‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 28 sur 120 · CHIE · texte numérisé non relu

CHIE

UBEETt DE LA PaSSiE.

— Le. glaive, dit M* 4e Girardin, a remplaoé la masque; la balle a remplacé la fléclie ; la liberté do la presse e§t ap* pelée à remplacer la poudre à canon ^ ce sera le droit suc* « cédant à la force, l'idée succédant au fait. »

(^*5îl,n^IX,pJ09.)

mm jEstH^e que vous vous imaginex. Monsieur, qu'uu foit social n'est pas toujours l'application d'une idée ?

Quant h la liberté de la presse, donnée comm^ étant le droit succédant à la force, c'est là une l)ien singulier^ idée!

D'abord, pour vous-même qui nies le droit. Eusulte^ quand

— iOO —

même vous le reconnaîtriez ; car, que fait, s*il vous plait, la . liberté de la presse au droit, si ce n'est, en époque d'igno<rance, de vulgariser la négation du droit. Pour l'époque d'ignorance, l'incompressibilité de l'examen, et non la liberté de la presse, qui est toujours plus ou moins comprimée par la nécessité sociale, c'est l'anarchie succédant au despotisme. L'incompressibilité de l'examen, et non la liberté de la presse, je le répète, est appelée à déverser sur l'humanité tous les maux possibles : jusqu'à ce que l'excès du mal social force de chercher à anéantir l'ignorance. Vous riez de cette prédiction. Soit ! rira bien qui rira le dernier.

« — La liberté de la presse faisant le tour du monde, dit « M. de Girardin, c'est la fraternité des peuples rendant < impossible la coalition des souverains. »

(Ze*52, nMx,p. 112.)

— La liberté illimitée de la presse, et la fraternité des peuples, sont des utopies de même force; et chacune d'elles mérite mieux qu'un merle blanc.

« — L'arme de guerre des rois contre les peuples est le « canon ^ dit M. de Girardin; l'arme de guerre des peuples « contre les rois est la liberté de la presse. »

— L'incompressibilité de l'examen bat en brèche le des-potisme, mais toujours au profit de l'anarchie: tant que l'ignorance sociale dure encore. Mais, dès que les peuples ont un peu souffert de l'anarchie, ils se précipitent avec fureur vers le premier despotisme qui leur tend les bras^ Quand il n'y a que deux positions possibles : dès que l'une devient insupportable, il faut bien prendre l'autre.

« — Se défier de la liberté delà presse, dit M. de Girardin, « c'est accorder à la violence plus de droits qu'à la raison, « c'est apostasier, c'est rétrograder , c'est tenter le despo* « tisme, c'est réhabiliter l'insurrection. >

(/dm, n*' X, XI, p. 7.)

— Et quel droit voulez-vous que puisse avoir la raison, tant que, socialement, il n'y a de juge que la force pour dis-

tiûguer la bonne raison de la mauvaise? Vous venez de proq-

ver : que l'ordre est devenu impossible par la compressiofi de Texamen. Soit ! nous sommes d'accord. Il fallait ajouter : que l'ordre n'est pas encore possit^le avec l'incompressibilité dû l'examen.

« — Liberté de la presse , liberté d'association , liberté « d'enseignement doivent marcher les égales de la liberté de € conscience, dit M. de Girardin. » {Les 52, n** x,xi, p. 11 .)

*^ Toutes les quatre, en tant qu'illimitées, conduisent à l'anarchie. C'est là tout leur mérite.

« — Il y a, je le sais, dit M. de Girardin, des gens de c l'autre siècle qui prétendent que tout gouvernement est « impossible avec la liberté de la presse, le droit de discus-

< sion, la publicité. »

— J'ai Porgueil de croire que ce passage s'adresse à méL J'ai si souvent parlé à ce sujet avec M. de Girardin, et l'estime dont il m'honore m'est si connue, que je suis persuadé de ne pas me tromper. Eh bien ! c'est vrai, /e suis de ces gens de l'autre siècle.

« — « Autant vaudrait, continue M. de Girardin, soutenir

< qu'il est plus aisé de reconnaître son chemin dans l'obscuf rite de la nuit qu'à la clarté du jour. »

— J'ai l'honneur de répondre à M. de Girardin : que l'ignorance est une obscurité; et qu'il est plus facile, à un aveugle, d'être conduit à l'ordre par la force et dans la nuit, que d'y arriver en plein jour, livré à lui-même.

« — Tout ce que vous retrancherez à l'exercice du droit

< de discussion, dit M. de Girardin, vous l'ajouterez, sans le « vouloir, et sans le savoir, à la force du principe d'insurrec- « tion. »

— C'est très-vrai. Mais, permettez la discussion, à une époque où l'expression de la science est la négation du droit, et ce sera pire encore.

c — De l'impossibilité de tracer, dit M. de Girardin, une

« limite qui répare la liberté de la licence doit naître l'entière € tolérance politique, » {les 52, fi'* î, xi, p. 48.)

— Toute tolérance est un grime ou le résultat de Tîgnorance! tolère-t-on que deux et deux fassent cinq? La tolérance est utile, elle exprime Timpuissance du despotisme, elle conduit à ranarchie, et ranarchlo seule peut abaisser les cataractes de l'ignorance vaniteuse.

L'impossibilité de traôer une limite q^iï sépare la liberté do

la licence, n'est autre que l'Ignorance sociale.

« — Droit arsolu de la discussion, sous toutes les - « formes, dit M. déGlrardln î -* Livres, brochures, jour- « naux, écoles, cercles, banquets ; iNtEltDiCTiON abSoIùe « DE L*INStmRECTiON soUS toutes les formes : — complots, « attroupements , émeutes, révolutions, voici nos deux fof- <t muleS) lesquelles se consaorent Tune par l'autre et ne se < Contredisent pas, 6âr tolérance et violence sont deux mots « qui s'excluent, n {Idem, p* 68.)

— Bien ! vous allez laisser professer et démontrer t que le matérialisme est la vérité; qu'avec cette vie tout est fini pour IMndividu; que Thonnéte homme est un sot; qu'il faut prêcher la probité pour pouvoir duper les imbéciles; que le tout est d'être le plus fort : par les muscles, par la rUse, le fer ou le poison. Et personne ne pourra dire le contraire, avec une ombre de raison : car, en époque d'ignorance sociale et d'in- 4toBipressibilité d'examen, telle est la raiion apparentée Et vous voulez avoir de la liberté, pour les faibles, en établissant la société sur de pareilles bases ! En vérité, c'est du délire.

Quant à la tolérance, les faibles la respectent, parce qu'elle leur est utile. Mais les forts crachent dessus.

a — Nous persistons à penser, dit M. de Girardin, que « l'argent qu'on dépense à incaroérer des écrivains serait « mieux employé à les réfuter. » {Idem, p. 158.)

— Et, si les doctrines sont anarchiques? Et, si l'ignorance sociale ne permet pas encore de les réfuter? Que ferlez-vous SI vous étiez gouvernement?

« — Nous persistons à penser, continue M. de Girardin, t (jtrun gouternëment a mieux à t&ltè que de traduire deé Vftnt la justice ses dôlfadeurs : c'est de leur donner tofl « devant l^optftlofi. »

— Bien! mais si cela lui est impossible? que ferlez-vous alors?

« '— Il existoi dil Ma de Girardin, deux partis qui se me- « nacent ; il en faut créer un troisième qui les metie d'accord « en les absorbant ; c*est ce parti que nous aspirons à fou-

« der. Ce parti prendra place entre \e parti de la

« répression ei le parti de l'insurrection... il s'appellera le « parti de la discussion. » {Les 52, u^' x^ xi, p. 162.)

*-^ Le parti de 19 diMIUssidii, c'est le parti dé l'ignoraoee* Car^ on ne discute que sur ce qu'on ignore. Et, si l'ignorance est anarchique, ce qui est nécessairement en présenc^ de l'examen , voulez- vous la laisser parler? Avant de répondre, mettei^out à la place du gouvernenieot.

« — La discussion, dit M. de Girardin, est à la solution « ce que ie chemin est au but« »

— Le but est l'ordre; et, en époque dMgnorance sociale sur la réalité du droit et d'incompressibilité d'examen, l'ordre est impossible. Tous les chemins, alors, conduisent à l'aDarchie) et, d'autant plus vite, que la discussion est plus iibi'e. Or^ l'anarchie est toujours la chute du gouvernement existant. Si vous étiez gouvernement, voudriez-vous marcher à là mort et le .plus tôt possible? Tout gouvernement veut vivre^ «t il n'a pas tort.

* •«« Ce qu'il est défendu de dire sous une forme, il est

« permis de le dire sous une autre, continue M. de Girardin,

« tout peut se dire et peut s' écrire j ee n'est qu'une question

« de tooibnlaîre. MMi Garnier-Pagès et Ledru-Rollin l'ont

« bien prouvé à la tribune, alors qu'il était défendu de s'a-

« vouer républicain, et lorsqu'il fallait, pour siéger à la

« Chambre des députés, prêter serment a la Charte consti-

« tutionnelle ei.au roi des français. »

— loi —

•^ Cela est vrai. Mais, qu'est-ce que cela prouve? Que, dans notre époque : Si vous comprimez Texamen, vous allez à l'anarchie; et que, si vous ne le comprimez pas, vous y allez également.

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