‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 107 sur 120 · ESCLAVES · texte numérisé non relu

ESCLAVES

— Jusque-là, M. Granier de Cassagnac et Colins sont parfaitement d'accord.

« — La première possède, continue M. Granier de Casa sagnac; la seconde est possédée. »

— Selon M. Granier de Cassagnac, il paraîtrait, dirait Colins, que ceux qui ne possèdent ni le sol, ni son équivalent, le capital, soni possédés, c'est à-dire esclaves : soit dômestiqhemenl, soit socialement. Cela pourrait bien être une éternelle vérité. Est-ce que M. Granier de Cassagnac serait un partisan de l'entrée du sol à la propriété collective?

Dans le passage suivant, M. Granier de Cassagnac prouve : que, les paysans de l'antiquité étaient des esclaves, comme les paysans modernes. Il en résulterait encore : que, tant que le sol reste aliéné, il ne peut y avoir que des maitres et des esclaves.

« — L'idée la plus exacte, dit-il, qu'on puisse se faire des a paysans de l'antiquité est celle-ci : c'étaient des esclaves a agricoles, des esclaves laboureurs, des esclaves vignerons, « des esclaves bergers, auxquels les maîtres, par suite d'un

« 7wuveau système de gérance appliqué à leurs biens, no « donnèrent plus le gîte, le vêlement et la nourriture^ comme « par lé passé, mais accordèrent la faculté de diriger à leur « gré^ sous Içur responsabilité, ou la culture d'une étendue « de terre déterminée, ou la conduite d'un troupeau, à la a condition de paye • annuellement au maître une certaine « poteUon du revenu du troupeau ou de la terre, et de garder « le reste pour eux, comme équivalent de la nourriture, du < vêleitoent et du gîte qu'ils ne recevaient plus gratuitement. 0 Cette idée générait* que nous exprimons sur les paysans « de l'antiquité résulte de l'étude comparée du mode d'éman- « cipation des esclaves agricoles dans l'antiquité et au moyen- « âge; et, en ce qui touche l'empire romain, elle repose « sur le texte formel d'une loi de l'empereur Anastase, laa quelle date des premières années du sixième siècle. Cette « loi, etc. »

— Après cela, M. Granier de Cassagnac prouve : que, dans l'antiquité, la plus grande partie du revenu social se prélevait sur du sol entré à la propriété collective des MAITRES. H en résulterait : que, l'entrée du sol à la propriété collective, avait déjà été reconnue être, joowr les maîtres, le seul moyen de prélever l'impôt sans nuire à aucun d'eux. Ce qui était le meilleur pour les maîtres, pourrait bien être le meilleur pour tous ; dès qu'il ne peut plus y avoir d'esclaves, soit domestiques, soit sociaux.

« — Les revenus publics, dit M. Granier de Cassagnac, « ne provenaient point, comme pour les peuples modernes, « d'un impôt régulièrement réparti; ils consistaient |)owr « la plus grande et la meilleure partie dans le revenu dçs « terres du domaine. Ce domaine connu sous le nom de re^ « publicœ locà était affermé d des particuliers qui payaient « une rente annuelle. »

-^ Ainsi, la propriété cdflecjive du sol, pour ceux gui ne sont pas esclaves et pour qulls ne ^m/ii pa& eçolaves, n'est

nuliemeiU une iovenUon moderne; et, CoUos, à eetégwd, n'a droit h aucune espèoe de brevet.

Après rexamen que Je viens de faire de quriques auteurs qui ont parlé de in propriété colloctive du sol. Je vais condure relativement à Tensemble de la lettre de Colins,

Je ne dois point m*imroiscer dans la discussion reli^éuse établie par cet auteur. Qu'il aille! Et,s*il vient, ainsi que Ta prévu de Maistro, h établir le christianisme réel, le ca* tbolicisme r4$l, sur la révélation réelle, sur la révélation scientitlque; en faisant passer les révélations de la base surrationnolle à la base rationnelle; la chose se fera pravidm* tielUmênt et sans que J*aie h m*en mêler.

Mais, il n*en est point ainsi de rentrée du sol à la pro^ priélé collective. Ici, il s'agit de Tanéantissement du paupé» risme. Or : que le christianisme ou le dévouement doive rester sur sa base actuelle, la foi dominant la raison; ou, qu'il doive en prendre une nouvelle, la raison éternelle; toujours est-il : que, le paupérisme matériel, en présence do rincompressibilité de Texamcn, doit être anéanti sous' peine de mort sociale. Celte proposition, l'auteur Ta prouvée mieux que Je ne le croyais. Quant à Vexamen de sa théorie de l'anéantissement du paupérisme, par l'entrée du sol à la propriété collective; (et, remarquez que Je dis Vexamen et non point la théorie elle-même); cet examen mérite certainement d'être protégé; et Je le protégerai dé tout mon pouvoir.

D'ailleurs, il en résultera : que la tbéorio sera trouvée fausse, ou qu'elle sera trouvée vraie.

Si,eU^est trouvée fausse; il faudra en chercher une autre ; car, à mon avis, qui esl celui de tous les hommes de mérite ; le paupérisme matériel doit être anéanti; ou l'anarchie pro<gresser continuellement; ou l'examen doit se trouver anéanti, ce qui est désormais impossible.

Si, au contraire, la théorie est trouvée bonne; elle sera appliquée, et voici ce qui en résultera :

Ou Tanarchie n'ira point croissant avec une vitesse conti*

Duellèment accélérée, ainsi que le prétend l'auteur; el, alors le christianisme sur-rationnel pourra continuer d*étre base d'ordre, malgré la liberté religieuse ;

Ou, ce que Tauteur prédit arrivera ; et, alors, le besoin de christianisme rationnel se fera socialement sentir. Dans ce cas, si Tauteur peut placer le christianisme sur cette base, il s'y trouvera^ par le besoin, alofe socialement reconnu, immédiatement intronisé.

Et, ainsi, j'aurai été utile : et, au christianisme ; et, au catholicisme; et à l'humanité,

— Et, maintenant, monsieur Tarchevêque, que j'ai eu l'honneur de vous faire parler, ainsi que l'hypothèse m'y autorisait ; je cesse mon rôle, et je dis : que ma seconde question est résolue.

Trouvez-vous, qu'en la résolvant, j'aie mal exprimé votre pensée? Si, dans ce que je viens dédire, en votre nom, il est un seul mol que vous deviez condamner : je le retire.

Colins.

LETTRE

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