LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
« — Est-ce que ces trois mots : liberté , égalité , « FRATERNITÉ, inscrits, dit M. de Girardin, au fronton de « tous nos monuments, placardés sur les murs de toutes nos .jt rues, imprimés en tête de toutes nos lois, mal définis et « plus mal interprétés encore, ne sont pas un imprudent « appel à toutes les oppressions, un dangereux défi à toutes « les passions, une sanglante ironie à toutes les misères?
« Il faut, ou que ces trois mots s'effacent ou qu'ils cessent « d'être une triple imposture.
« Autrement la révolution, trois fois détournée de son t cours, en 1804, en 1830, et en 1848, ne tardera pas à le « reprendre.
< Impuissants, cessez d'être hypocrites. »
{Idem, n^ xiii, p. 11.)
— Très-bien ! Mais comment ces trois mots peuvent-ils ne plus être une triple imposture? Comment cesser d'être hypocrites, quand, en présence d'un matérialisme prétendu soientifique, cesser d'être hypocrites 3erait s'avouer*6ots et (Ripons?
Lvn-
« — On croit, dit M. de Girardio, que les représentants « du peuple qui votent Timpôt, doivent aussi voter les lois.
« Nous ne demanderions pas mieux que de nous rendre à « cet avis, si la confection des lois n'était pas une œuvre « qui exige des connaissances approfondies et une aptitude « spéciale, si la première condition à remplir pour une bonne c et durable législation n'était pas l'unité d'esprit, l'unité de t but. » {Les 52, n^ ii, p. 81 .)
— En présence de l'incompressibilité de l'examen et de l'ignorance sociale sur la réalité du droit, la confection de lois durables est une utopie. Quant à la première condition à remplir pour une bonne et duhable législation, c'est une sanc* tion autre que la force, une sanctioiv religieuse, hypothétique ou réelle, mais socialement acceptée comme réelle; et cette sanction est une utopie : en présence de l'incompressibilité de l'examen et de l'ignorance sociale sur la réalité du droif. ' Cest clair comme une proposition géométrique ; et, cependant, il est nécessaire de le répéter à chaque instant.
« — Demandez donc, continue H. de Girardin, cette unité c d'esprit, cet esprit de suite, à l'esprit mobile et passionné c d'une majorité législative I »
— M. de Girardin a parfaitement raison, c'est une utopie. Hais, faut-il remplacer une utopie, pitoyable en effet, par une utopie plus pitoyable encore ?
« — Aussi, continue M. de Girardin, toutes nos lois ne c sont-elles qu*un tissu d'incohérences; aussi toutes nos lois « 9fb cputredisent-elles les unes les autres, et tirent-elles le « pays en toirt sens ! »
— C'est toujours parfaitement vrai. Mais faut-il remplacer une utopie par une autre?
a — L'unité législative, l'unité d'esprit dans les lois no « saurait exister et n'existera^ continue M. de Girardin, que « si Ton finit par réunir dans la même main le pouvoir lé- 9 gislatif avec le pouvoir exécutif. »
— Comment un hotnme du diéflte de M. dé Cirârdin h4Al pu préâeAtëf au monde utie pmiWe Utopie? C^eiii qilé 16 doute, ôu l'âveu dlgtioratice, est Insupportable à M. de Girafdln. Tout floôild qu'il de peut déilouéf, il vmit le trancher, comme Alcx&iidi'e.
Le pfruVolf législatif et le pouvoir exécutif, mis dôM iJnô même ffiâiu, it'ôitt Jamais dxlsté que ôduiffié sôiifce d'&o8N chie. Lê§ papes de tOtïtCS l^s révélations n*ont jamais ê(ô législateurs, mais seulement interprètes de la révélation, dont ils étaient grands-prétres. C'est seulement^ depuis le traité de Westpbalie j* que les rois sesdnt imaginé : qu'ils pouvaient réunir ces deux pouvoirs j et o'èst, depuis cette époque^ que l'anarcbie est deveùue endémique en Europe^
« — Mais, fepreud M. de Girardin, pafce que lo pouvoir c législatif et le pouvoir exécutif seront dans la même tiiatfl, « èst-ôe à dire pour cela que la filbune natiduale devra « rester mtiétte? »
Et M. de Girardin se répond : NON.
— Ndfi est irès-Joll! % dans tine pareille circmistâiice, fine tdÊtl&e ôSé cOnlfèdire le pouvoir, ft âi'rivera de dëul chose l'une : ou la tribune sera Jetée & l^eafl aux acciasia» lions générales j ou il y aura und révolution.
tt ^ La seule objection qui flous est falte^ dit allleors M. ûè « Girardin, est celle-ci : < qu'fltt pdttvolr qui serait eXposO « à être brisé tons les ans par un ddup de miyoïltè serait évi- « demment le plus fragile dea gouvernements. » »
« Mais (mt«>co qtto ce risque n'est pas celui que courent tous « les gouvernements représentalirs? » {JL$$ dS^ pi 00#) .
— C'est vrai. Mais, parce qu'une base d'ordre est vermoulue, est-ce une raison pour la remplacer par une base pourrie?
t — La question s'est déplacée, dit plus loin M. de Girar- « din. Ella n'est plus entre la république et la société. Il faut « que la société succombe ou qu'elle trouve les lois d'une « république appropriée au caractère de notre nation, aux « nécessités de notre pays. » (Les 52, n*^ vi, p. 115.)
— Ainsi| vous ne voulez pas que des fractions humanitaires, en contact inévitable, en communications inévitables, aient pour condition, sine quâ non d'ORDBE, une loi commune et une sanction commune autre que la force brutale. Placez donc, en communications nécessaires, une centaine de familles autonomes, n'ayant entre elles déjuge du droit que la flèche ou le cation, et vous verre:i ce qu*il adviendra. En présence des communications nécessaires, les nations en contact ne sont que des familles.
« — Ces loliJ, continue M. de Gifaf din , otercbons-les « tôtis. *
— Non, Monsieur. Sachons plutôt qu^ctles sont ufopiques. Le temps que Ton perd, à chercher des cendres de phénix pour guéilr un malade, retid la fnaladie mortelle.
Vous m'avez souvent dit , d*exposer la doctrine rationnelle, au lieu de critiquer leà autres. Encore une fois : Non, Monsieur. Avant de proposer un remède, it faut que le malade s&ct}6 : que tous les remèdes que des docteurs dorés lui conseillent sont empoisonnés. C^est ée que je fais. Qttfind le malade saura qu'il a besoin d'un remède autre qUd eCrtlS qui lUi 9nt été offerts, je le lui présenterai ; et, il pourra, avftnt de le prendre, examiner s'il est réellement radical et souverain.
t ^ Le but! Gontintie H. de Girardin.*. 11 ne peut plus y
• en avoir qu'un : Mettre le plus grand nombre du eôtô du < gouveroement,. faire que Tiiâmense majorité ait Intérêt à
• le conserver, et A contenir les tentatives de toute minorité t fludadeuse. »
— Vol» oubliez : que votre doettlne dû progrès est la dé-
claration que l'on peut toujours être mieux : ce qui indique que Ton est mal;
Vous oubliez : que, vous vouiez conserver le paupérisme ; que, tant que le paupérisme existe, il compose Timmense majorité de la population ; et que, le paupérisme, en présence de l'incompressibilité de l'examen, est toujours révolutionnaire.
« — En Angleterre, dit M. de Girardin, la loi a un carac- « tère tutélaire qu'elle n'a pas en France ; en Angleterre, la « loi protège ; en France, elle menace ; aussi en Angleterre, « l'aime-t-on et la respccte-t-on ; en France, on la hait et on « la craint. » {Les 52, n* ix, p. 83.)
— Parce qu'en Angleterre, il y a encore un reste de foi, une croyance au droit ; et qu'en France, il y a négation prétenduement scientifique du droit, doctrine dont vous êtes le pape.
« — Nogs ne nous lasserons pas de le répéter, dit ailleurs « M. de Girardin, les lois doivent être l'œuvre exclusive des « hommes spéciaux les plus éminents. Tel est notre prin- « cipe, et nous croyons que c'est le seul qui soit vrai et fé- « cond. » (/rfem, n® xiï, p. 102.)
« Si l'on admet qu'une Assemblée pourra faire certaines « lois, il faut admettre qu'elle devra les faire toutes. Alors, € on retombera dans l'ornière législative, où la France s'use « depuis trente-cinq années en efforts impuissants, et d'où a il importe de sortir aussitôt que le permettra là révision de € la Constitution. »
— Pas plus que vous. Monsieur, je ne me lasserai de répéter :
Les lois faites par un seul, c'est le despotisme; et, faites par plusieurs, c'est l'anarchie. Il faut être aveugle pour ne pas le voir. La loi doit être l'expression de la raison : soit réelle; soit de ce qui est socialement accepté comme tel. Que dit la raison réelle? Voilà ce à quoi l'ignorance sociale sur la réalité du droit ne peut répondre. Et, dès que rexamen
devient incompressible, c'est à quoi la société doit pouvoir répondre sous peine de mort.