‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 103 sur 120 · TOUT DROIT DOIT VENIR DE L'AUTORITÉ PUBLIQUE · texte numérisé non relu

TOUT DROIT DOIT VENIR DE L'AUTORITÉ PUBLIQUE

— Il eu résulterait : que , si l'autorité publique venait à reconnaître que la propriélé collective du sol était devenue nécessaire à l'ei^isterica ée Tordre, ainsi que l'auteur prétend pouvoir le démontrer; le droit de tous, à cette propriété collective, serait consacré par l'Écritare Sainte et par Bossuet.

Cette vérité : que, tout droit vient de la raison, et non des lois, est encore confirmée par Bossuet, à la page i 7 :

€ — Toutes les lois, dit-il, sont fondées sur la première c de toutes les lois, qui est celle de hk nature, c'est- € à dire, SUR LA DROITE RAISON. ..,.•»

— Ainsi, dès que la droite raison prouvera : que, la propriété collecflve du sol est nécessaire à l'existence de Tordre, à l'existence de la communauté; celle propriété sera de droit.

Du point de vue de la religion chrétienne, la question se trouve suffisamment élucidée. Voyons, maintenant, parmi les hommes dits politiques, si l'entrée du sol à le propriété collective n'est point, pour eux, une nécessité sociale : dès qne l'examen se trouve devenu socialement incompressible.

Ici, par exemple, j'examinerai plus en détail que je ne Tai fait pour les Pères de l'Église. Je veux, à eet égard, mettre ma conscience en repos. Dès lors, mon examen embrassera plus ou moins d'hommes et de sié^^les.

Je laisse de côté le rêveur Platon. Quelques théologiens ont voulu en faire un saint; et je ne sais trop pourquoi. Car, nul plus que lui^ même dans notre ^ècle matérialiste, n'a professé le matérialisme.

Je vais m'adresser à son élève et antagoniste Aristote. Quelques théologiens ont aussi voulu le canoniser; et le Parlement de Paris a même défendu de le contrarier sous peine

d*étrepeadu : quoi qu*enirérilé, il lût tout aussi ««tériiiilte (^e son maitre.

« — II est certain, dit-il, qu*il y a des éléments essentiels € de la cité qui sont nécessairement communs : tels sont. . . « le sol. . . et tous doivent y avoir part dans toua les sysc tème3 * »

— Voilà qui est aussi explicite que possible.

Cependant, tant que le peuple n'est point soumis à la Iqgocratie réelle, au règne de la raison incontestablement démontrée, la collectivité du sol constitue la démocratie ; et^ ailleurs, Aristote dit : que, sous la démocratie, les riches sont nécessairement dépouillés par les pauvres, etc., etc. Et, ce n'est point là un excellent moyen d'ordre.

Dès lors il parait : que, sur la collectivité du sol, les idées d'Âristote n'étaient pas bien nettes. Il parait même : que, cette propriété collective ne peut exister qu'à certaines conditions, encore passablement inconnues. Pour avoir plus de lumière, sautons plusieurs siècles.

« — A ne regarder que la nature, dit Cicéron (1 ), il n'y

« a rien qui appartienne à l'un plutôt qu'à l'autre; et, si

f telle chose est présentement à celui-ci, et telle autr^ à

« celui-là, cela vient, oudes'enêtre emparé le premier, comme

« ont fait ceux qui ont rencontré des terres inhabitées, et

c dont personne ne s'était mis encore en possession ; ou de

« ce qu'on Ta conquise par les armes, ou acquise par quelque

« sorte de loi, ou de convention, conditionnée ou non con-

« ditionnée, ou même par le droit du sort. » {Offic.)

9 Celte première sorte de société, dit encore Cicéron (en t parlant de la société naturelle, de la société raisonnable), « qui est la plus étendue, et qui unit tous les hommes entre « eux , et chacun d'eux à tous les autres , demande qu'on « laisse en commun toutes les choses que la nature prodliit

(4) Nous yenoDS de voir (tue, selon fiossuet, la NAtmiB^ en fait de raisonnement, c'est la RAISON.

€ pour l'usage commun de tous les hommes; que sur celles « dont le domaine est acquis par le droit à quelques-uns, ou « observe ce qui est prescrit par les lois ; et qu'au surplus on « s'en tienne à ce mot des Grecs, qui a passé en proverbe : « Tout est commun entre amis. »

— Voilà Cicéron partisan de la propriété collective du sol : au moins pour autant qu* elle est compatible avec Vutililé générale.

« Sans doute. Je fois de la religion une af- « faire politiqae , et môme la première et ht « plus importante affaire de la politique^ pâree « que je fais de la politique une graâde et im- « portante affaire de la religion. Je ne coosi- « dère la religion en 4iomme d'Etat, que parée « que je considère la politique en liomme''re- « ligieux^ et que^ regardant la religion coqime « le pouvoir suprême (par ses- lois et non ptr a ses prêtres), et le gouvernement conmde S09 « ministre, je pense qu'ils doivent être indissi^ c lublement unis, comme l'époux et Tépouse, « pour concourir ensemble à la fin unique de « la grande famille, qui n'est pas tout à fait, « comme renseignent une politique de comptoir « et une morale de théâtre» de multiplier les « hommes et de leur procurer des richesses et « des jouissances, mais avant tout, de les faire « bons pour les rendre heureux. » Bonald.

« Je cherche eu vain à placer des limites entre « les autorités civiles et religieuses^ l'existence « de ces hmites n'est qu'une chimère. » L'Empereur, à Sainte-Hélène.

« L'Empereur disait que cet aflhinchissef( ment de la cour de Rome, cette réunion léguk, « la direction religieuse dans la main du sou- « verain avaient été longtemps et toujours, « l'objet de ses méditations et de ses vœux. « L'Angleterre, la Russie, les couronnes du « Nord, une partie de l'Allemagne la possèdeuL, « disait-il ; Venise, Naples en avaient joui : a On ne saurait gouverner sans elle. » Mémorial de Sainte-Hélène,

« Aucune religion, excp>té une, ne peut a SUPPORTER l'épreuve de la science,

d Cet oracle est plus sûr que celui de Gaia chas.

« La science est une espèce d'acide qui dis- « sont tous les métaux excepté l'or. »

De Maistre.

« Le seul moyen, pour un chef de pouvoir, « de réaliser le vœu constant de l'Empereur, « hors duquel il est impossible de gouvernar : « C'est, de se mettre a la tête de la reli- « 610N scientifique. »

Colins, Commentaire,

Sautons un plus grand nombre de siècles encore ; et parssus le moven use.

dessus le moyen âge

PufTendorf est un publiciste d*UDe réputation plus qu'européenne. Il est vrai que les parlements n'ont point condamné à ravance ceux qui le contrediraient à être pendus , ainsi que cela est arrivé pour Aristote ; mais enfin Pùffendorff est un éerivaiii d^uàe grande autorité.

mm

m '^Qa conçoit, dit^l, que d'abord Dieu donna tout eu c commua aux bommec^ en sorte que rien n'appartenait à

* run plus qu'à l'autre, Quoique d'ailleurs ils dussent r^^/er « SNTRB -EUX l'usage de ces biens communs, selon que le « dêinandàit la constitution du genre humain, l'ordre de la

* société M le bien de là paix. * — {Des Droits de V Homme et du Citoyen, t. i, gh« 1 i. DraH de la nature et des genSj

t. It. CH. 4.)

'— Puis en note il ajoute :

* — Il n'éldît pôiht nécessaii*e pour cela d'une convention « eJi:pTéfâse ni tacite. Le droit de premier occupant est une « suite nécéfssaîrti de l'intcfnfion de celui qui donne une chose «c en commun à plusieurs : bien entendu qu'en s'emparant € de eequi n'est ^ROPREf à personne, on en laisse assez « pour le besoin des autres. »

— Selon Pùffendorff, dès que la dernière portion dé sol te troâve aliénée, il faut, si l'incompressibilité de l'examen ne permet plus de cacher l'injustice, que le sol, nécessairement, appartienne à la propriété collective : car c'est le seul moyen pour qu^U y en ait toujours assez pour tout le monde.

« — Ainsi, continue Puffendorf, lorsque le genre humain « rut réfdalt à peu de perâonûes, on se contenta d'établir ^t^e <c dèê que quelqu'un se serait saisi d'une chose, à dessein de ff f* faire servir à ses besoins, aucun autre ne pourrait le « déposséder; en sûrté pourtant que le fond de la substance fn même des choses qui en produisent d'autres demeurerait « toujours en commun. Mais quand les hommes se furent « multipliés, et que l'on eut commencé à cultiver les choses « d'où l'on tire de quoi se ftemfrtr et se couvrir', alors, jpour « prévenir les contestations, et pour mettre tKBOif ORDRE

€ dans le commerce de la vicy on assigna en propre à cbaa cun le fond et la substance même de certaines choses. ,. »

— Ainsi, la propriété individuelle du sol fut établie exclusivement : dans un but d'ordre et d'utilité publique. Il en résulte : que, du moment que cette appropriation devient nuisible à Tordre et à Tutilité générale, cette appropriation ceM d'être socialement légitime.

De tout ce passage, il résulte : que la propriété collective du sol est de justice absolue ; mais^ que le sol doit être aliéné, quand Texistence de Tordre Texige. L'existence de Tordre exige-t-elle que le sol entre maintenant à la propriété collective? voilà une question que Puffendorff laisse sans la résoudre. Et, cependant, là se trouve la question capitale : car tout ce qui est réellement nécessaire à Texistence de Tordre, est nécessairement juste, puisque Texistence de Tordre n'est autre que Texistence de Thumanité.

Le passage suivant, toujours de Puffendorff, s'approcBa davantage du véritable sens de la question :

. « — La vérité est, dit-^il, qu'afin qu'une chose soit susoepc tible de propriété, il faut : T quelle soit de nature à être « possédée d'une manière ou d'autre ; car le but et l'usage « de la propriété consiste dans k possession ; %^ cpie Ton « soit à portée de s'emparer de la chose, et en ti^AT WUk « GARDER, autrement toutes les prétentions qu'on voudrait» « avoir sont inutiles, x»

— Yoilà'la question de la propriété collective. du sol^rédi^eà sa plus simple expression : la question de fait mise en dehors du DROIT. Tant que le droit reste livré aux discussiops, il serait possible de discuter jusqu'à la tin du mofide sur la collectivité du sol) sans être plus avancé que le premier jour. Mais, du moment que la question de fait : est-il possible que le sol reste aliéné auw individus? arrive à se poser , c'est uu terrain sur lequel il devient facile de s'entendre. C'est , précisément, le terrain sur lequel Ta pos^ l'auteur qui m'écrit. Dans sa théorie générale de l'impôt, il parait prouver : que,

— sortant que le sol reste aliéné, l'impôt pèse excluslvemenl sur le travail; et, qu'alors le ;?aMp^nm^ s' accroil proportionnellement aux richesses nationales. Si ces assertions sont vraies, il resterait incontestable : que, le sol, en présence de rincompressibiiité de l'examen, doit onirer à la propriété collective sous peine de mort sociale. Il est donc urgent dVxamiuer celle théorie générale : soit pour la réfuter, si elle est mauvaise ; soit pour y accéder, si elle est bonne.

« — Aussitôt, dit encore Puffendorff, que la raison propre « et unique d'une loi vient à cesser, la loi tombe d'elle-même. »

— Ici, l'auteur pourrait dire : La raison propre et unique de l'aliénalion du sol a été Tulilité générale. Cette aliénation est devenue nuisible; donc, la loi relative à l'appropriation du sol doit tomber. Mnis, c'est toujours revenir à la question primitive : le sol peut^lj oui ou non, rester entre les mains des individus? c'est donc là le point qu'il faut résoudre. Mais, généralement, les parleurs pour le plaisir de parler, sont comme les batailleurs poltrons : ils n'aiment point à se placer sur un terrain où ni l'un ni l'autre ne puisse reculer. Si l'un des deux était le plus fort, la bataille serait finie ; et c'est là précisément ce qu'ils veulent éviter.

Nicole était de l'avis de Puffendorff. Selon lui l'aliénation du sol est juste, tant qu'elle est nécessaire à l'existence de l'ordre ; mais, dès qu'elle devient en opposition avec cette existence, elle cesse d'être de droit. Voici ses paroles :

«w — Vous tenez vos richesses de vos ancêtres, disait c Pascal à un flts de duc ; mais n'est-ce pas par mille ha- « sardsque vos ancêtres les ont acquises et qu'ils vous les ont « conservées? Vous imaginez- vous aussi que ce soit par € quelques lois naturelles que ces biens ont passé de vos « ancêtres à vous?*cela n'est pas véritable. Cet ordre n'est « fondé que sur la volonté des législateurs qui ont pu avoir a de bonnes raisons pour l'établir, mais dont aucune cerlai- « nemenl n'est prise d'un droit que vous avez sur ces choses. »

Essais, T. ji.

— Ici, Nicole n'est pas plus afflrmatif que Puffendorff . Le tout est encore de savoir : si les raisofts qui ont fsfit aliéner le sol existent encore ; ou, si cette aliénationest devenue incompatible avec l'existence de l'ordre. Peut-être ne serait-il pas mal de faire cette question à l'auteur qui m'écrit, et de le forcer à s'étendre plus encore sur ce sujet. Je sais qu'il prouve... En vérité, il est fort difficile de discuter avec lui, quand on veut rester de bonne foi.

^cker est un homme prs^tique. Il a été minisire d'État au commencement de la révolution : il mérite d'être consulté. Écoutons-le :

« — En arrêtant sa pensée sur la propriété et sur ses rap- € ports, on est frappé, dit-il, d'une idée générale qui mérite « bien d'être approfondie : c'est que presque toutes les insli- « tutions civiles ont été faites pour les propriétaires. On est « effrayé, en voyant le Code des lois, de n'y découvrir par- « tout que le témoignage de cette vérité. On dirait qu'wn < petit nombre d'hommes^ après s'être partagé les « TERRES, ont fait des lois d'union et de garantie contre la « multitude, comme ils auraient mis des abris dans les bois « pour se défendre des bêtes sauvages. Cependant, on ose le « dire, après avoir établi des lois de propriété, de justice, de « liberté on n'a presque rien fait encore pour la classe la « plus nombreuse des citoyens. Que nous importent des lois a de propriété ? pourraient-ils djre : nous ne possédons rien, a Vos lois de justice? nous n'avons rien à défendre. Vos lois « de liberté ? si nous ne travaillons pas, demain nous mourrons.

« .Les propriétaires et la classe de la nation qui vit de son « travail sont des lions et des animaux sans défenses qui « vivent ensemble. On ne peut augmenter la part de ces t derniers qu'en trompant la vigilance des autres, et en les « empêchant de s'élancer. »

Mémoire sur la législation et le commerce des grains.

En présence de l'incompressibilité de l'examen, il faut: ou que îde pareilles accusations soient démoatrées jneu*

soûgères ; ou qu'on y remédie ; ou que la société périsse. L'auteur qui m'écrit prétend : que^ le seul remède est de rendre possible l'entrée du sol à la propriété collective, par l'anéantissement de l'ignorance sociale sur la réalité du droit. Cela mérite d'être examiné.

Locke est un philosophe protestant ; ici , du reste, il ne s'agit point de protestantisme^ mais d'organisation sociale* Écoutons Locke!

— « Soit, dit-il, que nous considérions la raison naturelle « qui nous dit que les hommes ont droit de se conserver, et

« conséquemment de manger et de boire soif qtfe nous

« consultions la révélation qui nous apprend ce que Dieu a ft anaoncé en ce monde à Adam , à Noé et à ses fils, il est « toujours évident que Dieu dont David dit : qu'il a donni € la terre auw fils des hommes^ a donné en commun la terra « au genre humain.

« Dieu, qui a donné le monde aux hommes en commun, « leur a donné pareillement la raison^ pour faire de Tuf) et « de l'autre l'usage le plus avantageux à la vie et le plus c commode. »

— Après cela, Locke entré dans lès détails d'une organisation sociale qui me paraît complètement utopique. Au contraire, l'auteur qui m'écrit affirme : que tout ce qui a été a dû être; et cela, conformément à la raison. Il ajoute : que, ce qui a été jusqu'à présent, ne peut plus être aussi conformément à la raison, à la raison commune à tous. Et, il en appelle à la raison de tous; et, surtout à la raison des riches; pour prouver : que, c'est surtout dans leur intérêt; que, la réorganisation sociale peut s'accomplir. Peut-être mérite-t-il d'être entendu.

Je ne parlerai ici, ni de Malthus, ni de Rossi. L'auteur a prouvé : que, selon eux, le paupérisme est inextinguible. ta!&t que le sol reste aliéné. Et, il ajoute : que le paupérisme 69lr èevemi îftCMipaliU» avec l'axistanoâ de l'ordre^ Il oie

■énieâire: qtae^ lepriA«e d» MatteriiiCh^ qui iaflni» n'a pàs»é l^nr titt aAarcbist^^ est ans» de eet aviSi Toul cela mérite d*étr8 examiné*

n est peu d'écrivains Qui n'aieiit parlé des procès eausés psr Taliénation du soL

***- 1 Je suppose, dit La Bruyère , qu'il n*y ait que deux c bommes sur la ferre qui la possèdent seuls^ et qui la paf- # fagent tout entière eûtre etiiû deux; Je suis persuadé qu'il « leur naîtra bietitftf quelque sifjef de rupture, quand ce ne « sefait que pour les limites. i>

— Il eût été mieux de donner le remède. Du même point de vue Pascal disait :

— « C'est là ma place au soleil : voilà le commencement c et l'image de l'usurpation de toute la terre. »

— Certes ; Pascal n'était point un anarchiste. Mais, il eût mieux fait de montrer ; comment le droit pouvait être établi ; que, de montrer comment tout est usurpation. Et, qui sait ! si Tusurpâtion étdit nécessaire; alors elle-ûïéme élaît le droit.

. En fait d'édification sociale, Rousseau, bien certainement est un utopiste. Sa lettre, à l'un de mes prédécesseurs, n'avait de remarquable que te style et la critique. Néanmoins, c'était un homme dont les avis méritaient examen, ne fût-ce que pour la bonne foi. Il disait :

— « Le vrai système économique tire le principal re-

« venu de Tétaf du domaine public. »

— C'est comme s'il avait dit : le sol doit appartenir à laproprièté collective.

Voyons, maintenait, lea hommes de la révolution. Sieyès

* et Mirabeau, sont en tête* Eux aussi étaient accusés d'atta-

qiues à la propriété ; parce qu'ils attaquaient l'organisation

de la propriété , donnant le monopole du sol à li'aiAé: dans

abaque famille.

Commençons par Sieyès.

« Il est cirtaineiKôiit passible, dtlhil^ que le terme Ma-

« laire de propriété couvre des voIb réels, de ces vols qvi « ne prescrivent point. Je suppose, en effet , qu'à défaut de c police. Cartouche se fût établi plus solidement sur un grand « chemin , aurait-il acquis un véritable droit de péage? S'il « avait eu le temps de vendre cette sorte de monopole, jadis € assez commun, à un successeur de bonne foi, son droit en « serait-il devenu plus respectable dans les mains de l'acqué- « reur ? Pourquoiregarde-l-on toujours la restitution comme

< un acte moins juste ou plus impossible que le vol?Ejx troi- « siéme lieu> il y a des possessions d'une origine légale, qui « peuvent néanmoins être jugées nuisibles à la chose pu-

< blique; celles-là attendent, avec raison, une indemnité, « mais encore faut-il les éteindre. »

— Voilà, précisément, ce qui devrait être fait : si, l'ordre social était devenu incompatible avec l'aliénation du sol. Mais, cela est-il, oui ou non? C'est la question qui revient à chaque instant ; et, celle qui devrait être examinée la première.

— « Après, continue Sieyès, ce triage si politique, si juste, « et si nécessaire, soyez sûr que nous tomberons tous à ge- « noux devant le nom sacré de la propriété, et ne croyez « pas que celui qui possède le moins y soit moins intéressé « que celui qui possède le plus; ne croyez pas surtout que « ce soit attaquer la véritable propriété que de décrier la a fausse. »

— C'est incontestablement vrai. Mais aussi, dès qu'il n'y a plus, socialement, de critérium incontestable, pour distinguer la véritable propriété de la fausse : attaquer une espèce de propriété ; c'est, les attaquer toutes. Aussi, les propriétaires, par primogénitures , disaient en 89 : qu'attaquer leurs propriétés, en particulier; c'était, attaquer la propriété en général. Et, ils avaient raison ; tandis que les bourgeois qui attaquaient le droit d'aînesse n'avaient pas tort. C'est, pour sortir d'une situation où tout le monde a tort et où en même temps tout le monde a raison ; que, l'auteur qui m'écrit veut éire entendu : afin que personne n'ait tort; et que tout le

.monde ait raison. Peut-être ne serait-il pas mal de récouler. Les Sieyès de 89 voulaient : que, le monopole du sol fût enlevé aux aines dans chaque famille, sans faire tort à aucun d'eux bien entendu. Les Sieyès de l'époque demandent : que, le monopole du sol soit enlevé aux familles aînées dans la société, aussi sans faire tort à personne, et par conséquent, en faisant le bien de tous. Cela est-il nécessaire, d'abord; puis, possible ensuite? C'est toujours la question qu'il faudrait examiner.

« On aperçoit, dans toute TEurope, une por « litique «égàtivë qui 'sait très-bien ce qu'elle « ne Teut pas et he saft pas ce qu'elle veut. »

BO^ÀLD,

a C'est là cependant que nous ^ sonim^ « après vingt-cinq ans d'essais de constitution « et de raisonnement sur l'opinion publique et «( les théories politiques ; et^ si nous pressions <c la conséquence des principes que nous avons « entendu professer à cette tribune^ dans la « discussion présente ou celle qui a précédé, <c nous serions conduits à d'étranges résultats; « et, je crois que deux partisans du gouverne^ « ment représentatif ne pourraient bientôt, pas « plus que les augures de Rome^ se rencon- « trer sans rire. » Bonald.

Arrivons à Mirabeau.

« — A-t-on, dil-il> des idées assez claires de la propriété, « et ces idées sont-elles assez répandues dans la généralité « des hommes, pour assurer aux lois qu'elles produiront cette « espèce d'obéissance qui ne répugne jamais à l'homme rai- « sonnable, et qui honore l'homme de bien ? »

-— Selon Mirabeau, l'obéissance aux lois ne doit point répugner à la raison. En vérité, j'ai bien de la peine à ne pas être de cet avis, quoiqu'il soit de Mirabeau. Reste à savoir»: si, l'aliénation du sol doit finir par répugner à la raison. C'est toujours là que se trouve la question capitale. Il me semble qu'elle mérite examen.

« — La propriété, dit encore Mirabeau, ayant pour fonc dément l'État social, elle est assujettie, comme les autres « avantages dont la société est l'arbitre, à des lois, à des « conditions : aussi voyons-nous partout le droit de proc priété soumis à certaines règles^ et renfermé selon les cas, < dans des limites plus ou moins étroites. C'est ainsi que

« chez les Hébreux, les acquisitions, les aliénations de terre

« n'étaient que pour un temps (1), et que le jubilé voyait

« rentrer, au bout de cinquante ans, tous les héritages dans

€ les familles de leurs premiers maîtres. »

-*. Et, ce discours fut lu à l'Assemblée nalionale, le jour même de la mort de Mirabeau.

Ce que Tauteur qui m'écrit prétend devoir être, n'est donc pas une invention. Ce n'est que le dév^loppeoient de la même pensée. Seulement le oialtre serait unique : le di^u impersonnel, la justice éternelle, la raison éternelle ^ et, la rente du sol serait appliquée, sans privilège pour personne, au bien-être universel. Est-ce désormais nécessaire? Est-ce théoriquement et pratiquement possible? C'est toujours là ce qu'il faut examiner.

Tronchet appartenait à un parti opposé à celui de Mirabeau. Voyons s'ils sont également opposés sur ce qui concerne la propriété.

« — Si, dit-il, Ton considère l'homme 4ans l'élat de na- « ture, il est difficile de concevoir un véritable droit de « propriété, moins encore une propriété transmissible à des < successeurs. La nature a donné à l'homme la terre en • commun. »

-^ Ces Messieurs n'aimant point à parler de Dieu, coAme ifieompréhensible, diseni-ils, parlent toujours 4e nature. J'avoue qu'une nature personnelle, pouvant donner, me parait tout aussi incompréhensible qu'un dieu personnel; et, sujette à beaucoup plus d'inconvénients. Ces Messieurs auraient pu dire Véternelle raison, et n'auraient blessé ; ni les hommes religieux; ni les hommes irréligieu;^, s'il est possible qu'il y en ait cliez les philosophes. Du reste, voilà Mirabeau et Tronchet qui se trouvent d'accord. Selon tous les deux, le sq) appartient à la collectivité : à moins, que des raisons

(I) L'acquisiUoo Q^étaii àlofn ^'una loCAiwi flUU ou ma&m epart# lelon que le jubilé était plus ou moim éloigné.

d'ordre ne s'y opposent. Ces raisons ont-elles existe? C'est toujonrs là que nous sommes ramenés. Et, c*est exclusivement sur ce point, que roulent les révolutions depuis 89 jusqu'à présent.

Bonald était bien certainement un homme religieux, un chrétien, et même un chrétien rationnel voulant que le christianismd et Dieu lui-même fussent soumis à la raison. C'était, en outre, un homme politique; un homme pratique; et, nous devons l'écouter.

« — L'homme social, dit-il, est V homme et \n propriété. « Or, la nature de la société tend à faire de tous les hommes « des propriétaires. Donc elle appelle tons les hommes à la « propriété. »

— C'est comme si Bonald disait : la société exige : que, le sol appartienne à la propriété collective. Car, hors cette condition, il est impossible : que, tous les hommes soient essentiellement propriétaires. Reste à savoir : si, c'est nécessaire d'abord; puis, si c'est possible. Toujours même question.

« — L'homme, dit encore Bonald , est propriétaire ou il « ne l'est pas. S'il n'est pas propriétaire et qu'il soit privé c des facultés physiques et morales indispensables pour le « devenir en travaillant, la société civile, c'est-à-dire la so- « ciété politique et religieuse doivent suppléer au défaut de « ses facultés et pourvoir à sa subsistance, parce qu'elles « DOIVENT soulager fonles les faiblesses physiques et mo- « raies. »

— Puis, pour que Ton ne s'imagine point : que, ce devoir de soulager toutes les faiblesses, pourrait être accompli par l'aumône; pour que l'on sache bien, qu'être soulagé est un droit; Bonald ajoute :

« — Si la nature ordonne le travail à l'homme, la relic gion défend au chrétien Y inquiétude sur la subsistance, ff poignard du cœur humain, source d'attentats et d'injust tices, et dans ses besoins extrêmes lui offre des ressourcei • fuj n$ iiomnt rien coûter à son amour-propre^ »

— L'auteur prétend : qu'il est impossible de soulager foutes les faiblesses physiques et morales, c'est-à-dire : de détruire, chez tous, l'ignorance ci la misère; sans que le sol appartienne à la propriété collective. C'est encore à examiner.

En parlant du sel, Bonald dit :

« — L'administration ne doit ôter à personne ce que la « nature donne à tous. »

— Et, toujours pénétré de la même idée, Bonald ajoute:

« — Pour les besoins de première nécessité, l'homme ne « doit dépendre que de lui-même. »

— On dira, peut-être, que Bonald est un utopiste. Ce qu'il y a de certain, c'est : que, cette pensée de Bonald pourrait seulement se réaliser, si le sol appartenait à la propriété collective.

Mais, le sol doit-il et peut-il appartenir à la propriété collective? Toujours même question.

Le passage suivant, encore de Bonald, devrait, ce ma semble, être constamment présent à l'esprit de quiconque s'occupe d'ordre social. Â lui seul, il vaut mieux que tous les traités d'économie politique.

€ — Pour pouvoir, dit-il, appeler richesse de la nation,

< la somme des richesses individuelles, il faudrait que' tous <c les individus participassent à celte richesse, puisque la « nation se compose de tous les individus sans exception, et c que la richesse n'étant point une chose abstraite, il est assez

< difficile de concevoir qu'une nation soit riche, lorsqu'une c partie considérable de ses enfants est dans l'extrême be- <c soin. Cependant cela est ainsi, et même dans toute l'Eu-

« rope, IL N'Y A NULLE PART PLUS D'INDIGENTS QUE CHEZ « LES NATIONS QU'ON APPELLE OPULENTES. ^

— Ainsi, le paupérisme croit comme les richesses nationales. C'est un fait reconnu par réconomisme. L'auteur prétend : que, cette situation est incompatible avec l'existence de l'ordre, en présence de l'incompressibilité deTexameri. It

Page 1