L'IMPOT
Nous examinerons successivement ces quatre parties de Pouvrage.
Examen du livre premier intitulé : du droit de propriété.
Sous Texpression, droit de propriété, M. Thiers confond deux choses essentiellement différentes : Idi propriété considérée comme un droit, c'est-à-dire comme essentielle à l'être réel, à l'être seul raisonnable, à l'homme enfin ; et l'organisalion de la propriété, organisation qui diffère nécessairement, selon que la société est régie : par la force dominant la raison ; ou, par la raison dominant la force.
Et, comme il y a mille espèces de forces, qui peuvent dominer sous le masque d'une des mille raisons illusoires ; et qu'il n'y a qu'une raison réelle ; il est évident que, sous le règne de la force, l'organisation de la propriété pourra varier : comme les différents sophismes qui pourront la protéger; et, que la force, s'emparant de l'éducation, aura pu faire accepter comme vérité.
Qu'aurait dit M. Thiers, en 1789; si, un Thiers delà noblesse avait confondu le droit de propriété avec l'organisation de la propriété, qui attribuait le sol aux aines de quelques familles privilégiées? Le Thiers du bourgeoisisme, se serait récrié contre cette confusion. Le Thiers du bourgeoisisme actuel commet la même faute, en identifiant le droit dé propriété, avec l'organisation de la propriété qui attribue le sol : non plus aux aînés de quelques familles privilégiées, mais à ces mêmes familles^ abstraction faite de primogrénilurei
Il est juste qu'un Thiers du prolétariat, reproçbe celte faute au Thiers du bourgeoisisme. La noblesse avait en outre mille raisons en sa faveur ; et le bourgeoisisme n'en a pas une seule.
La noblesse pouvait dire : Éludiez Thistoire, et vous verrez, sans exception aucune: que, partout où le bourgeoisisme s'est introduit, toujours il a été le précurseur de l'anéantissement de la société. Tyr, Sidon, Athènes, Carlhage, Rome, les républiques italiennes, etc. sont là pour le prouver. En établissant le bourgeoisisme, vous anéantissez la compressibilité de l'examen. Avant un siècle, si la noblesse ne peut se rétablir, le bourgeoisisme sera anéanti. Et, ce que la noblesse pouvait dire, elle l'a dit; et, il ne lui a été répondu que par des billevesées. Que répond M, Thiers, quand on lui prouve: que, l'organisation bourgeoise développe la richesse et le paupérisme sur deux lignes parallèles ? Que, cette organisation est la seule compatible avec l'existence sociale. La noblesse disait la même chose. Nous verrons que noblesse et bourgeoisie ont également tort; malgré tous les Thiers qui ont voulu et voudraient les défendre.
Un mot sur le droit de propriété, fort mal défini par M. Thiers. Il fait dériver ce droit de l'instinct. Rien n'est plus incompatible que droit et instinct. L'instinct est l'expression de la matière ; le droit est l'expression de l'intelligence. Je sais que M. Thiers, panthéiste comme la science,, comme l'académie à laquelle il appartient, ne peut donner au droit d'autre source que l'instinct. Mais, c'est un droit qui n'a de base que la force. La tempête jette des instincts sur le rivage. L'anarchie pourrait bien jeter, dans l'abime, U^ organisation de propriété qui n'aurait pour base qujQ l'instinct, si maladroitement réclamé par M. Thiers.
A la page 11 , M. Thiers dit : qu'il n'y a plus rien à réformer dans la société ; qu'elle est réformée depuis longtemps, depuis 89. Il a raison : notre société a subi sa dernière forme possible en arrivant à l'incompressibilité de l'examen. Cette
d^rmère forme a foj:cé ^9 plus cbs^uds partisans, d'avouer ;
que, sous elle : lê$ épêrgnn des riehei se fontmi àèj^mê des pauîfres; que, ehaqm année une partie de la populatiàn doit mourir de hemn, mime au sein deJa nation la pluepràs^ père. De pareilles déclarations, vraies comme deux et deux font quatre, rendent une pafi^ine société irréformable ; elles la mettent en état d'anarchie permanente; à Tétai de cadayre prodmin. Dès lors, Thumanité ne peut être sauvée : que^ par Ta société nouvelle ; par la société au sein de laquelle \ek épar* gnes se font nécessairement sur son propre travail ; par la sodété où, non-seulement personne ne meurt de besoin, mais encore où les besoins raisonnables de tous et de chacun^ sont Complètement satisfaits.
M. Thiers reproche à la révolution de Février de ne pas avoir produit l'élan de 89; et, il en demande la raison. Je vais la lui dire. En 89, on savait déjà : que, ce qui opprimait la bourgeoisie était la primogéniture au sein des familles privilégiées. Et, à cet égard, la bourgeoisie avait donné Télan au^euple, auquel elle faisait accroire : que leut^causè était commune. En <8A8, le peuple savait déjà : que les causes étaient différentes ; mais, il ne savait pas encore, que, la eatise de son mal était : non plus les dlnés au sein dés familles privilégiées ; mais les familles privilégiées elles-mêmes, privilégiées par Taliénatlon du soi. Laissez arriver la connaissance de la cause du mal, ainsi que du remède, nonseulemetil: au peuple qui souffre dans le présent, mats aussi aux bourgeois qui souffrent dans l'avenir; laissez arriver à la connaissance de tous, que tous peuvent être heureux sans ftîre tort à qui que ce soit ; et, vous verrez : que, Télan de 8§, lequel, du reste, n*a existé qu'en France, n'aura été qu*un feu follet t ^vis-à-vis de l*incendie de bonheur qui doit embraser le monde.
€ «— Essayez, maintenant, si vous pouvez, dit M. Thiers, « une Buit du 4 août, élevez un autel à la patrie , et dites- « sous oe que vous y apporterez)
^ h vais vous te dire* Au I août, rancienne organisa-
tioQ de la prApriété a été sacrifiée sur Taulel de la patrie, au-^ tA du prince des démons $ autel de ranarchie, du mement que l#s hommes pmivent examiner. Au 4 août prochain, rorganisation actuelle de ta propriété sera sacrifiée : non plus sur l'autel deBaal; mais sur l'aulel de l'humanité; surTautet de réternelic justice > Dieu réel, venant tenir la place de ce qui jusqu'à présent n'en a été qu'une personnification.
M. Tbiers reproche aux partisans delà révolution sociale, d'attaquer la propriété. Comme je dota croire que M. Thiers est de bonne foi, je dois le plaindre alors de son peu de perspicacité. Il n'y a de possible : que, propriété organisée d'une certaine manière; et, communisme absolu ou absence de propriété, c'est-à-dire absence d'organisation) absence d'humanité. M« Cabet, qui organise à sa manière, n'est pas plus communiste, ou plutôt l'est infiniment moins que M. Proudhon, qui n*oi^nisepas du tout,s*en rapporte à Pautomatisme et nie le communisme. Ce que les partisans de la révolution sociale attaquent, c*est une organisation de propriété : oikjlês épe^nês des riches se font néeessmrement m^ dépens des pamres;^ et, ad nécessairement anssi une partie de lapopulati&n doit, pous lé s(me%y mourir de besoin, mime au sein de la nation la plus prospère. M. Tlilers appdie une pareille société la société véritable: nous, nous l'appelons Texpression de )a féree et non de la raison. M. Thiers dit : que MHS propageons des erreurs; puis, se gtoriftant, il ajoute :
« — Dieu veuille qu'il y ait place pour un peu d'estime « en faveur de ceux, qui auront résisté à ces erreurs^ éter- « nelle honte de Thumanité ! »
c «-» ISons^ noua dJ«ou& ; Dieu veuille qu'il y ait un peu « de pitié pour ceui; qui ont trouTiqua le milheurde^miaaea « devait coiopoaef le bonheur d» l'buiMnité \ »^
Au (^^pitre il, M. Thiers se d^t pour savoir quelle est ta bMne méthode pour arriva à la dèméiistratton d'un droit queiconquo. CW là, en effet, le point essentiel, le ne sais fk Ui Tbief9 est docteur en droit. Mais, en sa qualité de ^
cencié, il a probablement suivi la quairièmc arfhce d'éludés qui, du reste, n'est obligatoire que pour le bonnet doctoral. L'histoire du droit fait partie de celte quatrième année;*et, h Paris, le professeur commençait toujours sou cours par les
phrases suivantes :
« — Le droit positif est le contenu de la loi; le droit alors
« vient de la loi, la loi crée le droit. Le législateur proclame
« ce qui lui paraît DROIT NATUREL. Cestlà Grotius.
- 9i II y a une opinion opposée qui prétend que la loi n'est
« que la reconnaissance du droit.
« Il n'est pas encore décidé : si le droit vient de
« LA LOI ou SI LA LOI VIENT DU DROIT. »
1^ M. PoNCELET, professeur à la Faculté de Paris.
Leçon de novembre 1836, etc., etc.
'— Ce qui revient à dire : « Nous ne savons pas encore, « s'il y a un autre droit que la force. »
M. Thiers en sait-il plus que le professeur? Toute l'ancienne société, la société actuelle , la société ayant existé depuis l'origine sociale est caractérisée par cette ignorance ; et, la société nouvelle sera seulement constituée ; lorsque cette ignorance se trouvera anéantie.
hf^ chapitre m est intitulé : De l'universalité de la propriété. L'auteur veut y démontrer : que la propriété est un fait constant, universel, dans tous les temps et dans tous les pays.
J'aimerais autant que ce chapitre eût été intitulé : de l'universalité de la lumière; et, qu'Use fût agi de démontrer: que tous ceux qui ne sont point aveugles peuvent en jouir.
Le chapitre iv est intitulé : Des facultés de f homme. Il s'agit de démontrer : que l'homme a, dans ses facultés personnelles, une première propriété, origine de toutes les autres.
L'art du sophiste consiste : à prendre une expression tantôt dans un ^ens, tantôt dans un autre; et, de la faire passer indistinctement d'un argument da^ns un autre, pour identifier 4e3 propositions çon),radiclQires, §an9 quQ, l'auditeur
puisse s'apercevoir de l'escamotage : comme un saltimbanque fait passer ses boules d'un gobelet dans un autre, sans que le spectateur puisse deviner : comment cela a pu se faire.
Souvent aussi, le sophiete est de bonne foi. Et, alors, il ne faut accuser que son ignorance.
« — On ne saurait s'étonner, dit de Maistrc, que l'homme « qui n'a aucune idée claire, n'en ail aucune de fixe ; et qu'il « se serve successivement de la même expression pour rendre « des notions toutes différentes. »
— Il ne m'appartient pas de décider si M. Thiers a été, oui ou non, de bonne foi.
Cette question n'étant pas de mon ressort , je vais mettre à nu le sophisme de M. Thiers.
Il y a propriété, signifiant : caractéristique des choses; comme h pesanteur est une propriété des corps ; ei propriété, signifiant : une richesse qui nous est attribuée par les lois. Et, toute richesse, ne l'oubliez pas, est matière. Le mol faculté, au moins pris au propre, caractérise au contraire l'être réel. Car, si l'homme n'est qu'une machine, résultat d'organisme ou de création, le mot faculté, à son égard^nc peut être employé que figurément. Maintenant, M. ^Thiers veut donner les facultés, c'est-à-dire l'humanité comme propriété richesse. C'est assimiler l'homme à la matière. Une flWs ce sophisme accepté ; vous dites : toute propriété doit être imposée. Vous en concluez : que le travail, c'est-à-dire la faculté de travailler doit être imposée : puisqu'elle est UNE PROPRIÉTÉ. Et, commc du moment que la moindre parcelle de l'impôt frappe le travail, le travail supporte exclusivement l'impôt, il en résulte : que, faire accepter, que la faculté de travailler est une propriété, c'est faire accepter implicitement que le paupérisme est une nécessité. Alors, l'esclavage des masses se trouve justifié; et, il est possible de dire : il mondo va da se. C'est l'intronisation de la société bourgeoise.
Il y a dans co chapilre une phrase que je vous prie de ne paa laisser passer inaperçue. La voici :
« — Je veux, dit M. Thiers, considérer déplus prés én- « core Texamen de ce qui m^appaïtlent ou ne m'appartient « pas; et,- je m'arrête à considérer mon corps, et, dans mon « corps, le principe vivant qui l' anime. »
— Ainsi, votre personnalité appartient au principe vivant, principe existant chez le chien, chez l'huitre, chez la carotte; et, c'est ce principe qui vous anime. Et quand, par la mort,' le principe vivant appartient au fumier, votre principe animant, votre âme y appartient également. C'est la doctrine du panthéisme. Elle a pour résultat social : l'exploitation des faibles par les forts ; c'est la doctrine académique. Théoriquement, et vis-à-vis d'une fausse science, socialement acceptée comme réelle, il n'y a rien à dire, si ce n'est de détruire la fausse science : ce qui est impossible, tant que l'ignorance n'est point socialement évanouie ; ce qui est toujours plus ou moins long. Pratiquement, au contraire, cette doctrine conduit promptementà l'anarchie. Et, c'est même l'anarchie qui fait reconnaître la fausseté de la doctrine. Une société, où celte théorie domine, est bien près d'appartrair au fumier { comme le principe vital de ses individus.
À la fin de ce chapitre, M. Tbiers vous annonce que le bott Dieu trouvera en lui un ardent défenseur» S'il s'agissait du bon Dieu panthéiste, personnification de la force, je suis persuadé que la cause de ce bon Dieu serait en bonne main. Je n'en dirais pas autant s'il était question du Dieu réel, du Dieu impersonnel : justice ÉTERNELLSé
Voici, du reste, un passage de H. Thiers qui pourra servir à élucider cette question :
* *- Il n'eXiile, dit le religieux autéut*, qu'un moyen de a détruire les vieille^ supeWlitions, ô*eit l'indifférence et la « disette. En souff^nt tous les cultes et n'en salariant aucun, « les gouvernements hâteraient singulièrement leur fin. »
{Histoire de la BévolutioH.)
— Voilà M. Thicrs qui traite de superstitions toutes les religions qui, basées sur une foi, ont néeessairement un culte. M. Thiers, homme religieux, peut-il remplacer les religions basées sur une foi par la religion basée sur la science? Je me permets de le lui demander.
« Ce qac sont les hommes^ pourtant!., on est c( plus sûr de les occuper^ de les frapper da- « vantage par des absuixlités que par des idées (c justes. »
L'Empereur à Sainte-Hélène, 4*^ octobre 4816.
« Dites que le travail est une condamnation^ c( une malédiction, vous serez élevé jusqu'à IV « pothéose. Dites que le travail est l'expression, « la gloire de Thumanité : les honunes vous « regarderont dans les yeux^ pour s'assurer : « s'il est possible de vous passer la camisole « de force, sans crainte d'être mordu. »
Colins, Commentaire.
Le chapitre v a pour titre : De l'emploi des facultés de l'homme ou du travail. Il s'agit de démontrer : que, de Vexercice des facultés de Phomme, il mit une seconde propriété, quia te travail pour origine; et que la société conserve dans IHntérét universel.
M Tbiers n'oublie qu'une chose; et, je. suis persuadé que ce n'est pas à dessein; c'est que le travail est absolument incapable de donner naissance à cette propriété, que M. Tbiers appelle seconde, et qui est unique : si, le travail, qui est agent, n'a pour patient, le sol, ou ce qui en provient. Par conséquent: du moment, que le sol est complètement aliéné; l'homme, privé de sol, ou de ce qui on provient, ne peut travailler : que, si le propriétaire du sol, ou de ce qui en provient, veut bien le lui permettre; permission qu'il refuse, s'il n'a besoin de son travail. Alors, le prolétaire doit mourir ou être esclave. C'est, ce que Malihus a parfaitement indiqué par sa célèbre proposition : Au grand banquet de la vie, etc., etc.
Ici, lé très -religieux M. Tbiers, qui, dit-il, ne connaît au dévouement d'autre motif que la gloire, nous assure : que, le
bon Dieu a destiné rhomme à travailler rudement, (ftm ib*leil à îtn autre soleil, à arroser la terre de ses sueurs. Il est possible: que, le bon Dieu delà force ait prononcé cette malédiction barbare; mais, jamais le bon Dieu de la raison n'a proféré pareille atrocité, li'homme, être intelligent, par conséquent dominateur de la matière, peut, dès quHl est dépouillé de son ignorance, ne travailler que de la pensée; et, pour ainsi dire, ne jamais répandre une seule goutte de sueur. A la vérité, dans la société : où les épargnes des riches se font aux dépens des pauvres ; où, tous les ans une partie de la population doit mourir de besoin, même au sein de la nation la plus prospère ; l'esclave doit travailler sans relâche, pour mourir sous le faix ; et le maître ne rien faire : que, le maintenir sous le joug. C'est, du Dieu de celte société, que M. Thiers, son souverain pontife, s'est déclaré le défenseur.
Déjà dans ce chapitre, M. Thiers commence à quitter la propriété, pour entrer dans le domaine de son organisation. Il dit : que, pour cause d'utilité publique, le sol doit être aliéné aux individus, dans les commencements de société. M. Tliiers a parfaitement raison. Nous allons plus loin que lui, nous affirmons et nous prouvons : que, le sol doit rester aliéné, aussi longtemps qu'il n'est point absolument néces* saire au bien public, à l'existence humanitaire, de le faire entrer à la propriété collective. Nous voilà d'accord avec M. Thiers ; et, nous savons en outre, sur quoi nous différons. Lui prétend : que l'ancienne société, la société actuelle, celle qui a poui^base l'aliénation du sol aux individus, est perpétuellement nécessaire ; moi, je soutiens : qu'il vient une époque, et que cette époque est arrivée, où cette ancienne société, qui est encore la société actuelle, devient absolument incompatible avec l'existence de Tordre.. C'est quelque chose de savoir : sur quoi l'on est d'accord ; et sur quoi l'on diffère.
M. Thiers nous ci le l'Orient, comme type de la tyrannie. M. Thiers a raison. C'est, que le sol s'y trouve aliéné à unseul. La tyrannie y est moindre en Occident, parce que le sol y est aliéné à plusieurs ; et, encore y dôvient-elle insup-*
pwt(ri>l« : âtt VBiWmt que le 9o\ partagé n'y domine plus par te systôAiQ nobiliaire i et, que le capital y devient suprême dMHiuateur, par te ayatàme^aurgeoia. Quant à la liberté, elle aat QXtiusiva au lol CQU$§HpmiHl ponédà» aaua qu'il y ait un aeul individu d-exeeptô, Nout eu avoua dôjè exposé la raison ; et, si M. Tbiers m la tenait point pour eonvaincante, nous lui offrons de lui eu donn^ des milliers d'inoontestables, même après lui en avoir déjà donné suffisamment pour le oonvaincre.
Citons ici un assez lopg passage de M. Thiçrs; il ne nous accusera pas d*en avoir choisi un contraire à ses vues.
t Que, par les progrès du temps, dit-il, ou la sagesse du < ina|tre, h propriété soit respectée.... a
— llemarquez^ je yous prie, que ce n*est point la pro^ pri^fé qu'il fallait* dire, mais Vorganisation de la propriété. Car^ la propriété ne peut pas plus être attaquée que le soleil,
4 «^ A rinstant, continue Fauteur, la confiance renait, les € cfipitaux reprennent leur importance relative, la terre va- « lant tout ee qu'elle est destinée è valoir redevient féconde, « Tor, l'argent si recherchés^ ne sont plus que des valeurs « inoommodes et perdent de leur prix; la classe qui les détec nait, restée habile, a recouvré la dignité avec la sécurité ; « elle ne cache plus sa ricbesse, elle la montre avec confiance « et la prête à un intérêt modique. L'activité est universelle a et continue ; Taisance générale la suit, et»la société, épa- « nouie comme une fleur ^ la rosée et au soleil, s'étale de a toute part, aux yeux charmés qui la contemplent. Et si on « voulait attribuer cet état prospère des sociétés civilisées à « la liberté dont Dieu me préserve de contester la vertu bience faisante ! je répondrais que c'est à la propriété respectée « (mettez ici à l'organisation de la propriété respectée) qu'on « doit ces beaux résultats ; car Venise n'était pas libre, mais « ses tyrans respectant le travail, elle était devenue la plus « riche esclave de la terre. »
TTt
Touieala est vrai, monsieur Tlûari. Mais, rorganisalion actuelle de la propriété ne peut plus être respectée} de W, et cxoliiaivemont delà, l'anarchie actuelle, gui ne peut disparaître que par l'autre organisation de la propriété; car, il en ett seulampnt dpux fpndamentoleg f celle où le sol e^t aliéné} e^ celle où le spl £(ppartient ^ la propriété ppljectivp,
Quant à la liberté, évitez-vous, à cet égard, çjp prpp^re Dieu à témoin j vous ne savez nullement ea quoi elle consiste- La liberté sociale est encore à naître. Et, Venise, non atlarhée à la glèbe, mais dominant la mer, était moins esclave : que la France actuelle, dont les masses sont garrottées sous le joug du paupérisme. Ce que je viens de dire de l'esclavage du prplél^riat, p'e^t pas de moi; mais de % Wche\ Chevalier, (Ipnt M. Tbiers ne récusera point l'autorité comoiB^fl^r npfpiste. S'il étai| pépess^lre, je saurais epcofe m'appuyer sur une antprité actiiellejnept })ien pjus élevée.
Le chapitre vi est intitulé : De Vinégalité des biens. Il s'agit de démontrer : que, de VinégaUlé des facultés de Vhomme, naît forcément Vinégalité des biens.
Ici, M. Thicr^joup le rôle d'un enfonceuiî depqrles PHr vertes. Ile pareilles propositions ne se posent ppi!)tà des PPF^ sonnes sérieuses*
Dans ce chapitre, M. Thiers nous parle beaucoup dp |p volonté de Dieu, des lois de la créatipp, et de tout \e bagpge antropomorphique, 'Ignore-t-il : que, l'antropomorphisme, devant la raison, est incompatible avec la réalité du lieafeligieux? Cpoit-jl donc : la religion réelle inutile à l'existence de l'ordre; ou, croit-il possible: de j^pqs ramener sqi^ je joug de croyances devenues incontestablement et évidemnjeiit absurdes? Ces deux croyances seraient elles-mêmes, pour l'actualité, aussi anarchiques que possible. M. Thiers ne se doute pas, qu'il est aussi révolutionnaire (Jue M. Proudhori. Le nec plus ultra du révolutionnarisme consiste : à s'oppaser aux nécessités sociales; et, la démonstration de la réalité du lien religieux; par conséquent^Me r^^Jet de imi co qui
rend celte réalité ridicule; est devenue la nécessité sociale par excellence.
Pour justifier rinégalitédes conditions, qui n*a nul besoin d'être justifiée, M- Thiers dit :
* « -~ Quel tort, en s'enrichissant lui-même (l'homme riche « qui n'a point volé) a-t-il fait autour de lui? Aucun appa- « rerament. »
— A cet égard,' écoutez J. B. Say ; il est bien aussi une autorité.
« — Les épargnes des riches, dit-il, se font aux dépens des « pauvres. »
— Ceci est fort bien : tant que les masses doivent être efxplbitées, pour qu'elles ne puissent examiner l'ignorance sociale, constatée par le professeur de l'histoire du droit, dont je vous ai déjà parlé. Mais, du moment qu'il devient impossible d'empêcher les masses de reconnaître la vérité de ce que dit l'oracle des économistes ; le riche qui, sans voler, et en étant le plus honnête homme possible, fait des épargnes aux dépens des pauvres; devient, sans le vouloir, et, par le seul fait de l'organisation sociale; Vun des éléments d'une inévitable analrchie. Vous imaginez-vous que l'anarchie, considérée en dehors de ses effets providentiels , ne soit pas un mal î
J'ai dit ailleurs : que,'M. Thiers avait le malheur de ne pas bien connaître, «'est-à-^dire de mal connaître l'économie politique. En voici une preuve :
« — Quand, dit-il, il y a plus de grains, par exemple, ou « plus de tissus, les uns et les autres sont à meilleur marché. « Il y en a plus pour tout le monde. »
M. Thiers se trompe ; il fallait dire : il y en a moins pour tout le monde» Dans notre société, il est reconnu par tous les économistes : que la richesse et le paupérisme croissent sur deux lignes parallèles. Donc, etc.
Ld chapitre vu est intitulé : De la transmission d^ lapro^
priélé. Il s*agit de prouver : qiie la propriété n'est eûmplèle que si elle est trmsmissiblepar don on hérédité.
Voilà tine nouvelle porte ouvefte ipie M, Thiers va s'efforcer d'enfoncer. ♦
Ce chapitre yiii a pour titre du don. Il s'agit de démontrer : que le don est l'une des manières nécessaires d^usen^e la propriété. *
Nouvelle porte ouverte, facilement enfoncée par M. Thiers.
Le chapitre ix a pour litre de l'hérédité. Il s'agit de.. prouver que du don résulte pour te père la faculté de donner à ses enfants pendant sa vie ou à sa mort. *
Encore une porte ouverte victorieusement enfoncée^Jar M. l'académicien.
A chaque porte ouverte qu'il enfonce, M. Thiers dit :
« — Assez, assez, me diront encore mes contradicteurs, « vous démontrez ce qui n'a pas besoin d'être démontfé. — <c Mais, où donc faut-il que j'aille, dans cette voie, pour a trou verte qui a besoin de démonstration? »
— Vous savez donc que^vous enfoncez des portes ouvertes? Mais, il parait que vous ignorez : quand les portas sont fermées ; et, quand vous n'êtes pas dé force à les ouvrir. Soyez tranquille! j'aurai soin de vous en avertir; et de vous venir en aide.
Le chapitre x a pour titre : de Vinfluence de l'hérédité sur le travail. Il s'agit de démontrer : que la faculté de transmettre la propriété du père au fils r^d infinie l'ardeur au travail, et complète le système de la propriété.
Hélas! encore une porte ouverte. Quand donc arriveronsnous aux barricades ?
Le chapitre xi est intitulé : du riche. Il s'agit de démontrer : que les agglomérations de biens résultant de la propriété, tant personnellequ' héréditaire, composent ce qu'on appelle la ritiiffm •
M. Tliiers ajoul^ s
« ^ Laquelle remf^tômê \m sedMé fMkmm foDetions
< indispensables. »
«r Voyom, d'iUMwd, ees fonclidifl pôor aif^if ai tlles iûDt rMlement indispeiiaablea. Nom voM aniféa à jue f^
lile barricade.
« -^ Sam doote, dit M. Tbiera, on bo veat pas pour la
f socj^ oq ^ul travail, )e travail flUUnneU Qp ?wt npsl que
< riipinin^ piii^se appliquer Iq çQiDpas lur (p pipi^ popr « mesurer hi marebe {^es astres et appron^fQ 9 ^rflVSni^r t^ « mers; on veut qu'il puisse rester penebé une partiç du « jour sur les annales des nations pour découvrir Iff caq^ ^e « la prospérité ow de la chqi^ des empires, et apprendre à « les gouverner. Eh bien ! ce n'est pas l'bomme qui, d'un « soleil à ï autre demeurera courbé sur le sol çu sur une ma- « chine, qui pourra trouver ces loisirs? »
— M. Thiers a parfaitement raison pour la société actuelle. Mais, s'imagine-t-il : qu'en face de l'incompressibililé de l'examen, Pimmense majorité derindividus consentira à rester courl)é6 sur le sol ou sur une macbine d^un soleil à l'autre, et cela : teiis autre espoir que de voir ses enfants san^ éducation, sans instruction; sans autre espoir que d'être d'autant plus malheureux que les forts de la société seront plus ripl^es? Pans la SQcjété qouvelle, Mpn^jgHr, q'ijpporte où poil le berceau d'un enfant, il e§l certain ; qup se^ faoultés spront aussi complètement plévelpppées qqe s'il éUU P<^ Ql^ de l'homme le piqs ricjie du |[h)}îp. Yous ipi^gi^pz-yous dQqp que l'élude nuise au travail manuel? J'ai connu, aux États- Unis, mon camarade Poussin, naguère ambassadeur de France aux mômes États; je l'ai connu taillant la pierre, après avoir donné son argent p qq de se$ amis, sprtaqt comme lui de ri^eolp pplytechniqq3 p( attaqué de nostalgie. J'ai connu, h la Hayaqe, pion camaradP Fourchy, capitaine de oavalerie, sortant des écoles et offlcier da la Légion d'honnpirr. li y
exerçait le métier de iqaçûi). Je m^honore auwi d'eivoir été ferblantier, tourneur, menuisier, (^arpenljer, et cela ne m*empéche pa3 d^ pouvoir réfuter M. Tbiers.
f — Ainsi, continue M. Thiers, s'opère la végétation hu-» « miine. »
— Végétation humaine est charmant ! Le panlhéiste M. Proudhon ne s'exprime pas autrement quand il dij :
« — Compae si tout être n'était pas essentiellement yne « collection, un groupe ; comme s'il existait autre chose dans a la patiire que (leg collections et ^es groupes; çpmine si a foute la différence eptre les réalités et les çgjlectiofts ne « çeqsislait pas unfquepient pn pe (jue les ufîs formant 0es « organismes, lep autres de simples ag^régats; comme si, en- « flfl, 1? Yîc et h pensée n^^i^^eiraissmnli^diS nécessairement <c partout oii il y q organisation dans la collection, quelle « pp spit, (Ju reste, la forniule de cette organisation. »
(^Voiçû clu Pçuple, 27 décembre 18-|9.) •
— M. Tbiers fait végéter rbqmanité; M. Proudhon fait penser répOjjge et le champignon. C'est logique. Le panthéisme et rantropomorplj^sme conduisent au même but, le
' Nipitl0M]£. L'un voit tout dftna la matjère; raqlre, tout Aam le créateur de I^ matière, Il reate à l'hompiie ; zérp. Il faut de^ riches, dit encorp M. Tbiers :
c — Le dis enrichi par le travail de son père a nqn-seulec ment de beaux livr^8et de beaux tableaux, mais un palais ff d'étoffes somptueuses, des tables abondamment servies, « des chevaux fougueux, des chars élégants. Dites-nQUH,phi- « losophes de Tenvie, fout-il de tou(q8 ces choses dans une a société? •
— Et vous, dites-nous donc, philosophe du paupérisme I si, jamais nous avons voulu qu^il n'y ait pas de riches? Nous avons seulement voulu qu'il n'y efU plus de pauvres. Selon vous, richesse et paupérisme croissent sur deux lignes parallèles. Ici, vous paraissez le savoir; et, vous avez raison. Mais, vous voule2 continuer cet antagonisme; et c'est, maintenant,
tout ce qu'il y a de plus anarchiQue, je^vous en préviens. Du reste, tranquillises;- voys; la société nouvelle développera plus de richesse pour toras, en ua lustre; que, votre société pourrie n'est capable de développer de paupérisme en un siècle. ^
Maintenant, osez considérer la nécessité sociale de M. Thiers. Elle est ravissante comme l'enfer du Dante. Du reste, il a raison au point de vue de la société actuelle; cette société doit être un enfer|; sinon elle ne peut exister. •
« — Ou il faut, dit-il, la vallée de Tempe, habitée par des « pâtres, nf^ngeant la chair de leurs troupeaux, tissant leur « laine, patres que les poètes trouvent innocents, que je vous « déclare, moi, très-grossiers, souvent livrés à d'ignobles « vices, ayant leur Caïn s'ils ont leur Abel, et leurs pauvres « aussi cent fois plus hideux que ceux de Londres et de Pa- < ris, car ce sont ces crétins portante leur cou les insignes « de la misère physique, et sur leurs traits idiots les signes « de la misère morale : ou il faut, dis-je, cette vallée de « Tempe, ou. .... » ^
— Je vous fais grâce du second membre du dilemme.'Vous comprenez déjà que, selon M. Thiers , il n'y a d'alternative possible : qu'entre le crétinisme et le paupérisme. Dans ce cas, je plains M. Thiers et son ancienne société ; car alors elle n'aurait qu'à choisir dans un n()uveau dilemme : ou anéantir les écoles primaires et l'examen, ainsi que le veut très-justement M. Thiets à son point de vue; ou, avoir tous les quinze ans d'abord, puis tous les lustres, puis tous les ans, puis tous les mois, puis tous les jours des révolutions : qui porteraient les cadavres des riches aux gémonies, et leurs biens aux mains de leurs bourreaux. Ce but convient-il à M. Thiers? Alors, il n'a qu'à continuer, il est sur la route qui y conduit.
Le bon M. Thiers s'écrie : qu'il vaudrait mieux qu'il en fût autrement.
« — Ah! dit-il, avec coraponclioii, que ne dépend-il de « nous de nourrir des meilleurs aliments, de vêtir des plus « beaux tissus, de loger dans |es. plus saines demeures ce a peuple que nous aimons beaucoup plus que ceux qui . le « flattent, dont nous* apprécions le simple et naïf bon sens, « quand on ne l'a pas corrompu. Mais cela est-il au pouvoir « de la science ancienne ou moderne? »
— Oui, Monsieur, consolez-vous, cela est au pouvoir de la science ; et, nous vous le prouvons, sans qu'il vous soit possible d'y opposer un seul soplysme, qui ne doive être sifflé par le sens commun : lorsque la nécessité sociale l'aura forcé d'ouvrir les oreilles.
« — Dieu, conlinue M. Thiers, devenu, depuis l'histoire « de Grandvaux, l'un des plus grands adorateurs de l'an- « tropomorphisme; Dieu, ce grand coupable, a voulu quj « l'homme commençât sur celte terre par le gland, pour « finir, à force de travail, par le pain de froment, et il nous « semble qiic s'il a voulu faire du bien-être le prix du tract vail et de la vie une épreuve , il est permis de s'incliner « devant la profondeur d'un pareil dessein. »
— Inclinez-vous, monsieur Thiers ! c'est ce qu'il faut toujours faire devant les faits accomplis : car, s'il est un ordre moral, tout mal est une punition méritée, tout est alors nécessairement bien, feulement la soumission au passé n'est point une raison pour ne point ;)r^t;oiV l'avenir. Depuis plus de six mille ans, les faibles sont opprimés par les forts, qui n'en sont pas plus heureux. C'est une preuve incontestable que, s*il est un ordre moral, ces six mille années ont été une EXPIATION. Il faut même que ce malheur général ait été;?rovidentiel ou fatal, comme vous voudrez l'appeler; car il était très-possible qu'il en fût autrement; ce que nous vous prouverons quand vous voudrez. J'ajouterai : que , la soumission, pour être méritoire, doit être relative à une peine.
Et, nous attendrons que M. Thiers soit tombé : ou dans le paupérisme par misère physique ; ou dans le crétinisme par misère morale; pour le féliciter : sur sâ résignation, aux décrets du Créateur.