‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 99 sur 120 · PREMIÈRE QUESTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE QUESTION

Comment estait pomble que ce que je dirai puisse, mime après lecture, parvenir jusqu'à votre propre jugement ?

Vous connaissez, Monsieur, ces horribles paroles de Fa»* cal, écrites de sa propre main et conservées à la Bibliothèque nationale :

« La seule religion contre la nature, contre le sens »

« COMMUN est la seule qui ait toujours été. » *

(msc. p. 265.)

Et celles-ci:

. « Vous voulez aller à la foi et vous n'en savez pas le ohe-^

« min ; vous voulez vous guérir de l'Infidélité et vous ea ^

« demandez les remèdes. Apprenez-les de ceux qui ont été -

« tels que vous, et qui parient maintenant tout leur bien,

a Ce son (gens qui savent un chemin que vous voudriez suivre,

« et guéris d'uq mal dont vous voulez guérir. Suivez la ma-

0t niérè par où ils ont commencé : c'est en faisant tout comme

et s'ils croyaient, en fireuant de Teau bénite, en faisan^l dir^

c des messes, etc. Naturellement même, cela vous fera « croire et vous abêtira.

(Morceau commençant à la page 4 du manuscrit autographe et intitulé Infini — Rien, cité par M. Cousin. — Rapport à TAcadémie française sur la nécessité d'une nouvelle édition des Pensées de Pascal.)

Si ces paroles avaient été écrites par un philosophe négatif, protestant contre la réalité de la révélation et de Tantropomorphisme, je les concevrais peut-être. Et encore, je les blâmerais, pour n'avoir point reconnu : que, pendant toute répoque d'ignorance sociale, l'ordre, vie humanitaire, n'a de base possible qu'une foi socialement commune : dans un an- (ropomorphisme quelconque; dans une révélation quelconque. Mais, que ces paroles aient été écrites sous le cilice ! c'est d'une effrayanle vanité. C'est dire : // n'y a pas de vérité : puisquavec tout mon génie, il m'a été impossible d'arriver jusqu'à elle.

Si vous aviez été Pascal, Monsieur; si vous aviez blasphémé contre la vérité; je ne vous aurais point écrit. Et, si j'avais eu la folie de vous écrire, vous ne m'auriez point répondu. Vous m'avez répondu. Monsieur, je vous en remercie, au nom de la paix, qui doit un jour exister au sein de l'humanité.

Votre foi. Monsieur, n'est point une foi brutale. Votreobéissance, n'est point une obéissance passive. Et, certes, ce n'est point vous qui condamneriez de Maistre, le chrétien de Maistre, disant :

« L'un des plus habiles médecins de l'Europe dans Tart

« de guérir la plus humiliante de nos maladies, M. le doc-

« teur Willis, a dit qu'il avait trouvé deux genres de folios

,« < constamment rebelles à tous les efforts de son art, la folie

« d'orgueil et celle de religion. »

Il ajoute ensuite, avec ce génie qui le caractérise :

a Hélas ! les préjugés, qui sont bien aussi une espèce de a démence, présentent précisément les mêmes phénomènes. « Ceux qui tiennent à la religion sont terribles; et, tout

« observateur qui les a étudiés en est justement effrayé. » Puis, de Maistre termine en disant :

« Un théologien anglais a posé, comme une vérité géné- « raie, que jamais homme n'a été chassé de sa religion par « le raisonnement. Never a man was reasonn'd ont of his « religion. »

J'accède à cette vérité générale énoncée par de Maislre. Mais, toute règle, dans ce qui n'est point absolu, a ses exceptions; et, ce sont même ces exceptions qui confirment qu'une règle n'est point absolue. Je n'en suis pas moins certain : que, si de Maistre avait été élevé sur les bords du Gange, dans le culte de la plus grossière des idoles; et, qu'il fût venu à Paris y recevoir le bonnet de docteur ès-sciences; il n'eût répudié le culte du fétiche. Et certes^ Monsieur, vous n'eussiez pas été moins judicieux que de Maistre.

Jamais, Monsieur, vous ne direz comme Descartes au P. Mersenne :

« Que les bonnes raisons ont fort peu de force pour per- « suader la vérité. »

Il n'y a que ceux, frappés de démence par les préjugés, qui repoussent les bonnes raisons; et, vous ne les repousserez jamais.

 cet égard, Bonald va jusqu'à invoquer la législation chrétienne. .

« Ils oublient, dit-il, tout chrétiens qu'ils sont, celte « maxime de l'Âpôtre : « « Ne méprisez aucune doctrine, « éprouvez -les toutes, et relevez celles qui sont

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