II
tout entière. Je m'appuyais à cet égard : sur votre puissance de vulgarisation ; et sur votre admirable persévérance. Mais, je sais combien vous convaincre est difficile. Vous en montrer les difficultés sera peut-être un moyen de les aplanir.
La première, la plus considérable, peut-être, est celle que j'ai mise en épigraphe, épigraphe que j'ai extraite, à dessein, des travaux du critique que vous avez chargé de vous rendre compte des différentes formules socialistes.
La pensée, exprimée par cette épigraphe, est d'une grande vérité; et, se rapporte surtout à vous, personnification de votre siècle : vous voudriez tout avoir du premier coup et sans effort, même la science. Eh bien! le critique a raison : il faut à tout le temps et la peine.
Puisqu'à tout, il faut le temps et la peine, même pour la science; ayez la bonté de lire la lettre suivante : écrite d'abord à M. de Potter, adressée ensuite à M. de La Sagra ; et, qui mérite, à plus forte raison, de vous appartenir : puisque c'est à vous que je dois la publicité du premier volume de mon travail. Àyez^ je vous en conjure, la bonté de la lire : ce dont, probablement, vous n'avez pas encore eu le temps; quoique déjà elle vous ait été adressée.
Paris, le 8 avril 4843.
Mon bon ami.
Depuis longtemps vous m'engagez à publier mon ou-» vrage sur la réorganisation sociale. Vous m'avez entendu dire : Que ce travail est basé sur le seul principe qui soit incontestablement le même pour chaque individu de l'humanité; que tous les chaînons de ce travail sont identiques et non analogues; que la conclusion, formule de réorganisation, n'est elle-même que le dernier chaînon ; et que par conséquent, cette conclusion est aussi incontestable que le principe. Vous me répétez souvent que l'exactitude d'un pareil développement ne peut être contestée. Nous différons complètement de manière de voir à ce sujet. Et comme nous
partageons généralement les mêmes opinions^ je liens à yous exposer la mienne. Vous savez ()tie j*adopterai la:v6tre, si vous me prouvez que je suis dans l'erreur.
Il y a deux maniières d'établir ou de renverser unepropo- MII0D9 même entre geps de bonne foi ; et, ces deux manières soni fationnelteS) par cela seul qu'elles dérivent du raisonnement. Voyons en quoi ces deux manières peuvent différer.
La première a d'abord pour point de départ un principe incontestablement le même pour chaque individu de Thu^na* nité; sinon ; le point de départ étant contestable, comme p'étant pas le même pour tous, la conclusion le serait également.
Ensuite, le point de départ doit: non-seulement être supposé commun ; mais l'être réellement. Car, un point de dtépart supposé commun, peut cependant ne l'être pas; cdmcne par exemple : quandon prend les sensations pour prinçijMid^quoi'. qu'elles soient différentes pour chaque organisation. Ainsi, deux hommes de bonne foi peuvent partir d'un principe incontestable, comme celui de l'existence derla lumière, et arriver à des propositions diamétralement opposées ; parce que la lumière n'est jpat perçut de la même manière par chacun.
Il faut donc : que, le point de départ soit rigoureusement identique, pour ceux qui^ de bonne foi, veulent a^assurer de la vérité d'une proposition; Si^ à rarrivée, celte mâuie proposition se trouve conformé h oéàé dont on est parti, et qui est considérée comme vraie, comme noa illusoire, comme réelle; la question se trouve décidée d'une manière rationnettement inconteêlablê : pourvu néanmoins que les ebaitions qui iieet l'arrivée àlà proposition dont on est parti, et devant servir de critérium^ soient tous deH identitée ; car ^ si au nombre de ces chaînons, il y a une seule analogie; le jugement, iur la propotfilioû, ne sera vrai qu'illusoirement» Nous dirons même s que^ la différence entre la vérité réelle ou atoolue, et la vérité illusoire ou relative, à laqiMilla oa aura été conduit par aiialogIO) pownraaa trouver : oofl atalo—M aiiaii
grande que la différence entre l'analogie et l'identité; mais, encore autant de fois plus grande, que cette analogie aura été répétée. Que sera-ce donc si, au lieu d'une analogie, il y en a des milliers? Et cependant, vu l'indétermination du langage, cela doit exister presque nécessairement, pour peu que l'argumentation ait une certaine étendue. ^ue doit-ce être, grand Dieu ! lorsqu'il s'agit de la coordination des connaissances; et, si l'un âes argumentateurs est^-adroit, éloquent, et de mauvaise foi?
La seconde manière d'établir ou de renverser la réalité d'une proposition a pour point de départ un principe qui li'est point incontestablement le même pour chaque individu de l'humanité; ou qui, étant tel, nous fait arriver par des analogies, et non par des identités, à la proposition que l'on veut établir ou renverser.
Aussi longtemps alors que le point de départ est pris pour réellement commah, ou que des analogies sont prises pour des identités, cette seconde manière de raisonner paraîtra réellement rationnelle, et ne le sera cependant qu'illusoirement : puisque la concluaion à laquelle on sera parvenu se trouvera fausse, du tout au moins pourra l'être ; et, que le raisonnement réel ne peut conduire qu'à la vérité.
Ces préliminaires établis sur le raisonnement réel ou ra« tionnellement incontestable, et sur le raisonnement illusoire ou rationnellement contestable, préliminaires nécessaires pour arriver à ma démonstration, et en même temps pour justifier une espèce de néologisme; permettez-moi de faire une hypothèse.
Supposons qu'à l'époque d'Archimède, l'existence de l'ordre social, ou, ce qui est la même chose, l'existence de l'humanité eût dépendu, à cause d'un nouvel élément introduit au sein àe la société, comme la presse, par exemple, de la démonstration d'une intégrale; par conséquent de la connaissance du calcul qui se rapporte à cette branche des mathématiques. Supposons, de plus, qu'Ârchimède, par son Bdul génie eût franchi toute la distance qui sépare soa époque
de la nôtre; que, dépassant Leibniz et Newton, il eût reconnu qu'effectivement l'existence de l'ordre dépendait désoroQitis de la connaissance de ce calcul, et qu'il l'eût découvert; croyez-vous qu'il eût suffi à ce géomètre d'énoncer : que l'existence de l'humanité dépendait de la solution d'une question de ce genre ; et, que lui se trouvait à même de la résoudre? Certes, vous ne le. direz pas.
Et, cependant, comme à un autre Ârchimède, vous me dites : « Publiez vos calcui^; ils sont rationnellement incontestables; ils seront incontestés. »
En y réfléchissant, mon bon ami, vous trouverez : qu'une pareille publication eût été complètement inutile, au moins pour le moment où elle aurait été faite.
En effet :
Les esclaves de cette époque, pas plus que ceux d'à présent, ne possédaient pas les connaissances acquises. Ils étaient donc incapables de juger l'état de la question, si même les connaissances de ce temps eussent permis de lu juger^ Sous ce rapport, voilà déjà une élimination de Tiffimense majorité de l'humanité.
Si, maintenant, Ârchimède avait dit aux maîtres : qu'avant même de commencer l'examen de la question, il fallait que préalablement ils consentissent à étudier plusieurs sciences, dont ils n'avaient encore nulle idée ; par exemple : la partie de la géométrie relative aux courbes, l'algèbre, la trigonométrie, l'application de l'algèbre à la géométrie, etc., etc., tous se seraient empressés d'accuser le géomètre d'être un rêveur, un utopiste; et, probablement cette accusation l'eût conduit à l'échafaud, s'il avait affirmé :
Que, désormais, la société ne pouvait plus se composer de maîtres et d'esclaves ; et, que par esclave il comprenait, quiconque n'est point en naissant, et ne reste point jusqu'à la mort, l'égal social de tout autre individu, quelle que soit la condition de ses pères.
Complétons l'hypothèse :
Supposons que je sois un Archimède. Quelque orgueilleuse
que soit la supposition , olle est cependant nccessairo : car enfin vous ne prétendez point m'engager i venir Jeter une utopie au mnieû de tant d'autres, qol.déjà nous encombrent. La supposition admise, sans antre conséquence, coque je viens de dire d'Arohiméde me sera complètement applicable.
Personne, ou un nombre j|ai mérite à peine d'être mep* tienne, n'aura ni la volonté, ni la cajmcité de suivre la chathe dé mes raisonnements : pour savoir si la conclusion est réellement ou illusoirement incontestable. Après vous, en effet, et quelques rêveurs qui nous ressemblent^, qu^ls sont ceux qui croient : que, l'ordre social, c'est-à-dire Texistence de ITiàmanité, dépend d*ûne science qui n'existe point encore? Quels sont ceux qui reconnaissent : que, toute science exis* lante ne peut plus conserver la vie à la société ? En trouveriez-vous dix, cent, toille si yous voulez?
Vous ne le croyez f a^,
- Et, que voudriez-vous faifé avec cette imperj^ptible mii\o. rite, quand même, ce dont je doute,^ vous obtiendriez de chacun de ses membres : non-seulement l'attention nécessaire pour s'assurer de la réalité d'une conclusion, embrassant la coordination de toutes les connaissances à la direction rationnelle des actions tant individuelles que sociales; mais encore l'aveu que cette coordination est réelle? Chacun ne la repousserait-il pas, par cela seul qu'il n'en serait pas l'auteur? Mais, pour comble de concession , supposons cette minorité convaincue et unie; elle sera bafouée, honnie, vilipendée : nonseulement par les maîtres; mais encore par les esclaves, qu'elle aura voulu affranchir.
Vous voyez, mon ami, que j'ai raison de refuser.
Vous me demandez quand il sera temps de publier ; soit mon travail, soit tout autre, qui aura le mérite que je sup* pose au mien ; en un mot, quand il sera temps de publier un travail qui, quel que soit son auteur, soit, en effet, ration^ nellement incontestable.
Oe sera t lorsque totis tes systèmes rationnellement con-
lestables, seront renonnus : ôlre devenus incapables de servir de base à l'existence de Tordre,
Aussi fongteraps qu'il y aura des antropomorphistes, déistes ou révélationistes; des matérialistes se basant sur des analogies; des absolutistes, des monarchistes , des représentatif* vistes, des républicains se basant sur des nationalités; dès radicaux, des prétendus socialistes, des saint*simoniens, des foùriéristes , deÉr rationalistes sans mèlre de raisonnement, se divisant on genres, espèces et variétés aussi nombreuses que les individus; il n'y aérien à.espérer,en réorganisation sociale, par le raisonnement réel.
— Et quand donc arrivera cette époque où la réorganisation deviendra possible parle rationalisme réel ?
— Dès que, parla suite des temps, la population s'accroît au point que les fractions humanitaires se trouvent inévitablement en contact ; dès que le développement de l'intelligence, et la presse qui les rend indestructibles, viennent assurer la perpétuité de cette inévitabilité, constituant fi elle seule la réunion, anarchique il est vrai, des fractions sociales; l'ordre ne peut redevenir possible I que, sous une autorité rationnellement in-* contestable. Toutes les autres, contestables par essenoe, disparaissent, nécessairement, dès que cette autorité domine.
— Mais, l'autorité incontestable dominera-t-elle, et fera-toile disparaître toutes les autres?
— La question est bien posée.
Ce n'est poi*t ainsi en effet que s'établira le règne rationnel. Il faut au contraire : que, toutes les autorités contestables disparaissent, avant quel'autoritéréellementrationnelle puisse dominer. Car, pour que celle-ci s'établisse, il faut qu'elle soit reconnue nécessaire ; et, cette nécessité peut seulement être socialement déclarée : lorsque les milliers d'utopies, dont nousjn'avonsénuméré qu'une bien faible partie, seront ellesmêmes reconnues : avoir toujours été, ou être devenues, incapables de servir de base à l'existence de l'ordre.
En sommes-nous là?
•- Non, me dire»- vous; mais quand y lerons-nousî
— Quand Texcès du mal social aura démontré : que, dé^ sormais l'ordre ne peut plus être basé sur une hypothèse,
— Et, comment parviendra-t-on à cet excès de mal?
— Les prolétaires, l'espèce la plus nombreuse et la plus active des esclaves appartenant à la civilisation européenne, civilisation dominant déjà le monde, vont bientôt dire aux maîtres, explicitement ou implicitement :
Depuis que la presse existe, vous avez vous-mêmes développé notre intelligence au point de nous faire connaître :
I "" Que nous sommes esclaves;
T Que nous sommes incontestablement les plus forts.
3^ Que les raisons que vous nous avez données, pour nous faire supporter Tesclavage , sont toutes des inventions produites, dans le but de nous exploiter.
Nous ne voulons plus être exploités.
II y a plus :
Nous nous considérerons comme exploités, aussi longtemps que ceux qui gouvernent ne nous donneront point, théoriquement, pratiquement, et de manière à nous le faire comprendre, la preuve que nous ne sommes point exploités.
Et tous ceux qui, en dehors de ces conditions, voudront nous gouverner, nous les mettrons à mort.
N'en faites-vous pas autant à ceux d'entre nous qui refusent de se laisser exploiter?
— Mais, répondront les maîtres, ou, si vous voulez, les gouvernants, dites-nous ce qu'il faut faire pour qu'il n'y ait plus d'exploités?
-r- Et les prolétaires diront :
Qui de nous ou de vous possède la science? Ne vous êtesvous point arrogé le monopole des développements de l'intelligence? Prendre le pouvoir, c'est se déclarer savant. Vous devenez responsables : non-seulement en le prenant, ce pouvoir, mais encore en racceplanl. Du moment que vous l'acceptez : à nous le bien-être, ou, à vous la mort.'
— Ce sera seulement, lorsque cette époque néfaste sera arri-
vée; lorsque personne n*osera plus accepter le pouvoir; que la vérité sera cherchée.
Encore une fois, mon ami, enjsommes-nous là?
— Heureusement non, me direz-vous.
— Ainsi, vous voyez que j'ai raison de refuser. Je me résume :
Le régne réellement rationnel peut seulement s'étabUr socialement, lorsqu'il est devenu nécessaire à l'existence de l'humanité. En dehors de celte nécessité, 41 ne s'établirait jamais.
Je viens de vous convaincre théoriquement. Je veux encore vous convaincre pratiquement. Il est de mon devoir de faire tout c^qui dépendra de moi pour vous désabuser.
Pour vous convaincre pratiquement, commencez la publication de mon travail.
Certes, si quelque chose pouvait exciter la curiosité d'un public harassé d'utopies,cedevraitétre la démonstration : que, les bases sur lesquelles la société s'appuie, et qu'elle croit des réalités, sont plus utopiques encore que tous les systèmes qu'il repousse comme inapplicables. Eh bien! je le répète, ooRiinencez à publier, et vous verrez : qu'il n'en résultera ni blâme ni louange; que l'ouvrage ne sera point lu; et cela doit être. Dans une époque d'anarchie et d'illusion, tout homme ami de l'ordre et de la vérité est nécessairement considéré : comme un ennemi commun, qu'il faut asphyxier dans le silence.
Si vous acceptez ma proposition, ce que d'ailleurs je suis loin de vous conseiller; pour en vérifier l'effet, écrivez-moi; et, je vous enverrai de suite le commencement de mon travail. Je m'arrêterai : quand vous serez convaincu de votre erreur.
Je désire cependant vous imposer une condition; et, je suis certain que vous l'accepterez. C'est : que je ne serai désigné que sous la dénomination de prolétaire. C'est un titre dont je suis iier. Je le compare à celui de chrétien, sous la persécution du panthéisme romain. Et : je veux conserver ce
tilrc : jusqu'à la mort; ou, Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de prolétaires; jusqu'à ce que nous soyoDS tous propriétaires.
Je crois, d'ailleurs, qu'où fait de ratioualisme réel, o*est au seul nom de la raison qu'il but parler; et, que Ton se trouve souvent gêné, par des considérations particulières, en s'énonçant à la première personne. Puis, pour celui qui écrit, quel avantage peut«-il y avoir à dire au public ; Moi qui vous parle, je me nomme Pierre, Paul, ou comme il vous plaira? Peut^^lre d'attacher quelque renommée à de vains sons? Fumée pendant la vie ! moins encore après la mort^ Si rame est immortelle, si les actions de cette vie sont liées à d'autres vies, qu'iinporte la gloire? sinon, elle importe bien moins encore. Car alors il n'y a que i'or qui ait Ane valeur.
Or, vous le savez : Je n'ai pas seulement croyance, dans la réalité du lien religieux ; j*ai encore certitude à cet égard. J'ai donc peu de souci de la gloire; et, n'aurai d'estime pour Por : qu'autant que l'organisation sociale Je rendra l'exprès* sion du travail et dé la probité. Nous n'en sommes point là.
Dans tous les cas que mes prévisions ne vous affligent pas. J'ai écrit par conviction, je ne puis moi-même publier que par conviction. Mais j'ai peu de temps à vivre, et vous éte(^ l'héritier de mes rêveries. Quand vous en serez en posses<^ sion, vous en disposerez comme moi consciencieusement,
COLINS
Je viens d'exposer la première et la plus grande des difQcultes. Il est juste que je dise également pourquoi j'ai l'espoir de réussir.
En 1847, je vous écrivis la lettre suivante; qui, en 18*9, a été imprimée avec votre consentement.
Paris, le 26 juin 4847.
Monsieur ,
Je vous ai prédit : que , vous deviendriez en horrour au gouvernement. Vous devez commencer à voir : que, je ne min point un faux prophète, en tout,
Je vous prMis^ mainteoaot : que, si vous ooniiauez à ôlro consciencieux, vous deviendrez en horreur à tous les gouvernements possibles dans notre époque. Je ferai plus: je vous le prouverai. Je ferai plus ; je prouverai que casera avec raison. Je forai plus ; je vous foroerai d'en convenir.
Vous aimez, dites-vous, le pouvoir avant tout* Vous avez raison. Mais, cela ne devrait pas avoir besoin d'être dit ; hors le pouvoir, il n'y a que mort ou anarchie.
Vous voulez : que, le pouvoir soit raisonnable, conforme à la raison, à la nécessité sociale, suprême raison sociale. Vous avez raison. Mais, c'est un pléonasme, une tautologie : un pouvoir non conforme à la raison , à la nécessité sociale, n'eat pouvoir qu'en apparence ; et, bientôt H meurt : soit sous les coups du pouvoir réel; soit précipité dans le gouffre de
Tanarchie.
Je pourrais, ou vous pourriez demander ; Comment le pouvoir réel peut être distingué du pouvoir apparent? Nous y reviendrons. Passons, sans nous arrêter!
Après le pouvoir, ce que vous aimez le plus, c'est la liberté. Ceci est encore un pléonasme, une tautologie. La liberté, c'est l'êbéissanceirolontaire au pouvoir, à la raison. Le contraire c'est Tesclavage, sous le joug des passions.
Ici, pourrait revenir la demande : Comment distingue-t-on la raison des passions? Mais, passons encore ! Nous y reviendrons.
Pour y revenir, arriver au but, et y arriver vite, nous partirons de principes que vous admettez/
Le pouvoir, n'importe lequel, est la force de sanction.
Cel^e force, pour la société, vous l'avez admis, ne peut être basée que sur le lion religieux (1 ).'
Le lien religieux ne peut être base de force sociale, que socialement admis comme vérité.
Le lien religieux ne peut être socialement admis comme vérité, que basé : sur un sophisme; ou, sur un syllogisme.
(1) A cette époftue M. de Girardin croyait lareVigrion nécessaire à l'e%f8t«no<i
L*abs6Dce de base sur syllogisme réel, incontestable, est une époque d'ignorance.
Cette époque est nécessairement primitive.
Cette époque dure encore. En douter serait folie.
Le lien religieux, basé sur un syllogisme réel, incontestable, appartient, socialementy à une époque future.
Lorsqu'un sophisme quelconque sert de base sociale au lien religieux, il faut qu'il ne puisse être socialeoient examiné : sous peine de plonger la société dans Tanarchie.
Ce sophisme quelconque ne pôUt donc être base sociale : que, par la force, qui en empêche l'examen. Dès lofs, la base du pouvoir, du pouvoir raisonnable, du pouvoir expression de la nécessité sociale ; c'est le pouvoir qui a la force de protéger ce sophisme.
Voila ce qui, pendant toule l'époque d'ignorance, peut seul constituer la raison du pouvoir.
Les moyens de ce pouvoir sont :
1*" De dominer, par l'éducation, sur ceux qui doivent aider le pouvoir ;'et, en profiter;
2** De dominer, par l'exploitation, ceux qui doivent être soumis au pouvoir, sans en avoir d'autre profit : que, de ne point mourir par l'anarchie.
L'exploitation des majorités, au profit des minorilés, a pour but : d'empêcher les masses d'examiner; et d'empêcher les minorités de leur ouvrir les yeux.
Votre adversaire a dit :
« Le travail incessant est un frein pour le