XXIV
< Qatnt aux dits etigtites du tocialiamo, je renonce^ vous en entretenir, la tâche serait au-dessus de ma patience, et ce serait dévoiler trop de misères, trop de turpitudes. Comme homma do réaUsatkia et de progrès, je répudie de toutes mes forces le socialisme vide d'idées, impuissant, immoral, propre seulement à faire des dûtes et des esçeocs. K'est-a^ jpM ainsi qu*il se montre depuis vingt ans, annonçant la science et ne résolvant aucune difficulté; proflMltatit au monde le bonheur et la richessa , et lui-même ^e subsistant que d'aumônes et dévorant sans rien produire d'immenses capitaux.
« Pour moi, je le dédare, en présence de cette priH pagande souterraine qui, au lieu de chercher le gMd jour et de délier la critique, se cache dans rpbsmfité des ruelles ; en présence de ce sensualisme éhonté, de cette littérature fangeuse, de cette mendicité sans frein, de cette hébétude d'esprit et de «cour qw^mmence à gagner une partie des travailleurs, je suis
PVtl DES inFÀHIBS 80C1AU9TES. 9
M. PROUOHOif, Syst. d$i contrad,, t. Il, p. 376.
Ici encore M. Proudhon prend une espèce ppur le genre. A supposer même qu'un pareil socialisme existât, ce serait le mauvais; et cela n'empêcherait point que le bon pût exister. M. l'archevêque de I^aris a été d'une justice plus exacte envers le socialisme, il a distingué le bon du mauvais.
Au fait, qu'est-ce que le socialisme?
Tant que la société est ignorante, c'est l'aspiration vers le iremède social; quand rignorauce est évanouie, le socialisme c'est le remède lui-même, c'est la science.
Ce remède, cette sciencei est la formule d'une société ou plutôt de la société nouvelle* Le socialiwe est donc use assodatiâi) ; ou plutôt, c'est : Tassocution umvsBSixxE.
Dans ce sens, il paraît que M. Proudbon n'etf pas socialiste^
« J'ai, dit-il, toujours regardé l'association en général, la tract ternité, comme un engagement équivoque, qui, de même que <( le plaisir, l'amour, et beaucoup d'autres choses^, sous l'appa- « rence la plus séduisante, renferme plus de mal que de bien. ^
(Système des Contradictions ^ U II, p. 85.)
M. Proudbon répudie l'amour de Tbuinanité. Il est logique. Au sein du matérialisme, en dehors du lien religieux, l'égoi&me relatif à cette vie est seul rationnel. Mais une pareille bas9 sociale est anarchique par essence.
« Qu'est-ce donc, dit M. Proudkon, que l'association? »
Et il se répond : « Um dogme. » (/d., t. Il, p. 84.)
C'est vrai : pour Tépoque d'ignorance. C'est alors et exclusivement sur ce dogme que Tordi^e peut se baser. Quand l'examen vient renverser les dogmes, il faut : ou que l'association, la fraternité, devienne l'expression de la science; ou que l'humanité périsse : soit au sein de l'anarchie ; soit au sein de Tan^archie ; avec, ou sans trait d'uqion.
« Le socialisme, dit M. Proudbon, interprété de la sorte (basé « sur la fraternité), est ce qu'il y a de moins révolutionnaire. )i
C*est vrai : le socialisme réel, le socialisme rationnel, basé sur la fraternité scientifique, anéantit à jamais toutes les révolutions; et c'est précisément là ce qui fait sa gloire.
« Je prouverai, continue M. Proudbon, que l'association n'est a point un principe d'ordre. » (/i., t. II, p. 85.)
M. Proudbon prouvera, avec une égale facilité ; qu'un bâton peut n'avoir qu'un seul bout.
« Le caractère fondamental de l'association est la solidarité, » dit M. Proudbon.
« Or, ajoute-t-il, quelle raison peut conduire des ouvriers à se « rendre solidaires les uns des autres, à aliéner leur indépen- « dance, à se placer sous la loi absolue d'un contrat, et, qui pis « est, d'un gérant? a> (Id.y t. II, p. 91.)
Tout cela e^ vrai^ ponr le matérialiste, iquf ti^a de sanction ^ssible que la seule force lirutale, dont le résultat est le despotisme, négation de la solidarité universelle. Mais les socialistes rationoels se rendent volontairement, librement, solidaires, dès Qu'ils connaissent : leur dépendance de la raison étemelle; et leur indépendance des passions, temporelles par essencje. Et cela, sous la loi absolue de Tétemelle justice, sans avoir jamais rien à craindre : ni de contrat arbitraire; ni de gérant imbécile ou tyran. Sous le socialisme rationnel, le chef du pouvoir exécutif ne gère pas, il obéit : il est le cocher et non le maître. Il ne bègne
Pjrsf, IL ÛOUVERIŒ.
• M. Proudhon confond continuellement le propre et le figuré, le genre et l'espèce, Tinstinct et le raisonnement, l'immatériel et l'incorporel, l'éternité et le temps, etc., etc. De là de nombreuses sources de logomachies ou de galimatias. Ici M. Proudhon confond : les associations particulières, nationales ou domestiques, 9dus des sanctions temporelles; avec l'association humanitaire, scfjis la sanction éternelle.
Sous la sanction de la force temporelle, les associations particulières, nation^iles ou domestiques, sont nécessairement ce que M. Proudhon les fait être. Sous la sanction de l'éternelle justice, soûs l'assodfttion universelle, les associations, même particulières, sont utiles à tous et à chacun.
M. Proudhon fait la guerre à l'association et à la fraternité, dans la personne de M. Louis Blanc. Je ne suis nullement partisan des idées de ce publiciste. Mais j'estime beaucoup son caractère, et la société lui doit beaucoup : car c'est lui qui a intronisé le socialisme ou l'aspiration vers le remède social ; et il ne faut jamais être ingrat. De ce point de vue, qu'il me soit permis de prendre la défense de M. Louis Blanc. Majs auparavant, écoutons le plaidoyer éjè M. Proudhon. Ceci encore appartient à la situation sociale actuelle.
« De chacun suivant sa capacité;
« A chacun suivant ses besoins,
' « AiHsi le \^ut, dit M. Proudhon , -rc^alité suivant Louis^ a Blanc. «
<K Plaignons les gens dont la capacité révolutionnaire se réduit, c( je demande grâce pour le calembour, à cette casuistique ! Mais « que cela ne nous retienne pas de les réfuter, parce que le « royaume des innocents est à eux. »
Je ne comprends pas le calembour ; et, si le bonheur règne au royaume des innocents, je ne demande qu'à en faire partie. Mais ceci n'est point du plaidoyer, continuons :
(( Rappelons encore une fois le principe, dit M. Proudhon, « Tâssociation est bien, telle que la définit Louis Blanc, un contrat a qui, en tout ou eu partie (sociétés universelles et sociétés parti liculières^ Gode civil, art. 1,835), met de niveau les contraica tants, subordonne leur liberté au devoir social, les déperson- « nalise, les traite à peu près comme M. Humann traitait les « contribuables, quand il posait cet axiome : Faire rendre à « rimpôt tout ce qu'il peut rendre,.. Combien peut produire « rhomme? Combien coûte-t-il à nourrir? Telle est la question « suprême qui résulte de la formule, comment dirais-je? déclina- « toire — De chacun... — A chacun... par laquelle Louis Blanc « résume les droits et les devoirs de Tassocié.
c( Donc, qui fera l'évaluation de la capacité? Qui sera juge du « besoin?
« Vous dites que ma capacité est 100; je soutiens qu'elle n^est « que 90. Vous ajouter que mon besoin est 90; j'affirme qu'il « est 100. Nous sommes en différend de 20 tant sur le besoin « que sur la capacité. C'est, en d'autres termes, le débat si connu « de V offre et de la demande. Qui jugera entre la société et moi?
« Si la société veut faire prévaloir, malgré ma protestation, « son sentiment, je la quitte, et tout est dit. La société finit faute « d'associés.
« Si, recourant à la force, elle prétend me contraindre ; si elle « m'impose le sacrifice et le dévouement, je lui dis : Hypocrite ! « vous avez promis de me délivrer de l'exploitation du capital et « du pouvoir, et voici qu'au nom de l'égalité et de la fraternité, « à votre tour vous m'exploitez. Autrefois, pour me voler, on « surfaisait aussi ma capacité en atténuant mes besoins. On me « disait que le produit me coûtait si peu ! qu'il me fallait pour
«n ¥ivre si peu de. èhoie I Vous agisset de même* Quelle diffé-
ii renée y a4«îl donc entre la fraternité et le salariat?
' « De deux choses l'une z ou rassociation sera forcée^ dans ce
d cas c'est Tesclavage ; ou elle sera libre, et alors on se dei}^ mande quelle garantie la société aura que l'associé travaille
cselon sa capacité, quelle garantie l'associé aura que rassôciatiou
c( le rémunère suivant ses besoins ? »
... Le ^ite de ce plaidoyer est de confondre le général et le parti- ; jaiûier, l'éternel et le temporel, l'association universelle et les as-
eociatioûs particulières, la sanction de la force et la sanction de
k raison.
< « Qtn, dit M. Proudhon, fera l'évaluation de la capacité? Qui . K sera juge du besoin. . . »
Dès que ce om est personnel ; dès que l'association est arbitraire . t#4 partielle ; nul doute que cette association n'existe : soit sous le •.despotisme; soit dans l'anarchie. Ici c'est de répartition de richesse qu'il s'agit ; et eette répartition se fait toujours impersonyMllement et par le geul effet de J* organisation de la propriété. Quand le sol est aliéné, la répartition se fait aux forts et proportionnellement à la force. Alors le paupérisme existe et augmente proportionnellement à la richesse. Quand le sol, par l'anéantisseiDdent de l'ignorance sociale, peut entrer à la propriété collective, k répartition se fait à tous et proportionnellement à la raison, au
< travail^ De plus : la solidarité , le dévouement , le sacrifice , est . idors incontestablement ordonné par la raison; et la liberté, ou
l'absence d'esclavage, sous le joug des passions, consiste précisément à ae soumettre volontairement à ce qui est ainsi ordonné. 'Dès. ce moment^ )a maxime : De chacun, etc. Â chacun, etc., se trouve vérifiée ; et les objections de M. Proudhon disparaissent.
Examinons-les une à une :
;i « Vous dites que ma capacité, etc. »
' » ici personne ne parle : c'est le seul fait qui s'exprime. Vous Mta. reçu votre part d'éducation, d'instruction et de richesse, Il 'V(Hr0 travail est complètement libre, le produit vous en apparat éient. Et si votre capacité n'est point suffisante pour subvenir à -'.fm besoins rationnels, la société, toiyours alors au maximum de
ffialiesfitf y^ ]g)nmoit< Elle sait, en outre, que personne ne se plAindra : car rin^ruction aura prouvé que, sous le socialisme rationna, chacun s y^lrouve au maximum de bien-être possible, au critérium de h raisou, dont l'expression est la justice*
K Si la sQoiétéi objecte encore M. Proudhon^ veut» etc., je la « quitte, et tout est dit, etc. »
Q'est très-bien, comme membre d'une société particulière : mais comme m^bre de potre humanité» oili irez-vous? Dans la lunq?
Si vous êtes ^)écont€int sous le règne de la raison incontestablement' démontrée, cela prouvera que vous êtes fou. Alors : la société a pitié de vous ; cherche à vous, guérir ; et, dans tou$ les cas, satisfait vos l^esoins raisonnables.
« Si, recourant à la force, elle, etc. »
Tout cet alinéa devient sans valeur par ce qui précède. Mais la doctrine qu'il renferme se coilçoit dans l'hypothèse de la société automate de M. Proudhon. Dans cette société, la force domine, la raison est esclave ; sous le socialisme rationnel, la raison domine et la force est esclave.
a De deux choses Tune, continue M. Proudhon : ou Tassociâ- 4( tion sera fofûée,;dana ce cas c'est l'esclavage; ou elle sera f( libre, et alors on ,$e amande quelle garantie, etc. »
L'expression forcée signifie imposée. Cette expression est générique* et les deux espèces qu'elle renferme sont complètement 4)pposées. Concevez-vous, alorSt comment M. Proudhon troufe facilement des antinomies?
Il y a impmtim par la force et impositim par la raison. Ce Ji quoi l'eu obéit par la seule force constitue le despotisme; ce à quoi Ton obéit par la raison constitœ la liberté, l'affranchissement du joug des passions. Concevez^vous maintenant comment le dilemme» on l'antiiiomie de M. Proudhon» s'anéantit immédiatement? .
« L'association t en elle-même, ne résout point, dit M. Prou- « dhop, le problème révolutionnaire. Loin de là» elle se préseiHe « elle-même comme un proUème dont la solution implique que c( les associés jouissent de toute leur indépendance, en co«H»era vant tous les avantages de l'union. »
Ceci serait parfait, ail n'y avait une expression générique prike d'une manière absolue. Il y a deux espèces d'indépendance : être indépendant de la raison; et être indépendant des passions. La première indépendânce> celle de la raison^ constitue l'esclavage sons le joug des passions ; et l'indépendance des passions consti«> tue la liberté, sous le joug de la raison.
€t Ce qui veut dire, continue M. Proudhôn, que la meilleure « des associations est celle où , grâce à une organisation supéf( rieure, la liberté entre le plus et le dévouement le moins. »
{Système des Contradictions, t. II, p. 107.)
Il aurait fallu dire : Où, grâce à l'organisation de la science, anéantissant l'ignorance sociale, la liberté entre complètement; et rend le dévouement à ses frères incontestablement rationnel.
« Que les ouvriers le sachent ou l'ignorent, continue M. Prouve dhon^ ce n'est point dans leurs petits intérêts de société que (( git l'importance de leur œuvre; c'est d^ns la négation du ré- « gime capitaliste, agioteur et gouvernemental, qu'a laissé après « eUe la première révolution. » {Id., t. II, p. 197.)
Cela est vrai. MaiS; pour que le prolétariat puisse se débarrasser, par le raisonnement, de la féodalité financière, comme le bourgeoisisme s'est débarrassé, par la force, de la féodalité nobiliaire, il faut : que V anéantissement de ïignorance sociale sur la réalité du droit rende possible et utile Ventrée du sol à la propriété collective^ hors laquelle : le despotisme d'une part, et le paupérisme d'une autre, sort absolument indestructibles.
Avant de terminer cette étude, M. Proudhon cite la proposition suivante de saint Paul, qu'il appelle grand révolutionnaire : U faut que l'erreur ait son temps : oportet hœreses esse. Je regrette que cette maxime ne l'ait pas rendu plus indulgent pour les erreurs de M. Louis Blanc. Tant que les opinions ne sont point anéanties parle règne de la vérité, nous devrions nous borner à combattre ies idées, sans vouloir mutuellement nous imposer silence. Si nous combattons le despotisme, nous devons, nousmêmes, ne pas nous ériger en despotes.
c Pourquoi donc faire intervenir sans cesse , dans des questions d'économie, la fraternité, la charité, le dévouement et Dieu ?
M. Proodhov, Sytt, des contrad.
t Parce que, hors JHeu^ signifiant juêtice étemelle^ rendant rationnels la fraternité , la charité et le dévouement, les solutions sociales n'ont de sanction que la force brutale; et que vouloir baser la société sur une pareille sanction est la plus folle des utopies. »
Colins, Mes.
a Fraternité 1 Frères tant qu'il vous plaira, pourvu que je sois le grand frère et vous lé petit,, pourvu que la société, notre mère commune, honore ma primogéniture et mes services en doublant ma portion, t
M. Proudhon, ûI.
c C'est logique : dès que Dieu signifiant ;iwlto« éter^ nelït n*est plus socialement accepté par la foi ou n'est pas encore socialement imposé par la science. Mais alors il y a nécessairement anarchie ou agonie sociale. »
GoLnts, Mst,
c Charité 1 Je nie la charité, c'est du mysticisme ; vainement vous me parlez de fraternité et d'amour, je reste convaincu que vous ne m^aimez guère, et je sais très-bien que je ne vous aime pas. »
M. Prodiuioh, td.
c C^est logique, sous le matérialisme. Mais le ma^ térialisme, quand Texamen peut être comprimé, conduit au despotisme abrutissant les masses ; et à l'anarchie quand l'examen devient incompressible. »
CoLDfS, Met,
c Dévouement ! Je nie le dévouement, c*est du mysticisme. Parlez-moi de doit et ovotr, seul critérium à mes yeux du^juste et de l'injuste, du bien et du mal dam la société.»
M. Paoudboh, «d.
c C'est logique, pour le tnatérialiste, quand il est fort. Alors la faiblesse est toiyours au doit et la force I Yavoir. G*est bon tant que le despotisme est possible par le mysticisme. Mais, dès que despotisme et mysticisme deviennent impossibles à cause de l'incompressibité de l'examen , il faut que , seienHfiquementf le devoir puisse se placer au doit^ le droit k Vavoirt le tout basé sur la sanction de V éternelle jus- Hee, sous peine de voir Thumanité périr a« sein da i'antfchie. »
La quatrième étude de M. Proudhon est intitulée : Du principi d'autorité. f / • .
« J'ai, dit-il, le double malheur, sur cette grande question de rf l'autorité, d'être seul encorfc à affirmer d'une manière catégo- « rique la révolution....
« Il y a quelque éwree ans... j'ai, pour la première fois, jeté « dans le monde une négation qui, ilepuis, a obtenu un immense «retentissement, la inScATiOi^ du gt)uvernement et de la pro- <K priété. »
Pour le moment, laissons de côté la propriété. Yous vous imaginez peut-être que M- Proudhon nie l'autorité, nie le gouvernement? Erreur 1 ayant sa source dans une logomachie j dans la confusion du genre aveè l'espèce. M. Proudhon nie, quen pressée de l'incompressibilité de l'examen, toute autorité hypothétique» toute autorité non rationnelle, tout gouverdément dérivant d'une pareille autorité, puisse être base d'ordre. Mais il affirme que l'autorité réelloy l'autorité rationnelle, et le gouvernement qui en dérive, sont absolument nécessaires*
Vous en doutez ! Je vais prendre tnes preuves dans la même pjlge où M« iProudbôn parait nier Tautorité.
« Luther, dit M. Proudhon à la même page, en niant Tauto- « rite de rÉglisè, affirmait comme conséquence Y autorité de la armoUf at posait u t'iusMifihK pierre pe la philosophie mo-
<X lyElHNE. »
Vous yoyez que, poiir M. Prouàhôn, hors l'autorité il n'y a pas dç salut social,
VoQs allez voir roaintenant que M. Proudhon est aussi partisan du gouvernèuient qu'il l'est de Tâutorité. h prendrai mes preuves quatre pages plus loin.
•'«L'autorité, dit M. Proudhon, est au gouvernement ce que c( la pensée est Ji la parole, Tidée au fait^ l'âme au corps. L'au- (( torité tst le ^uverhement dans son principe, comme le goua.vovBiNDept est TautôrUé en eji;«ircicef Abolir Tun ou l'autre, si c^l'al^oHtiOtl est réelle, c'est les détruire à la fois; par la même <i.iraiiO]i> «âtt^^rvir i'va ou Vautre, $\ la conservation est affira mée, ç'fj{5t^|çs^i;|(iaintenir tous dèoifi'^ *
Si même, tu Is choléra moral qui règne aetueliement sur Tabolition du gouvernement et de Tautorité, M. Proudhon n'ftvaii écrit que ces quelques lignes, il inéritarait la recoonaia^iica de la postérité.
Il est donc évident que, lorsque M. Proudbofl m riutorité M le gouvernemeiU» il liie seulement les fau^sea autorité» et les mauvais gouvernemeiita. De ces pointa de vue» noua acHûamea eom* pëtement de Tavis de M. Proudhon.
« Le gouvernement direct et la législation directe me pa- « raîssent, dit-ll encore, les deux plus énormes bévues dont 11 c( ait été parlé dans les fastes de la politique et de la philo^o- « phle. »
Ici encore, nous sommes fiers de partager l'avis de M. Proudhon. Mais ce puhliciste aurait dû observer : que de Tabsurde il ne peut résulter que l'absurde. En prenant la souveraineté du peuple pour point de départ» la logique et Tei^périence voua conduisent inévitablement au gouvernement direct, à la législation directe.
Nous avons déjà vu M. Proudhon répudier le crédit gratuit, répudier Tabolition de Tautorité et du gouver»eme)it. Gela prouve que M. Proudhon est un homme loy^l qui reconnaît fraocbefu^nt ses erreurs, et se fait gloire de se rendre à la vérité partout où il la trouve. Il ne se borne point à cela. Jusqu'à présent, il avait rejeté tout absolu, et ne recouuaissait quç du relatif. Q v4 çocore abjurer cette erreur.
« Gomment, dit-il, M« lUttinghausen, qui coanaii à fond la <n philosophie allemande 9 eomsient M, Considérant, qui écrivait, <x il y a dix ou quinze ans, une brochure sous ce titre t Débâcle de c< la politique en France^; comment M. Ledru-RoUin, qui, en- « se rattachant à la Gonstitution de 0S, <! fait de si généreux et a si inutiles eiforts pour la rendre pratique, et faire du gou verce nement direct une chose de sens commun ; comment, dis^j^^ « ces messieurs u'ont-ila pas compris que les arguments dont ils « se prévalent contre le gouvernement if^direot n'ont de valeur « qu'autant qu'ils s'appliquent aussi au gouveriement direet i
et que leur critique n'est admissible qu'à la condition d'être ab-
« SOLUE. y>
Arrêtons-nous ici on instant.
Il n'y a rien de bon, rien de vrai, rien de réel, qui ne soit absolu ou déduction d'absolu.
En mathématiques, rien ne seraitvrai : si tout n'était point déduction de l'unité, abstraction deTunité^ppo^^i^réelle ou absolue.
En morale, rien n'est encore vrai : parce que la démonstration des unités réelles, des unités morales, n'est point encore faite. Quand nous aurons ce point de départ absolu, toutes les déductions en seront aussi absolues que le sont les déductions de l'unité mathématique. Seulement : les sciences mathématiques auront alors pour base, non plus Tabstraction de l'hypothèse, mais l'abstraction de la réalité; et les sciences morales, la réalité.
Ce qu'il y a d'important ici, c'est de voir M. Projudhoh converti à la nécessité de l'absolu.
« Et, continue M. Proudhon, qu'en s'arrétant à moitié che- « inin, ils tombent dans la plus pitoyable des inconséquences. »
C'est vrai. Mais c'est inévitable tant qu'on s'arrête au relatif. Alors vous restez toujours à moitié chemin. Poussez les approximations aussi loin que vous voudrez, fdt-ce jusqu'à la distance de milliers de mondes, vous n'êtes jamais qu'à moitié chemin.
a Comment n'orit-ils pas vu , surtout , continue M. Proudhon, i que leur prétendu gouvernement direct n'est autre chose que la « réduction à l'absurde de l'idée gouvernementale , en sorte que « si, par le progrès des idées et la complication des intérêts, la « société est forcée d'abjurer aujourd'hui^oufa espèce de gouvera nement^ c'est justement parce que la seule forme de gouverneci ment qui ait une apparence rationnelle, libérale, égalitaire, le « gouvernement direct, est impossible ? »
(Système des Contradictions, p. 114.)
J'en demandé bien pardon à M. Proudhon» mais il s'est mal exprimé.
. Selon lui, la raison est l'autorité réelle;
Selon loi, il est impossible d'anéantir le gouvernement sans wéaoMr Taiitoiiité.
M. Proudhon veut Fautorité de la raisou.
Donc M. Proudbon veut le gouveroemept qui en dérive.
Alors M. Proudhon aurait dû dire :
« Comment n'out-ils pas vu, surtout, que leur prétendu gou- « vernement direct n'est autre chose que la réduction à Tabsurde « de ridée gouvernementale par la force^ en sorte que si, par le « progrès des idées (ou mieux par Tincompressibilité de l'axa- « men) et la complication des intérêts (résultant de cette incom- « pressibilité), la société est forcée d'abjurer aujourd'hui toute « espèce de gouvernement par la force ^ c'est justement parce « que la seule forme de gouvernement par la force qui. ait une « apparence rationnelle^ libérale, égalitaire, le gouvernement di- « rect, est impossible. »
En s'exprimant ainsi, M. Proudhon eût été irréprochable devant la raison.
A propos du gouvernement direct, M. Proudhon reproche à M. de Girardin d'être trop prompt à marcher vers Terreur. Dans cette carrière, M. de Girardin pourrait bien être la tortue et M. Proudhon le lièvre.
« Du reste, dit M. Proudhon, la simplification de M. de Gi- « rardin était depuis longtemps connue du publie. C'est une c( combinaison de personnages empruntée h ce que les négociants « appellent leur livre de caisse. Il y a trois commis : le premier « qui s'appelle Doit ; le second qui se nomme Avoir, et le troi- « sième qui est Balance. Il n y manque plus que le patron, qui <( les fasse mouvoir et les dirige. M. de Girardin, dans une de « ces mille idées que chaque jour son cerveau éjacule, sans pouce voir leur faire prendre racine, ne manquera pas sans doute d'en « découvrir une pour remplir cette fonction indispensable de son « gouvernement. »
Nous allons continuer la figure de M. Proudhon.
Pour faire mouvoir et diriger les trois commis, il y a deux patrons : l'un, la force, l'autre la raison.
Le premier est décrépit. Le second n'est encore qu'un enfant. Entre le premier devenu sans valeur, et le second qui n'en a pas encore, il n'y a de possible que l'aiïarchie; et l'anarchie con- I. 17
duit à là mort. Est-ce pour cette raison que M. Proudhon voudrait s'ériger en croque-mort de l'humanité?
« A aucune époque, dit M. Proudhon, on n'a vu là propriété « dépendre exclusivement du travail; à aucune époque, le travail a n'a été garanti par l'équilibre des forces économiques (1) ; sous t ce rapport, la civilisation, au dix-neuvième siècle, n'est pas plus <f avancée que la barbarie des premiers âges. »
M. Proudhon se trompe :
Car, pendant toute l'époque d'ignorance, les [masses sont de plus en plus exploitées ; et c'est exclusivement de cette aggravation de maux que peut sortir la nécessité du bien. Et comme Tanarchie progresse tous les jours, la civilisation avance continuellement.
« V autorité, continue M. Proudhon, défendant des droits tela lement quellement établis, protégeant des intérêts tellement « quellement acquis, a donc toujours été pour la richesse contre « Tinfortune : l'histoire des gouvernements est Ip martyrologe du a prolétariat. )>
Il aurait fallu dire :
« V autorité de la force transformée en droit, défendant des « droits établis par la force, protégeant des intérêts acquis par la « force, a donc toujours été pour la richesse contre l'infortune : « l'histoire des gouvernements, par la force, est le martyrologe a (l'expiation) de l'humanité. »
Puis ajouter : a Mais l'autorité de la raison et le gouvernement qui en dérive constituent le bonheur de Thumanité. »
Après cela, M. Proudhon fait avec verve l'historique du protestantisme politique depuis l'origine du monde, puis il ajoute :
« VoilSi quelques milliers d'années que cette théorie défraye les classes opprtanées et les orateurs qui les défendent. Le gpu- « vernement direct ne date ni de Francfort, ni de la Convention, « ni de Rousseau : il est aussi vieux que l'indirect, il date de la « fondation des sociétés.
(4) IL'éyiiUbri det forces économiques et l'équilibre des forces onropéennes sont deox idées de même valeur. Vous povres y ajouter l'équilibre des pouvoirs «t la soinmiMité dn peuple considérée comme base d'ordre^
« « Plus de royauté héréditaire,
« Plus de présidence,
« Plus de représentation,
« Plus de délégation,
« Plus d'aliénation du pouvoir,
« Gouvernement direct,
a Le peuple ! dans rexercice.pen)9anent desa souveraineté : )> »
« Qu'y a-t-ii donc au fond de cette ritournelle qu'on a reprise « comme une thèse neuve et révolutionnaire, et que n'aient connu, « pratiqué, longtemps avant notre ère. Athéniens, Béotiens, La- « cédémoniens, Romains, etc.? N'est-ce pas toujours le même « cercle vicieux, toujours cette ïnéme descente vers l'absQrde, « qui, après avoir épuisé, éliminé successivement, monarchies « absolues, monarchies aristocratiques ou représentatives, démoce craties, vient tourner borne au gouvernement direct, pour re- « commencer par la dictature à ne et la royauté héréditaire? Le « gouvernement direct, chez toutes les nations, a été l'époque « palingénésique des aristocraties détruites et des trônes brisés : a il n'a pas même pu se soutenir chez des peuples, qui, comme « Athènes et Sparte, avaient pour se l'appliquer lavaotage d'une «population minime et du service des esclaves. U serait pojjf,
« nous le prélude, etc., etc • . •4*.
a . . .11 faut sortir de ce cercle infernal. »
Très-bien, monsieur Proudhon I Parfait de vérité I Mais ce cercle vicieux, ce cercle infernal, est inhérent à riguorance sociale sur la réalité du droit. C'est ce cercle que vous devriez bri* ser, au lieu de nous parler de Téquilibre des forces ÊcoNoniQiJESr. digne pendant de la constitution de la yalgur.
C'est après cela que ]M. Proudhon s'écrie :
« L'autorité de la raison! telle est donc l'idée positive éter-r, <i nelle, substituée par la Réforme à l'autorité de la foi. Comme <c la philosophie relevait jadis de la révélatiou, la révélation, dé^ « sormais, sera subordonnée à la philosophie. »
Bravo, bravissimol monteur i vous allez certainement nûHs dire comment il est socialement possible de distinguer i'€iutori(A< de la raison réelle, éternelle, de Tautoritéde la raison illusoire,
temporelle, qui n'est que celle de la force. Après cela, nous vous proclamerons : révélateur réel.
a Vous êtes républicain?
c — Républicain, oui, mais ce mot ne précise rien. Respublica^ c'est la chose publique; or, quiconque veut la chose publique, sous quelque forme de gouvernement, peut se dire républicain. Les rois aussi sont républicains.
« — Eh bien, vous êtes démocrate?
€ — Non.
« — Quoi! vous seriez monarchiste?
« — Non.
« — Constitutionnel?
a — Dieu m'en garde.
a — Vous êtes donc aristocrate?
a — Point du tout.
a — Vous voulez un gouvernement mixte?
« — Encore moins.
« -- Qu'êtes-vous donc?
< — Je suis anarchiste. »
M. Paoddhon, Qu'est-ce que la propriété?
M. Proudbon aime Tobscurité et le scintillement. Si, avant d'écrire ce qui précède et qui nous parait être une boutade, ou du galimatias, il avait dit :
«L'anarchie est l'opposé de la hiérarchie;
Il y a hiérarchie par ta force et hiérarchie par la raison;
Je répudie toute hiérarchie par la force;
Donc, au point de vue de laliiérarchie par la force, je suis an: abchiste; »
C'eût été clair, et chacun l'aurait compris.
Mais, quoi qu'il eu dise, M. Proudbon aime un peu les coups de pistolet.
Ce que nous venons de dire de l'anarchie ou de Tan-archie, oomme il plaità M. Proudbon de l'écrire, peut se dire également du contrat social.
r Tout contrat privé de sanction n'est qu'un coup de pistolet à pMdre^ Ce n'e^t rien, sinon du bruit.
Le mot contrat est générique. II renferme les espèces : contrat domestique ; et contrat social.
Le contrât domestique n'a de valeur que sous la sanction sociale.
Le coiNTRAT social n'a de sanction que la force.
Mais le mot contrat implique précisément la répudiation de la force.
L'expression contrat social est donc : soit une bêtise; soit un galimatias.
Si M. Proudhon s'était exprimé ainsi, il aurait été compris en parlant du Contrat social de Jean-Jacques.
Au lieu de cela, M. Proudhon parle de droit et de devoir^ à une époque : où l'humanité est ignorante sur la réalité du droit; et où nulle force ne peut plus se transformer en droit. Parler de droit et de devoir, autres que relativement à la force, c'est donc, pour notre époque, mâcher à vide. Aussi tout ce que, à cet égard, M. Proudhon rumine, est impropre à la nutrition sociale, et ne peut servir que de purgatif.
c( Le contrât social, d'après Rousseau, n'est, dit M. Proudhon, « autre chose que ralliance offensive et défensive de ceux qui <{ possèdent contre ceux qui ne possèdent pas, et la part qu'y « prend chaque citoyen est la police qu'il est tenu i'acquitter au « prorata de sa fortune, et selon l'importance des risques que le « paupérisme lui fait courir. »
M. Proudhon, au lieu de dire acquitter aurait dû dire avancer. Car, sous le régime de la force, le fort ne fait qu'avancer l'impôt dont il se rembourse avec usure sur les produits de l'exploitation des faibles. Mais telle n'était point l'intention de Rousseau. U s'était trompé, et il Ta même reconnu avant sa mort. Faut-il lui en vouloir, à lui, pauvre malheureux, bienveillant par essence! M. Proudhon, lui, s'est bien trompé : il a voulu le crédit gratuit, il ne le veut plus ; il a voulu Tabolilion de l'autorité et du gouvernement, abstraction faite d'espèce, maintenant il ne veut plus que l'abolition de la fausse autorité et des gouvernements qui en dérivent. A cause de cela, il serait stupide de l'appeler : soit hypocrite ; soit scélérat.
M. Proudhon accuse Jean-Jacques de s'être moqué de ses lecteurs dans lé Contrat social. Si Jean-Jacques vivait, il lui renverrait triomphalement la balle.
« C'est le privilège des gens de lettres, à ce qu'il paraît, dit « M. Proudhon, que l'art du style leur tient lieu de raison et de a moralité, d
Comment M. Proudhon veut-il quMlen soit autrement en époque d'ignorance sur la réalité du droit? C'est absolument inévitable. Tant qu'il n'y a point de fond, la forme seule est possible. Telle est la base du règne des avocats.
Je regrette les injures que M. Proudhon adresse à Rousseau. Combattre les erreurs est bien. Mais vouloir avilir ceux qui aiment et qui sont aimés, c'est se faire tort à soi-même.
M. Proudhon termine le premier chapitre de sa quatrième Étude en disant :
c< La souveraineté de la Raison ayant été substituée à celle « de la Révélation; la notion du contrat succédant à celle ie Goua vernement;
c< concluons sans crainte que la formule révolutionnaire ne peut « plus être ni Législation directe, ni Gouvernement direct^ ni « Gouvernement simplifié; elle est : plus de gouvernement. »
Pour être clair, conforme à ses prémisses, et aussi à ses conclusions antérieures, il aurait fallu dire : La formule révoluliQunaire, ou plutôt la formule d'ordre, est :
Gouvernement dérivant de la souveraineté de la raison.
Au second chapitre de cette même Étude, M. Proudhon, s^adressant aux publicistes présents et passés, leur dit :
a A votre théorie gouvernementale, qui n'a pour cause que i votre ignorance, pour principe qu'un sophisme, pour moyeu c< que la force, pour but que l'exploitation de Thumanité, le pro- « grès du travail, des idées, vous oppose par ma bouche cette «théorie libérale... »
Vi^oos cette théorie !
« Trouver*.. » continue M. Proudhon.
— iU -
Comment, trouver? Une libéorie nq cherche pas, elle expose. Une théorie est une solution; et M. Proudhon nous propose un problème. Mais voyons le problèpote I
« Trouver une forme de transaction... j»
Comment, une /orme? Et le fond? vous n*en parler pas. Vous oubliez donc que le fond de toute transaction est une sanction? En avez-vous une autre que la force? SI vous n'en avez pas} vous allez renouveler Jean-Jaeques^ sur lequel vous avez craché toutes les horreurs possibles^
N'importe^ voyons la traitéàctidn :
« Trouver une forme de transaction ^ui, ràmenâtlt à Piinllé <« la divergence des intérêts, Identifiant le bien particulier et le « bien général, effaçant Titiégàlité de nature par celle de Tédua cation, résolvié toutes les coUtradictiôns politiques et éconortii- « ques ; où chaque individu soit également et syndnyniiquemënt « producteur et consommateur, citoyen et prince, adiniiilsttaleur (K et administré ; où sa liberté augmente toujours, saiis qu'il ait «besoin d'en ûK^ner jamais rieti; où son bien-être s'accroisse c( indéfiniment, sans qu'il jpuisse éprouver, dû fait de la Société c( ou de ses concitoyens, aucun ptéjùdice, ni dans sa propriété, (( rii dans son traVail, ni dans son revéiid, ni dans .ses rapports (( d'intérêt, d*bpiniorl ou d'affection avec ses semblables. »
Et quels sont les moyens qui doiveilt résoudre ce problème? Et quand même le problème serait bien posé, quelle est la sanction de la solution, sanction qui doit être autre que la force, sous peine de coutrat-Lachâtre ?
Maintenant, permettez-moi de vous dire qtie votre problème çist insuffisant.
Il faut, dites-vous, qUe l^inégalité de l'organisme soit effacée par celle de l'éducation. Et qui sera juge de la bonté de l'éducation? Il y a plus : l'éducation, en présence de l'incompressibijité de l'examen, n'est fien qu'anarcliique, si elle n'est basée sur une instruction socialement admise comme rationnellement iqeontestable. Où se trouve cette instruction, s'il vous plaît? Daa^ les limbes encore.
Dû reste, tout ce que vous demandez est possible, est facile, dès ^e rigMoraiice sociale sur la réalité du droit se trouve anéantie.
Quant à votre organisation des forces économiques^ sous la loi suprême du contrat, je vous demande de l'exposer d'une mauière rationnellement incontestable, ainsi que la sanction qui lui servira de base, sinon je vous renvoie à la sainte Trinité et au Credo quia absurdum.
. Quand M. Proudbon est embarrassé sur un point, quand il lui est impossible de distinguer la vérité de Terreur, loin de chercher à s'éclairer, il affirme. M. Proudhou est essentiellement mystique. En voici les preuves :
« Il n'y a pas, dit-il, deux espèces de gouvernement, comme c( il n'y a pas deux espèces de religion. Le gouvernement est de «( droit divin ou il n'est pas ; de même que la religion est du ciel <c ou n'est rien. »
Gomment, monsieur! vous reconnaissez : qu'il y a autorité, souveraineté relative à la foi ; et autorité, souveraineté relative à la raison. Vous reconnaissez que le gouvernement existe nécessairement comme Tautorilé, et vous niez qu'il y ait deux espèces de gouvernement ! Mais c'est nier que vous êtes capable de raisonner. Il en est de même pour la religion : l'une dérive de la foi; l'autre de la science, si science il y a. La religion, ajoutezvous, est du ciel ou n'est rien. Cela signifie : que la religion ne peut être démontrée par la raison ; qu'elle n'est bonne que pour les niais. Qu'en savez-vous, monsieur? Et depuis quand votre affirmation doit-elle valoir une démonstration, quand vous-même proclamez : que le règne de la foi est passé ; et que la seule raison a droit de régner ?
« Gouvernement démocratique et religion naturelle^ ajoutez- « vous, sont deux contradictions, à moins qu'on ne préfère y « voir deux mystifications. »
Non, monsieur. Le gouvernement démocratique est le gouvernement delà force brutale, de la force non transformée en droit, et dès lors il est tout uniment absurde. La religion naturelle, signifiant religion qui ne dérive ni de la foi ni de la raison, est encore évid^rnmeiU absurde. Ce sont tout uniment deux absur-
dites acci^tées par des gens qui ne raisonnent pa«, ce qui signifie qui raisonnent mal, ou comme ceux qui disent : Deux et deux font cinq.
Vous voyez qu'affirmer n'est point prouver.
Quel dommage que M. Proudhon ait été perverti par cette métaphysique de galimatias double, tissue de logomachies allemandes 1 II est admirable quand il est sur le chemin de la vérité. Ecoutez-le,et observez avec quelle force de raisonnement il va traîner dans la boue la souveraineté du peuple :
« Est-ce donc, dit-il, que le nombre offre à votre esprit quel- « que chose de plus rationnel, de plus authentique, de plus mo- « rai que la foi ou la force? Est-ce que le scrutin vous paraît plus c( sûr que la tradition ou l'hérédité ? Rousseau déclame contre le <c droit du plus fort, comme si la force, plutôt que le nombre, « constituait l'usurpation. Mais qu'est-ce donc que le nombre? c( Que prouve-t-il? Que vaut-il? Quel rapport entre l'opinion plus « ou moins unanime et sincère, des votants, et cette chose qui « domine toute opinion, tout vote, la vérité, le droit? »
Très-bien ! Mais comment distingue-t-on, socialement, la vérité réelle de la vérité illusoire ; le droit réel du droit illusoire? Tant que vous ne le savez pas d'une manière rationnellement incontestable, vous n'avez de critérium que la force brutale : soit patente ; soit masquée de tradition ou d'hérédité.
« Quoi! continue M. Proudhon, il s'agit de tout ce qui m'est « le plus cher, de ma liberté, de mon travail, de là subsistance « de ma femme et de mes enfants : et, lorsque je compte poser « avec vous des articles, vous renvoyez tout à un congrès, formé « selon le caprice du sort ! Quand je me présente pour contrac- « ter (1), vous me dites qu'il faut élire des arbitres, lesquels, a sans me connaître, sans m'entendre, prononceront mon abso- « lution ou ma condamnation I Quel rapport, je vous prie, entre « ce congrès et moi? Quelle garantie peut-il m'offrir? Pourquoi « ferais-je à son autorité le sacrifice énorme, irréparable, d*accep- « ter ce qu'il lui aura plu de résoudre, comme étant l'expression
(1) Le contrat social^ nous l'av^na prouvé, est une sottise.
<x de ma volonté, la juste mesure de mes droits? Et quand ce con- « grès, après des débats auxquels je n'entends rien, ^'en Tient «( m'imposer sa décision comme loi, me tendre cette loi à la « pointe d'une baïonnette, je demande s'il est vrai que je fasse « parlie du souverain» ce que devient m^ dignité? »
Tout cela est vtai et parfait. Mais cela se borne k détruire ce qui existe. Et pour édifier, s'il vous plaît, où est votre première pierre qui ne soit immédiatement pulvérisée sous le plus léger sôutfie du raisonnement?
Le § IV de ce chapitre est intitulé : Dti Suffrage universeU C'est dans l'ouvrage même qu'il jfaut lire avec quelle vigueur l'auteur fustige cette expression de la force brutale. Mais que met-il en place? Rien.
M. Proudhon termine ce paragraphe en disant :
c< Allons, soyons de bonne foi, le suffrage universel, le mandat « impératif, la responsabilité des représentants, le système ca- « padtaire, enfin, tout cela est ENFA]NTn.LAGE. »
Cela est vrai. Mais M. Proudhon ajoute :
« Je ne leur confierais points mon travail, mon repos, ma force tune; je ne risquerais pas un cheveu de ma tête pour les déa fendre. »
Ici M. Proudhon a tort.
Plus, sous la souveraineté du peuple, sous la souveraineté de l'ignorance existant en présence de l'incompressibilité de l'examen, le suffrage est universel, plus ranarchie est imminente. Et comme le besoin de vérité, d'où pejut seulement naître la souveraineté de la raison» ressort plus encore de l'anarchie que du despotisme ; et comme, en époque d'ignorance sociale, il n'y a de possible que le despotisme ou l'anarchie ; il faut en conclure : que le dévouement ordonne de préférer l'anarchie au despotisme; et ainsi de se sacrifier soit à l'établissement, soit au IQaintiAj) du suffrage universel. J'oublie cependant que, pour .^. Prouunon, le dévouement est que sottise. Alors M. Proudhon «st logique en refusant de sacrifier un cheveu de sa tête.
Le § V de ce même chapitre II est intitulé : La Législation di-
En commençant, M. Proudhon fait apercevoir que la théorie du gouvernement direct doit, pour n'être point évidc^oiment absurde, reposer sur ta personnalité réelle, sur la personnalité prise au propre et non au figuré» d'un être couegtif quelconque, soit domestique, soit social. M. Proudhon laisse même comprendre ici, et il a dit ailleurs, que cette personnalité ou ce3 personnalités sont, selon lui, très-réelles. C'est la négation des individualités réelles : car il est aussi impossible d'être k la foi$ fi\ individualité et collection, qu'il est impossible d'être à la foi^^ de n'être pas. C'est la négation dç la Ijberté ; c'est rafQrmatÎQa du panthéisme.
Malgré ce point de contact avec les panthéistes, dont le gouvernement direct est la conclusion logique, M. Proudhon continue à affirmer que le gouvernement direct est une utopie, et il justifia parfaitement son assertion.
Pour le prouver ici, il faudrait copier çntièremant ce que dit M. Proudhon à cet égard. Neuf fois sur dix, il a raison au point de vue général; et, à la dixième, il a encore raison au point de vue de la société actuelle. Partout il y est admirable pour détruira. Malheureusement il n'en est pas ainsi : pour l'édification.
C'est dans ce paragraphe qu'il est amusant de voir M. Proudhon jouer aux antinomies. Sur toutes les questions qu'il se fait, il a deux réponses de valeurs opposées^ parce qu'il les considère : une fois au point de vue de la force ; une autre fois au point du vue de la raison. Et, comme il ne dit rien à ses lecteurs de ces deux manières de considérer les objets, ses discussions sout un perpétuel miroitage.
Puis il ajoute :
n Est-il clair que cette législation directe n'est autre chose « qu'un perpétuel escamotage? »
Et en effet. Mais M. Proudhon oublie : qu'en époque d'iguc)rance sociale sur la réalité du droit, époque où la fprce doit néciessairement être transformée en droit, sous peine de mort sociale, tout établissement de droit est uécessaireo^ent un escamotage. Sur quoi voulez-vouç que se fondent les miraçlesi d'un jongleur quelconque, si ce n'est sur un escamotage quelcoape?
Le § YI est intitulé : Gouvernement direct ou Constitution de 93. — Réduction à l'absurde de l'idée gouvernementale.
Ce paragraphe est une diatribe contre Robespierre, pendant de la diatribe faite contre Rousseau. Passons ! nous y reviendrons.
« L'exécutif, dit M. Proudhon, c'est pins que la moitié du « gouvernement ; c'est tout. »
Nous voilà arrivés à une nouvelle source de logomachie ou d'antinomie. Tantôt le mot gouvernement signifie l'ensemble des pouvoirs, tantôt il signifie le pouvoir exécutif. Le pouvoir exécutif, pour parler autrement, n'est que le cocher dont le maître est le pouvoir législatif.
Dire que V exécutif c* est plus que la moitié du gouvernement, que c'est le tout, c'est comme si vous disiez que le cocher c'est le maître.
Il est cependant bon d'exprimer : que, sous la souveraineté de la force transformée en droit, le maître est son propre cocher et va où il veut : quitte à conduire le char dans l'abîme ; ou à se trouver renversé de son siège, nommé trône, dès qu'il rencontre plus fort que lui : le tout au détriment des faibles qu'il écrase dans une carrière qui lui appartient. Et lorsque l'examen vient réserver aux masses la souveraineté, et doit néanmoins avoir un cocher, puisque le char ne peut aller seul ; celui-ci alors s'empare de la force pour éviter l'abîme où il serait obligé de se jeter s'il était assez sot pour exécuter les ordres d'un souverain multiple, ayant autant de volontés et d'opinions qu'il contient d'individus.
Mais sous la souveraineté de la raison socialement reconnue, l'exécutif n'est autre que le cocher exécutant des ordres donnés par le maître, souverain réel, ordres que le serviteur doit suivre, sous peine d'être inévitablement cassé aux gages et remplacé par un autre, sans que ce changement puisse causer le plus léger désordre.
Dans ce même paragraphe, M. Proudhon se résume par une proposition incontestable, et qui ne saurait être assez méditée. Elle est cependant généralement méconnue. Et c'est l'aveuglement presque universel sur la vérité de cette proposition qui constitue in situatiou sodale actuelle.
c( Le pouvoir du peuple, dit le publiciste, fondé sur le nom-