SUFFRAGE UNIVERSEL
« — Il ne faut, dit M. de Girardin, demander au suffrage « universel que ce qu'il peut et doit produire. Il peut donner « une majorité d'excellents contrôleurs, mais il ne saurait « donner une majorité de bons législateurs. »
(Idem, n* ii, p. 32.)
— Bon ! voilà la souveraineté déléguée, quant à l'essentiel, les lois. Puis, vous voulez avoir de bons .contrôleurs avec le suffrage universel d'une époque d'ignorance : où le ^roit est nié; où l'honnête homme est un imbécile; où le fripon est seul moral, si moral signifie conforme à la raison. Allons ! Monsieur, vous avez mal digéré et vous faites un mauvais rêve.
« — Le régime sous lequel nous languissons dans la per- « plexité, dans le discrédit, dans la misère, dit M. de Girar- « din , c'est le régime de l'inaptitude organisée.
« Si ce régime devait durer longtemps encore, c'en serait « fait du suffrage universel ou de la grandeur de la France; « l'heure de sa décadence aurait sonné. » {Idem, p. 55.)
— Consolez-vous, Monsieur! L'excès du mal est nécessaire. C'est de là seulement que ffeut se faire sentir : la nécessité de la souveraineté de la science ; et l'ineptie actuelle de toute autre souveraineté.
« — L'appel au peuple, dit M. de Girardin — C'est la ré- « volution permanente. » (Idem, n^ v, p. 67.)
— C'est vrai. Eh bien ! dites-moi : Qu'est-ce que l'appel au peuple, si (^ n'est l'appel à la souveraineté populaire? Il
paraU que vous voulez un souverain muet) ou ne parlant que par votre bouche !
« — Devant le suffrage universel, dit M. de Girardin, « DOIVENT disparaitœ les partis politiques. • . »
(Ze^ 52, n^ Vf , p. H 7.)
— Il est des propositions tellement ébouriffantes, qu'elles vous stupéfient. J'aimerais autant entendre dire : que,, devant le soleil, disparaît la lumière. Puis le dott?en/ est très-joli! Où donc se trouve la sanction de ce devoir?
tf — Le suffrage universel, dit M. de Girardin, est à la « liberté illimitée ce que le frère est à la sœur* »
{Idem, p. 54.)
— C'est vrai : tous les deux conduisent au despotisme par Tanarchie. Il est vrai que, pour la même époque, le suffrage restreint et la liberté limitée conduisent à l'anarchie par le despotisme. L'alternative est consolante 1
M. de Girardin place, parmi les attributs du faux so-* cialisme, du socialisme anarchique, le despotisme du nombre.
{Idem, n"" xiii, p. 6.)
Est-ce que le suffrage universel n'est point le despotisme du nombre? A cet égard, écoutons M. de Girardin :
€ — Il ne faut pas s'y tromper, dit-il : le régime sous le- « quel on vit en France, n'est pas celui de la liberté ^ t c'est celui de la force. Peu importe que ce régime ait c changé de nom, et qu'au lieu de s'appeler souveraineté du c roi, il s'appelle souveraineté du peuple, il n'en continue « pas moins d'être le régime de la force.
« La souveraineté populaire qui n'est pas le respect scru- « puleux de la souveraineté individuelle (1), est un despote tisme qui ne diffère du despotisme monarchique que par « le costume; casquette au lieu de couronne, veste au lieu
(\) La souveraineté individuelle est le pouvoir de tuer, de voler, etc. ; ou c'est une souTeraincté pour rire, une souveraineté mutilée, U pire dei souvetaluetéf selon M. de iafirordiQ* '
c de manteau. L'arbitraire de la multitude est-il donc moins « lourd à porter que l'arbitraire d'un seul? Offre-t-il donc « plus de garantie de savoir et de justice? »
{Abolition de V autorité.)
— Comptez donc M. de Girardin parmi les partisans de la souveraineté du peuple?
M. de Girardin sait bien ce qu'il ne veut pas ; mais il ne sait pas clairement ce qu'il veut. Certes, il voudrait que tout fût bien. Mais, ce n'est pas le tout de vouloir ; il faut savoir ; et bien savoir.
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