‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 91 sur 120 · SUBORDONNÉE · texte numérisé non relu

SUBORDONNÉE

-^ Quelle est la sanction sociale?

— La force, ou la raison : exclusivement.

— Et, la raison peut -elle dominer, socialement, tant que la force, soit brutale, soit masquée de raison, peut dominer la raison ?

— Impossible; évidemment impossible : excepté néanmoins à Charenton. Et, des Charentons, il y en a des milliards. En époque d'ignorance sociale, il y en a au moins un cbez chaque individu.

.Voilà toute espèce d'organisation , sox^iale et domestique, nécessairement soumise à la force : tant qu'il y b possibilité, pour la force, de dominer la raison.

Voyez-vous maintenant, que tout ce qui, jusqu'à présent, a été dit sur l'association, et sur les associations, considérées en dehors de la force, n'a été que du bavardage inutile : par cela seul, que la force peut encore dominer; par cela seul, encore une fois, que la raison n'est pas encore, socialement, capable de la dominer.

a — Avant d'y songer, continue M. Reybaud, les classes c l/iborieuses ont à épuiser répreuve complète du règne c d'affranchissement »

— P'affranchissement est très-joli ! Dites donc d'escla-

vage, s'il vous platt. Voulez-vous que je vous lo fosse dire par les vôtres : Maltbus, J. B. Say, Rossi, MM. Blanqui, Michel Chevalier, etc. ? Vous voudriez bien, n'est-il pas vrai, que les classes laborieuses, ou plutôt les prolétaires, pussent considérer leur esclavage, le pire de tous parce qu'il est senti, comme un affranchissement? C'est à leur inculquer cette conviction que vous consacrez votre vie. Travail inutile ! Non. Travail dangereux !!

a — Dans lequel, continue M. Reybaud, elles ne sont cn- « trées que depuis un demi-siècle »

— Allez donc voir, dans l'histoire de l'économie politique, ce que M. Blanqui, le coryphée actuel de l'économisme, dit de l'affranchissement de 89 ! Puis osez, sans rougir, parler de cet affranchissement du travail.

' « — On aura beau faire, dit plus loin M. Reybaud, on c n'échappera pas à ce dilemme : de deux choses l'une, « ou l'association des travailleurs sera forcée, ou clic sera « libre. »

— Association forcée est très-joli! C'est comme liberlé esclave. . . . Socialement parlant, c'est, du reste, la seule espèce d'association et la seule espèce de liberté qu'il y ait eu, depuis que notre monde social existe.

M. Reybaud établit un dilemme. Il y en a un autre qui doit précéder le sien. Et, tant qu'il n'est pas résolu préalablement, on reste nécessairement dans le vague, c'estrà-dire dans l'ignorance. Le voici ce dilemme : Les travailleurs sont tout lo monde, ou ne sont qu'une partie de tout le monde. S'ils sont tout le monde, l'association n'est autre que l'organisation de tout le monde, c'est-à-dire l'organisation sociale; et, dès lors, toute association particulière ou domesliquc lui est nécessairement soumise. Si, les travailleurs ne sont pas tout le monde, ils sont les plus forts ou les plus faibles. S'ils sont-les plus forts, les autres, en tant que faibles, sont esclaves. S'ils sont les plus faibles, eux-mêmes, en tant que faibles, sont

esclaves. Et cela nécessairement, nécessairement, entendezvous? tant qu'il y a des travailleurs et des non travailleurs. Après cela, faites donc des sociétés de travailleurs, et travaillez à river vos fers !

« — Si elle est forcée, continue M. Reybaud, elle rentre « dans le régime des corporations d'autrefois , c'est-à-dire « dans une organisation arbitraire du travail. »

— Arbitraire? Que signifie cette expression, s'il vous plaîi?

— Arbitraire, direz -vous, signifie : relatif à la volonté.

— Très-bien. Et à la volonté de qui?

— A la volonté (fu législateur.

— Toujours très-bien. Et qui est le législateur? Vous no répondez pas. Eh bien^ Monsieur! le législateur est toujours : ou une force arbitraire dominant toutes les raisons; ou la raison, incontestablement xlémontrée, dominant toutes les forces arbitraires. Or, la raison ne peut dominer toutes les forces arbitraires, masquées ou non masquées de raison, tant que l'ignorance sociale, qui empêche de connaître ce qui est incontestablement ordonné par la raison, n'est point évanouie; et, elle ne l'est point encore. Vous voyez donc que, toute organisation sociale est encore arbitraire par essence, relative à une raison, à une volonté, et non à la raison qui> elle, n'est lïl arbhrâire, ni volontaire, ni personnelle ; mais éternelle et impersonnelle. Maintenant, essayez donc de faire des associations, ou même une association qui ne soit pas une expression d'arbitraire, de despotisme, avant d'avoi-r fait évanouir l'ignorance sociale; et, vous verrez : comme vous

AUREZ AGGRAVÉ LE JOUG DES FAIBLES. Il CSt vrai qUC Cette

aggravation est nécessaire pour faire sentir, socialement, la nécessité d'anéantir l'ignorance sociale. Et voila comment tout'cstbien : jusqu'au mal.

a Par Thabitude d'employer un mot dans « un sens figuré, l'esprit finit par s'y arrêter a uniquement^ par faire abstraction du pre- « mier sens ; et ce sens^ d*abord figuré, devient, « peu h peu, le sen^ ordinaire et propre du a moi. » GoNDOBCET. Tableau des prpg* d$ VEsphum., p. 55.

u Les mots propres forment le langage de la « raison ; les expressions figurées celui des pas- « sions. »

Barthélémy. Voy, du jeune Ànacharsis.

(( Le langage figuté, très-utile à la concep« « tion quand il vient à la suite du langage « simple, lui est funetrte quand il le remplace. « Il accoutume à raisonner sur les plus fausses « analogies, et forme, autour de la vérité , un a nuage que les esprits les plus clairvoyants « ont bien de la peine à percer.»

JÉBBMiB ÇsNTttAM. Toctique parlement»

c( Une des premières bases de toute bonne « philosophie est de former pour chaque science « une langue exacte et précise où chaque signe (( représente une idée bien déterminée, bien « circonscrite , et de parvenir à bien détermi- « ner, à bien circonscrire les idées par une ana< « lyse rigoureuse. »

GoNDORCET. Tableau des prog.^ p. 65.

« Il peut y avoir des synonymes en poésie ; « mais la philosophie n'en connaît pas, et elle « conçoit deux idées partout où elle entend deux « expressions. » Bonalb. Recherches philos.

« Si les mots ne signifient rien, il est de toute « 'illhpossibilité pour les hommes de s'entendre « entre eux, et, disons phxB^ii s'entendre

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