‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 12 sur 120 · CONCURRENCE · texte numérisé non relu

CONCURRENCE

««—La coDOurrence qui jamais ne sommeillai dit M. de • c Girardin, qui jamais ne se repose; la concurrence, celte « implacable divinité^ qui joue dans nos sociétés industrielles « le rôle que jouait la fatalité dans les sociétés antiques ) la « Concurrence, qui invente, perfectionne, simplifie des ma- « chines aussi puissantes que des nations ; la concurrence est « là qui, nous presse, qui nous aiguillonne, qui nous excite c à produire et sans cesse et sans fin, a recommenœr en sens « inverse l'œuvre des Danaïdes, à emplir toujours un tonneau • qui jamais ne se vide* Eh bien ! quand nous aurons entassé « le mont Pélion sur le mont Ossa, ruines sur ruines, faute « de marchés où nous puissions exporter et échanger nos <K jproduits, faute de marine qui nous permette d'aller décou- « vrir, disputer ôt conquérir s'il le faut des débouchés in- « dîspensables, que ferons-nous? Que ferez-voust Mitraille- « rez- vous impitoyablement vos ouvrière ameutés autour des « manufacture$ fermées et faisant de nouveau entendre ce cri t du désespoir et de là faim : TtDre en travaillant^ ou mou- . « rir en combattant? C'est là que nous attendons Tavenlf^t « ses dangers, le radicalisme et toutes ses passions mau- « vaises. » (Jt^^ 52(, n* ix, p. 62.)

— Que de déclamations, d'amplifications, d'antitbèses,^ et d'antinomies n'a-t-on point faites à propos de la concurrence 1 Et, tout cela causé par une logomachie ! C'est qu'il y a : concyrrence au critérium dolaforte^ et concurrence au critérium ' '<Ab la raison. Le résultat de la première est l'expression de UMDlavage ; le résultat de la seconde est l'expression de la liberté. Il est évident : qu'aussi longtemps que le critérium de la raison reste socialement inconnu, la concurrence a l'esclavage pour résultat nécessaire. Quand le critérium de la force est seul possible : plus il y a de développement d'intelligence et de développement de machines, plus les masses sont esclaves. Quand le crilërium te la raiMn domine socialement :

plus il y a dô développement d^intellifeDûe et de développement de machineSi plus il y a de liberté et de richesses pour tpiis. H. 4e Girardin veut coacpiérir des débouchés* Tant qu'il y a des Bationalités, c'est ^ectivement nécessaire. Alors, il faut des armées et des escadres, pour n'être point esclaves; mais, quand il n'y a plus de nationalités, et nécessairement U n'y en a plus, quand l'ignorance sur la réalité du droit se trouve anéantie, où voulez «trous aller conquérir des débouobés? ]>ansla lune?

CONiTITUTION*

€ — Pourquoi une constitution? En effets à quoi sert une

< constitution au-dessus de laquelle une majorité prétend

< avoir* le droit de se plàCér? À. quoi sert Une constitution

< qui ne protège pas la minorité? A quoi sert une coUslitu-

< Aon qui ne garantit pas \h liberté ? »

(les 52, n* II, p. 47.)

— A quoi? je vais vous le dire, Monsieur. A avoir de l'ordre, c'est-à-dire de la vie sociale, par la force, aussi longtemps ^ê ceux qui protègent oette constitution sont les plus forts.

M. de (îinirdin , immédiatement après s*etfe demandé pourquoi une eon^titution, de hftte dVn formuler une lui-même. Il la nomme dédaratiôb ; mais le nom ne fait rien à la chose. C'est une règle foodameotale; et une constitution n'est pas autre chose. Voici la déclaration de M. de Girardin, que, luimême aussi, intitule une constitution :

COKStlTtmOïf ïfHAHÇAIte -^ <852.

« L La RépubUque est la nouveUe forme du gouverne- « ment de la France.

« II. Tous les droits proclamés par les constitutions an- « térieures sont reconnus sans discussion et inviolables.

« lu. La majorité de la France électorale est représentée

< par hmajarité de Vàssemt^ée nationale, siégeant en vertu

a du suffrage direct et universel, et se réunissant de droit le « <•' mai de chaque année.

« IV. Tous les pouvoirs législatifs et exécutifs sont délégués « à un président, qui reçoit le titre de pr^^td^n^ responsable. « Ilestélu par rassemblée nationale; il choisit et révoque les « ministres qu'il s'adjoint. Il exerce ses fonctions aussi long- « temps qu'il conserve la confiance de la majorité; cette « confiance s'exprime par un vote spécial et par le vote annuel « des recettes et dépenses de TÉtat.

« V. Aucun impôt ne peut être perçu et ne doit être payé, <c s'il n'a été voté par l'assemblée nationale.

« VI. En cas d'usurpation iie pouvoir ou d'atteinte aux li- « bertés publiques, le refus de l'impôt est un droit et un ic devoir. »

— Examinons cette constitution .

Son ensemble repose :

1^ Sur la majorité de l'assemblée; 2^ sur la protection de la force publique :

Voici comment M. de Girardin considère les majorités et les minorités.

« — Majorité et minorité, dit-il, sont à mes yeux deux « ornières également profondes, où le gouvernement n'a « d'autre alternative que celle de choisir de quel côté il vertf sera. » {Les 52, n*" ii, p. 46.)

, — Voilà la première base renversée par M. de Girardin lui-même. Voyons la seconde.

« — La force, dit-il, est de tous les points d'appui le plus « faible, là où règne, même à demi, la liberté d'examen et de a discussion. »

— Ce second appui est également détruit par M. de Girardin lui-même.

Passons à l'examen des articles.

Par le premier, la forme du gouvernement est à la disposition de l'assemblée. Et l'on sait ce que sont les assemblées

pour formuler le droit. A cet égard, H. de Girardin les juge parfaitement.

Par le second, tous les prétendus droits déjà déclarés sont inviolables, y compris celui d'insurrection. Or, vous connaissez le critérium de ce droit : Tinsurrection est juste quand elle est victorieuse; et criminelle quand elle est vaincue. ' Le troisième proclame la souveraineté d'une assemblée. Une assemblée sauveraine I c'est l'enfer.

Le quatrième donne à un homme le pouvoir législatif, et on laisse la sanction à la force. C'est l'anarchie en permanence. Cet homme, on le nomme président responsable, responsable toujours devant la force. Et, si le président responsable est le plus fort, et jette par les fenêtres cette assemblée anarchique, croyez-vous que ce ne sera point aux applaudissements de l'immense majorité du peuple et de vous-même? Essayez et vous verrez.

Par le cinquième article, le pouvoir législatif du président est complètement annulé par l'impossibilité de prélever un centime sans le consentement de l'assemblée; pouvoir déjà annulé, du reste, par la possibilité de le renvoyer chaque jour*

Par le sixième, on fait appel au refus de l'impôt : que l'on déclare un droit et un devoir.

"»Des droits et des devoirs ! vous oubliez donc qu'il n'y a ni Wen ni mal, qu'il n'y a que des risques; et qu'avant de refu-^ ser l'impôt, on calculera les risques que ce refus ferait courir devant la force.

' Les prétendus socialistes ont présenté bien des utopies* Hais la vôtre, mise au concours avec les leurs, obtiendrait le prix bien certainement.

CONSTITUTION (sviile.)

c — Il faut chercher ailleurs que dans les constitutions une garantie efficace contre les tentatives d'usurpation. »

{Les 52, n* ii, p, 69,)

— Bien ! voilà la constitution de M. de Girardia renvoyée aux calendes grecques, et par lui-même.

Après avoir déclaré toutes les constitutions inutiles, M» de Girard in veut que la sienne seule soit excellente.

« — La meilleure garantie, dit-il, contre toute tentative « d'usurpation, c'est la difflculté de percevoir un budget de « quinze cents millions j c'est la facilité d'organiser le reftos c de l'impôt.

« Proclamez inviolabhê tous les droits reconnus par les c constitutions antérieures; ajoutez qu*en cas de violation t de l'un d'eux, le paiement de l'impôt cesse d'dtre oblig»^ f toire ; déclarez solennellement qu'il ne peut être perçu et « ne peut être payé qu'après avoik» été voté chaque année par « la majorité des membres de l'assemblée nationale reprC- « sentant la majorité des électeurs, et vous aurez opposé i • toute tentative d'usurpation Tôbstacle le plus difficile. »

{Idem, p. 69.)

— Est-ce que M. de Girardln s'imagine qu'il suffit de proclamer des droits après avoir supposé qu'il n'y en a pas, 9t qu'il n'y a que des risques? Est-ce que M. de Girardin s'imagine qu'il suffit au fort de déclarer une chose pour qu^une force plus forte ne se moque point de la déclaration? Je le répète; toutes les fois qu'une pareille assemblée sera jetée par les fenêtres, ce sera toujours aux applaudissements de l'immense majorité. Combien d'expériences faut-il à M. de Girardin pour en être convaincu?

< — La Constitution de 184S, dit M. de Girardin, a écrit

< que le président de la république ^ait responsable; elle eût c écrit qu'il était inviolable y que^ pour nous, ce serait exac- « tement la même chose. Contre les réyolutions, il « n'y à pas de constitution. »

(Ze* 58, n* IV, p. 101.)

— Bravissimo ! voilà de nouveau la constitution de H. de Girardin déclarée inutile, et par M. de Girardin lui-même.

CONYICTION. •

A propos de l'instabilité de M. Guizot prêt à adopter indifféremment, selon son expression, l'une ou l'autre conduite, M. de Girardin cite le passage suivant de M. Guizot ; .

< --*- C'est surtout la faiblesse des convictions qui fait celle

< des conduites, car l'homme agit bien plus en vertu de oe

< qu'il pense que par tout autre mobile. » (/dem, n^i,p.71 .)

— Et M. de Girardin s'approprie ce passage en y applaudissant. Nous y applaudissons également et nous disons : Si M. de Girardin avait une forte conviction que sa constitution âH bonne, il ne dirait point alternativement : oui et non sur l'utilité des constitutions.

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