DIPLOMATIE
« «->» La diplomatie, dit M. de Girardin, continue de négoc cier^ un livre d'histoire à la main, tournant le dos à Pave-* « nir, interrogeant exclusivement le passé. »
— Vous ne lui montrez dans l'avenir : que la négation du bien et du mal; la négation du droit; l'anarchie enfin ou la mort. La diplomatie alors regarde dans le passé afin d'y trouver des armes contre de pareils principes. Et, contre la peste, il n'est pas un seul médecin qui ne conseille le fer, le feu et le poison.
« --^ La seule diplomatie utile maintenant, disons-le , ce c ne sont point les chancelleries qui la font, ce sont les c banquiers. Les banquiers sont une transition du nouvel a ordre social qu'il faut étudier et mettre à profil. »
(Idem, n"* vu , p. 7.)
— Étudier est toujours bon; bien étudier est meilleur. Le régime des banquiers ou la domination du capital , est effectivement la transition à la plus effroyable anarchie qui ait jamais existé, et d'où doit jaillir la nécessité, socialement reconnue, de sortir de l'ignorance sur la réalité du droit.
bhOlT.
* — Le pouvoir aVec la liberté, dit M. dé Girardîn, ô*est là
i justesse de rèqulUbrô, tÀ souveraineté de LAEAtSOîr,
« l'affermissement de nés institutions, la pacifleatton des i esprits^te dés^rtnemetit de 1a multitude^ la sécurité d^l'ai venir) le droit A l'état de fait, ^ {(dm, n"* t, p. H .)
— Gomment! vous niez le bien et le mal; vous niez le droit; et^cela ce n'est point une boutade écrite au hasard^ vous me Tavez répété mille fois ; vous niez la raison^ vous niez la liberté, en professant le matérialisme^ qui est Tabsence de toute individualité réelle ; et vous voulez baser Tordre sur la liberté, sur la raison, sur le droit! mais c'est raisonner comme celui qui dirait : 3 et 2 font 7 ; ou, 9 et 8 font 5.
«— Le triomphe du droit, dit ailleurs M. de Girardin, « arrive plus sûrement et plus rapidement encore par la t patience que par la violence, par la raison que par Tinsur- « rection. » {Les 52, n* ii, p. 85.)
— En vérité , Monsieur, vous feriez perdre patience en recommandant la patience. Comment! vous niez la raison et le droit; et vous vous obstinez à baser l'ordre sur la raison et le droit, à une époque où il vous est encore complètement impossible de distinguer, socialement^ une bonne raison d'une mauvaise, le droit réel du droit iUusoire.
< — La gloire des peuples, dit M. de Girardin, ne réside « plus dans le gain d'une ou de cent batailles plus ou moins < chèrement disputées; elle est dans tout ce qui ajoute à la c force qui est nécessaire aux États pour assurer le respect « de leur droit et le triomphe de ce qui est juste. »
(/rfm, n* VII, p. 70.)
— Hais, Monsieur, si la gloire des États se trouve dans la force, cette force ne peut se manifester que par des victoires. Quant au respect du droit et au triomphe du juste^ vous devez vous en moquer; puisque pour vous, il n'y a ni droit, ni juste, ni injuste. Et, si même vous reconnaissiez l'existence du droit, il n'y aurait encore que la victoire pour décider là où se trouvent le juste et le droit : car, en époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, celui-ci n'a, socialement, de critérium que la force.
« — L*ère paciOque, dit M. de Girardin, celte nouvelle ère « qu'ont ouverte l'imprimerie *et la vapeur, la liberté de la
« presse et les chemins de fer, réclame un nouveau droit des « gens. » {Les 52, n® vu, p. 105.)
— Un droit, entre les nations, autre que celui de là force,, autre que Vultima ratio regum! Et où diable serait la sanction de ce droit?
« — Le droit des gens encore en vigueur, continue M. de « Girardin, apparlient à une autre époque, à un autre esprit; a la guerre et le passé ont leur droit des gens, la paix et Taa venir attendent impatiemment le leur. »
— Et où sera la sanction de ce nouveau droit? vous qui niez le droit, il vous est peut-être permis d'ignorer: que, tout droit dépourvu de sanction, n'est un droit que pour rire.
e — Au lieu, continue M. de Girardin, de perdre un temps a précieux en protestations stériles et presque ridicules, ne « vaudrait-il pas mieux cent fois l'employer à jeter les bases « d'un Code des nations, où faibles et forts seraient dé- « clarés égaux devant la justice et la raison, où toutes les a difficultés importantes à prévenir soient prévues, où toutes « les règles de conduite de nature à empêcher l'écart et l'abus « soient tracées. »
— J'aurai, Monsieur, autant de patience que vous en recommandez. Je vous répéterai, pour la millième fois : que vous niez le droit, la justice, la raison ; que si même vous eu admettez l'existence, il est de toute impossibilité en époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, de la justice, dô la raison, dédire, socialement : où se trouvent droit, justice et raison; si ce n'est au critérium de la force. Et vous voulez de l'égalité devant la justice? C'est devant la force qu'il fallait dire. Et vous voulez que les abus de la force soient écartés, quand vous n'avez absolument rien à opposer à la force! Ea vérité. Monsieur! avec votre belle intelligence, vous raisonneriez mieux si vous étiez sur une bonne voie,
« — L'Angleterre, dit plus loin M. de Girardin, tient < dans ses moins les balances clu commerce.
< La France devrait tenir dans les siennes les balances de € lajuslice.
« Ge dernier rôle ne serait pas le moins beau.
« Mais un tel rôle ne s'improvise pas; il s'apprend; il « exige de patientes études et de laborieux travaux. •
(Z€5 52,n'' VII5P.2O8.)
— Et, à quoi serviront vos études et vos travaux, si vous avez déjà trouvé : que raison, droit et justice sont purement arbitraires, des entités, des riens? Pour vous il ne peut y avoir de raison, de droit, de justice, que ce qui est consacré par la force.
« — L'incorporation de Cracovie, dites-vous encore, cet « acte imprudent qui a montré que les traités n'enchaînaieut « que les faibles, et que le droit n'était rien s'il ne s'appuyait « sur la force. »
— Et d'où sortez-vous donc. Monsieur? Est-ce qu'il n'en ^est point nécessairement ainsi en époque d'ignorance sociale
sur la réalité du droit? Tant qu'il n'y a point de sanction audessus de la force, la force constitue le droit : /îar, la sanction est, éternellement, la seule base pratique du droit.
« — La force ! ajoute M. de Girardin — Tout est dans ce • mot judicieusement compris, sainement expliqué.
« Ge mot ne signifie pas plus : violence, que liberté ne « signifie : licence.
« La force, prise ici dans la bonne acception du mot, c'est « la possession des moyens suffisants pour mettre son droit € et son honneur à l'abri de toute atteinte, et au besoin, pour « protéger la faiblesse. »
— Quel dommage! je le répèle, de voir un homme du mérile de M. de Girardin s'épuiser dans un pareil cercle vicieux.
Vous voulez qu'il puisse y avoir deux forces. Allons , je vous l'accorde. L'une est celle relative à celle vie, la force temporelle, la force du bourreau. S'il y en a une autre supérieure, elle eël éternelle, elle est relative à la série des vies,
si cette série existe. Mais cette autre vie, vous la niez formellement. Ne voyez-vous point que c'est vous-même, alors, qui niez toute force supérieure à la violence?
Protéger dans cette vie, la faiblesse contre la force! En vérité ! c'est digne de Tabbé de Saint-Pierre !
a -^ L'honneur sans la Justice , dit M. de Girardin , est « comme la force sans le droit: il appartient à un ordre d*i- « dées qui a cessé d'exister. » (^Les 52, n* vu, p. 305.)
— Comment, Monsieur, la force sans le droit a cessé d'exister! C'est probablement parce qu'elle n'a pas cessé d'exister que vous niez le droit. C'est là votre seule excuse.
« — Guerre et liberté, dites-vous encore, sont des mots < aussi opposés l'un à l'autre que mort et vie. «
(Wm, n^ IX, p. < 04.)
— C'est vrai, Monsieur; mais, absence de droit et liberté, sont également opposés.
« — Il faut choisir , dit enfin M. de Girardin , entre ie c droit ancien et le droit nouveau : le droit ancien, c'est le a droit d'insurrection ; le droit nouveau , c'est le droit de « discussion. » {Idem^ n^ X, p. 6.)
— Eh non ! Monsieur. Le droit ancien est l'expression de la foi ; le droit nouveau est l'expression de la science. La foi, socialement, n'existe plus; et la science, socialement, n'existe pas encore. Quel choix voulez-vous donc faire : entre ce qui n'existe plus; et ce qui n'existe pas encore?
« — L^égalllé, dit M. de Girardin, qui n*est pas l^aristo^ f cratie intellectuelle, la légitimité par le travail de toute « élévation, l'égalité qui procéder par rabaissement de tout « ce qui est au-dessus de son niveau, au lieu de procéder c par Texhaussement de ce qui est au-dessous, qui agite la c lie du vase et l'attire du fond à la surface, décourage la c cruauté et encourage la présomption, affaiblit ce qui est c fort au lieu de fortifier ce qui est faible, appauvrit les c riches sans enrichir les pauvres, fait le sol à son image I par l'excès du morcellement, entretient Penvie et éteint < l'émulation, est une égalité funeste ; ce n'est pas régsUté. « C*e?t la décadence. Malheur à la société qui ^e laisse glis-
> ser sur c^tte pente ! » {Us 52, n"* I» P» 11 5»)
ir-t C'est vrai ; e'est TégaUté par l'anarchie, résultant né% Gsssaifement de l'ignorance sociale mise en présence de l'in* eompressibiUté de Ce^iamen ; e'est l'égalité à laquelle H, de Girardio nous conduit, par sa négation du bien et dn mal, du juste et de l'injuste; c'est l'égalité dans Tignoranee et le misère. %
s «p» (^'égalité largement comprise, fidèlement traduite, dit f pins loin % de Girardin, supposerait une société parfaite^ « ment organisée, m pouvoir profondément convaineu de s Ig vérité de ces paroles de M. Guizot : —- Tout pour 1$ « peuple ! sinon tout par lui. » {Idem, p. 1 36,)
>^ Cette égalité, Monsieur, résulte nécessairement de la connaissance sociale de la réalité du droit. Hors cette connaissancei il n'y a d'égalité, que : celle au critérium de Is forw; fiHf »\)$ r4itiAJit 4e TâBercbie*
« — L'égalité, continue M. de Girardin, cette autre gra- « vitation universelle, attend encore le Newton qui en défi couvre les lois, »
— Ces lois. Monsieur, sont essentiellement et exclusivement dans la connaissance de la réalité du droit. Essayez donc de les trouver ailleurs, où, de l'aveu de M. de Girardin, il n'y a ni bien ni mal, ni juste ni injuste ; et, par conséquent, d'autre critérium de propriété et de vertu ; que, la seule force brutale. •
tf — Ce serait une erreur profonde, continue M. de Gi* « rardin,une illusion dangereuse, de croire que pour ifonder « l'égalité parmi nous, il a suffi de la proclamer dans la « Charte en ces termes : « — Les Français sont égaux de^ « vaut la loi, etc. » — «L'égalité ainsi définie n'est qu'une « égalité dans les nuages. »
— Comme la liberté, en époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, n'est qu'une liberté dans les nuages.
a — On demandait à Newton, continue M. de Girardin, « comment il était parvenu à la connaissance précieuse des « admirables lois qu'il avait découvertes; il répondit ces « paroles que la postérité a recueillies : en y pensant tovH « joursi Ce n'est également qu'en y pensant toujours qu'on « peut espérer de trouver les véritables lois de l'égalité so* « ciale. »
— Newton aurait pu penser à ses découvertes pendant •* une éternité, que cela aurait été inutile : s'il avait commencé par nier la pesanteur. Vous pourriez penser pendant une éter* nité aux lois de Tégalité sociale, après avoir commencé par nier le bien et le mal, le juste et, l'injuste ; et pendant cette éternité, vous ne trouveriez absolument rien,
« — L'égalité telle qu'elle est ici comprise , dit encore
.«'^L de Girardin, c'est runiversalilé des intérêts dans leur
« diversité, équitablemcnt et sincèrement représentés, de
€ telle sorte qu'aucun ^ne soit préféré ni sacrifié, mais que
i tous soient étroitement subordonnés à l'intérêt public; « c'est la majorité de droit substituée à la majorité de fait.»
— D'abord, Monsieur, vous niez le droit. Ensuite tout système de majorité relatif au droit n'est autre que la négation du droit. C'est précisément l'ignorance reconnue sur la réalité du droit qui fait inventoria souveraineté du nombre formulant les lois.
« — C'est... c'est... c'est enfin, dit M. de Girardin, le « droit de l'intelligence succédant au droit de la naissance, ft le droit divin de la capacité. »
— Et qui jugera les capacités? Et avec quel critérium les capacités seront-elles jugées? Avec celui de la force sans doute. En avez-vous un autre?
« — L'égalité, continue M. de Girardin , si elle n'est pas « cela, c'est l'abaissement de notre nation ; c'est la confusion • dans tous les raqgs; c'est l'anarchie dans toutes les rela*
• tiens; c'est riuTORITÉ MISE EN QUESTION PAR L'IGNO- « RANGE » *
— Et, qui plus que vous. Monsieur, met l'autorité en question? Je me trompe : vous ne la mettez point en question, vous la niez, ou vous voulez l'anéantir.
« — C'est, continue M. de Girardin, la lutte toujours prête « à éclater entre la force armée, mais limitée, et la force « sans armes, mais aussi sans limites ; c'est le travail soua terrain du communisme; c'est enfin la révolution expeca tante, comme l'éruption d'un volcan qui vient de s'éteindre «r est le prélude certain de l'éruption qui va s'allumer. »
— Et c'est là, Monsieur, que conduit nécessairement: non-seulement l'ignorance sociale sur la réalité du droit, mise en présence de l'incompressibilité derexameu; mais encore la doctrine anarchique du/?rojm continu, qui, du reste, en est alors la conséquence inévitable.
« — Si, continue M. de Girardin, la médiocrité a moins < d'obstacles ù franchir que la supériorité; si la servilité
« sert et si la fermeté nuit; si Hniliative est écartée et si $ l'impuissance est accueillie ; si le mérite n*a aucua raoïT, $ et si rintrigue a tous les titres; si la conscience isole et si « la corruption rapproche; si l'intérêt public est en mépris $ et si rintérét privé est en bonneur, quelles barrières assez « fartes I quelles mailles assez étroites pourront arrêter au c passage toutes les prétentions impérieuses^ toutes les pré« c tentions insolentes, toutes les basses ambitions! Et de c quel DROIT d'ailleurs les arrêterai t-on, si elles ne sont pas « tenues de se justifier? »
— C'est vrai. Monsieur, quand il n'y a pas de droit et que la force justifie tout,
« — L'égalité, continue M, de Girardin, sans Tordre le < plus parfait, sans la justice la plus stricte, est la pente qui « mène à l'abîme toute vieille société, »
— C'est vrai. Monsieur. Et la pente qui mène à Tabîme e9t presqu'une verticale ; quand des hommes comme vous ijent le droit, le bien et le mal, le juste et l'injuste.