BONNES
Ailleurs,^ Bonald est bien plus explicite encore :
« La SEULE autorité, dit-il, qui ait pouvoir sur l'être rai* « sonnable, est la RAISON. »
Puis , après avoir proclamé la raison comme autorité unique, celui qui a été reconnu comme l'une des principales lumières de l'église rationnelle n'hésite point à dire : ^
c A la vérité, il est beaucoup d'hommes qui se piquent de « raison, et môme d'instruction sur d'autres objets, qui ne « veulent être ni convaincus de certaines vérités, ni entrât-- « nés dans certaines voies, et quiprennent le parti très-peu c RAISONNABLE de nier ce qu'ils n'osent pas approfondir.^
Jamais, je le répèle, vous ne prendrez ce parti, très-peu raisonnable, selon Bonald lui*mèmc.
Maintenant, si j'avais affaire à un homme frappé de préjugés; maladie que de Maistre qualifie de démence; je prendrais des précautions oratoires , pour vous citer le passage suivant de de Maistre; ou, plutôt, je ne vous écrirais pas. Mais, & vous. Monsieur, qui, comme Bonald et Fénelon, faites gloire de reconnallre que : Dieu et raison sont une seule et même chose ; je me hâte de placer ce passage sous vos yeux.
« Je vous citerais, s'il le fallait, dit de Maistre, je ne sais « combien de passages de la Bible qui promettent au sacri- « flce judaïque et au trône de David une durée égale à celle « du soleil. Le juif qui s'en tenait à Vécorce avait toute « RAISON, jusqu'à l'événement, de croire au règne temporel < du Messie; il se trompait néanmoins, comme on le vit de- « puis : Mais savons-nous ce qui nous attend nous- « MÊHES? Dieu sera avec nous jusqu'à la fin des siècles; les « portes de l'enfer ne prévaudront point contre l'Église, etc. c Fort bien ! En résulte-t-il , je vous prie, que Dieu se soit € interdit toute manifestation nouveUeyet qu'il ne lui est pltés a permis de nous apprendre rien au delà de ce que nom sac vons? Ce serait, il faut l'avouer, un étrange raisonnement.»
Voilà de Maistre qui établit, de la manière la plus claire : l'anéantissement possible de la révélation chrétienne, oomme dominatrice sociale, par la révélation incontestablement rationelle; comme la révélation hypothétique de Moïse a été anéantie , en tant que dominatrice sociale, par la révélation hypothétique du Christ,
Sôtift M f^étoUofi inoonteiteUeBiefit rationnelle, sous la réVâlBtion aeientifique, 11 pourra être dit des (^retiens, ce que de Maistre disait des juifs :
« Le chrétien qui s*en tenait à l'êcôrce avait toute raison,
. « jusqu'à ^événement, de croire au règne spirituel du Ciirist;
« il se trompait, néanmoins, comme on Ta vu depuis. Nous
< le savons maintenant. Dieu, éternelle raison, sera^ « avec nous jusqu'à la fin des siècles; les portes de l'enfer, « les portes de l'ignorance ne prévaudront point contre l'é- « glise de la vérité scientifique. Désormais, Dieu, éternelle « raison, s'est interdit toute manifestation nouvelle; il ne lui « est plus permis de nous apprendre rien au delà de ce que
< nous savons : car, hors la vérité que nous connaissons, il « n'est rien que le mensonge. Et, le Dieu réel, le Dieu de vé- « rite, n'est pas le Dieu du mensonge. »
Remarquez, je vous prie, que le passage que je viens de vous citer n'est pas une boutade mystique. Déjà'de Maistre, ce dernier Père de l'Église, avait dit :
« Plus que jamais. Messieurs, nous devons nous occuper de « ces hautes spéculations, car il faut nous tenir prêts pour un « événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous « marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper les « observateurs. Il n'y à plus de religion sur la terre :