‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 102 sur 120 · DEUXIEME QUESTION · texte numérisé non relu

DEUXIEME QUESTION

Cotnmenl est-il possible que, de mes paroles, arrivées à votre propre jugement, il puisse résulter une utilité sociale?

U est infiniment plus difficile de répondre à cette seconde question, qu'il ne l'était de répondre à la première. C'est que la réponse à la seconde question vous est particulièrement relative.

Certes, la vérité est la source exclusive de tout bonheur social durable. Néanmoins, tant que l'ignorance sociale, sur la réalité du droit, n'est point anéantie; tant qu'une erreur commune peut seule servir et sert de base à un ordre par la force, seule vie sociale possible à cette époque; proclamer une vérilé qui doit renverser cette erreur, avant que cette même erreur soit devenue impuissante, avant que la vérité soit devenue nécessaire, c'est toujours : ou une imprudence, ou un crime chez l'individu ; et, toujours un crime, vis-à-vis de la société.

« Ce qu'on croit vrai, s'écrie de Maistre, il faut le dire et « le dire hardiment. Je voudrais, m^en coûtât-il grand'- « chose, découvrir une vérité, faite pour choquer tout le « genre humain, je la lui dirais à brûle-pourpoint. »

De Maislre ici, n'est point criminel vis-à-vis de lui-même, car on ne l'est jamais en agissant conformément à ce qui est ordonné par sa propre conscience, quand on a fait ce qui a dépendu de soi pour l'éclairer. Mais, en agissant selon cette

règle générale, on est souvent, et très-souvent, criminel envers la société.

Supposons, d'après de Maislre lui-même, que la révélation chrétienne ne soit qu'une vérité relative, qu'un symbole, une hypothèse, enfin, socialement tenue pour vérité. Supposons : que, cette vérité relativé*soit encore réellement base d'ordre; et, que la vérité absolue ne soit pas encore devenue nécessaire ; nul doute : que, de Maistre, en renversant la révélation chrétienne par des vérités négatives, n'eût été socialement crimineK De Maistre, lai-méaie, a mis cette vérité hors de doute, dans son ouvrage intitulé Du Pape : où, il fait l'apologie de Tinquisition.

Socialement, la vérité ne doit donc pas se dire en tout temps ; mais, seulement : lorsqu'elle est socialement utile.

Et, même lorsqu'elle est socialement utile, il faut encore 9dvoir ^exposer utilement. Allez dire à un ignorant : que, les trois angles d^un triangle sont égaux à deux droits^ avant de lui avoir démontré la théorie des parallèles, vous ne pourrez le lui faire accepter qu*à coups de bâtons j et^ sll est plus fort que vous, il vous fera accepter quiB les trois angles d*un triangle sont égaux à quatre droits (1).

Je conclus : la théorie de de Maistre donnée comme absolue^ est complètement erronée.

Pour arriver à mon but, qui est d'exposer I*utilité sodale pouvant dériver de paroles que j'ai eu le bonheur de faire arriver jusqu'à votre propre jugement^ utilité sociale devant résulter de vous-même, il faut donc : que je me suppose à votre place ; et que je ne me trompe point dans les conséquences que je tirerai de la situation. J'espère vous prouver, Monsieur, que jen*aurai point abusé de l'hypothèse.

Je suis archevêque de Paris, revêtu de toute vofere puissance ecclésiastique, de llnfiuence de votre mérite, de vos vertus, etc.) voue voyez que j'use de la supposiUoiu Je me

(1) Et, voilà précisément pourquoi^ je ne veox exposer la démonstrationrtle la redite du droit : qu'après atoir mis loeskotwnrs à ttâme de lacompmidre^

trouve donc archevêque, par la grâce de l'hypothèse; et, je reçois, de l'auteur du Socialisme rationnai, la première partie de eette lettre. Que faire?

— Puisrje, comme de Maistre, dire, de but en blanc : que> socialement, le christianisme est mort? Non. Si, de Maistre eût été archevêque, et archevêque de Paris ; il n'eût rien dit de semblable.

Puis-je même laisser transpirer : que, j'accède aux propositions de de Maistre; et, que si je n'en dis rien, c'est pour ne point scandaliser les foibles? Encore non. Les demi^mesures sont toujours dangereuses et essentiellement anarchiques.

Alors, je me dirai : si, ce monsieur avait déjà démontré la religion réelle d'une manière scientifique; si, la nécessité sociale avait déjà forcé la société à l'écouter; si, les déductions scientifiques de cette démonstration prouvaient : que l'ordre, par le bien-être universel, en est le résultat nécessaire; si, déjà une communauté d'idées, à cet égard, commençait à s'établir; je n'hésiterais nullement à proclamer la réa- Uié de la religion rationneHe. Je ferais même voir : qu'elle n'est autre que le christianisme réel ; et, que loin d'apostasiereos'y soumettant; en ne fait qu'abandonner l'ombre pour saisir la réalité.

^ , Mais, ce monsieur a-t-il démontré? y a^t-il mâme apparence i[u'il puisse démontrer ? La théologie et la philosophie s^unissent pour affirmer le contraire. De plus : y a-t*il nécessité sociale reconnue de la religion scientifique? Quant à la nécessité, à mes yeux elle parait exister, cela est vrai. Mais, cette nécessité est encore si peu reconnue, socialmnent, que la société actuelle pourrait se diviser : entre ceux qui la croient impossible; et ceux qui la croient inutile. Quant aux déductions, conduisant au bien-être nécessairement univer* sei; il est impossible de les admettre, comme réelles, avant d'avoir admis, comme réelle, la source dont elles émanent.

D'un iautre côté : rester neutre en apparence; c'est, en réalité, s'établir ennemi. Et, cependant, si la religion ration^

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nellecxisle, et peut élrc démontrée; la combattre : c^est, être ennemi du christianisme réel, dont je voudrais être le défenseur; c'est, venir en aide au panthéisme prétendu philosophique, lequel, socialement, n*a de valeur, que l'impuissance actuelle du christianisme hypothétique ; c'est, enfin : défendre l'ombre et attaquer la réalité. Oh ! combien , en époque d'ignorance et d'incompressibilité d'examen, il est difficile de faire le bien, même avec la meilleure volonté!

Il me parait, cependant, que, de la manière suivante, je puis être utile, sans nuire : ni au christianisme hypothétique, s'il est seul socialement possible; ni au christianisme rationnel, s'il est socialement possible.

L'auteur dit : que, l'anéantissement du paupérisme dépend essentiellement, quant au matériel, de I'entrée du SOL A LÀ PROPRIÉTÉ COLLECTIVE ; et, il affirme que cette entrée ne nuit en rien : à l'existence des propriétés individuelles; à Texistence de la famille; à l'existence de la reli- * gion. Dès lors, protégeons : non point sa doctrine, quant au moral; mais, l'examen de sa doctrine, quant au matériel. Saint Paul n'a-t-il point dit : qu'aucune doctrine ne devait ÊTRE MÉPRISÉE ?

Et, d'ailleurs, une foule de Pères de l'Église ont proclamé la justice absolue de la propriété collective du sol; et une foule d'auteurs profanes ont, à cet égard, imité les Pères de^ l'Église. L'auteur les combat tous, en affirmant : que, cette justice absolue est seulement applicable, socialement, lorsque l'ignorance, sur la réalité du droit, se trouve socialement anéantie; c'est-à-dire : lorsque le christianisme réel peut se trouver socialement intronisé. C'est encore là une idée qui mérite examen; et qui, certes, ne peut être nuisible au christianisme rationnel.

Avant, néanmoins, de nous décider sur le point de savoir : si, nous protégerons : non pas la doctrine, mais simplement l'examen de la doctrine; replaçons-nous, sous les yeux, quelques-unes des autorités favorables à la propriété collective du sol.

Je laisse de côté les Pères de l'Église, et même les apôtren. Los gouvernements pourraient dire : que le zèle du Seigneur les emporlait; et, qu'ils ne connaissaient rien à l'administration des choses de ce monde. Tous, d'ailleurs, ont été résumés par Bossuet, dans les paroles suivantes tirées de sa Politique de r Écriture Sainte :

« — Lorsque Dieu promit à Abraham qu'il fera de sesen- « fants un grand peuple, il leur promit en même temps une « terre qu'ils habileront en commun. «« Je ferai sortir de « toi une grande nation. »» Et un peu après : ««Je donc fierai cette terre à ta postérité. » »

{Gen.^ XII, 27, p. iH.)

— Et, page U :

« — Otez le gouvernement (1 ), la terre et tous ses biens « sont aussi communs entre les hommes que Tair et la luc mière. Dieu dit à tous les hommes : «« Groisséjj; et multi- « pliez, et remplissez la terre. »» {Gen.^ i. 28, ix, 9.)

« Il leur donne à tous, indistinctement : toute herbe gui « porte son germe sur la terre et tous les bois qui y nais- « sent. »» (fi^«., I, 29.)

« Dans un gouvernement réglé, nul particulier n'a droit c de rien occuper. Abraham, étant dans la Palestine, de- « mande aux seigneurs du pays jusqu'à la terre où il enterre « sa femme Sara. «« Donnez-moi droit de sépulture parmi « vous. «» (6^en., XXXIII, 4.)

« Moïse ordonne qu'après la conquête de la terre de Gha- « naan, elle sera distribuée au peuple par l'autorité du « souverain magistrat. «« Josué, dit-il, vous conduira : et « après il dit à Josué lui-même : « « Vous introduirez ce

(1) Si, en époque d'ignorance sociale stir la démonstration scientifique de la réalité du droit, le gouvernement ne peut être qu'une force masquée d% droit , ôter h gouvernement signifie : ôter le gouvernement de la force ; et implicitement : pour lui substituer le gouvernement de la raison.

Tous les Pères de TÉglise ont remarqué que le langage de l^Écritnre oK fisentteUea^ent elUpUqœ et figuré. .

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« peuple dans la terre que Dieu lui a promise, et vous la lui V distribuerez par sort. «» {Deuteron.^ xxx, 3.7.)

« La chose fut ainsi exécutée

« De là est né le droit de propriété : et, en générçi,

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