PAUPÉRISME
f «-- Ce serait sans doute s'abuser, dit M. doGirardio^que f d'espérer qu'on puisse jamais supprimer les classes tt PAUVRES, souffrantes; mais le pauvre peut devenir riche, « l'inconnu, célèbre. » {Idem, n° i, p. 99.)
— Ainsi, M. de Girardin ne veut pas supprimer le paupérisme. C'est, cependant, un axiome, d'économie politique : que le paupérisme croît comme la richesse d'une nation. Et, en présence de l'incompressibilité de l'examen, M. de Girardin veut conserver le paupérisme, je le demande à lui-même : Est-ce logique ?
¥ — Un bon gouvernement, dit M, de Girardin, c'est
.••celui qui DIMINUE le paupérisme. » {Idem, n*" u, p. 27.)
— Même observation que ci-dessus. Nous citons pour prouver ; que, cette conservation du paupérisme, n'e^ point émise au hasard.
Yoici, maintenant, un autre thème ;
« -^ Qui donc n'aura rien à assurer, quand, par le travail M « justement distribué et abondamment réparti, le paupérisme ce aura cessé d'exister et défaire douter de la civilisation? »
•~ Ainsi, le paupérisme doit maintenant être supprimé, • sous peine de tmrbarie. Soit! c'est vrai. Mais, comment? Est-ce par l'impôt proposé par M. de Girardin? Nous avons prouvé et nous prouverons en<;ore que l'impôt proposé par M. de Girardin porte le paupérisme au maximum possible. (Voyez les Théories générales.)
« — La transformation de l'impôt en assurance, dit M. de « Girardin, c'est
« L'anéantissement du paupérisme. »
Hélas ! la (f ansforsiation de l-impôt en assuranœ, e'eil le paupérisme développé à son maximum d'intensité.
POLlïlQUfi*
« — Le calcul des probabilités, appliqué à la vie des na-^ « tiens, aux cas de guerre et de révolution, est le fondées ment de toule haute politique. » {Les 52, n^ i, p^ H%.)
— Le calcul des probabilités, appliqué à Tordre moral, est une utopie ou une logomachie.
La haute politique^ pour une nation, est d'être la plus forte, per fas el nefas,
« — Comment, dit M. de Girardin, est-ce donc que la po- « litique n'est pas Tart de mettre en mouvement toutes le^ « forces productives d'un peuple, d'assurer toutes ses re^ « sources, d'accroître ses revenus, d'éteindre son crédit, de « féconder ses épargnes, de les assurer contre la ruine, el « finalement de l'abriter contre la misère?
« Qu'appelez-vous donc la politique? »
{Idem, h"* iiï, p. 90.)
— Je vais vous le dire. Monsieur.
C'est Tart d^avoir la plus grande richesse possible pour les maitres, la plus grande misère possible pour les esclaves. En un mot : d'être le plus fort. Voyez l'ancienne Rome ! Voyez l'Angleterre ! Vous avez dit vous-même : ^
« — La politique veut des froatièreg, la science n'en veut a pas. Comme l'erreur la politique varie, mai» la acîenoe ^st « une comme la vérité.
c La triomphe de la science sera l*anéanlissement de la « poUlique. »
£t vous avez bien dit.
« — En principe, dit M. de Girardin, nous sommes parti lisais de l'alliance de la France avec la Russie. »
{Idem, n**' Yii, vui, p. 1 41 .)
— Ici, il y a deux questions à considérer : celle d'équi-
libre; et cette de principes, despotisme ou liberté, selon votif, despotisme ou anarctiie, selon moi.
Allier la France à la Russie, c'est se ranger pour le principe despotique. Allier la France à l'Angleterre, c'est se ranger pour le principe de liberté selon vous, d'anarchie selon moi.
L'équilibre croit pouvoir faire abstraction de principe. C'est une niaiserie inoculée depuis le traité de Westphalie.
« — Les meilleures frontières naturelles, les plus sûres « maintenant, dit M. de Girardin, c'est la facilité des rela- « tiens et la solidarité désintérêts. »
{Les 52, n"*' yiï , viii, p. 1 58.)
— La solidarité des intérêts entre des nationalités ! Là se trouve la source des erreurs politiques de M. de Girardin. Abaissez les barrières des douanes entre la France et l'Angleterre; puis, vous verrez !
« — L'alliance russe, l'alliance continentale, s'écrie M. de « Qirardin! A ce prix seul est le remaniement pacifique de « l'Europe, le progrès durable des saines idées de liberté, la « solution des grandes questions d'organisation sociale... »
{Idem, p. 1 64.)
— L'alliance russe favorisant la liberté! En vérité, c'esttrop fort ! Cette alliance ne peut se faire que par identité de principe entre les alliés. Essayez de vouloir introniser le
''principe d'absolutisme en France, et vous verrez comment l'Angleterre saura user du principe de prétendue liberté pour révolutionner l'Europe.
« — La politique, la vraie politique, la grande politique, « ne se fait pas, dit M. de Girardin, avec de généreuses « phrases, de patriotiques déclarations, de belles dépêches; « elle se fait avec des idées longuement mûries, des desseins « invariablement arrêtés, des ressources habilement mena- « gées, un crédit solidement établi, un caractère fermement « trempé; elle se fait enfin avec un peuple, un homme et un « but. » {Idem, p. 474.)
— C'est vrai, le but d'être le plus fort. Mais, la force est devenue incapable d'être base d'ordre. Le droit seul en est désormais capable. Et vous niez Texistence du droit.
« — S'allier, s'écrie ensuite M. de Girardin, c'est se corn- « pléter. »
— Non , Monsieur. Désormais s'allier c'est s'anéantir : parce que, s'allier, c'est compter sur la force ; et que la force est devenue aussi instable que la tempête. Se compléter, 80« cialement, c'est s'instruire et s'unir.
« — Il est impossible, continue M. de Girardin, qu'une « lutte prochaine n'éclate pas entre l'Angleterre, qui s'est « emparée de tous les marchés du globe, entre l'Angleterre^ «*qui règne souverainement sur toutes les mers, et le conti- « nent, qui produit déjà plus qu'il ne peut consommer ! Il « ne faut qu'avoir des yeux pour prédire avec certitude cet « avenir. • {Les 52, n*' vu, viii, p* 18i.)
— C'est possible. Mais, la guerre n'augmentera point la consommation. Ce ne sera jamais par la guerre que l'Angleterre sera vaincue. Que le continent absolutiste l'attaque, et celle-ci s'appuiera sur le principe anarchique de la prétendue liberté; vous verrez ensuite de quel côté sera le triomphe.
« — C'est, continue M. de Girardin, outrager la majesté
« des souverains dans leur intelligence que de s'imaginer
« que cet avenir échappe à leurs regards, et qu'une seule
< question les absorbe : celle de la légitimité. Il est même une
« question qui aujourd'hui les occupe bien autrement et avec
« raison : c'est celle de savoir comment assurer aux classes
« ouvrières, expropriées par les machines, assez de
« travail pour ne pas mourir de faim. »
— Croyez-vous, Monsieur, qu'il suffise aujourd'hui de mettre les classes ouvrières à l'abri de la faim? ce qui d'ailleurs est impossible à la société actuelle. Croyez-vou^ que des questions d'alliance et de guerre puissent remédier à ce mal? .
La misère, continue M. de Girardin, qui fait douter^ « do rbumanité et de la civilisation, n'est pas un fléau moins « terrible que la guerre , qui s'amnistie par rbéroïsme et la « gloire. »
— Et, celle misère, qui croît nécessairement comme la richesse, tant qu'elle n'est point anéantie, vous déclarez qu'il est impossible de la supprimer; ou, quand vous parle? de la supprimer, vous voulez le faire par des moyens qui la décupleraient.
« — Le douloureux spectacle, dit M. de Girardin, de l'Ir- « lande, de l'Angleterre même, de la Belgique et de quelques- «r unes de nos villes manufacturières, a contribué plus qu'on i ne croit à faire perdre de leur imporlance exagérée aux « chartes constitutionnelles, même aux yeux des souverains!
a II n'y a pas aujourd'hui un homme d'État qui ne sache « et qui ne dise que là n'est plus, que là n'est pas le danger.
« Celui qui écrit ces lignes se souvient d'avoir recueilli « ces paroles de la bouche même de M. de Metternich : ««Il « a'y a plus de questions politiques, il n'y a plus que des c questions sociales. Celles-ci occupent toute ma pensée. »9 « C'était en 1 841 , au château de Joannisberg. •
— Jfe demande de nouveau à M. de Girardin, si les questioas d'alliance et de guerre sont des questions aociales; et si leurs solutions donneront de la propriété aux classes ou-^ vrièfes expeopeiées par les machines?
Il n'en est pas moins vrai que les questions d'équilibre et de légitimité, questions politiques, sont les seuJes qui occu« peut les chancelleries. A cet égard, le prince de MeUer&ich e»t une exception miraculeuse. Et celui qui écrit ces lignes a pu aussi en avoir des preuves : lorsqu'en 1834, il avait riiouD^ur de conférer avec ce prince, comme représentant dea tleux partis alors les plus populaires en France ; les bouapartistes et les républicains*
« — Toute force, dit M, de Girardin, est relative.
% Un grand peuple ne'doit donc pas se bprner à ménager
« sa force pour la conserver; il doit constamment s'appli- « quer à rechercher tous les moyens de l*accroître, afin de se a maintenir toujours au moins à la hauteur de son rang.
« Être fort! — Si on ne Test pas, le devenir; si ou Test « déjà, le devenir plus encore : tel doit être le but de toute c politique^ aussi bien de celle qui se fonde sur le respect du c droit et le sentiment de la justice, que de celle qui a pour « mobiles Tambition et Tesprit de conquêtes. »
(X«i 52, n^* Yli, VIII, p. 2H.)
-^ Tout cela est incontestable, tant qu'il y a des questions politiques, dont le prince de Metternicb ne veut plus; tant qu'il y a des nationalités.
Et, comme le droit et la justice, entre les nations, n'onl de critérium que la force; et que, d'ailleurs, M. de Girardin nie le droit et la justice; il s'ensuit : que M. de Girardin veut qu'une oation soit la plus forte : par la force, par la ruse, la trabisoD, etc. Je répèle que tout cela est vrai tant qu'il y a de la politique. A cet égard, je ne contredis^uUement M. de Girardin. Mais, s'il allait débiter celte doctrine au Congrès de la paix, croit-il qu'il y serait applaudi? Ce serait possible, du reste. Des gens qui révent la paix perpétuelle entre des nationalitéSi sont capables de tout.