‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 89 sur 120 · L.-N. Bonaparte · texte numérisé non relu

L.-N. Bonaparte

Les associations parficulières : qu'elles soient nationales ou domedti<|tles ; qu'elles soient de Français ou d'Anglais,

de cordonniers ou de tailleurs; qu'elles soient de deux ou de mille, ou de millions de familles, se trouvent, dès qu'elles sont en contact et privées d'une sanction commune, être

ESSENTIELLEMENT EN ÉTAT D'ANARCHIE. Vouloir, dit de

Maistre, prouver de pareilles propositions, c'est faire injure à ceux qui savent et trop d'honneur à ceux qui ne savent pas. Nous ne partageons point l'avis de de Maistre. Avoir pitié des ignorants, n'est point leur faire trop d'honneur; c'est, tout simplement, remplir un devoir.

Dans l'examen que nous allons faire de quelques auteurs qui ont traité des sociétés particulières, des associations domestiques, nous allons voir : que, l'indétermination des expressions, source de toutes les logomachies, est la cause des innombrables opinions existant sur un sujet, qui doit cependant réunir tous les esprits : sous peine d'anarchie, c'est-àdire de mort; ou plutôt, ce qui est pire, d'agonie sociale.

« — Qui pourrait, dit M. Proudhon, se flatter aujourd'hui « de définir ce que doit être la société entre les hommes? »

— Toujours de l'indétermination ! Avec cela, il est impossible de ne pas faire de logomachie; et, par conséquent, de ne point parler pour ne rien dire. De quelle société veut parler M. Proudhon? Il y a deux espèces de sociétés, exclusivement deux : société souveraine ou supposée souveraine; .et, société domestique ou sujette. La société souveraine existe-t-elle? Peut-elle exister? Y a-t-il un souverain? S'il y en a un, est-il autre que la force? S'il y en a un autre que la force, les deux souverains peuvent-ils régner ensemble, ou séparément, ou successivement? Chacun peut-il régner, n'importe l'époque? Comment les dislingue-t-on? etc., etc., voyez où nous voilà conduits! Et, cependant, il est impossible de parler clairement de société souveraine, avant d'avoir résolu toutes ces questions d'une manière rationnellement incontestable; sous peine, de les voir résoudre par la seule force. Quant aux sociétés domestiques, particulières ou sujettes, elles sont relatives : à ce qu'ordonne ou permet le souverain. Et, pprmi les

sociétés sujettes, que d'espèces relatives aux religions ; relatives aux familles; relatives au capital; et, définitivement, à toutes les circonstances que le souverain, qu'il soit force ou raison, trouve nécessaire de déterminer.

tr— Laloi, continue M. Proudhon, distingue deux espèces « et quatre variétés de sociétés civiles, autant de sociétés de c commerce, depuis le simple compte à demi, jusqu'à Tano- < nyme. »

— Toute société, soumise à une loi, n^est pas souveraine. Nous voilà retombé dans la question mère. Laissez-la indécise, vous ne faites plus que mâcher à vide. Décidez-la, tout est décidé.

c — J'ai lu, continue M. Proudhon, les commentaires c les plus respectables que l'on ait écrits sur toutes les formes € d'association, et je déclare n'y avoir trouvé qu'une applic cation des routines du monopole »

— Routine! que signifie ce mot? fondé sur l'usage. Qu'estce qui établit l'usage? La force ou la raison. Quand la raison ne peut encore dominer, parce qu'elle n'a encore de critérium que la force, la force seule peut établir les usages. Voilà routine devenue effet de force. Essayez donc de trouver quelque chose qui ne soit pas nécessairement rattaché à ce souverain, tant que cette souveraineté peut exister ! ^

Quant au mot monopole, il ne peut signifier, ici, que do^ mination par le capital; et, cette domination se rattache encore à la force.

Essayez donc, pendant l'époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, de trouver un autre souverain !

« — Une application des routines du monopole, continue c M. Proudhon, entre deux coalisés qui joignent leurs capi- « taux et leurs efforts.. . »

— Il n'y a dans le monde que travail et capital (en com* prenant le sol dans le mot capital) ; et, le ré3ultat échangeable d'un travail utile est essentiellement capitO;!. Toute

société est donc : et une organisation de travail; et une organisation de capital. Quand ce^ organisations sont harmonie ques, et entre elles, et avec la sanction, qu'elle soit force ou raison; il y a ordre. Quand la sanction est la force; les forts possèdent le capital et se coalisent entre eux contre les faibles. Cette coalition est source d'ordre tant que la force peut, socialement, être transformée en droit. Quand la sanction so Irouve incontestablement basée sur la raison, tous se coalisent : pour le plus grand bien-être possible de tous. Cette dernière coalition est seulement possible : lorsqu'elle est devenue et reconnue socialement nécessaire. Il y a désordre : quand la force ne peut plus être sanction souveraine ; et, que la raison, à cause de l'ignorance sociale, ne peut l'être encore.

« — ... Qui joignent leurs capitaux à leursT efforts, cona tinue M. Proudhon, contre tout ce qui produit et qui cona somme, qui invente et qui échange, qui vit et qui meurt... »

— II est évident : que, toute société, en contact avec une autre, a ses intérêts identiques ou opposés à l'autre. Si identiques, elle est la même et ne sont pas deux. Sinon les sociétés sont nécessairement en guerre, soit patente, soit latente. Tant que deux sociétés, réellement distinctes, sont en contact; elles sont nécessairement ennemies. Il faut être plus qu^fou pour ne pas le comprendre. Et, dans une même société^ tant que vous n'aurez point rendu les intérêts de tous et les intérêts de chacun identiques : Soit illiisôirement, quand la force peut être transformée en droit ; soit réellement, quand l'identité est rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun ; tous les membres de cette société seront nécessairement des ennemis.

€ — C'est-à-dire, continue M. Proudhon, l'exclusion de « tous les autres travailleurs et capitalistes. »

— Voudrlez-vous qu'une société particulière fftt la société générale? Si, on va dtner à trois chez un restaurateur, et dans un cabinet particulier ; le premier venu doit-il pouvoir

y entrer, mètûè en payant? Vous voulez.: que, les sociétés domestiques soient en hahnonie avec la raison dominant la force; et, que toutes les sociétés domestiques constituent la société générale. Vous avez raison. Dites, alors, ce qu'il faut faire pour qu'il en soit ainsi.

« — Par conséquent, continue M. Proudhon, la négation « de l'universalité sociale quant aux personnes. »

{Syst. des contrad., ch.vi.)

— ^Voilà, M. Proudbon qui veut l'universalité sociale quant aux personnes. C'est l'anéantissement des nationalités. Nous prenons acte : parce que c'est contraire à toutes les doctrines de H. Proudhon.

Quant aux personnes, dit le publiciste. Séparez donc les personnes du capital si vous le pouvez ! Il y a sociétés particulières ayant des capitaux individuels plus ou moins grands, plus ou moins petits; et, société générale ayant aussi son capital collectif plus ou moins grand, plus ou moins petit. Les sociétés particulières, sous peine A^anarchie, sont nécessairement subordonnées à la société générale. Les intérêts des deux espèces, doivent être les mêmes, ou crus les mêmes, aussi sous peine d'anarchie ; et, les deux espèces doivent être distinctes, sous peine de galimatias. En présence de l'incompressibilité sociale de l'examen, les intérêts des deux espèces ne peuvent être, distincts et socialement admis comme les mêmes, s'ils ne le sont réellement.^ Gomment peuvent-ils l'être? Tëile est la question dés associations particulières.

< — Ainsi, d'après la définition du Gode^ continue « M. Proudhon , une société de commerce qui poserait en « principe la faculté pour tout étranger d'en faire partie sur « sa simple demande et de jouir aussitôt des droits et préroc gatives deâ éssoc^ même garants, ne serait pas une soft ciété... »

— Pourquoi donc ne serait-ce pas une société? Gertes ce ne serait ni une société nationale, ni une société de corn-

merce, ni une société domestique; mais, ce pourrait fort bien élre la société' soumise à la raison, la société générale, la société humanitaire, la société réelle, ou plutôt la société sans épithète : au sein de laquelle chacun en naissant en ferait partie, sur sa simple demande tacite, exprimée par sa qualité d'homme, de jouir aussitôt des droits et prérogatives des associés même gérants : le tout, selon les règles incontestablement déterminées, par le souverain réel : la

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