‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 3)Chapitre 86 sur 97 · DISCUSSION CONTRADICTOIRE · texte numérisé non relu

DISCUSSION CONTRADICTOIRE

« A qui parle seul , il est toujours facile d*a- « Toir raison. »

(Sent commun,)

« Je suppose que la presse périodique s'occupe de mon travail au- « trement que pour en plaisanter : ce qui est déjà fort douteux. Qu^en « résultera-t-il^ dans Thypothèse la plus favorable ?

« Chaque journal y consacrera un article, afin de pouvoir dire à ses « lecteurs : je vous en ai parlé. Puis, pour que l'article soit plus faci- « lement fait , le rédacteur, an lieu de rendre compte de Touvrage» « vous exposera son système. L'article ne servira point <lè réclame à « Touvrage; ce sera l'ouvrage qui servira de réclame à Tarticle.

« Dans rétat anarchique de l'instruction, dont l'anarchie du jour- « nalisme est le résultat , tout journal qui aurait le sens commun ne « serait point lu : à moins qu'il n'eût la prétention et la puissance de « réformer le journalisme : en instruisant ses lecteurs, et en leur faitt sant abandonner ce qui n'a pas le sens commun. Gela sera : maid tt seulement quand l'ignorance sociale sera près d'être reconnue. Nous « n'y sommes pas.

tt Ainsi, et pour le moment, ne comptons point sur le journalisme, « quand bien même les journalistes auraient les meilleures intentions. « Ils voudraient, ils ne pourraient. AI. de Girardin en a dit les raisons.

ft Si je me trompe, qu'on me le prouve, et je serai heureux de le « reconnaître.

« Mais faut-il donc se passer de discussion? Faut-il, les yeux ferir mes, attendre que l'anarchie ait forcé le journalisme à se transfor- « mer, à quitter le chemin stérile de la politique et du galimatias, pour « entrer dans la lice du socialisme réel et du bon sens?

tt Peut-être.

« 11 faut néanmoins tâcher d'éviter ce mal. G'est ce que je vais « faire.

« Pour arriver à ce résultat , je prie les personnes déjà citées dans tt ces volumes; et, en outre, celles que j'indiquerai en tête de la lettre « collective qui va suivre : de vouloir bien m'adresser leurs observa- « lions critiques sur ce commencement de mon travail, le m'engage à « publier ces observations dans mon troisième volume, sous le titre

« de DISCUSSION CONTRADICTOIRE.

« Dans le but de faciliter les observations, et pour qu^il ne puisse

« être dit : Nouê ne savons sur quoi prononcer, je vais tracer une série

« de questions auxquelles je prie de répondre clairement et aussi suc-

tt cinctemcnt que possible.

tt — Acceptez-vous les trois théories générales. Sinon : pourquoi

« La société vit-elle autoxatiqucment? ou bien, une règle Mitieiilé#

« ou découverte, cstrclle nécessaire à la conservation de la vie sociale,

« TORDllE ?

« Socialement^ y a-t-il d'autre sanction :

« 1* Que la force du bourreau ;

« 2* Que la puissance de la sanction religieuse? Celle-ci liant les « actions de cette vie avec le bien-être ou le mal-étre dans une autre a vie^ tant que la foi religieuse est possible ; et liant de même réci- « proquement^ dès que cette foi n'est plus possible, et que dès lors (a « science est devenue nécessaire^

« — La sanction du bourreau estrelle suffisante pour que la règle « puisse conserver la vie sociale, ToaDRE?

« Y a-t-il d'autre moyen d'établir socialement la sanction reli* « gieuse, si ce n'est par une foi commune, basée sur une inquisition ; « ou par la science rendue commune : par sa démonstration rationce nellement incontestable, et par la vulgarisation socialement faite de « cette même démonstration?

« — Cette vulgarisation nécessaire est-elle possible sans que-Tédu* a cation et Tinstruction soient socialement données à tous et à chacun « avec un égal soin ?

« — Socialement, et en présence de l'incompressibilité de Texamen, « la foi est-elle encore susceptible d'être base d'ordre, base de vie so« « ciale?

« — Si la foi a perdu cette puissance, la science est-elle devenue « socialement nécessaire : en se rappelant que nécessaire signifie :

« sous PEINE DE MORT ?

« — Quand la foi est encore socialement nécessaire et possible, parce a que l'examen peut encore être comprimé, est-il nécessaire d'empô* a cher que les masses puissent examiner, pour que la foi, alors néces* tt saire, ne soit point détruite?

« — Est-il possible d'empêcher les masses d'examiner, si ce n'est « par un trava^ incessant, et par uiie exploitation qui les roainti^iaBî « dans la nécessité de ce travail ?

« — Est-il possible d'assujettir les masses à un travail incessant « sî a ce n'est par l'aliénation du sol aux individus ?

« — L'aliénation du sol aux individus est-elle, oui ou non, la ba^e a matérielle de l'ordre, tant que l'examen peut être socialement corn- « primé?

« — Des que l'examen ne peut plus être comprimé, l'aliénation du « sol aux individus est-elle, oui ou non , la source de toute anarchie ?

« — L'aliénation du sol peut-elle être détruite, c'est-à-dire le sol « peut-il entrer à la propriété collective, avant que l'ignorance sociale « sur la réalité du droit soit anéantie, si ce n'est sous peine d'une tt effroyable anarchie nous ramenant à Vignotance primitive?

« — Dès que l'examen est devenu incompressible, et que l'igno- « rance sociale sur la réalité du droit n'est point anéantie, y a-t-il, tt socialement, d'autre critérium de droit que la force brutale?

m «- Tant qu'il y a des nationalités en (Contact, y a-l41| entre elles, « d'autre critérium possible de droit que la force brutale, Yfd^imù ro- « tio regum?

n — Tant que la force brutale est le s«tti oritérium possible dte 4roit -« entre les nations m contact, la force brutale n'est-elle point, né- « OêBsaênmmU^ le seul critérium possible de droit au sein de çbacune « d*elles?

e — Le règne de la force bktitftlei n'est-ee poiet essentieUeaeot IV « narchie?

« -^ L'enaithie n^est^» point Tagonie soeiale?

« Le prochain anéantissement dei nationalités^ est41| Otti om « non, devenu néeessaire à la vie sociale, à la Tie de rhumanité?

K le me borne à ces quesiions pour le moment. J'attends lei ré- « ponses que l*on tondra bten y faire*

u le ne Mil» si Je me trompe | mais je crains bien de ne pal ea re«- « cevoir une seule. »

LfiTTAB COLLECTIVE,

« A MM. les membres :

^ « Du Sénat;

« Du Corps législatif;

« Du Conseil d'EUt ;

« Des anciennes Assemblées Constituantes et Législatives; ' « De TAcadémle des sciences morales et politiques ;

« Et à tous ceux qui s'occupent de la grande question d'Ordre SOCiat.

a Messieurs,

€ Sous le règne des opinions, je fais appel à ifous tous en général, « et à chacun de vous en particulier^ pour détrôner l'opinion,, dont la M domination ne peut être que le triomphe de la force brutale. . « A quelque opinion que chacun de tous appartienne, votre bonne « foi et votre amour de Tordre m'aideront à faciliter Tupion de tous « dans le sein de la vérité.

a Je dis Vunion de tous: car cette union est devenu^ nécessaire. Lq3 ^« querellas jusqu'à présent ont seulement eu lieu entre quelques 41 maîtres et localement* Dès qu'il y avait un vainqueur local,^ tous les « esclaves obéissaient ; et les esclaves, à eux seuls, constituaient Timin raense majorité des populations*

a Maintenant : tous sont maîtres; personne ne veut obéir» la révolte y est universelle ; et, quand la force fait simuler Tobéiseance, Q'est K toujours dans Tespoir d'être bientôt soi-même le plus fort: soit par f le fer; soit par le feu ; soit par la parole ; soit même par le silence. a Et chaque victoire, n'importe sous quel drapeau, fait Osciller le M monde : entre un despotisme plus cruel et une anarchie plus atroce.

«c N'est-il donc aucun moyen de prévenir ce mal universel ?

(( Si, mes&ieors, il en est un, un seul* fit, ce moyen nniqne» c'est :

« de te prévoir. Dès qu'il «rrn préov, il scm vûinca, Mais^ éil fait « d'ordre social^ toutes les prévoyances inditiduellM Mût insuffisantes.

« Prévoir i c^est voir dms l'avenir. fit> en dehon de tout mysti- « cisme, l'avenir ne se voit que pav le présent. Avant de prévoir un « ma] pour Tavenir, il faut le voir dans sa cause présente. Sinon t f vous n'êtes qu'un aventurier^ en fait de prédiction.

« Et quelle est la cause actuelle ou passée du mal social fntur^ futur « alors toujours présent, s'il est permis de parler ainsi ? »

l'aBSEI^CE d'idée commune sur la RltAUTÉ DU DROFT.

« Tant qu'il n'y aura point communauté actuelle d'idées SUr cette « (ftuse du mal, toujours futur parce que toujours présent, le remède <c social réel , fut-il même individuellement trouvé, resterait sociale* c ment inapplicable. Car une société ne peut être considérée et traitée « eommc un individu, que par une communauté quelconque d'idées.

« Et quand il s'agit d'ordre social, dont un droit quelconque, socia« « lement accepté, est exclusivement la base, et, qu'il n'y a plus corn- « munauté d'idées sur la réalité du droit; c'est, par la communauté € d'idées : sur la réalité de cette absence, et sur la nécessité de com« a munauté d'idées relativement au droit ) qu'il fout commencer pouf « rétablir l'ordre : puisque l'ordre n'est lui-même, que la communauté d d^idées sur la réalité du droit.

M Mais, je le répète : il ne suffit point que le mal, et les suites du « mai, soient vus et prévus individuellement. Tous les individus lel « verraient et les prévoiraient, que le mal ne ferait qu'augmenter, et « que les suites n'en seraient que plus terribles.

« En effet :

« Tant que l'enchaînement de cause et de mal n*est point socialement a proclamé ; et, que le mal de tous n'est point ainsi démontré être le a mal de chacun; chacun ne pense qu'à soi. Et cherchant à se sauver, « chacun chcrcho nécessairement à perdre les auti^es : car, en dehors « de la communauté d'idées sur la réalité du droit, chacun, pour se « sauver, use de sa force. Or, l'universel emploi de la force, indépen* « dante du droit, conduit au tombeau de l'humanité.

c( La prévoyance sociale, actuellement nécessaire à l'existence de la « société, consiste dçnc dans la proclamation socialement faite; de « l*absence de communauté d'idées sur la réalité du droit, et de la né- « oessité de cette communauté pour que ^humanité puisse ne point ft périr.

« Partout j*enténds dire : une pareille proclamation serait une dé- « clariatton d^ignorance sociale, et jamais les représentations natio- « nales, sous quelque titre qu'elles puissent exister, ne reconnaîtront « leur propre ignorance. Jamais : je le nie. Certes, aucune d'elles n'a « encore été assez rudement fouettée par l'anarchie, pour que sa vafc nité puisse permettre à son bon sens de proclamer collectivement » ee que ee même bon sens fait déjà reconnaître indivîduelloment et

« intérieurement à chacun de ses membres. Mais, au bord de TabUne • « toutes le reconnaîtront socialement.

« Si les représentations nationales, assez impertinentes pour oser « formuler un droit dépourvu de sanction inévitable, marchaient seules « vers Tabîme, je m'écrierais: laissez-les disparaître! Il en viendrait « d'autres, moins impertinentes, et que les vanités n'étoufferaient « point. Mais elles y conduisent l'humanité; et il est temps de les « arrêter.

« C'est vous, messieurs, qui les arrêterez en leur présentant le ta* « bleau de la situation. Vous devez le faire, et vous le ferez.

« C'est pour vous montrer le mal, et pour vous engager à y remé- « dier, que j'ai l'honneur de vous écrire. Ce mal, Tai-je bien vu ? Ré- « pondez !

« Plusieurs d'entre vous, peut-être, me considéreront comme trop « obscur, pour vouloir entrer en lice avec moi. L'obscurité n'exclut « pas le mérite ; et j'ai l'orgueil d'être certain : que, j'ai assez de mé- « rite pour ne pas être dédaigné. J'accuse ceux qui s'abriteraient sous « ce prétexte : de n'avoir aucune bonne raison à m^opposer, et de ca« « cher ainsi leur propre faiblesse sous le masque du dédain. Le public « alors serait notre juge, et aussi la postérité.

tt Ces pages, monsieur le rédacteur en chef, auriez-vous la bonté de o les rendre publiques, avec prière aux autres journaux de vouloir « bien les insérer également? Ici, il s'agit d'ordre social et non de « parti quel qu'il soit. J'ai adressé mon ouvrage à beaucoup de som« « mités sociales; mais, n'ayant pu, à mon grand regret, en envoyer à « toutes, je préviens que j'en ai remis deux exemplaires aux biblio^ « thèques du Sénat, du Corps législatif et du Conseil d'État, qui ont « bien voulu les accepter. Je sollicite les observations de chacun, pour « pouvoir les insérer dans mon troisième volume, qui maintenant est M sous presse. » x> « Agréez, etc. « Couns. »

« M. Colins attribue la cause actuelle ou passée du mal social à a Vahsence d'idée commune sur la beauté du droit; mais qu'entend-il « par la réalité du droit? comment la définit-il? comment la dé- « montre-t-il ? C'est ce que ses deux volumes publiés ne font pas con- « naître. Ils critiquent ; ils n'exposent pas. « E. de Girardin. »

Je ne puis trop témoigner à M. de Girardin la reconnaissance que j'c-^ prouve pour avoir bien voulu donner de la publicité à cette lettre, quoi-* que je lui aie dit : que, mon nouveau travail lui était tout aussi opposé que le premier. Et, non-seulement M. de Girardin ne s'est pas refusé à continuer d'aider à l'impression de mes travaux ; mais, il a voulu y contribuer dans la même proportion que ceux qui adhèrent au socia-» lisme rationnel.

Le lendemain de la publication de cette lettre, M. de Girardiû me dit ; que M. de Lourdoueix^ dans la Gazette de France, venait de re«

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produire une partie de ma lettre avec des réflexlous. Voici cet artide de la Gazette de France :

a La Presse insère aujourd'hui à sa troisième page une lettre de « M. Colins^ auteur de deux Tolumes sur la Sdenoe sociale.

« Voici un passage de cette lettre :

«« Le remède social consiste

«« Dans la connaissance parfaite :

«« De la réalité du droit;

«c( De la réalité de la sanction religieuse;

a« De la réalité de rétemelle justice ;

«« De la réalité de l'autorité ;

«« Pour tout dire en peu de mots :

a « De la réalité de la souveraineté rationnelle. »

« Nous pourrions voir dans cette opinion d'un écrivain dont la pen« « sée parait avoir sondé le fond de la situation ^ une preuve de Tuti- « lité de la discussion que nous avons soutenue contre M. deGirardin, « et que son voyage a interrompue.

« Après avoir inséré dans son entier la très-longue lettre où se trouve le passage qu'on vient de lirc^ M. de Girardin la fait suivre par « ces lignes :

a« M. Colins attribue la cause actuelle ou passée du mal social à « l^absence d'idée commune sur /a réalité du droit; mais qu'entend-il « par la réalité du droit? Comment la déftnit-il ? Comment la démon- « tre-t-il ? C'est ce que ses deux volumes publiés ne font pas connai- « tre. Ils critiquent; ils n'exposent pas. » E. de Girardin.

« Ce que M. Colins expose, c'est la nécessité de s'accorder sur la « réalité du droit; il importe peu dans cette thèse de savoir comment « M. Colins définit le droit. Ce serait probablement une opinion de tt plus en désaccord avec les autres opinions sur le même sujet; ce qui « ne prouverait que mieux la proposition qu'il a mise en avant dans « sa lettre.

« M. de Girardin croit-il que le désaccord existe sur la réalité du « droite et qu'il est nécessaire d'arriver à l'accord ?

a Voilà ce qu'il aurait dû nous dire. »

« H. DE LOCRDOUEIX. t

M. de Lourdoueix a raison : Ce que f expose, c'est la nécessité de s'aKh corder sur la réalité du diait; et M. de I^ourdoueix a encore raison en disant :

« M. de Girardin , croit-il que le désaccord existe sur la réalité du « droit et qu'il est nécessaire d'arriver à l'accord? Voilà ce qu'il aurait « dû nous dire. »

Mais, je suis loiu de vouloir établir une opinion sur le droit. Les opinions, en absence d'inquisition pour les rendre socialement communes, n'ont, socialement, de juge que la force brutale. Et, si je n'avait

— IIB —

fii'iine opinion à préÉenler^ fè m% crolniiB coupabte d* la tnettn au

jour. En présence de Tincompressibilité de l^Gtamen, U bahâièrt d'ordre social porte pour Mbarum t la vérité ou la mort.

Ainsi que Je Tai annoncé^ je terminé ce yolume par l'exposition sommaire de la science sociale.

fc L'ordre physique , c'est rharmooie éter- « belle entré léâ attrautlôbA et leà répulsions.

«L'ordre morat^ o^êM iliarttiODie étern«lle: « entre la liberté des aotions; et, la fatalité « des événements.

« Ces harmonies, en tant au 'éternelles, n*ont «r point de dausôs^ il sUfBt de démontrer ^*dlies « ëkistent.

« L'ordre socii^, c'est i'harmonie ration- « nelle : entre la propriété collective; et, les « propriétés individuelles, Sous la protection « de la sanction religieuse.

« L'ordre poliii(tue) c'est l'harmonie ratioh*

« nelie : entre le peuple et le gouvernement :

o sous la protection de la sanction sociale, elle-

« même protégée par la sanction religieuse. »

Colins, Htc,

«• Ce qui manque aux hommes, ce n'est fc point la logique, e'est le point de départ. »

VOLTAIRB.

« Ce point de départ, je le donnerai :

OoLiKs, mn.

n AosW ttfeNi Pùfximl » idem.

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