PEUPLE
Votre adversaire a parfaitement. raison. Il aurait dû ajouter:
« Et ce frein est unique. ..... tant qu'il est
« possible. »
Qu'est-ce qui le rend impossible ?
L'incompressibilité de l'examen , expression de l'incompressibilité de la presse.
Votre adversaire veut le frein.
Il a raison quanl à l'époque d'ignocaace qui dure* encore. Il a tort; parce que le frein est presque sans force; et, que bientôt, il n'en aura plus.
Vous, vous voulez que le frein soit brisé.
Vous avez raison, quant à l'avenir, et lorsque le syllogisme aura détruit les sophismes; lorsque la raison pourra dominer la force. Vous avez tort, quant à présent : parce que le syllogisme n'a point encore^ socialement, détruit les sophismes^ parce que la raison, socialement, n'est pas encore en état de dominer la force.
Vous concevez : que, tan t qu'il en est ainsi, l'usage du frein , l'usage de la force, de la force, justice relative à l'époque, contre la justice relative à l'avenir, est encore le seul moyen d'ordre possible, quelque mauvais qu'il soit; et, que tous les gouvernements possibles, dans cette époque, doivent s'y attacher : comme on s'attache à une planche pourrie au sein du naufrage* .
Dès lors, il est évident :
Que vous, qui voulez : que le pouvoir marche parallèlement^ la justice absolue, quand il doit, sous peine de mort, marcher contre cette justice, et parallèlement à la force, justice relative; devez être en horreur : non-seulement au gouvernement existant; mais, à tout gouvernement relatif à votre époque. Et cela , en raison directe de votre quantité d'influence.
— Mais, direz-vous, que faire?
Si je marche avec la force, qui ne peut plus être raison, je marche contre un avenir, qui, de jour en jour, devient plus nécessaire ;r6t si je marche avec une raison, qui ne peut encore dominer, contre une force qui devient de plus en plus impuissante, je marche contre un présent encore nécessaire. Des deux manières, je suis donc nécessairement un anarchiste.
— C'est vrai. Mais ce n'est pas votre faute; c'est la faute de votre époque.
— Mais, direz-vous encore, je voudrais ne pas être un anarchiste.
— C'est Irès-noble. Mais noblesse ne s'acquiert que par sacrifice. Et, pour vous, il y en aurait un immense à faire : ce serait celui de la vanité. Vous la sacrifieriez, en avouant voire ignorance.
Vous êtes digne de faire ce sacrifice.
Le ferez-vous?
Ce n*esl pas à moi de répondre.
Ma lettre est dure. Je n'écris ainsi qu'à ceux que j'estime ; et j*estime seulement ceux qui aiment à raisonner. Le reste, je ne le méprise pas, j'en ai pitié. Colins.
Ainsi, que je l'ai dit ailleurs; c'est, cette lettre qui nous a liés. Il y a tout à espérer d'un homme qui ne reçoit point comme des injures : ce qui, de bonne foi, lui est présenté comme la vérité; et, peut cependant lui déplaire, parce qu'entièrement opposé à ce que lui-même croit être la vérité. Ainsi, donc, j'espère; et j'espère infiniment.
« il y adaus la croyance {Fiirwahrhalten), (( les trois degrés suivants : TopiniOD (ilfet- « mn), la toi [GktubmU et Ui leience \WiS' « $en) ; lorsque notre croyance est telle qu'elle i( existe non-seulement pour nous^ mais pour i< tout le monde, et que nous avons le droit « DE L'iMPOSSi AUX AVnxs, nous avons alors la « science de la certitude. Si la croyance n'est et snfflsante que pour nous et que Nocs re « FuuiiONS l'uiposbi AUX AUTaES^ c'est la Ibi « ou la conviction. L'opinion est une croyance « insuffisaute et pour les autres et pour noos- « mêmes* La science exclut l'opinion. » Katnt, exposé par M. Cousin.
« Les sectaires sont des hommes de foi. La
« fCIBllCA AUSSI EXCLUT LA FOI »
Colins, Commentaire,
II y a maiQtenant une autre difficulté ; cl, pou s'en faut, qu'elle ne soit égale à la première. Pour tout autre, moins désireux que vous de la vérité^ je l'aurais même placée en première ligne* Cette difficulté capitale, devant laquelle je reculerais vis-à-vis de tout autre, c'est ; que vous êtes CHEF d'école. J'aimerais autant essayer de renverser, à coups de tête, les fortifications du mont Valérien } que, de faire capituler ; soit M. Considérant j soit M. P. Leroux; soit M. Proudbon. Une secte est une opinion portée jusqu'à la manie; c'est un mysticisme} c'est une négalion de toute démonstration incontestable : puisqu'on l'accepta, comme vérité, eu dépit de toute démonstration contraire* Autant vaut un chrétien affirmant la Trinité; que M. Considérant, plaçant les passions au-dessus de la raison; que M. P. Leroux^ affirmant la triade; ou, que Mé Proudlion, aflimaut la cooitàlutioB de la valeur ou l'automatisme* Et,
encore : un chrétien très-éminent, un Père de l'Église, saint Augustin, disait : à propos de la Sainte-Trinité :
« Quand on demande, ce que c'est que les trois, \e lan- « gage des hommes se trouve court, et Ton manque de termes « pour les exprimer : on a pourtant dit Irois personnes, non « pas j)our dire quelque chos^, mais parce qu'il faut parler « et ne pas rester muet. < Dictum est très personnœ, non « ut aliquid diceretur, sed ne. taceretur. »
{De trinit. Luc, v, cap. ix.)
Essayez donc d'en faire dire autant à MM. Considérant, P. Leroux ou Proudhon : de la domination des passions; de f importance de la triade; ou de la constitution automatique de la valeur !
Comment donc m'y prendre pour escalader le ciel?
De la manière la plus simple.
Je vous prouverai : que votre erreur est nuisible : à l'ordre que vous aimez; à la liberté que vous adorez; et quand j'aurai prouvé et fait accepter mes preuves par le public, j'aurai réussi.
Votre erreur est nuisible à Tordre. Je le prouvé.
Si, vous aviez de bons moyens théoriques d'établir Tordre; vous seriez : par votre fermeté , par votre assiduité au travail, par votre capacité administrative^ par votre incorruptibilité systématique; l'homme le plus capable d'appliquer ces moyens; l'homme le plus capable enfin d'être premier ministre. Mais, jamais gouvernement quel qu'il soit, réactionnaire ou révolutionnaire, ne vous offrira le ministère : tant que vous resterez chef d'une école éclectique.
Je viens de dire éclectique. Avant d'aller plus loin, je dois prouver.
Au moral, vous avez été dépravé par M. Proudhon : qui appelle la fraternité une dépravation. Eclectisme; c'est-àdire : choix sans mesure certaine : ignorance et vanité.
Au matériel, vous avez été dépravé par M. Michel Chevalier : qui, veut baser la stabilité de la société sur le crédit;
BU lieu de busef le crédil sur la slabilité de la société. Éclectisme; c'est-à-dire : choix sans mesure certaine : ignorance, et vanité.
J'ai prouvé.
Voyons mainteudut : quellessonlles conséquences pratiques de se trouver clief d'une pareille école?
£|est : de se rendre toute direction ministéfiéHe^Qjbiolument impossible.
Quel est) en effets le gouvernement, quel qu'il soit, qui oserait confier le ministère, c'est-à-dire le timon del'ÉÎat, à quiconque reconnaît implicitement : que l'honnête homme est un sot; et que le fripon seul raisonne? Car, telle est la valeur de la négation de la fraternité, de la négation socialp de tout droit autre que la force. Dans ce cas, tout gSuvernd^ ment qui ne peut trouver un homme habile, ayant )ik.^cpilvic.tion que la fraternité n'est point une dépravation; cherche, et trouve, au besoin, un hypocrile qui affirme : ce, à quoi, H ne croit nullement.
Quant au matériel, vous trouverez facilement des gouvernements qui seront de votre avis et de celui de M. Michel Chevalier : que, la société doit être basée ^sur le crédit que les^individus accordent à l'État. En cela, vous vous êtes éloigné de M. Proudhon, qui a parfaitement reconnu : que, le crédit de TÉtatn'est que l'exploitation collective par l'emprunt, remplaçant avec usure l'exploitation domestique par l'esclavage ou 4e servage. Malheureusement M. Proudhon, au lieu de votiloir abolir le crédit on plutôt le débit héréditaire en général, et en particulier le crédit de l'État comme reçu des individus, pour ne laisser subsister que le crédit ou plutôt le débit viager ou personnel en général ; et, en particulier, que le crédit des individus, comme reçu de l'État ; a parlé d'abolir le crédit ou de le rendre gratuit. Et vous avez rejeté l'exagération, au lieu de reconnaître : ce qu'il y avait de sage chez ce publiciste, très-éminent, malgrë ses erreurs.
Vous avez vu, néanmoins, que le paupérisme devait être i non point soulagé ; juais anéanti. Vous avez vu : que, c'était II. 29
là une nécessité sociale^ un sine quâ non d'ordre. Et, pour arriver à ce but, vous avez, avec ce zèle qui vous caraotéride, cherché un moyen. Ce moyen, vous ayez cru le trouver dans ce que vous appelez Timpôt sur le capital. ' -Nous voilft parvenus au necplus ultra de la difficulté; au nœud gordien de Taffaire. Votre prétendu impôt sur lé capital,jQ?^t, pour vous, l'équivalent : de la domination des passions pour H. Considérant; de la triade pour H. Pierre Leroux; qJ; de la constitution de la valeur pour M. Proudhon.
Pourquoi, donc, ai-je plus d'espoir de vous voir abandosner votre dada; que je n'en ai de voir ces messieurs abandonner Içs leurs? J'ai déjà dit : comment vous êtes une exception à .cet égard. Je vais énumérer d'autres causes d'espérance ; et, }e commencerai par la plus faible.
Ma première cause d'espérance, est que, fort heureusement, vous êtes encore seul de votre secte. Je dis seul, car je ne compte pas quelques flatteurs qui ne croient pas un mot de ce qu'ils vous disent; ni ce troupeau de moutons de Panurge.qui sautent toujours : dès, que le bélier a sauté. A ces flatteurs^ abandonnez la défense du système. Restez, comme JUGE, en' dehors de la liCô : car, faites-y bien attention, je vous en conjure, c'est vous-même que je prend»^ pour suprême arbitre. Laissez entrer, ces défenseurs du prétendu impôt sur le capital, dans un champ-clos avec moi. Soyez tranquille sur mou sort, aucun chevalier ne se présentera.
Et, pourquoi vous trouvez-vous seul de votre secte? Voilà ce qui est étonnant; voilà ce qu'il faut examiner et exposer.
Tous les exploitants, tous les partisans de l'ancienne société, auraient dû passer dans votre camp. Car, si votre système était appliqué; l'exploitation des masses, par les propriétaires, serait au maximum possible; par conséquent le paupérisme au necplus ultra possible.
Je vous ai dit mille fois : que, s*il ne fallait les y%ux, polir vous voir arriver au pouvoir; je donnerais la tête pour que vous y arrivassiez.
En effet : avec ce système, vous bouleverseriez tellement
l'ancienne société, par le nec plus ti/frà d'exploitation des masses^ mis en présence de rincompressibilité de'rexamen; que, jamais, au grand jamais, l'ancienne société ne pourrait rentrer dans ses vieilles ornières. ^ Et, voilà prédséiAent, ce que les conservateurs de Texploitation ont pressenti; et, voilà pourquoi ils vous ont repoussé; et, voilà poui1|uoi vous êtes seul de votre secte, du côté des propriétaires.
Quant aux masses ignorantes et exploitées, il est bien plus étonnant encore qu'elles ne vous aient point généralement admis comme CHEF du toctalUme. Car, à Tignoranee, ilq^uffit, généralement , de lui offrir plus de beurre que de pttjï, pour s'en faire accepter sans démonstration. Ici, je ne dirar point qu'elles vous ont repoussé par instinct, mot vide de sens dès qu'il s'agit de l'ordre rationnel; mais, je' dirai: qu'elles vous ont repoussé par entrisme; c'est-à-dire : par un raisonnement dont elles ne se rendent point un compte clair. Elles ont vu : que vous rejetiez l'éducation et l'instruction communes, données ii tous et à chacun avec uu égal soin ; elles ont vu : que, dans votre système, le père de foHuUe, ayant dix enfants, était obligé de travailler pour douze personnes; tandis que le célibataire ne travaillait qpe pour lui seul; dfes ont vu : que, le bien-^tre restait ainsi relatif : à la naissance, pour les enfants; à l'égoisme pour les adultes; et elleA vous ont repoussé. Voilà, comment ^ous dtes resté seul-de votre secte, du'côté des prolétaires.
iWni^mènt, chez vous, vous mt reprocbiez devant un prolétaire, dont j'ignore même le nom, de vouloir jeter tous les bbmmes dans un même moule, par une éducation et une instruction communes. Ce prolétaire, malgré votre immense autorité, n'a nullement hésité à Vous dire, devant moi; que, j'avais raison.
Ajouterai-je, que voire impôt prétenduement frappé 4»uc le capital, est, quant aux'arts, un retour à la barbarie? CkHEment y aurai un million en or, enfoui dans ma cave; et, vous ne me ferez rien payer : à moins que je n'aie la sottise d'aller vous le dire ; ou, que vous ne vidieti mon damiciie par des vi-
siles (yranniques; et vous me ferez payer mille fraucs par an, si j'ai chez moi un Apollon valant un million I Puis la préemp^ lion! Si, j'ai un portrait de mon père, croûte valant cinquante centimes, un méchant riche viendra me Tenlever : par cela seul que j'y attache mon bonheur; et qu'il veut le détruire. Ce serait pire encore que Timpôràur le chien de Taveuglc (1).
Vous voyez que jamais, avec votre théorie d'exploitation masquée de liberté, vous n'arriverez au ministère. Et, votre arrivée au ministère, avec une théorie de salut, est nécessaire à l'existence de Tordre : car, vous seul, avec une pareille théorie, avez les qualités indispensables pour l'établir.
Yoy^*vous, maintenant , que votre erreur est nuisible à l'existence de Tordre? de Tordre que, je le répète, vous aimez âVégal de la liberté; et qui, en effet, n'est, avec la liberté, qu'une seule et même chose, considérée sous deux aspects différents : Tharmonie pour le tout; le bonheur pour chacun.
Votre erreur est nuisible à la liberté. Je le prouve.
Vouloir établir la liberté absolue delà presse, des réunions, des déclamations, etc., etc., avant que l'ignorance iâociale-, sur la réalité du droit, soit anéantie; c'est rendre le iespth iistne nécessaire, pour éviter l'anarchie. Je le p1*ouverai en détail quand je traiterai dé la nécessité de la société noth velle, etc. Â cet égard, je suis d'accord avec la totalité des conservateurs. Il est également vrai, néanmoins t que, ta liberté restreinte des coDser valeurs, conduit au despotisme;
(4) Depuis que cette lettre est écrite (novembre 4851)^ M. de Girardiod publié à Bruxelles un ouvrage intitulé : Politique univsbselle. Son impét sur le capital s'y trouve basé sur :
40 L'absence possible de religion;
2» La réglementation du salaire par l'État ;
3^^ L'abolition du mariage.
Et, M. de Girardin s'imagine : que, jamais gouvernement quelconque Voudra essayer d'étîvblir l'ordre sur de pareilles bases!
Cet ouvrage ne pouvait avoir, pour M. de Girardin, qu'une seule Utilité; c'était de mettre à nu : sa bonne foi, sa probité et ses illusions. Hélas"! le public ne lui a même pas rendu justice à cet égard.
Nous avons eiaminé l'ouvrage de M. de Girardin.
et, à Tanarchie, par impossibilité actuelle d*avoir de Tordre par le despotisme. Mais, de ce que les conservateurs ont tort, quant à Tefflcacité des restrictions; ce n'est pas une raison, pour que vous ayez raison, quant à Tefflcacité actuelle de la non restriction. Je sais, qu'à cet égard, je suis en désaccord avec les révolutionnaires. Mais , voyez les révolutionnaires arrivés au pouvoir : tous, alors, deviennent conservateurs : quant à la nécessité des restrictions. Voyez ce qui est arrivé à M. Flocon ; et, ce qui vous arriverait à vous-même ; si vous teniez la queue de la poêle. *■
Concevez-vous, maintenant, comment votre erreur est nuisible à l'établissement de la liberté?
Et, cependant, vous avez raison :lalibertê*absolue de tout dire, même de dire des sottises, doit exister. Mais, seulement après l'anéantissement de l'ignorance sociale sur la réalité du droit. Et, encore, sous la condition : gue, la société ne consiàè{;e point Torateur ou l'écrivain comme fou. Permettriez- vous à un fou d'aller nu dans la rue?
J'arrive, maintenant, à une cause bien autrement capitale; et, qui me fait espérer en vous, lorsque je désespère des autres utopistes : c'est, que vous ayez raison; le remède social, QUANT AU MATÉRIEL, consiste effectivement, à mettre l'impôt sur le capital.
Vous avez l'empirisme, la divination, le génie, ce qui est tout un, de ce qui doit être. Il en est de l'impôt sur le capital, comme de la liberté sociale absolue ; c'est-à-dire l'autorisation sociale absolue de dire et faire tout ce qui n'est point défendu par la raison rendue incontestable : les deux sont désormais nécessaires à l'existence de la vie sociale, vie humanitaire. Mais^ l'impôt sur le capital employé à la production, • peut seulement exister par l'entrée du sol à la propriété collective; et, la liberté sociale absolue, ou l'obéissance de tous à ce qui est ordonné par la raison, le droit, peut seulement exister : par la connaissance rationnellement incontestable de la raison, du droit; par l'anéantissement de l'ignorance Hooialo t sur la rcnlité de la riilï^on^ sur la réalité du droltl
Savez*vous oe qui ti contribué à vous mainleuir dans votre erreur, sur votre imp6t prétenduement j^Iaeésur le Apitaif X!^t, que pei^sonné ne vous a combattu publiquement. Dès lors voù^ avez cru quil n*; avait rien de bon à vous objec-^ tiT. Je vais vous donner rexplication de ce silence.
La société actuelle ae compoié : d'économistesj^.et de prétendus socialistes.
Les économistes ne vous ont point répondu pour deux raisons :
La première ; c'est qti'ils n'auraient pu le^ftire, qu'en vulgarisant votre théorie; qu'en la faisant étudier par lés {passes. Et, comme cette théorie est extrêmement simple ; presqu'auss siittple que celle du communisme absolu; ils ont craint de renouveler la faute du comité de la rue de Poitiers^ qui, en criant contre les communistes, dans ses petits livres qu'il donnait gratis ou plus que gratis, a vulgarisé le comiMnisme utopique, dans la France et dans l'Eurg^e , à un point effrnyant : si, ranarchie n'avait elle-même son bon c6l4, celui défaire sentir la nécessité d'un ordre possible.
La seconde raison ; c'est que les économistes ne pouvaient vous combattre sans prouver : que, votre théorie porte le paupérisme au maximum possible. Et, o*eût été prouver, en même temps : que le paupérisme (sous notre organisation de propriété, et ils ne veulent point accorder qu'une autre organisation soit possible), est absolument inextinguible. Or, c'est précisément ce que les économistes savent; mais, ce qu'ils ne veulent point vulgariser. Ils donneraient tout au monde pour que J.-B. Say n'eût pas écrit : les épargna des riches se font aux dépens des pauvres ; et tous les ans une partie de la population doit mourir de besoin, mime au sein de la nation la plus prospère. Mais, ce qui est écrit est écrit. Alors, le plus sûr pour eux, est de ne point faire vibrer cette corde. Aussi, n'y ont-ils point touché.
Les prétendus socialistes n'ont rien dit : parce qu'étant (les leurs, ils ne veulent point vous combattre; et, encore, parce qu'en vérité, ils n'ont rien de mieux à vous opposer*
Et VOUS, me dira-(-on, pourquoi n'avez-vous pas écteiiv voire rftai?
l^ourquoi? Parce que je sais tout ce que vous valez. Parce que je sais : combien les discussions orales excitent Tamourpropre; et, combien, généralement, elles sont inutiles pour arriver à la vécité. Parce que je ne voulais pas me mettre if dos tous Tes flatteurs qui vous encensent; et, que je sais qu'un insecte rampant est souvent plus à craindre qu'un liqn rugissant. C'est au grand jour de la publicité, que vous mîaves procurée, que je veux vous présenter la vérité. Préstutée hors 4^Qfttto protection, les hiboux l'auraient étouiïée. .
« Ce nVat pas la lof^ique qui manque anx « liomines, c'est le point de départ. »
Voltaire.
Je sais que les flatteurs vont vous dire : que, Je veux vous prendre par votre faible : celui de vouloir être ministre. Par voire faible? moi, je dis par votre fort. Vouloir être premier ministre est ce qui vous honore. Quiconque se croit digne de rétre, avec utilité, et, n'y aspire pas, est un lâche. Y enat'il beaucoup qui aient étudié autant que vous à cet égard ? Y en a-t-il beaucoup qui, s'étant acquis une belle fortune, la méprisent pour rester fidèles à leur conviction? Pour moi, votre conviction, ordre et liberté, est une utopie dans l'état actuel de l'ignorance sociale. Hais, où sont-ils donc ceux qui ont tout sacrifié à leur utopie, tout jusqu'à l'amour des forts et jusqu'à la popularité des faibles ? Vous voulez être premier ministre ! c'est là ce qui vous honore à mes yeux. Vous voulez être premier ministre et vous le serez.
Oui , vous le serez ; et par le concours de tous les partis. Et , les partis se réduisent ; aux conservateurs et aux révolutionnaires.
Qu'est-ce que les conservateurs veulent conserver? Ce qu'ils ont; et ils n'ont pas tort.
Les révolutionnaires croient-ils que les conservateurs sont un troupeau composé d'imbéciles? Pourrait-on me dire ce (|iie l'on a présenté aux conservateurs, qui ne les conduise à l'anarchie, à la perte de leurs biens et de leur vie% Je me fais gloire d'affirmer : que , si je n'avais eu le bonheur de rao trouver sur la voie de la vérité, je serais aussi réactionnaire: quo MM. Thiers,Guizot et Borryer. 11 est vrai, que, je n'aurais point, comme eux, affirmô que rancionno sociéli» resir»
seule possible. J'aurais vu : qu'en présence de rignorance faciale et derincompressibilitéde Texamen^un nouvel ordre social estabsolutnent nécessaire. Mais , jusqu^à ce qu'il eût été présenté d'une manière incontestablement rationnelle, comme ennj'awais résisté. J'aurais fait, comme individu , ce que l'Angleterre fait comme nation : j'aurais repoussé l'anarcbîo; je n'aurais point protégé le despotisme.
Quand les conservateurs verront clairement; clairement, entendez-vous? et, «comme vous seul, avec Voire immense puissance de vulgarisation, êtes capable de faire voir; quand, (lis-je, ils verront : que, vous seul pouvez leur conserver ce qu'ils ont, en les mettant à l'abri des révolutions, ils vous porteront au ministère; et, si vous vouliez refuser, ils vous assommeraient.
Et les révolutionnaires, que veulent-ils? Avoir ce qu'ils n'ont pas; avoir ce qui leur est dû; et ils ont raison.
Les conservateurs croient-ils : que , les révolutionnaires sont des bêtes féroces , combattant comme des tigres pour boire du sang? Pourrait-on me dire : ce que les conservateurs ou le despotisme ont présenté aux masses pour anéantir le paupérisme? Le paupérisme ne peut pas être anéanti , (lisent quelques imprudents conservateurs. Savez-vous , alors , ce que le paupérisme révolutionnaire répond ? Ah I le paupérisme est inextinguible! Eh bien ! nous sommes les plus forts , et nous allons vous mettre à notre place. Chacun son tour. Et , ne croyez pas que ce soit moi qui mets cet argument dans la bouche de la démocratie; c'est Aristote. Et, si, il y a peu de siècles, vous aviez osé contredire le prince des philosophes; vous eussiez été , et cela à Paris, pendu par le cou jusqu^à ce que mort s'ensuive.
Maintenant, dites-moi donc, qui, en présence d'une pareille conservation, ne se pose point révolutionnaire? El cela , en haine des révolutions.
Mais, quand les révolutionnaires verront : que, vous seul, pouvez terminer les révolutions , en faisant obtenir à chacun ce qui lui est dû; et, cela d'une manière incontestables
ment rationnelle vii»-à-vis de tous et de etiâcun ; filors Im révolutionnaires vous porteront au ministère; et, ils vous couperaient le cou, si vous vouliez refuser* J'ajoute qu'ils feraient bien : révolutionnairement parlant.
Autre chose. Savez-vous ce que disent les flatteurs? que je vous flatte uniquement pour pouvoir vous contrarier et vous faire accepter MON système.
Je n'ai point de système à moi. Sj J'en avais un , Je me considérerais comme fou. J'expose ce qus la raison lii*è ordonné d'exposer. Âi-je obéi à la bonne raison ou A la mauvaise? voilà ce qu'il faut examiner : et , ceci n'est point mon affaire ; mais bien celle du public. SI , je ne parviens point à le convaincre, après avoir été lu néanmoins, J'aurai tort, absolument tort. Supposons maintenant, que J'aie ol>éi à la bonne raison , à la raison réelle. Est-ce donc vous flatter, pour vous contrarier, que de vous dire :
« Vous voulez l'impôt sur le capital , et vous qve; raison ; « Vous voulez la liberté absolue , et vous avez raison ; a Ce que vous voulez peut seul sauver la société, et je lo « prouve. »
Jolie manière de contrarier, en vérité !
Supposons maintenant; que, dire la vérité soit flatter. Alors, J'aime à flatter et Je vais vous flatter.
Je vous ai écrit que vous étiez un ignorant : mais un ignorant noble; un ignorant de bonne foi; un ignorant aimant la vérité!
Cette lettre est celle qui nous a liés.
Depuis cette époque, je n'ai cessé de vous dire : que vous étiez dans l'erreur; que vous raisonniez mal ; que vous étiez un honnête homme, tandis que vos doctrines devaient vous rendre un fripon ; que, votre belle intelligence avait été dépravée, par ceux qui prétendent, que la fraternité est une dépravation; etc., elc. Malgré cela, vous n'avez cessé de dire hautement et peut-être plus que vous ne le deviez : que je suis un homme de premier mérilo; tandis que les autres m'ont
toujours considéré oomme un fou< Vous avez fait plus: VOUS avez commencé à faire imprimer mes travaux qui, tous vous contrarient sur ce que vos théories ont d*erroné. Je vous ai dit dans ma dédicace que nous étions en complet dissentiment de doctrines. Et, cette dédicace vous Tavez acceptée. Puis vous avez fait imprimer un premier volume : en courant le risque de p^re , s'il y a à perdre ; et de me faire gagner, s'il y a à gagner. Si , c'est là flatter ; puissé-gc avoir beaucoup de monde à flatler ainsi.
Oui , vous serez premier minisire , je l'ai dit et je le répète. Vous serez premier ministre : parce que vous seul méritea de Tétre.
Un mot, avant de finir sur cette difficulté. Je vous ai nommé juge. Ici donc encore, il vous est défendu de descendre dans l'arène. Forcez mes adversaires à se présenter, sous peine de félonie ; et , vous les verrez ; ou refuser le combat; ou se déclarer vaincus après avoir été désarmés.
Autre difficulté. Vous affirmez, me direz-vous, que la société est ignorante sur la réalité du droit. Eh bien ! anéantissez cette ignorance.
Ici , encore , je vous renvoie à la première épigraphe de celte lettre , et à la lettre écrite à MM. de Potier et de La Sagra , qui maintenant vous est également adressée. Croyezvous que l'ignorance sociale sur la réalité du droit puisse se trouver anéantie par une démonstration de quelques ligne^ Croyez -vous : que, cela ne nécessite point l'examen de toutes les philosophies qui ont existé jusqu'à présent? Croyez-vous : que, cela ne nécessite point la connaissance des sciences dites naturelles , que rimmense majorité des publicistes ne connaît pas? Croyez-vous : qu'il ne faille point montrer, à ceux qui les ont mal étudiées, et en ont tiré des conséquences matérialistes, en quoi et comment ils se sont trompés? Puis, en outre, ei principalement , à quoi bon exposer ce qui constitue l'ignorance sociale; tant, que le besoin d'anéantir cette ignorance, n'est point socialement senti? Je le répète, à quoi bon l'exposer à ceux qui, comme vous, ne reconnaissent
point la nicessilé de Tanéantir^ comme étant absolue, en présence de Tincompressibilité de Texamen? Jusqu'à présent, cette exposition et cette démonstration sont, dès lors, complètement inutiles pour vous; et, h plus forte raison , pour rimmense majorité, qui est loin de vous valoir.
Heureusement, il est un moyen de tourner cette difficulté. Vous ne reconnaissez point l'absolu besoin de sanction religieuse COMMUNE , pour que la société pense exister et persister. Soit. N'en parlons plus, pour le moment. Pour discuter, n'importe quoi., il faut être d'accord sur le point de départ ; et , ici , nul accord ne se trouve entre nous. Mais , il y a un point qui nous est commun ; et, c'est celui là , pour le moment exclusivement celui-là, que nous avons à débattre entre nous.
Ce point commun est : la nécessité actuelle d^anéantir le paupérisme; pour que l'ordre, vie sociale , puisse