QUELCONQUE, MÊME INSOI^UBLE, NE DOIT PAS ÊTRE
« ÉCOUTÉE. » {Soirées de Saint-Pétersbourg.)
Or, la meilleure preuve de la fausseté d'une explication, c'est de prouver que son point de départ est absurde.
M. de Mirville cite une foule de faits très-étonnants. A cet égards il est d'une logique admirable pour réfuter ses adversaires matérialistes. Je n'ai pas le temps de discuter ici la réalité de ces faits. Il en est même plusieurs que je ne croirais pas QUAND MÊME J£ LES VERRAIS. Car^ tout cè que l'on me ferait voir, par les yeux du corps, pour me prouver: que, deux et deux font cinq , ne serait point admis. Toujours, je ferai prédominer les yeux de l'intelligence sur les yeux de l'organisme. Ici, je parle à M. de Mirville, homme de science. Si M. de Mirville était exclusivement homme de foiy je me croirais coupable de troubler sa conscience. Du reste, un homme de foi, ne doit jamais lire, ce qu'il peut
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soupçonner être écrit contre la foi, avant d'avoir consulté son directeur. Et je suis persuadé : que^ si H. de Mirville, supposé homme de foi, consultait son confesseur avant de me lire, la lecture de mon travail lui serait défendue.
Quant à moi, je serais bien fâché si un obstacle quelconque m'avait empêché de lire M. de Mirville. Son ouvrage est ce que jeconnaisdeplusfort en faveurderantropomorphisme.il serait bien à désirer : quMl fût généralement répandu. Le résultatde sa lecture, quel qu'il fût, ferait faire un pas immense à la question religieuse, dont la solution est actuellement nécessaire à l'existence de l'humanité. Malheureusement, les écrits utiles ne sont point lus. Yoilà deux ans que la première édition de cet ouvrage est publiée. Et, le seul hasard me Ta fait connaître, il y a trois jours. Je suis presque certain : que, M. de Mirville ne connaît pas plus mes écrits, que je ne connaissais les siens il y a trois jours. C'est que le monde actuel est divisé en coteries; et, que chaque coterie ne lit que ce qui est écrit en sa faveur. M. de Mirville, écrivant en faveur de, l'antropomorphisme, peut encore espérer avoir des lecteurs. Quant à moi, écrivant : et contre l'antropomorphisme et contre le matérialisn^^, je suis presque certain également : que, mes lecteurs, sauf quelques exceptions, sont 'encore a NAITRE. C'est JUBle ; et, je ne m'en plains pas. n
Avant de finir mon examen, je demande la permission d'exposer ici ce qui me paraît une contradiction chez M. de Mirville. C'est probablement moi qui, à cet égard, suis dans l'erreur. Je prie M. de Mirville d'avoir la bonté de m'en tirer.
Dans tout son ouvrage, M. de Mirville acciicse les savants, et surtout les sociétés savantes, deine^point se prononcer sur le phénomène des tables parlantes.^ j'
Or, pour se prononcer à cet égard, il faut essayer de les faire parler ces tables : à moins que, sans les examiner, ces messieurs ne disent : oti qu'elles ne parlent pas; ou que, si elles parlent, c'est le résultat d'une jonglerie ; ou que, si elles . parlent, c'est le résultat du diable ; et, que le plus sûr, alors, est d'établir une inquisition pour les brûler, ainsi que ceux
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qni les font parler : lesquels sont néces^irement posiÉOtiS. Certes, M. de Mirville ne veut aucune de ces alternatives sans examen.
Et cependant, il me paratt que le passage suivant proscrit cet examen. Si Je me trompe, j'en appelle de nouveau à H. de Mirville lui-même.
Après avoir dit : que,
« ~ Toute la presse américaine est saisie de la question.
« Que toutes les villes principales du continent : Boston, « Providence, New-Haven, Strattford, Cincinnati, Buffalo, « Jefferson, Saint-Louis, Auburn,Mancbester^ Long-Island, « Portsmouth, New-Brighton^ etc., sont envahies tour à tour « et payent leur tribut au progrès mystérieux,.,..
< Et ne croyez pas, continue M* de Mirville, que toute « cette révolution se soit opérée sans résistance^ et n'ait dû . « son succès qu'à Texaltation des esprits ou bien aux pré^ u. dispositions religieuses de tant de sectes différentes. Au « <!ontraire, l'opposition a été formidable. La plupart de c ces sectes se trouvant, comme le catholicisme lui-même, <c blessées plus ou moins dans chacun de leurs symboles, ont « foudroyé la nouvelle hérésie, et Ton peut s'assurer des « agitations de la controverse, eu jetant seulement les yeux « sur les dix ou douze énormes journaux quotidiens, uni- «c quement occupés depuis lors à enregistrer tous ces faits, « et à défendre les doctrines qui en découlent.
«c II existe en outre une soixantaine d'ouvrages ear pr^ « fêsso, écrits probablement à des points de vue différants, « mais tom parfaitement d'accord sur la réalité des phéno-* <c mènes. Aussi là ne peut*il plus y avoir de négation ob* «t stinée. Il y a même une remarque à faire, o'est que les <« convictions se sont surtout développées dans cette massa «c d'industriels et de savants^ qui dans ce pays, comme dans
le nôtre, forment la par fie matérialiste et fort peu croyante <x de la nation. f>
— Ainsi, en Amérique et en Europe, la science et la rî-
chesse sont matèrtalistes : ce qui indique : que, tous ceux dont l'intelligence est développée sont' matérialistes. Et c'est pour cela que ÎH. de Mirville et autres voudraient pouvoir abriter la société sous l'anlropomorphisme. Mais, si Tantropomorphisme, en présence Be l'examen, est aussi anarcfaique que le matériailisme, ne vatadralt*!! pas mieux oherchél* à se débarrasser de Tun et de l'autre? Mais, laissons continuer M. de Mirville!
K -^ £h bien, Meisieurs, pour vous donner «n quelques « mots, dit le protecteur de l'antropomorphiami^ une idée de c rintepsilé du fléau, vous saurei que toutes \e$ ville» de « l'Union ont aujourd'hui leurs cercles magiques, que celle <c de Philadelphie, pour pa part, compte maintenant plu^ de « trois cents de cw GI.UWI lViiilTPEl.8, et que plus de CINQ « CENT MILLE seotateurs suceédent maintenant aux deux « demoiselles Fo»^ eto »
— - Puis, après une nouvelle exposition des faits, M. de Mirville ajoute :
% -^ Enfin, Messieurs, quoique tous ces faits aient eu pour « premiers signataires des hommes comme Cooper, William « Ov^ens, Kossuth, Buchanam, Morrow, Curtis Culver, <c Gatchell,' Francis, Marcy, le général Lymân, etQ«, eto., « tous, auteurs, professeurs, magistrats, ou militaires d'un tf rang très-distingué, leurs témoignages sont aujourd'hui « complètement inutiles, car la chose est établie sur me heue (c inébranlable, et chacun, dans ce pays, peut s'assurer par (c lui*méme, à moins d'être tout à fait aveugle, que le su}i- « NATUILÀL181IE de tous CCS phénomènes a véritablement « atteint le summum et le point le plus éclatant de la dé* a monstraUoa(l). »
(4) Je ferai observer à W. d« Itirville : que, Touloir conclure de l'ordre des faits, de l'ordre des phénomènes, de Tordre physique, à Tordre de droit, ù l'ordre des réalités, & Tordre métaphysique, est aussi illogique : que de vouloir conclure de Tordre de droit, de Tordre des réalités, de Tordre meta-
— Après avoir dit que les esprits frappeurs ne peuvent être de bons anges, et que le doigt de Dieu ne se trouve pas dans le caractère qui les distingue, M. deHirville ajoute : et ceci est remarquable :
« — Le doigt de Dieu serait-it davantage dans les doc- « trines? Convenons-en, s*il en était ainsi, Tesprit de vérité « n'aurait jamais été dans le christianisme, dont tous les « dogmes se trouvent tous les jours plus ou moins sapés par « les nouveaux interprètes. Selon eux, en effet, «« c^ chris- < Uanisme populaire est la source de toutes les erreurs. « C'est un vêtement trop étroit pour Vhumanité en pro- « grès. ]>» Et malgré les peaux de brebis dont ils se couvrent, « malgré l'amour évangélique auquel ils convient tous les a hommes, nous doutons fort que TÉvangile tienne long- « temps en ce pays, devant le fanatisme qu'inspire leur aua torité, «« autorité la plus haute, dit un de leurs apôtres, « que les hommes aient jamais pu vénérer. »» Aussi la « Gazette d'Augsbourg, dans un article que nous citerons « toute l'heure, n'hésite-t-elle pas à dire «« que décidément « ces esprits sont anti-chrétiens. »» Et, si nos renseigne- « ments sont exacts, l'évéque de Saint-Louis aurait lancé les a foudres de l'Église contre ce plus effrayant des fléaux, parce « que c'e^t précisément celui dont la venue est formelle- « ment prédite pour les plus mauvais jours de la terre.
<c Quant aux institutions sociales »
— Âh ! écoutons, ce que les diables peuvent dire à cet égard !
physique^ présupposé exister^ à Tordre physique. Tout phénomène doit rester dans l'ordre physique^ et ne peut recevoir d'explication hors de l'ordre physique, jusqu'à ce qu'il ait été démontré qu'il existe un ordre métaphysique. Les sensibilités, les âmes, paraissent appartenir à l'ordre physique. Vouloir les en faire sortir par Tintervention d'une absurdité, la création, est une absurdité. Les faits que cite M. de Mirville, à supposer qu'ils existent, n'auraient pas encore eu d'explication physique, je l'admets. Mais, vouloir les faire sortir de l'ordre physique, par l'intervention de la môme absurdité, serait une éfi^ale absurdité. Je parle ici devant le tribunal de la raison. Devant le tribunal de la foi, la raison ne peut être admise. Cette note ne doit pas être lue par ceux qui craignent la migraine.
~ cocxora —
9 -^ Quant aux institutions sociales, il faut, selon eux, les « refaire toutes, entendez-vous bien, et les refaire par leurs a bases » *
— Diable ! voilà des diables qui ne sont pas si bétes I
« — Partager les terres également, ajoute M. de Mirville. »
— Ah, pour le coup ! si M. de Mirville ne calomnie pas le diable, je réponds que ce diable est sol à quatre-vingt-dixneuf carats. A peine serait-il bon à faire un fétiche en Australie.
« — Abolir la peine de mort, continue le diable selon « M. de Mirville, toutes les lois sur les dettes, et surtout ne « jamais étendre la tolérance jusqu'à rÉglise catholique rote maine, la mère de toutes les superstitions. »
— Ainsi, le diable veut que l'humanité reste dans Tignorance; sous une inquisition, car, la tolérance est essentielle, à l'époque d'ignorance et d'incompressibilité d'examen. Par exemple, je conçois cela sans faire tourner ni parler une table. Mais, qu'est-ce que cela prouve? que le diable dit aussi des bêtises.
« — Catholiques romains ! s'écrie M. de Mirville, effrayé « de ce qu'il vient de rapporter, voilà l'ultimatum de ceux a qui font tourner vos tables, et avec lesquels vous jouez avec « tant de complaisance aujourd'hui.
« Maintenant, pesez, jugez.... et continuez si vous « l'osez. »
— Maintenant aussi, je demanderai à M. de Mirville : comment les savants et les sociétés savantes pourront-elles prononcer sur les tables tournantes et parlantes, si elles ne font tourner et parler les tables; et comment pourraient-elles les faire tourner et parler, si M. de Mirville le leur défend ?
M. de Mirville laisse apercevoir : que, ses conclusions sont celles de l'Apocalypse : la prochaine fin du monde. Je suis complètement de son avis. Mais, nous n'attachons pas à
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l'expression yfn du monde des valeurs égales. Lui, comprend la mort de notre humanité. Moi, Je comprends : la mort du vieux monde, du monde de l'ignorance, par Tintronisation de la vérité.
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