente^ riez la vérité, ils efaoheraiéitt Aësstis, en disent i 1» véf4té«^i c'eit moi, c'est nous.
c( Tu crois au hasard, continue M. Leroux, et tu ne trois pot « h autre lîhôse. n
Les iiNlfVidus de la société actuelle ne croient qu'à eux^-mét mes. C'est ce qui arrivé tt^eSsairement t lor8(|ue toute emytnce
commune n'est plus possible à cause de Tincompressibilité de l'examen ; et que la science commune n'est pas encore possible h cause de Tignorance sociale. C'est le résultat nécessaire des sou; vérainetés individuelles, véritable souveraineté des sots.
« Tu ne veux plus du passé, continue M. Leroux, et tu t-ef-* « forces d'échapper à l'avenir qui t'invite et t'appelle. )>
Oui^ appelez donc les ignorants vaniteux, pour leur faire re* connaître leur propre ignorance, et vous verrez comme ils répon dront à Tâppel. Il n'y a qu'un maître qui puisse les forcer à cet acte d'humilité ; et ce maître, c'est la nécessité sociale résultant de l'anarchie. Quand la société e$t maniaque, il faut qu'elle soit saignée; et l'anarchie peut seule se charger de cette fonction curative.
a Tu es, continue M. Leroux, dans cet état semblable à la « mort qui précède et prépare la vie. Tu vis mécaniquement, « comme un automate, ou comme une chrysalide, ou comme uu « homme endormi. Tu ressembles à la chrysalide, ou le ver s'est « enfermé pour renaître un jour avec des ailes, et qui, en atteu- «r dant la métamorphose, n'est ni chenille ni papillon, mais un « être informe où les deux vies dont elle est le centre se dispute tent, pour ainsi dire, et entrent en conflit. x> . Que M. Leroux y prenne garde! les comparaisons de l'ordre moral au physique peuvent être très-poétiques , mais elles conduisent nécessairement au panthéisme. Le ver ne s'est enfermé que figurément. Au propre, il a été enfermé par les lois éternelles de la matière. Comparer la société, c'est-à-dire les individus qui la composent, à la chrysalide, c'est déclarer ces mêmes iudividus incapables de liberté et de responsabilité. Certainement, même en présence de l'ordre moral, il y a tatalité dans les événements; mais il y a aussi liberté chez les individus; et c'est précisément Tbarmonie entre cette même liberté des individus et la fatalité des événements, qui constitue l'ordre moral, autrement dit Texistence de la justice éternelle. L'époque d'ignorance sociale consiste à être obligé de supposer l'existence de cette justice; l'époque de connaissance consiste dans la possibilité d'en démontrer l'existence d'une manière rationnellement incontestable.
« Les chimistes , continue M. Leroux , ont un axiome : Cor-
« pora non agunt niai soluta : la dissolution précède néeessm-- <c rement la formation dé nouveaux corps. Tu es cette dissolu- « lion, cette dissolution nécessaire, entre une société véritable « et une autre société vétitable. Mais combien il est douloureux <t de te conlempler» ô dissolution ! »
Tu esf cette dissolution, dit M. Leroux. A qui s'adresse ce tu? Les corps se dissolvent soit dans un liquide, soit dans le feu. Mais dans quoi donc se dissout la société ? Voilà ce qu'il fallait dire. La société se dissout exclusivement au sein de l'ignorance mise en présence de rincompressibilité de rexamen.
Il y a encore uite autre faute capitale dans ce passage : G*est entre une société véritable, et une autre société véritable. Estce que M. Leroux considère comme unt; société véritable Tasso- (Mation nécessaire dés forts pour exploiter les faibles, parce que les faibles doivent être exploités pour qu'ils ne puissent exami^ ner et reconnaître l'ignorance sociale? La société réelle, la société universelle, est encore dans le sein de l'avenir ; il n'y a eu jusqu'à présent qu'association illusoire, qu'associations particulières ; et celles-ci, en dehors de l'assoeiation universelle, ont né* cessairement pour résultat l'exploitation des faibles, considérés comme ne faisant point partie de l'association, puisqu'ils en sont les esclaves.
Le passage suivant est encore admirable, et c'est aussi un de ceux que nous avons plaisir à citer:
« Or, dit M. Leroux, cet état peut-il durer? Peut-on raison- « nablement soutenir que la division et l'anarchie dans la con- <c naissance humaine soient l'état normal de la société? Chaque « homme n'a^-il pas le droit de dire à cette société, qui, prise a collectivement, n'est sur toute chose qu'une négation, un « néant, et dont l'anarchie est telle, au moral comme au physique, <x que tout homme qui y nait y puise nécessairement le germe « d'une anarchie qui dévore ensuite son cœur et fait de sa vie un « long supplice : -^ <c Ou reconnaissez l'antique religion» ou ré- « sumez votre science, vos lumières, votre philosophie, et don^^ « nez à chacun de vos citoyens des principes qui puissent le guidei*. a A cette condition seulement il peut y avoir une patrie, une^sor
m déié. Sdiifi cttlo, tout htmmQ est libra» ^b» «on cam, à^ ni^ « vos lois, et, s'ahaudouûiiut i ses pa»sioiM, d« li^ violer. Ffi^ux- « somblant d» société , M parle pas d*boonaurs, tu ne f^m 60 a décerner; ne parié pas da honte, tu ne peujc en infliger; ii^ c( parle pas de justice ; car, aussi aveugle, aussi dénuée de prio^ « cipes que le malheureux ou le coupable que tu coudaospes, « quand tu punis tu n'es qu'une force brutale» et ton jug0 ^'i* « qu'un bourreau.
« Chose singulière» eoairaste biurrei On est arrivé kuMn (c qu'il est utile à une nation* et même qu'il semit utile m (iVN|» « H01IAIM tout entier d'employer un «vslème uoiforo^ de poijf et « de mesures^ ai en même temps k ne (Mis sentir qu'il y «it bAfloin « pour une nation, quedis^je? pour deui; hommes, d'avoir un sys- « tème uniforme de croyance morale, et un critérium consimin a de vérité et de certitude. 9
let M. P. LerouK ne réfléchit pas : qn'^a présent de Vimmpressfbiiité de l'examen» toute eroyance commune, c'est^à^dûra l'admission commune d'une hypothèse comme véritéf devi^pUb^ soliMient impossible 1 et qu'une science morale coaimuoe ea( sb^ solument impcrasible, tant que Tiguorance sociale sur cette noéme science n'est point évanouie. C'est donc de cette ignorance qu'il fallait se plaindre. Carî taut qu'elle n'est point socialement sentie» c'estpk-dire proclamée pai* les représentants de k société, le remède social, même trouvé par no individpf serait absolument comme s^tl n'existait pas. Et voilà précisément pom'quoi je n'ourrirai jamais la main ponr en laisser échapper le remède socinU avsiM que (a société n'en ait proclamé officiellement la néœseiié* Ici je i^sse plusieurs nuages d'anthropomorphisme et de pan^ théisme, i'sime à ne voir chez M. Leroux que ce qu'il y a de briL» lant et de vrai.
« Lu vie, ditril, reviendra à cetie société, quand elle aura bien a compris toute sa misère. 9
Au lieu de reviendra, c'est viendra qu'il fallait : car hi société réelle n'a jameis existé. Quant à hi misère sociale, c'est Tigno** ranoe ( el tant qu'elle n'est point socuLfiiusnT rscokkub» elle est inextiiguible.
d Le mal est grand» me dtrez-vous, coniinue le pliilosoplie ; c( vous venez vous-même de le prouver. L'excès de mal, répona drai-je de nouveau, amène le bien, o
C'est encore vrai. Mais le mal social esl seulement arrivé à Teicès suffisant pour que le bien puisse en sortir, lorsque la so-* déiéf par r4)rgûne de ses représentants ^ roiSf princes ou dépu^ téêf a elUméme le courage d'avouer son ignorançet source e^ clusive du mal somaL
Terminons maintenant Texameu de la situation sociale actuelle, par des extraits, se rapportant à ce sujet, du dernier ouvrage de M. Proudhoo, intitulé : Idée générale de la révolution au dw-neuvième siècle; et de la dernière brochure de M, Lomîs Blanc, intitulée : la République une et mdmsible.
XXIU
« M. Froudhon fMffise pour un gftnd dialecHtiim, e('. à pliiMMin éprdf» il mérite la réf^telioni mmu il est plus logique dans les détails que dans l'ensemble, dans lés déductions que dans les principes. Or, e'est précisément dans les principes que se cache l'origiae des dissidences et la source des sophismes. \\ en est du raisonnemeiit comme de l'algèbre : tout coâible dans pa position de la question. U fout le dii-e , rien n'est plus confus, plus embrouillé que la manière dont if. Proudhoo pose sea problèmes, établit ses prémisses. W. se lance dans des généralités à perte de vue, fait des eieuraions éân% le champ de la met** physique, de la psychologie, de la tbéodjcée, du droit positif, de la philologie, de l'histoire , et même des mathématiques. Puis, quaid l'esprit du lecteur est suffisamment ébloui par ce rapide passage d'idées hétérogènes , M. Proudhon formule habilement le^ questions, de telle sorte que l'énom^ renfermf le solution qu'il désire; il indique rapidement se$ principeif, les fait mirMter an instant à fos yeux, et irous entr«Uie tout haletaot dans lé labyrinthe de sa dialectique. »
H»«(otr0 du Commimwme, par M. A. Sod&e, couronnée du gnmd prix Honthyon en i848«
a Ce que tious avons ea, depuis soixante ans» dil M. Pr^o^
« dhou, n'est qu'un ordre factice, superficiel, couvrant à peine ce l'anarchie et la démoralisation la plus épouvantable. »
(Idée de la révolution^ p. 41.)
Cet ordre factice existe nécessairement, pour toute humanité, aussi longtemps que son ignorance sur la réalité du droit n'estpoint anéantie ; mais cet état social n'appnrnlt tel, k tous les yeux : que par l'incompressibilité de Texamen; et par l'anarchie qui en résulte nécessairement en présence de l'ignorance sociale.
M. Proudhon se plaint continuellement de ce que les discussions futiles de politique excitent Tattention publique, tandis que les discussions si importantes d'économie sociale passent, pour ainsi dire, inaperçues. M. Proudhon a peut-être contribué à cette indifférence coupable en méprisant le socialisme.
a On est presque sûr, dit-il, en quittant la politique pour Té- « conomie, d'être aussitôt abandonné de ses lecteurs, et de n'a- « voir pour confident de ses idées que son papier. Il faut pour- « tant nous convaincre que, en dehors de la sphère aussi stérile « qu'absorbante du parlementarisme, il en est une autre incom- « parablement plus vaste où se jouent nos destinées; que, au- « dessus de ces fantômes politiques dont les figures captivent noce tre imagination, il y a les phénomènes de l'économie sociale, « qui, par leur harmonie ou leur discordance, produisent tout le a bien et le mal des sociétés. » {Id., p. 42.)
Tant qu'il y a des sociétés, la politique, ou la forge comprimant Texamen, se subordonne l'économie.
Quand l'examen devient incompressible et que l'ignorance sociale sur la réalité du droit ne permet pas encore d'anéantir les sociétés, il y a anarchie on lutte inévitable : entre la politiques ou la force ; et l'économie ou la raison.
Quand, par l'anéantissement de l'ignorance sociale, la vérité vient à dominer, la politique reste subordonnée à la raison, dont l'expression est Téconomie sociale réelle. Alors : par la démonstration de la réalité du droit ; par l'unité de son expression, et par le besoin d'unité que l'anarchie a fait socialement reconnai- Uti; les.Ofttipnalités^e trouvent nécessairement anéanties.
Partout M. Proudhon aime à prouver, et cela n'est pas difficile, que, dan^ notre société, le paupérisme progresse nécessairement sur une ligne parallèle à Taccroissement de la richesse.
« En Angleterre, dit-il, ou a vu successivement par la division « du travail et la puissance .des machines, le nombre de^ ouvriers, « dans certains ateliers, diminuer du tiers, de la moitié^ des ti^is « quarts, des cinq sixièmes; ^puis les salaires, décroissant dans « la môme proportion, tomber de la moyenne die 3 fr. par jour, « à 50 et à 50 centimes. Des expulsions de bouches inutiles ce ont été opérées par des propriétaires, sur des provinces eHtiè- « res. Partout la femme, puis l'enfaat, ont pris la place de « riiomme dans les manufactures. La consommation dans un « peuple appauvri, ne pouvant pas aller du méniie pas que la « production^ celle-ci est obligée d'attendre : il eu résulte des « chômages réguliers de six semaines, trois mois et six mois par « annéci La statistiqye de ces chômages, pour les ouvriers parice siens, a été récemment publiée par ^n ouvrier, Pierre Vinçard. ot Le détail en est navrant. La modicité du salaire étant en rai^oii « de la durée du chômage, ou arrive à cette conclusion que cer- « taines ouvrières, gagnant 1 fr. par jour^ par la raison qu'elles « ne chôment que six mois,. doivent vivre avec 50 centimes. « Yoilà le régime auquel est soumis, à Paris, une population de « 520,000 âmes. Et il est permis de juger de la situation, des a classes ouvrières, sur tous les points de la République, d'après « cet échantillon (1). » (Idée de la révolution y p. 46.)
C'est vrai. Mais le remède? C'est, dit IVL Proudhon, le régiipe industriel. Et quel est, s'il vous plaît, ce régime industriel ? Probablement ce n'est pas un mot seulement. C'est, dit M. Proudhon, l'absence d'autorité et l'absence de gouvernement, ou Yan-archie. Mais nous verrons que M. Proud'hon affirme : qu'il est impossible de se passer d'autorité et de gouvernement. Alors qu'est-ëe
(1) Le travail dont parle M. Proudhon ost l'ENQUÉTE INDUSTRIELLE poii le ilépartetocnt de la Seine dont la publication a été commencée dans lejoiirnal leBiên^ être universel. Le même auteur, Pierre Vinçard, avgit déjà préludé à cette Enquête par un/B série d'études sur les mœurs et les misères des traToilleurs parisiens, dans un livre ayant pour titre : LEÇ OÎ^RIERS DE PARIS.
donc que le régime industriel? L'automatisme? Ce régime autf)inatique aurait pour seul mérite : de porter le tiial à l'excès ; et de faire sentir la nécessité du bien.
M. Proudhon a pour habitude de confondre le genre et Tespèce. Quand un genre a plusieurs espèces, plus celles-ci sont opposées, plus M. Proudhon fait facilement dés antinomies sur les espèces quMl confond dans le genre. Par exemple : dans son Système des contradictions 9 il dit blanc et noir, à propos de la concurrence. C'est qu'il y en a de deux espèces différentes : Tune au critérium de la force ; l'autre au critéHum de la raison. Dans son dernier ouvrage^ M. Proudhon ne considère la concurrence qu'au point de vue de la liberté.
<clia concurrence, dit-il, est la loi même du marché, le condice ment de l'échange, le sel du travail. Supprimez la concurrence, «f c'est supprimer la liberté même. »
{Idée de la révolution^ P« ^7 •)
C'est vrai. Mais M. Proudhon oublie que laisser exister la concurrence, au critérium de la force, ce qui a lieu nécessairement tant que l'ignorance sociale sur la réalité du droit, et l'aliénation du sol aux individus, qui en est la conséquence nécessaire, ne sont point anéanties, c'est consacrer l'esclavage des faibles. C'est là une distinction qu'il fallait faire avant de parler de concurrence. L'oubli de cette distinction rend logoraachique tout ce qui se dit à cet égard.
Puis M. Proudhon cite M. Buret:
it J'affirme, s'écrie à ce propos Eugène Buret, que la classe « ouvrière est abandonnée corps et âme au bon plaisir de Tin* «dustrie. » (Page 48.)
C'est inévitable : tant que la concurrence, au critérium de la force, est seule possible : parce que la concurrence, au critérium de la raison, ne l'est point encore, à cause de l'ignorance sociale.
En 1849, M. Proudhon avait dit :
«Notre pensée, ou la connaît, c'est l'émancipation du prolé- € tariat par rassociation libre, c'est l'abolitiou de la rente ou du n privilège capitaliste par le crédit gratuit, d
(lournàl le Peuple^^O mai 1849.)
Cieotât nous verrons M. Frûudhou affirmer ; que le principe derafisodation renfeniie plu^ de m^l que de bien*.* que ce n'est poipt un principe d'ordre. Quant au crédit gratuit, M* Proudhon U répudie dans son dernier ouvrage*
fc Je vaux croire» ditril, que la prestation d'une faleur» de <i niéme que le travail qui a créé un service^ mérite récompense* > (x Dès qu'il s'af^t du bi^u d'autrui, j'aime mieux outrepasser h « droit' que rester en deçà : mais cela change-t-ril le fait? Jb«so^
a YIE»S QUE JLI QRtDIT BST TBOP CHER* ï>
{Idée de la révolution^ page 53.)
Très-bien ! Mais si cela ne change pas le fait, ceb changecompiétçmentia doctrine. Mqinb cwër n'est point gratuit. Reste à savoir : aomn^nt le crédit p^t être au minimum possible, le. salaire au maximum possible ; et cela par le seul effet de TorgaQi* satiou de la richesse. Mous avons déjà dit : que lorsque le sol peut entrer à la propriété collective, par l'anéantissement de Ti* gfiorance sociale sur la réalité du droit, ces deux conâiUon» existent «ÉGJsssAnusMeNT, Seulement c'est trop simple pour être compris» 4 l'ignorance, il faut des dogmes ou des miracles.
Pai'tout» néanmoins» M. Proudhon expose la situation soeiale sous ses véritables couleurs ; et il faut lui en savoir gré.
c( Quanir aux exempiions de service pour défaut de taille et io-i: « firipités, elles ont, ditril, été, de 1830 à 1839 de 45 1/2, et, « de 1839 à 1848, de 50 1/2 pour 0/0.
« La durée de h vie moyenne s'est accrue, il est vrai, mais « aux dépens de cette même classe, comme le prouvent, entre « autres, les tables de mortalité de la ville de Paris, où la pro«* « portion des décès^pour le douzième arrondissement, est de 1 « sur 26 habitants, tandis. que, pour le premier, elle n'est que (n de 1 sur 52» » {Id,, page 56.)
Il n'y a pas de doute qu'en présence de l'incompressibilité de l'examen, une pareille situation sociale ne conduise inévitable-* meut à l'anarchie. Je le répète : le dire est bien. Mais, donner un bon remède vaudrait mieux.
« Ui capitaliste ne paye tieUf dit encore M. Proudhon. « gouveromneni.parlàgo avechiif voilà tout » ^ (P« QA.\
Ge n'est pas tout. Si l'impôt se percevait comme M. Prondhonle désire, ce serait pire encore. Alors lefTolétaire ne mangerait rien. I C'est surtout aux gouvernements que M. Proudhou en veut. Selon lui, ils sont cause des maux de la situation. Il veut les tuer sans rémission. Hélas! ce$ pauvres gouvernemetits sont innocents comme Tenfant qui vient de nattre ! Là preuve en est : que personne encore ne leur a dit clairement ce qu'il fallait faire pour que tout allât bien.
« Le tigre dévore, A\i M. Proudhon, parce qu'il est organisé « pour dévorer, et vous ne voulez pas qu'un gouvernement or- «r^aiiisé par la corruption fasse de la corruption! »
{Idée de la révolution, f> 10.)
Nous verrous j)ientdt que M. Proudbon reconnaît: qu'il est impossible de se passer de gouvernement; et il a bien raison « Alors : qu'il instruise les gouvernants sur la mauière d'organiser le gouvernement conformément à la raison ; et probablement ils aœepleront. Car, par l'endémie révolutionnaire qui existe, ces messieurs ne dorment point sur des roses sans épines. . Ici encore, il y a, chez M. Proudbon, confusion du genre avec Ie& espèces : il y à gouvernement par la force ; et gouvernement par la raison. Le premier protégé les forts, et opprime les faibles; le secoYid protège chacun, et n'opprime personne. Le premier est seul base d'ordre, tant que dure Tignnrance et que l'examen est compressible. Quand l'examen ne peut plus être comprimé, et que l'ignorance dure encore, ce qui est la situation sociale actuelle^ l'ordre devient impossible : jusqu'à ce que le gouvernement par la raison puisse exister.
« En 1850 comme en 88, dit M. Proudhon, et par des causes a analogues, il y a dans la société tendance prononcée à la mice sère. Aujourd'hui comme alors, le mal dont se plaint la classe <c travailleuse n'est point Teffet d'une cause temporaire et acci- €• dentelle : c'est le résultat d'une déviation systématique des c forces sodales. » (P. 72.)
Cette ^lication d'une situation sociale, qui existe depuis l'origioe de l'humanité, est aussi obscure que celle du médecin marigré liu[« Cette situatioa est le résultat de rignoraûce sociale sur
la réalité du droit, situation nécessitant la compression de l'examen ou le despotisme. Dès que l'examen devient incompressible, le despotisme se trouve remplacé par l'anarchie; et celle-ci peut seulement être détruite : par Tanéantissement de l'ignorance. C'est seulement albrs : que le sol peut entrer à la propriété collective ; et, dès que cette entrée est possible, le paupérisme disparait NÉGESSAUEMENT.
Ce que je viens de dire, M. Proudhon va le confirmer.
« En proclamant, dit-il, la liberté des opinions, l'égalité devant « la loi, la souveraineté du peuple, la subordination dû pouvoir <x au pays, la râ)olution a fait de la société et du gouvernement « deux choses incompatibles. » (Idée de la révolution^ p. 75.)
Le mot révolution n'a pas d'antre valeur : qa incompressibilité de r examen f mise en présence de l'Ignorance sociale. Je prie trèsspécialement le lecteur de le remarquer et de ne pas l'oublier. U est évident que, tant que l'examen peut être comprimé, toute révolution est impossible. Il ne peut y avoir alors que des querelles entre les despotes pour savoir à qui appartiendra l'exploitation des masses. Ici M. Proudhon a pris l'espèce pour le genre. Il aurait d& dire : la révolution ou l'incompressibilité de l'examen a fait de la société actuelle et du gouvernement par la force deux choses incompatibles. Mais il aurait dû ajouter : que la société rationnelle, et le gouvernement soumis à la raison, bien loin d'être incompatibles, sont, au contraire, inséparables. C'est, du reste, ce que M. Proudhon lui-même dira bientôt.
« Société et gouvernement, dit encore M. Proudhon, ne peu- « vent plus vivre ensemble, les conditions de Tune étant d'asservir « et de subaltèmiser l'autre. » (P. 75.)
Ici M. Proudhon se trompe. Les conditions de Tordre, et pour la société, et pour le gouvernement, sont d'être l'un et l'autre asservis, subaltemisés au droit : soit hypothétique ; soit démontré. Et, pour le droit, sa condition d'existence sociale est d'être imposé : soit par la force des forts opprimant les faibles; soit par la science s'im[K)sant à tous par une démonstration rationnellement incontestable. Quand la premioriî espèce de droit ne pcuit plus exister, et que la seconde ne le peut encore; société, c'est-
k-dire ordre ; et gouvernement, c'est-à-dire moyen de constitaer Tordre; deviennent également impossibles.
Je répète, en d'autres termes : la condition de l'ordre est la Sttbalteruisation du gouvernement à la loi. C'est depuis que les gouvernants (les rois premiers révolutionnaires) se sont souitraits aux lois (aux révélations), que l'ordre est devenu impossible; et l'ordre restera impossible : jusqu'à ce que la science le soit substituée aux révélations. Alors le gouvernement est subal-^ temisé à la science.